Encourager l’union des musulmans et réprouver la désunion et la divergence

Écrit par le grand savant, le noble Chaykh :

‘Abd ar-Rahmân ibn Nâsir as-Sa’dî

(1307 H / 1876 C – 1376 H / 1943 C)

رحمه الله

Préface du grand savant, le noble Chaykh:

‘Abdallah ibn ‘abd al-‘Azîz ibn ‘Aqîl

Ancien Président du congrès perpétuel de la Haute Assemblée de Justice

Traduit par :

‘Issa Petit (Abû Ilyès)

Revu et corrigé par :

Dr. Moussaoui Mahboub

Publié par

Le bureau de prêche de Rabwah (Riyadh)

www.islamhouse.com

L’islam à la portée de tous !


1ère édition en arabe financée par :

Noura bint ‘Abd ar-Rahmân ibn Nâsir as-Sa’dî.

غفر الله لها و لوالديها و للمسلمين

رسالة في الحث على اجتماع كلمة المسلمين وذم التفرق والاختلاف

الشيخ العلامة عبد الرحمن بن ناصر السعدي

- رحمه الله -

قدَّم للرسالة: العلامة الشيخ عبد الله بن عبد العزيز بن عقيل

- رحمه الله -

ترجمة : عيسى بوتي أبو إلياس

مراجعة:د. مساوي محبوب

بِسْمِ اللهِ الرَّحْمنِ الرَّحِيمِ

Au nom d’Allah,

 L’infiniment Miséricordieux, le très Miséricordieux



 Avant-propos

A

 travers ces quelques lignes, nous tenons à remercier chaleureusement al Mousâ’ad Abdallah Ibn Noura Bint ‘Abd ar-Rahman Ibn Nâsir as-Sa’dî - واسعة رحمه الله رحمة -

Sa générosité, ses marques d’attention et sa disponibilité nous ont incités et encouragés à répondre à l’un de ses souhaits qu’il nous a formulés et qui était de voir traduit cette magnifique épître, certes concise dans son contenu, mais riche dans sa portée.

Cette épître, préfacée par le très noble savant Abdallah ibn ‘abd al-‘Azîz ibn ‘Aqîl -حفظه الله  -un des derniers élèves encore vivants de Chaykh Abd ar-Rahmân as-Sa’dî et aujourd’hui âgé de 95 ans[1], aborde un sujet très important qui concerne l’union et l’unité des musulmans sous une seule et même bannière : celle du Noble Coran et de la Tradition authentique à la lumière des premières générations agréées (et toutes celles qui les suivent vertueusement jusqu’à nos jours).

Nous remercions aussi le noble chaykh ‘Abd-ar-Razzâq ibn abd al-Mouhsin al ‘Abbâd al Badr -حفظه الله  - pour sa contribution indirecte à la parution de cette traduction. Qu’il trouve ici l’expression de notre gratitude.

Nous espérons que cette humble traduction aura un bon accueil auprès de la communauté musulmane francophone. Nous sommes conscients que récolter la satisfaction et l’agrément de tous est une chose que l’on ne peut atteindre. Cependant, si cette épître permet de contribuer à l’union des musulmans et de fortifier leur unité en ces temps de troubles alors la réussite et le mérite n’en reviennent qu’à Allah, seul. S’il en est autrement alors cela ne provient que de nous-mêmes et de Satan, auquel cas nous Lui demandons pardon pour nos manquements et nos diminutions et nous nous repentons à Lui.

Que la paix et la bénédiction soient sur notre Messager et Prophète Muhammad ibn ‘Abdillah (ﷺ‬), sa famille et ses nobles compagnons.

Louange à Allah, Seigneur de l’univers.

Le traducteur.


Préface

Du grand savant, le noble Chaykh ‘Abdallah ibn ‘Abd al-‘Azîz ibn ‘Aqîl

L

ouange à Allah qui a enseigné par la Plume et qui a enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas.

Que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed (ﷺ‬), sa famille et l’ensemble de ses compagnons.

Ceci étant dit :

Les bénéfices de notre Chaykh, le grand savant, ‘Abd ar-Rahman ibn Nâsir as-Sa’dî ne cessent de se renouveler [et perdurer] même après sa mort du fait d’épîtres et de livres édités qui paraissent de temps à autre. Ces livres contiennent de précieux points utiles et des conseils avisés. Quel bon enseignant sincère était-il ! Quel bon éducateur pieux fut-il ! Qu’Allah le couvre de Sa miséricorde.

Voici une excellente épître, concise dans son contenu, mais riche dans sa portée. [Dans celle-ci] Il y prodigue un conseil sincère non seulement pour les savants musulmans, mais aussi pour les gens afin d’unir leur parole et de réunir leur cœur en s’accrochant tous ensemble à l’anse d’Allah et en les avertissant de la division et de la divergence qui mènent à l’inimitié réciproque, la rupture et la haine.

Il - رحمه الله - a expliqué quelle était la position des savants au sein de la communauté musulmane, leur nécessité pour les musulmans et ce qu’incombe aux musulmans à leur égard comme : les aimer, les honorer, connaître leurs droits et leur accorder le rang qui leur sied.

De même, il - رحم الله - n’a pas oublié de donner conseil aux étudiants en sciences religieuses mettant en garde contre les caractères vils et les attributs blâmables, etc. Ainsi que d’autres bénéfices contenus dans cette épître.

Le noble Chaykh ‘Abdallah ibn Zayd ibn Mussallam Âli Mussallam s’est attaché à présenter et corriger cette épître tout en y apportant des annotations utiles. Celles-ci ont été tirées des paroles de l’auteur issues de ses livres et en rapport avec le sujet abordé ici. Qu’Allah le récompense pour l’attention qu’il a portée à cette épître.

