• Mouhieddine An-Nawawi "Nombre de données : 129"

    Description résumée :Le Cheikh Mouhieddine Annawawi ibn Charaf ibn Mourri ibn Hassan ibn Houssayn ibn Joum’a ibn Houzam Al-Houzami le savant, Mouhieddine Abou Zakaria Annawawi et le Damassien Chaféite, l’illustrissime Imam de l’Islam, maître du fiqh (jurisprudence) de son époque est né en l’an 631 à Nawa (l’un des villages de Hourane). Il est arrivé à Damas en l’an 649 de l’hégire. Il apprit le Coran et étudia l’ouvrage at-Tanbih en quatre mois et demi, apprit le quart d’al-Mouhadhdhab durant le reste de l’année. Il suivait chaque jour douze leçons auprès des maîtres qui l’encadraient continuellement en matière de correction et d’explication.
    Ensuite, il s’occupa de la classification des ouvrages qu’il assembla en bon nombre dont certains furent terminés et d’autres demeurèrent inachevés. De ce qu’il en a achevé Sharh Moslim (explication du recueil des Hadiths de Moslim), Ar-Rawdha (le jardin des quêteurs), Al-Minhaj (les voies), Arriyadh (les jardins des pieux), Al Adhkar (les invocations), Attibyen (la mise en évidence), Tahrir Attenbih Wattashihih (rédaction et correction de l’ouvrage Attenbih). Tahdhib al Asma Walloughat (adaptation des noms et des langues) et Tabakat al Foukaha (les catégories des jurisconsultes), etc.
    Quant aux œuvres inachevées - et s’il en avait achevé, certaines d’entre elles seraient à même de les égaler telle Sharh al-Mouhadhab, qu’il intitula Al-Majmou’ et le rédigea jusqu’au chapitre consacré à l’usure où il en a pertinemment excellé, innové, informé et bien critiqué. Il rédigea le fiqh sur le thème de la confession religieuse et autre ainsi que le Hadith, al-Gharib, la langue et d’autres questions intéressantes qui ont été évoquées uniquement dans ce chapitre. Je ne connais nul autre ouvrage en fiqh meilleur que celui-là, bien qu’il manque des chapitres à introduire.
    Le Cheikh se consacrait largement à l’ascétisme, à la dévotion, à la piété, à la vigilance et à la réclusion dont nul autre par les experts du fiqh ne pouvait faire de même. Il jeûnait toute l’année. La plus grande part de sa subsistance venait de son père de Nawa. Il entama l’enseignement à l’école Al Ikbalia, en remplacement d’Ibn Khéllikan, ainsi qu’aux écoles Al Falakiya et Al Roknia comme il prit en charge l’enseignment à Dar al-Hadith al-Ashrafiya. Il ne gaspillait rien de son temps. Il accomplit le pèlerinage au cours de sa résidence à Damas. Il exhortait les rois et autres au bien et leur déconseillait le mal. Il décéda au cours de la nuit du vingt-quatre du mois de Rajab, en l’an 676 H à Nawa où il fut enterré. Qu’Allah l’accueille en Sa miséricorde et nous accorde Son pardon !

    Autre biographie


    L’imâm An-Nawawî

    Les Savants

    t8

    Quel musulman éclairé n’a jamais entendu parler de l’imâm An-Nawawî ? Toute personne soucieuse de cheminer vers son Seigneur selon les enseignements prophétiques s’est inspirée ― au moins une fois dans sa vie ― d’un des ouvrages de ce grand savant.

    Un aperçu biographique de son parcours permet de mettre en lumière un caractère unique associé à une méthode de travail exigeante mais ô combien efficace !

    Contexte historique

    Le septième siècle de l’Hégire connut une période de troubles concentrés principalement dans la région du Châm (Syrie, Liban, Jordanie et Palestine). Ce fut au cours de ce siècle que les Mongols envahirent l’Est et que les croisés exercèrent leur domination sur certaines parties des territoires musulmans à l’Ouest. En l’an 656 H, les Mongols conquirent Baghdâd, capitale des Abbassides, mais en 658 H, sous le règne d’Al-Moudhaffar Qoutoûz Ibnou ‘Abdillâh et le commandement militaire d’Adh-Dhâhir Baybars, les musulmans leur infligèrent une âpre défaite à ‘Ayn Jâloût. Idem en 679 H, lorsque ces mêmes Mongols tentèrent de prendre la ville d’Alep. Les musulmans ont ensuite toujours réussi à repousser l’ennemi mongol et finirent par chasser les croisés en 691 H.

    Par la grâce divine, ces agitations n’empêchèrent pas les étudiants de venir s’instruire dans cette région.