Je recommande à mes frères et mes fils étudiants [en sciences religieuses] ainsi qu’à tout musulman de lire cette épître et d’en tirer bénéfice dans ce qu’elle contient comme conseils et recommandations. J’implore Allah (I) pour que cette épître soit bénéfique et utile pour son auteur, mais aussi à celui qui la lit ou la reçoit.

Je loue Allah et je prie sur Son Serviteur et Messager Mohammed (ﷺ‬), sa famille et l’ensemble de ses compagnons.

Ecrit par : « Le serviteur dans le besoin de Son Seigneur » ‘Abdallah ibn ‘Abd al-‘Azîz ibn ‘Aqîl

Ancien Président du congrès perpétuel de la Haute Assemblée de Justice


Introduction

L

a louange appartient à Allah (ﷻ‬), nous Le louons, nous cherchons Son assistance, nous Lui demandons pardon, et nous cherchons refuge auprès de Lui contre le mal de nos âmes et de nos viles œuvres. Celui qu’Allah guide nul ne peut l’égarer et celui qu’Il égare nul ne peut le guider. Et je témoigne qu’il n’y a nulle divinité, digne d’adoration, excepté Allah (ﷻ‬), Seul, sans associé et je témoigne que Muhammad (ﷺ‬) est Son serviteur et Son messager. Que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui, sa famille et ses compagnons.

Ceci étant dit : Voici une perle précieuse et une épître unique en son genre[2] écrite par le Chaykh, le Jurisconsulte, l’Exégète ‘Abd ar-Rahman ibn Nâsir as-Sa’dî - رحمه الله - dans laquelle il prodigue un sincère conseil pour la communauté, en général, lui enjoignant d’unir son discours et la mettant en garde contre la division et la divergence qui mènent à l’inimitié mutuelle et la haine.

Actuellement, la communauté musulmane est encore plus dans le besoin de s’unir et de se rassembler. Elle doit rompre et s’éloigner le plus loin possible de tout esprit partisan, de s’invectiver ou de douter des intentions [des uns et des autres] aussi longtemps que tous sont sous la bannière des Gens de la Tradition et du Groupe (Ahl as-Sunna wal Jamâ’a), se positionnant ainsi sur les traces des pieux prédécesseurs de cette communauté, c’est-à-dire : les générations émérites et agréées, en suivant la Tradition et en n’innovant pas.

Chaykh ‘Abd ar-Rahman as-Sa’dî qui est décédé en 1376 AH a voyellisé cette épître. Qu’Allah le couvre de Son immense miséricorde et le rétribue pleinement dans l'au-delà.

J’ai attaché de l’importance à cette épître afin de la propager et d’en faire bénéficier à un plus large public. Ensuite, la réussite appartient à Allah (ﷻ‬)[3].

Je demande à Allah la sincérité dans mes actes et paroles ainsi que la réussite et la justesse [dans le propos].

Que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur Mohammed (ﷺ‬), sa famille et ses compagnons.

Ecrit par : ‘Abdallah ibn Zayd ibn Mussallam Âli Mussallam. 1er Jumâdâ al Awlâ, 1428 AH. Riyadh.


بسم الله الرحمن الرحيم

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

 En Lui je cherche assistance et en Lui je place ma confiance

L

ouange à Allah, Seigneur de l’Univers. Que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur Mohammed (ﷺ‬), sa famille et l’ensemble de ses compagnons.

Ceci étant dit :

Allah (I) a créé Ses serviteurs et les a tirées du néant après qu’ils ne fussent même pas dignes d’être mentionnés. Ceci afin qu’ils L’adorent, Seul et sans associé, et qu’ils Lui obéissent et Le craignent. La base de leur rappel et leur souvenir est liée à l’acquittement des droits obligatoires et recommandés envers Lui et Ses serviteurs, droits qu’Il a légiférés dans Son Livre et à travers les propos de Son Messager (ﷺ‬). Il existe de nombreuses branches et ramifications. Certaines constituent des fondements (usûl), d’autres des décrets (ahkâm), d’autres encore des règles (qawâ’id) globales et générales issues de nombreux décrets partiels. Certaines constituent des objectifs (maqâsid) et des choses requises, et d’autres y mènent. Toutes reviennent d’une part à l’obtention et au parachèvement des bénéfices et d’autre part à l’annulation et la diminution des préjudices.[4]

Se cramponner tous ensemble à l’anse d’Allah, unir le discours des musulmans, les réunir et les rassembler figurent parmi les injonctions divines, les législations célestes et les recommandations prophétiques les plus importantes qui soient. On doit encourager cela par tout moyen pouvant y parvenir en actes et paroles, notamment : s’entraider (en actes et paroles) ; interdire la division, la divergence, et la désunion des musulmans ; et s’écarter de toutes les voies menant à cette situation selon sa capacité et sa possibilité.

Le Coran, la Tradition et le consensus des Prophètes, des Messagers et leurs adeptes, jusqu’au Jour de la Rétribution, indiquent et prouvent ce fondement capital. Allah (I) ordonne à Ses serviteurs de se cramponner à Son anse qui correspond à Sa Religion et au fait de se rassembler en celle-ci. Dans le même temps, Il leur a interdit la division et la divergence en rappelant à Ses serviteurs Son bienfait sur eux du fait de leur avoir accordé la réussite.

Il (I) a dit : {Ô vous qui avez cru, craignez Allah comme Il mérite d’être craint et ne mourrez qu’en étant musulman. Saisissez-vous tous fermement à l’anse d’Allah et ne vous divisez pas. Rappelez-vous les bienfaits qu’Allah vous a accordés lorsque vous étiez ennemi puis Il a rétabli l’union entre vos cœurs et a fait de vous des frères par un effet de Sa grâce.} [5]

Il (ﷻ‬) a interdit la dispute et la divergence et Il nous a informé que ceci était une cause de fléchissement et de non-assistance contre les ennemis : {Et ne vous disputez pas sinon vous fléchirez et perdrez votre force.}[6]

Il a rappelé Son bienfait sur Ses serviteurs, bienfait que nul ne peut estimer si ce n’est Lui, Le Tout-Puissant, Le Sage : {Il a uni leurs cœurs [par la Foi]. Et même si tu avais dépensé tous les trésors de la Terre, tu n’aurais pu unir leurs cœurs ; mais c’est Allah qui les a unis, car Il est Puissant et Sage.}[7]

Il a blâmé les hypocrites pour leur inimitié qu’ils se vouaient les uns aux autres et pour la division de leurs cœurs, même si en apparence ils étaient unis : {Tu les crois unis, alors que leurs cœurs sont divisés.}[8]

À l’opposé, Il (ﷻ‬) nous a expliqué le bienfait de la douceur accordée à Son Messager dans sa fréquentation avec les gens, douceur qui incite à l’union, au regroupement et annihile la division : {C’est par une miséricorde de la part d’Allah que tu [Muhammad] as été si doux envers eux ! Si tu avais été rude, au cœur dur, ils t’auraient fui.}[9]  

Il a décrit les croyants en étant :{miséricordieux entre eux}[10] et Son Messager comme étant : {plein de sollicitude et de compassion [envers les croyants]}[11]

Il a aussi dit : {Certes, vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle}[12]

De même, Il (I) a dit : {Entraidez-vous dans la bonté et la piété et ne vous entraidez-pas dans le péché et la transgression.}[13]

Et l’une des bontés les plus importantes est de s’évertuer, par tout moyen, à unir et unifier le discours des musulmans. À l’opposé, s’efforcer de désunir la parole des musulmans fait partie des plus grandes entraides dans le péché et la transgression.

Allah nous a raconté, dans Son Livre, la vie des Messagers qu’Il a envoyés pour transmettre Son Message. Il nous a rappelé leur conseil sincère prodigué à leur communauté, leur vif désir à les unir sous [la bannière de] l’islam et leur interdiction de se diviser et de diverger. Tout ceci est abondamment rapporté dans le Coran. De même, le Prophète (ﷺ‬) a commencé par ce fondement, l’a réitéré, a ordonné aux serviteurs de s’unir et leur a interdit de se diviser : division qui mène à la corruption.

Le Prophète (ﷺ‬) a dit dans un hadith unanimement reconnu authentique : « Ne vous enviez pas, ne gonflez pas les prix, ne vous détestez pas, ne vous tournez pas le dos, mais soyez des serviteurs d’Allah fraternels. Le musulman est le frère du musulman, il ne lui fait pas d’injustice, il ne l’abandonne pas et ne lui ment pas. »[14].

Dans le recueil authentique de Muslim, Tamîm ad-Dârî (t) a dit : J’ai entendu le Messager d’Allah (ﷺ‬) dire : « La religion est le conseil sincère. Envers qui, ô Messager d’Allah ? Avons-nous demandé. Il répondit : Envers Allah, Son Livre, Son Messager, les gouverneurs musulmans et tout musulman. »[15]  

Un des plus grands conseils sincères envers les musulmans est de s’efforcer d’unir leur cœur et de les réunir tout en leur interdisant de se diviser. Dans un hadith unanimement reconnu authentique, il (ﷺ‬) s’est adressé aux Ansârs et les a alertés du bienfait d’Allah sur eux pour les avoir guidés, unis et enrichis grâce à lui (ﷺ‬). Il (ﷺ‬) leur a dit : « Ô Ansârs ! Ne vous ai-je pas trouvés égarés et Allah vous a guidés par mon biais, [ne vous ai-je pas trouvés] divisés et Allah vous a réunis à travers moi et [ne vous ai-je pas trouvés] indigents et Allah vous a enrichis grâce à moi ? »[16] À chaque fois qu’il disait quelque chose, ils répondaient : « Allah et Son Messager sont bien meilleurs que cela encore. »

De même, le Prophète (ﷺ‬) a averti ses compagnons de ne pas transmettre des paroles qui froisseraient les cœurs : « Que personne d’entre vous ne me transmette quelque chose sur un autre [qui me toucherait]. En effet, j’aime aller à votre rencontre sans rien avoir dans ma poitrine. »[17]

Lorsque certains de ses compagnons le consultèrent pour tuer certains hypocrites, il (ﷺ‬) leur répondit : « Que les gens ne disent pas que Muhammad tue ses compagnons. »[18] En effet, cela constituait une cause qui risquait d’éloigner de l’islam ceux qui n’étaient pas [encore] convertis. Ainsi, il les laissa [sains et saufs] alors qu’ils méritaient la mort dans l’intérêt de l’union [des musulmans].

Lorsqu’il (ﷺ‬) envoyait quelqu’un prêcher l’islam et enseigner les préceptes divins aux gens, il (ﷺ‬) recommandait : « Annoncez les bonnes nouvelles et ne faites pas fuir [les gens] ; facilitez et ne compliquez pas [les choses] ; unissez-vous et ne divergez pas. »[19]

Il (ﷺ‬) a aussi dit : « Ne divergez pas ou alors vos cœurs divergeront. »[20]

Ainsi, il (ﷺ‬) nous a informé que la divergence apparente était une cause et une source de divergence intérieure.

Il (ﷺ‬) a encore dit : « Vos prédécesseurs ont été anéantis à cause de leurs nombreux sujets de  discussion et de leur divergence avec leurs prophètes. »[21]

Tous ces hadiths se trouvent dans les deux recueils authentiques.