    Enfance d’An-Nawawî

    Mouhyî-d-dîn Aboû Zakariyâ Yahyâ Ibnou Charaf Al-Hizâmî An-Nawawî vit le jour en 631 H dans la ville de Nawâ, dans la grande tribu de Hoûrân au sud de Damas (Syrie). Sa famille n’étant pas très connue, peu d’informations sont rapportées sur ses aïeux. Malgré la modestie de cette lignée, le père d’An-Nawawî avait tout de même la réputation d’être un homme pieux et scrupuleux par crainte d’Allâh . Il avait un jardin dans lequel il faisait pousser de quoi nourrir sa famille. Il s’interdisait ― et interdisait à sa famille ― de manger toute nourriture qui pourrait être illicite.

    Dès son plus jeune âge, Mouhyî-d-dîn montrait un grand sérieux et commença à apprendre le Coran à dix ans. Il n’était pas attiré par les jeux de son âge et préférait nettement mémoriser le Coran et se consacrer aux études. Mais les autres enfants, ne comprenant pas son attitude le forcèrent un jour à jouer avec eux. Passant par là, un savant du nom de Yâsîn Ibnou Yoûssouf Al-Mourrâkouchî (qui venait du Maghreb) assista à la scène et voyant le petit An-Nawawî en larmes devant ses parchemins coraniques et fuyant ses pairs, comprit que cet enfant avait un grand avenir dans l’apprentissage des sciences religieuses. L’érudit fit part aux parents de Mouhyî-d-dîn de sa prédiction pieuse (« firâsatou-l-‘oulamâ’ ») et les conseilla d’encourager le jeune enfant à apprendre.

    Une perpétuelle quête du savoir

    En 649 H, âgé de dix-huit ans, Mouhyî-d-dîn An-Nawawî émigra avec son père à Damas pour y poursuivre ses études. De nombreux établissements islamiques s’offraient au jeune homme, mais son choix se porta sur « Dâr al-hadîth : la Demeure du hadîth » et séjourna dans une école appelée « al-madrassa ar-riwâhiyâ », accolée à la très grande mosquée omeyyade « Al-Masjid al-amâwî ». Sa chambre était si petite et ses livres si nombreux que lorsque quelqu’un venait lui rendre visite, le seul moyen de s’asseoir était d’empiler les volumes les uns sur les autres. Il demeurera dans ce logement pendant plusieurs années, jusqu’à ce qu’il prenne la tête de l’école Ach-charafiya.

    Cour intérieure de Masjid Al-Amâwî

    Entre temps, en l’an 651 H, il accompagna son père à la Mecque et ils y accomplirent leur pèlerinage. Mouhyî-d-dîn n’avait alors que vingt ans. Il visita également Médine et d’autres endroits avant de revenir à Damas où il restera jusqu’à peu de temps avant sa mort. Ce long séjour à Damas lui valut l’appellation d’Ad-Dimachqî.

    Durant son cursus à Ar-Rawâhiya, il lui est arrivé d’assister à douze cours par jour, incluant la langue arabe, les ahâdîth, la jurisprudence et les fondements du droit islamique. Parmi ses célèbres professeurs figuraient Ishâq Ibnou Ahmad Al-Maghribî Al-Maqdisî (mort en 650 H), ‘Abdour-Rahmâne Al-‘Anbarî (m. 661 H) et ‘Aboul‘azîz Al-Ansârî (m. 662 H). Il étudia Sahîh Mouslim auprès d’Aboû Ishâq Ibrâhîm Al-Wâçitî.

    Il se mit à enseigner en 655 H, à l’âge de vingt-quatre ans à l’école Ach-charafiya. Ses qualités de savant et sa réputation commençaient à être unanimement reconnues par les érudits et les habitants de Damas.

    An-Nawawî possédait certes des facilités d’apprentissage : son impressionnante mémoire lui permettait de retenir une quantité considérable d’informations en peu de temps. Outre sa parfaite maîtrise du Coran et son remarquable mémorisation du hadîth, il se spécialisa dans plusieurs autres sciences.

    La recherche du savoir a prédominé durant toute son existence. Il était tellement dévoué à la science qu’il ne pensa même pas à se marier. Il passait tout son temps à apprendre, étudier et enseigner. On rapporte même qu’il ne s’endormait que lorsqu’il était vaincu par le sommeil. Il se reposait alors sur son livre et dormait un peu, puis reprenait d’emblée son étude à son réveil. An-Nawawî dit de lui-même : « J’ai passé deux ans sans m’allonger [pour dormir] sur le côté. »

    Al-Qoutb Al-Younînî déclara à son propos : « Il ne délaissait aucun moment du jour ou de la nuit et occupait tout son temps à acquérir du savoir. Même lorsqu’il marchait dans la rue il se rappelait et révisait ses notes. Il continua à apprendre de cette manière pendant six ans. »