De même, il est rapporté de manière mutâwatir[22] que le Prophète (ﷺ‬) a interdit de se soulever contre les détenteurs de l’autorité, mais plutôt de les écouter et leur obéir même s’ils commettent des injustices et désobéissent [à Allah][23]. Ceci à cause du terrible mal qui résulte de l’insurrection contre eux.

Allah et Son Messager ont ordonné aux musulmans de se réunir dans maintes adorations comme : le pèlerinage, les fêtes, la prière du vendredi, les prières en groupe, etc.

À travers ce rassemblement, des liens d’affection et de fraternité se créent et on évite ainsi la séparation [et la rupture]. Allah et Son Messager ont également interdit la calomnie, la médisance, la diffamation, la rupture, la tromperie, l’envie, la rancune, etc. du fait de ce que cela engendre comme corruption et division entre les serviteurs. A contrario, ils [Allah et Son Messager] ont ordonné la conciliation entre les gens, quel que soit le moyen, notamment par la permission du mensonge s’il vise à réconcilier [deux personnes] et dès lors où il conduit à l’amélioration[24]

En bref, quiconque médite sur la vie du Messager d’Allah (ﷺ‬) dans sa relation avec les gens, musulmans ou non, proches ou éloignés, constatera une grande sociabilité, une pleine sollicitude et une sublime moralité à pardonner aux personnes fautives[25]. Ceci, tout en attachant les cœurs des gens afin qu’ils embrassent l’islam, se convertissent et raffermissent leur foi[26].

Il (ﷺ‬) délaissait tout ce qui pouvait faire fuir les gens. Parfois même, il (ﷺ‬) abandonnait la chose la plus émérite, la meilleure afin d’en accomplir une autre de moindre degré et préserver ainsi les cœurs des gens. Il eût l’intention de reconstruire la Ka‘ba sur les fondations d’Ibrâhîm (u). En effet, il a dit à ‘Aicha (y) : « Si ce n’était la récente sortie de ton peuple de la Jâhiliya, j’aurai détruit la Ka‘ba et je l’aurai reconstruite sur les fondations d’Ibrâhîm. »[27]

Quiconque médite sur cela saura qu’il (ﷺ‬) a été envoyé avec la Religion monothéiste, pure et bienveillante[28]. Si tu connais cela, alors tu sauras que parmi les plus importantes règles de la Religion et les plus nobles préceptes des Envoyés, il y a : conseiller sincèrement l’ensemble de la communauté, s’efforcer à unir la parole des musulmans, réussir à les réunir ensemble, et dissiper la haine, l’inimitié, et l’hostilité.

Ce fondement est une des choses les plus importantes à ordonner. Il fait partie du convenable. Le perdre fait partie des choses les plus blâmables et cette situation ne doit pas avoir lieu d’être. Ce fondement est une des obligations individuelles incombant à toute la communauté : savants, gouverneurs, et les gens en général. Bien plus, c’est une règle à travers laquelle la foi se complète. Il convient donc de la préserver en savoir et en acte. Il en est ainsi, car les intérêts religieux et mondains qui découlent de celle-ci sont innombrables. Par opposition, perdre cette règle entraîne des préjudices religieux et mondains qu’on ne peut dénombrer. Voilà pourquoi, j’ai décidé de consacrer les deux chapitres suivants à ce sujet.


Chapitre

 Quelques préjudices et maux causés par la divergence, la querelle, l’inimitié et la séparation

Il n’y a pas l’ombre d’un doute pour une personne douée de raison qu’Allah (ﷻ‬), dans Son infinie sagesse et miséricorde, n’a interdit une affaire que parce qu’il s’y trouvait des préjudices généraux et particuliers.

Le premier mal qui découle de l’antipathie, de l’inimitié et de la divergence est tout simplement la perte de cet important fondement, associé à la désobéissance à Allah et à Son Messager. Les conséquences sont : la punition, la privation de récompense, la diminution de la foi, le malheur, l’échec et l’abandon [d’Allah] comme les textes coraniques et les hadiths authentiques le prouvent.

Il en découle aussi : l’affrontement, la querelle, la mise à l’écart et l’inimitié qui poussent les musulmans [à se diviser et] où chacun désire faire triompher sa parole à juste titre ou non. Il en résulte encore des erreurs commises, des égarements et une passion [suivie] qui entraînent des préjudices généraux et particuliers que seul Allah connaît. Tout cela a pour conséquence le délaissement de la vérité, apportée par l’un des protagonistes, pour ne secourir que la passion et détester la personne qui l’a apporté et ainsi détester la vérité qu’il porte en lui. Alors, il en résulte de la calomnie, de la médisance et de la diffamation qui font partie des plus grandes désobéissances. Ainsi, celui qui aspirait à la guidée, dont l’intention était bonne, mais qui avait peu de clairvoyance, se retrouve alors errant, n’empruntant pas la voie [de celui qui est sur la vérité] car il ne sait pas vers qui se retourner et qui suivre dans sa parole entre ces deux groupes.

Quant à celui dont l’intention est mauvaise et qui suit sa propre passion, il se fraie une voie lui permettant de s’en prendre à l’honneur des savants, des gens pieux et des gouverneurs musulmans. Dans son propos, il s’affilie à un groupe et ensuite, il dénature les choses à celui dont le cœur est empli d’hypocrisie, de ruse et de traîtrise. Ainsi, il atteint ses vils objectifs et sème ses graines dans les cœurs de ceux qui adhèrent à son discours [et ses idées]. Selon ce qu’il aura semé [dans les esprits des gens], il en résultera ignominie et humiliation. Le malheur n’est pas tant la destruction de celui qui est sur cette affaire, car c’est sa véritable intention, il a emprunté la voie de celui qui doit être détruit. Non ! La tristesse, la profonde tristesse réside dans celui qui l’écoute et dont le cœur et la raison ont été conquis [par ses paroles]. Il donne l’image d’un conseiller sincère alors qu’en réalité, c’est le plus grand traître et le plus grand ennemi. Voilà quelques conséquences de la divergence.