    Ses ouvrages

    C’est à partir de vingt-neuf ans qu’An-Nawawî se lança dans l’écriture. La plupart de ses livres ― novateurs en la matière ― ont réellement été utiles à la communauté musulmane et sont toujours d’actualité :
    - Charh Sahîh Mouslim : ce commentaire est devenu une référence incontournable concernant l’explication des ahâdîth rapportés par Mouslim ;
    - Al-Majmoû‘ li charhi al-mouhadhdhab ;
    - Riyâdh Aç-Çâlihîn: le jardin des vertueux ;
    - le livre des adhkâr dans lequel il a rassemblé plusieurs rappels énoncés par le Prophète ;
    - un recueil de quarante ahâdîth qu’il considère comme étant le socle de l’Islam ;
    - Al-Minhâjou fîl-fiqh.

    Son austérité

    Chaykhou-l-Islâm, comme il convenait de l’appeler par respect, mena une vie simple et dépouillée. Certaines narrations rapportent qu’il ne possédait qu’un turban et une longue robe. Il ne désirait aucun des plaisirs de ce monde et jeûnait fréquemment. Il ne se nourrissait en général qu’une fois par jour, après la dernière prière obligatoire et ne buvait aussi qu’une fois ― un verre d’eau froide qui le maintenait en éveil ―, avant l’aube. À un certain moment de sa vie, il ne se nourrissait de temps à autres que de pain et d’olives que lui envoyait son père de Nawâ. Une des raisons de sa frugalité reposait sur le doute quant aux sources licites ou non des aliments.

    An-Nawawî était effectivement très scrupuleux : il préférait délaisser le licite de peur de tomber dans l’illicite. Pour illustration, il ne consommait pas les fruits de Damas, issus de vergers relevant du legs pieux (al-waqf) et exploités par des métayers, car une divergence d’opinion existait entre les savants sur la validité du métayage.

    Un jour de l’aïd (fête), le qâdî Soulaymâne Az-Zar’î rendit visite à An-Nawawî. Celui-ci mangeait une sorte de pain sans viande. Il en proposa à Soulaymâne, qui ne fut pas attiré par cette nourriture. Le frère du qâdî alla acheter de la viande grillée et des friandises. Soulaymâne en proposa à An-Nawawî qui refusa. Le qâdî s’enquit : « Est-ce interdit, mon frère ? » An-Nawawî de répondre : « Non, mais c’est la nourriture des tyrans. » Il suivait en cela l’exemple du Prophète à qui il arrivait de ne pas consommer de viande durant plusieurs jours. Aussi, l’imâm ne ménageait pas les gouverneurs et n’hésitait pas à les conseiller si besoin était.

    L’imâm An-Nawawî n’acceptait jamais les cadeaux ou les donations. Lorsqu’il enseignait à Dâr al-hadîth, il avait droit à un salaire mensuel alloué par al-awqâf (ministère des legs pieux). Il ne le prenait cependant pas et une fois par an, il demandait au nâdhir (responsable d’al-awqâf) de lui donner la somme réunie. Il achetait alors un bien conséquent qu’il mettait à disposition d’al-awqâf pour son école.

    Il faisait également preuve d’une grande modestie. Preuve en est qu’il n’acceptait jamais d’être servi par un de ses élèves. En revanche, il continua à être au service de ses étudiants jusqu’à sa mort.

    Sa fin

    En l’an 676 H, alors âgé de quarante-cinq ans, Chaykhou-l-Islâm revint à Nawâ. Pressentant peut-être que ses jours étaient comptés, il salua tous ses amis, visita les tombes des savants avec qui il étudia et invoqua Dieu pour eux. Bien sûr, il rendit visite à son père, puis se rendit à Bayt al-maqdis (Jérusalem) et dans la ville d’Al-Khalîl.
    À son retour dans sa ville natale, il tomba gravement malade et succomba à l’affection quelques temps après. Beaucoup de personnes participèrent à son cortège funéraire et même qâdî-l-qoudât (équivalent du ministre de la justice) ‘Azzedîne Mouhammad Aç-Çâ’igh se déplaça de Damas avec les amis du défunt. Ils accomplirent une autre prière mortuaire devant sa tombe pour lui rendre hommage.

    « Celui qui revivifie la religion » : tel est le sens de « Mouhyî-d-dîn », prénom de l’imâm An-Nawawî. Au vu de la production novatrice de cet illustre savant, il est clair que cette appellation ne relève pas du hasard. Son dévouement et le sacrifice de sa vie ne furent pas vains et laissèrent plutôt une trace indélébile : les musulmans du monde entier tirent profit de ses précieux ouvrages et lui en sont très reconnaissants. Qu’Allâh lui ouvre les portes de Sa miséricorde.

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