Cette désunion a aussi pour conséquence l’éloignement et la séparation de telle sorte que personne ne s’enquiert ou n’apprenne de l’autre, ni même ne se conseille mutuellement, engendrant ainsi la perte d’avantages et d’intérêts certains. L’union, quant à elle, fait partie des plus importantes obligations, des plus grandes voies pour se rapprocher d’Allah et des plus belles obéissances, etc. Elle a aussi l’immense privilège de ne pas nourrir l’avidité et l’animosité des ennemis entretenues par une parole divisée et une affaire morcelée.


Chapitre

 Les bénéfices de l’union des musulmans, de leur amour réciproque et de leurs efforts dans cette voie

Ce point est ce qui est demandé et recherché à travers cette épître. C’est le but que les réformateurs recherchent ardemment et l’objectif pour lequel les participants s’élancent et les concurrents se concurrencent. Pour ce point, que ceux qui désirent œuvrer agissent ! En effet, il contient (et englobe) d’immenses avantages (et intérêts) ainsi que des affaires considérables.

En résumé, l’ensemble des préjudices causés par la séparation, l’inimitié et le fait de se tourner le dos que l’on a évoqué ici se dissipe avec ce point, c’est à dire : l’union. La personne aboutira au bien complet, il obtiendra tous les bienfaits, les bénédictions descendront, les invocations seront exaucées et les mauvaises actions seront remplacées par des bonnes.

En unissant la parole des musulmans, on réunit la religion dans sa totalité et ainsi les musulmans obtiennent la puissance (al-‘izz) et la domination (at-tamkîn) sur terre. Grâce à cela, l’islam et la foi grandissent, car pour les Gens de la Tradition et du Groupe (Ahl as-sunna wal jamâ’a) la foi est, en effet, une parole et un acte qui augmente avec l’obéissance et diminue avec la désobéissance.

S’efforcer à réaliser cet objectif fait partie des plus grandes obéissances. Non seulement la foi augmentera en degrés, mais aussi grâce à l’entente et à l’union on s’entraidera dans tous les pans de la bonté, la piété et le bien. Allah (ﷻ‬) dit : { Il n’y a rien de bon dans la plupart de leurs conversations secrètes qu’ils tiennent, excepté celui qui ordonne une aumône, accomplit une bonne action ou réconcilie les gens.}[29]

Le Prophète (ﷺ‬) a dit : « Voulez-vous que je vous informe de ce qui est plus émérite en degré que le jeûne, la prière [de nuit] et l’aumône ? Bien sûr, Ô Messager d’Allah !, répondirent-ils. Il leur a dit alors : réconcilier les gens. En effet, corrompre les gens rase et coupe tout. » Dans une autre version, il a précisé : « Je ne parle pas de raser les cheveux, mais de raser la religion. »

Y a-t-il un degré plus élevé que celui-ci ? Un degré qui est au-dessus des œuvres les plus méritoires qui soit comme : prier, jeûner ou donner l’aumône. Le Prophète (ﷺ‬) a dit : « Par Allah ! Vous ne rentrerez pas au Paradis jusqu’à ce que vous croyiez et vous ne croirez pas jusqu’à ce que vous vous entraimiez. Voulez-vous que je vous informe d’une chose, si vous l’accomplissez vous vous aimerez : propagez le salut entre vous. »[30].

Ainsi, il (ﷺ‬) a conditionné l’entrée au Paradis à la présence de la foi et ensuite il a déterminé la présence de la foi à la réalisation de l’amour réciproque qui est la cause de l’entente. Le remède pour cela est de propager le salut.  Et assurément, une parole douce tel que le salut, constitue une des plus grandes motivations [pour s’entendre et s’unir].


Chapitre

 [La valeur du pardon][31]

Si on sait cela alors il incombe à tous les musulmans, en général, et aux savants, en particulier, de s’efforcer dans cette affaire, de supporter les difficultés qui en découlent et de déployer tous leurs efforts et leurs capacités afin d’obtenir l’affection et non la séparation et la rupture. Les savants doivent inciter les autres à cela en appliquant eux-mêmes les injonctions d’Allah, en s’efforçant pour Celui qu’ils aiment et en cherchant à se rapprocher de Lui. Qu’ils contiennent leurs personnes face aux torts qu’ils risquent de subir, en parole et en acte, de la part des gens, mais pour lequel ils obtiendront, si Allah le souhaite, un repos spirituel.

Qu’ils pardonnent à ceux qui agissent mal envers eux, qu’ils oublient et qu’ils ne nourrissent rien à leur encontre dans leur for intérieur. Qu’ils ne se comportent pas avec eux comme eux-mêmes se sont comportés à leurs égards. Plutôt, s’ils ont agi avec haine qu’ils agissent, eux, avec amour ; s’ils leur ont fait du tort qu’ils soient vertueux envers eux ; s’ils ont rompu avec eux et les ont délaissés qu’ils les accueillent en les saluant, en leur souriant, en leur parlant avec douceur et en invoquant en leur faveur sans qu’ils ne le sachent.

Qu’ils ne suivent pas leurs âmes, instigatrices au mal, à se comporter avec eux de la même manière qu’ils ont agi à leur encontre. Ceci n’est pas la conduite des prophètes et de leurs disciples. Bien au contraire, leur attitude est de pardonner et d’oublier ce que font les coupables comme l’a rappelé le Prophète (ﷺ‬) lorsqu’un prophète (u) fut frappé par son peuple alors qu’il les appelait à Allah. Ils le frappèrent jusqu’à ce qu’ils le firent saigner, alors il essuya le sang de son visage et implora son Seigneur : « Ô Allah ! Pardonne à mon peuple, car il ne sait pas. » [32]

Par Allah ! Ceci est la gloire parfaite, celle qui permet à un homme d’avoir un bel éloge en ce bas monde et une abondante récompense dans l’au-delà. Allah dit : {Que l’aversion que vous ressentez pour ceux qui vous ont obstrués naguère de vous approcher de la Mosquée sacrée ne vous pousse pas à transgresser.}[33]. Allah enjoint à répondre par le pardon à celui qui agit mal, Il (ﷻ‬) dit : {Mais si vous patientez alors cela est bien meilleur pour les patients.}[34]. De même : {Et si vous pardonnez, cela est plus proche de la piété.}[35]. Ou encore : {Et quiconque pardonne et se réconcilie (réforme) alors sa récompense est auprès d’Allah.}[36]. Et aussi : {Et pour quiconque patiente et pardonne alors ceci fait partie des plus hautes résolutions.}[37].

Si les musulmans réussissent à accomplir cela et à adopter la même conduite alors Allah les réunira. Il unira leurs cœurs, Il les guidera vers les sentiers de la paix et Il les sortira des ténèbres de l’ignorance, de l’injustice et de l’égarement pour les conduire vers la lumière de la connaissance, la justice et la foi.

Ils leur incombent également s’ils aperçoivent quelqu’un suivre sa passion et qui désire faire scission avec les musulmans ou faire la division, afin de poursuivre (et d’obtenir) une quelconque ambition malsaine, de le réprimer et de le conseiller sans tenir compte de ce qu’il dit, car quiconque agit ainsi est le plus grand des ennemis.   

Les savants doivent aussi exhorter les gens à ne pas dévoiler les péchés des musulmans ni à les épier. Et encore plus particulièrement, lorsque cela émane des éminences de la religion, des savants et des étudiants en sciences religieuses, car ils possèdent le plus grand droit qui soit sur l’ensemble des musulmans du fait qu’ils étudient la science légale et l’enseignent aux gens. S’ils n’étaient pas là, les gens ne connaîtraient pas les choses de leur religion et les relations qui en découlent. S’ils n’étaient pas là, ils ne sauraient pas comment prier, donner l’aumône, jeûner ou encore accomplir le pèlerinage. Bien plus, ils ne sauraient même pas comment acheter et vendre. Si les savants n’étaient pas là, les hommes seraient comme les animaux : ils ne connaitraient pas le convenable, ils ne réprouveraient pas le blâmable et ils ne sauraient pas ce qu’est le licite et l’illicite. Donc, il incombe obligatoirement aux musulmans de les respecter, de ne pas leur faire de mal, de réprimer ceux qui veulent leur faire du tort et de baisser le regard vis-à-vis de ce qui peut émaner d’eux en le cachant et en ne le diffusant pas. En effet, propager une telle chose entraîne une corruption certaine.

Sache que le bien et le mal ont des signes que le serviteur reconnaît.

Le signe du bonheur de l’homme est de le voir souhaiter le bien pour l’ensemble des musulmans. Il s’empresse à les guider et à les conseiller selon sa capacité et quelque soit le conseil. Il devance le fait de cacher leurs péchés et ils ne les divulguent pas recherchant par là la satisfaction d’Allah et la demeure dernière.

Le signe du malheur pour un serviteur est de le voir se précipiter parmi les gens en calomniant, médisant, guettant et dévoilant leurs péchés. Lorsqu’il entend une chose blâmable provenant de l’un d’entre eux, il la divulgue et la diffuse. Parfois même, il la propage avec une explication de son propre chef. Un tel serviteur occupe une des plus viles positions auprès d’Allah, il est rabaissé auprès de Lui et est exposé à Son courroux. On craint [pour lui] qu’il soit humilié et avili en ce bas monde avant même celui de l’au-delà à moins qu’il ne se repente sincèrement et que ses mauvaises actions soient changées en bonnes actions.

Par conséquent, il importe à celui qui accorde de la valeur à sa personne de ne pas l’éduquer dans des caractères aussi blâmables. Qu’il médite sur le sens de la parole du Messager d’Allah (ﷺ‬) : « Quiconque cache les péchés d’un musulman, Allah lui cachera les siens ici bas et dans l’au-delà. » De même, sa parole (ﷺ‬) : « Ô vous qui avez cru avec vos langues, mais dont la foi n’a pas pénétré les cœurs, ne faites pas de tort aux musulmans et ne les épiez pas, car celui qui épie son frère Allah l’épie. Et quiconque est épié par Allah sera humilié et avili même sous sa couche. »

Cette grave menace est valable pour tous les musulmans. Quant aux savants et aux gens pieux, s’en prendre à eux est encore pire. C’est un signe de rébellion et d’hostilité à Allah. [Dans un hadith divin] Le Messager d’Allah (ﷺ‬) rapporte : Allah a dit : « Quiconque s’en prend à l’un de Mes alliés, Je lui déclare la guerre. » Certains pieux prédécesseurs ont dit : « Si les savants ne sont pas les alliés d’Allah alors je ne vois pas qui d’autres peuvent être Ses alliés. »[38]

Celui qui a dit cela a été véridique. Qu’Allah lui fasse miséricorde.

L’alliance d’Allah ne s’obtient qu’en fonction de l’accomplissement par le serviteur des injonctions divines. Et en ce qui concerne ce domaine, les savants en possèdent la plus grande part.

En effet, le serviteur n’obtiendra une part de science, par laquelle il deviendra une référence, qu’après d’immenses et laborieux efforts où il aura passé un temps long à se consacrer uniquement à la recherche du savoir et à délaisser les affaires mondaines sur lesquelles sont les hommes. Il aura passé la majeure partie de son temps et ses heures les plus précieuses à être occupé et plongé dans la science, ce qui constitue en soi la plus majestueuse des obéissances. Par conséquent, ils sont plus à même que d’autre de bénéficier de l’alliance d’Allah ! Comment quelqu’un aussi miséreux et malheureux, et ayant passé son temps dans les on-dit peut-il s’en prendre vilement à eux ? Il n’a même pas su se prévaloir d’une des sublimes œuvres des pieux. Il ne s’est ni enquis d’une affaire concernant sa religion ni même il s’est assis avec les savants afin de tirer bénéfice de leur savoir. Plutôt, si on l’interrogeait sur le moindre sujet de sa religion, il ne pourrait même pas prononcer un seul mot et avec cela il a délié sa langue sur les défauts des savants et des gens de religion en prétendant, selon ses dires, qu’il a raison et a visé juste.

Oui, en effet, il a visé juste dans la voie des personnes abjectes ! Il a rencontré des animaux méprisables qui délaissent les bonnes nourritures pour se nourrir de carcasses dégoûtantes et de nourritures similaires. Il a délaissé les meilleures choses et s’est tourné, selon ce qu’il pensait, vers un équivalent. Il a dévié de la voie des gens de bien par conséquent il n’est même pas digne d’être mentionné parmi eux[39]. On ne parle de lui qu’afin que les gens dans l’illusion ne se méprennent pas sur son compte et que les ignorants ne tombent pas dans ses filets. Ainsi, il se peut qu’il cesse, se repente et renonce afin de revenir vers son Seigneur. En effet, il n’y a pas de voile ni de rideau pour emprunter la voie du repentir tout comme il n’y a pas de péché qui ne puisse être pardonné par le Souverain, Celui qui dispense et accorde [le pardon] à quiconque se repent et revient vers Lui.

Chapitre

 [L’indulgence face à la divergence]

Une des choses les plus importantes dont doivent se préoccuper les savants est de ne pas diverger entre eux sur des sujets religieux tant que celui qui diverge ne tombe pas dans l’innovation ou le polythéisme, entraînant ou appelant à la division et à la désunion des cœurs, qui causeraient le dénigrement et la critique, et par voie de conséquence l’amitié ou l’inimitié en cela. Ceci est une injustice et une transgression. Cela n’est pas autorisé d’après le consensus des musulmans. Les pieux prédécesseurs, depuis les compagnons en passant par leurs successeurs jusqu’à ceux qui les ont suivis, n’ont jamais cessé de diverger dans des sujets religieux. Ils ne se désavouaient pas les uns des autres. Personne n’imposait à l’autre de le suivre, sinon il l’aurait induit en erreur[40]. Ce degré ne sied qu’aux messagers. Quant à leurs contradicteurs, ils étaient dans l’erreur. En dehors des messagers, nul n’est infaillible.

Par miséricorde d’Allah envers Ses serviteurs, Il a fait que la divergence de cette communauté est une miséricorde afin de récompenser celui qui a raison, de pardonner à celui qui se trompe et afin que se réunisse une preuve, une issue et une infaillibilité.

L’obligation qui incombe aux savants est de déployer leurs efforts afin de rechercher la vérité et ce qui est correct, et de ne pas considérer comme égaré celui qui est en contradiction avec eux, qu’il ait raison ou tort.[41] Ceci est valable pour tous les sujets sur lesquels les pieux prédécesseurs, après leurs efforts respectifs, se sont opposés. Par exemple, il n’est pas permis de dénigrer celui qui considère que telle quantité d’eau sera souillée par un simple mélange alors que tel autre considère que l’eau ne sera souillée que si la souillure modifie l’eau. De même, celui qui considère que l’eau utilisée pour se laver après ses besoins est pure, mais impropre aux ablutions ; on ne considère pas comme égaré celui qui considère l’inverse. De même, celui qui considère que la prière effectuée dans un habit souillé par oubli doit être recommencée ; alors que par opposition, un autre ne considère pas [qu’il faille la refaire]. De même, celui qui considère l’obligation de jeûner le 30ème jour de Cha’bân par temps nuageux alors qu’un autre considère qu’il est recommandé ou tout au moins permis de rompre [le jeûne]. De même, celui qui autorise à effectuer des prières surérogatoires du fait d’une cause particulière (an-nawâfil dhawât al-asbâb) durant des temps interdits alors qu’un autre considérera cela comme non permis, etc. Ainsi que d’autres sujets sur lesquels la divergence n’a cessé d’être entre les pieux prédécesseurs jusqu’à nos jours. Il n’est pas permis à quiconque considérant un des deux avis, de désapprouver l’autre en le dénigrant. Ceci est une injustice qui n’est pas permise. Plutôt, la fonction des savants vis-à-vis de ces sujets de divergence est d’expliquer ce qu’ils considèrent comme authentique selon leur capacité à avoir recherché un argument légal et légiféré issu du Livre, de la Tradition, du consensus, de la compréhension, de l’analogie et de la loi. (La faible raison… avec un argument légiféré)[42]. Ils doivent dissuader ceux qui utilisent ces divergences pour mener à la division, car ceci est loin de l’équité. En effet, s’il apparaît qu’un savant diverge clairement d’une preuve légale, explicite alors on doit le conseiller et on doit lui expliquer cette preuve en la lui apportant par le plus court chemin. On ne doit pas le diffamer et le calomnier dans des assises, mais plutôt [on doit] le conseiller. Cette voie-là n’est pas celle des gens équitables, plutôt leur voie est le conseil en secret et la non-divulgation malsaine.[43]

En résumé, l’obligation qui incombe aux gens de science ainsi qu’aux autres est de s’efforcer de chercher la vérité et de déployer ses efforts pour l’appliquer, la mettre en pratique et s’y entraider. La personne doit aimer pour son frère ce qu’il aime pour lui-même, qu’il soit d’accord avec lui ou non. En effet, s’il venait à se tromper ou à commettre un faux pas, il n’aimerait pas que quelqu’un le sache, plutôt, il se soucierait de cacher cela. Alors de même, il convient d’accorder à son frère la même chose et de le mettre au même rang, à savoir de considérer ce qui provient de lui de la meilleure manière. La récompense est en fonction de l’œuvre [et de l’intention] première. Quiconque agit ainsi avec ses frères, Allah lui cachera ses péchés par des moyens qu’il connaît et des moyens qu’il ignore. Cette dissimulation ne peut être obtenue par celui qui n’agit pas ainsi [avec ses frères]. Vous récolterez ce que vous semez par juste rétribution de vos œuvres.[44]

Donc, nous implorons Allah de nous accorder, ainsi qu’à nos frères musulmans, la réussite dans ce qu’Il aime et Le satisfait, d’améliorer les situations des musulmans, d’unir leurs cœurs, et de les guider vers les sentiers de la paix.

Louange à Allah Seigneur des mondes.

Que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur Muhammad (ﷺ‬).


 Points utiles

Sache qu’il convient à l’enseignant d’ouvrir, à ceux à qui il enseigne, les portes de la recherche, de la vérification et de la sélection à propos des sujets scientifiques. À travers cela, il y a des avantages religieux que l’on ne peut recenser, notamment :

1.           Cela fait partie de l’entraide dans la bonté et la piété, car les intérêts des deux demeures (vie d’ici-bas et au-delà) ne se complètent qu’à travers cette entraide. Il en est de même concernant les sujets de la connaissance. Ceux-ci ne se complètent qu’à travers ce que nous avons évoqué et en dehors de cela, tout n’est voué qu’au manque.

2.           De plus, cet effort les oblige à s’éduquer et à se frotter à la contradiction, à l’argumentation, à la propension et à ce qui est faible. Par ce biais, leurs idées s’affinent et ils obtiennent une maîtrise qui les rend capables d’émettre et de donner des réponses. Les examens aiguisent les esprits.

3.           Si l’enseignant néglige ce point et si l’étudiant grandit dans l’acceptation de tout ce qu’il dit sans le confronter, concrètement ou de manière abstraite ou en nourrissant des doutes, alors la porte du bénéfice que l’enseignant accorde à l’étudiant se ferme.

Manifestement, si l’étudiant ne confronte pas ses idées et ne fait pas de recherche, il ne sera guidé de manière correcte que sur de simples sujets clairs. Mais il y a des sujets qui requièrent de s’affranchir, de se positionner, de répondre et d’émettre un avis, pour ces sujets, la porte lui sera alors fermée. Il se peut même que ce que l’étudiant considérait comme établi, comme bonne réponse sur le sujet, lorsqu’il verra son enseignant diverger de ce sur quoi il est du fait qu’il n’a pas abouti au fruit de la même recherche, viendra à douter de ce qu’on lui a enseigné ou alors il changera d’avis sur ce qu’il croyait correct, comme c’est le cas.

Si cette situation, sur laquelle ceux qui étudient, perdure alors leur esprit et leur réflexion s’éteindront et celui qui fut intelligent et perspicace dégénérera et sera vidé de son talent. En effet, si on ne stimule pas la capacité intellectuelle avec la réflexion, la vérification et ce pour quoi elle a été préparée, alors on rend vaine sa fonction. À l’image des membres que l’on tournerait uniquement vers l’inactivité et la fainéantise, la personne n’en tire aucune utilité, mais s’empresse plutôt d’aller vers la corruption. Ainsi donc, si on l’utilise pour ce à quoi elle a été préparée, elle finira à terme par s’améliorer, s’accroître et s’affiner.

Quant à celui qui aura fermé son cœur au bénéfice de son enseignant, alors c’est encore plus manifeste et plus criant. Il se ferme des portes et des voies du bien qu’il pouvait atteindre de la manière la plus simple qui soit. Après recherche et discussion, vérification et révision entre lui et ceux avec qui ils étudient, il est incapable de tirer un quelconque bénéfice de leur part. Il n’acquiert ni une science nouvelle et ni même il ne se rappelle d’une science qu’il a apprise, mais depuis oubliée. Ce qui lui posait problème ne lui est toujours pas clarifié et le comble de tout c’est qu’il ne peut même pas se positionner sur la parole de quelqu’un qui lui aurait clarifié la divergence et montrer où se situe la vérité.

4.           Le savant doit être vigilant et prudent dans ce qu’il dit et transmet. Si il est au courant qu’en prononçant une parole ou en transmettant quelque chose on ne le contredira pas ou on ne l’interrompra pas, plutôt on l’acceptera quelque soit la manière alors cela sera du laisser-aller. Il dira et rapportera ce qui va en rapport sans se soucier de l’exactitude. Il commettra de nombreuses erreurs et de nombreuses fautes.

S’il sait qu’il sera contredit, il sera alerte, vigilant et prudent dans ce qu’il dira et transmettra selon sa capacité évidemment.

5.           Il doit consulter maintes références, rechercher, examiner et être alerte à tout ce qui lui traverse l’esprit dans ce qu’il va dire ou se prononcer sur.

6.           À travers cette démarche, il améliore son comportement et cela lui permet de maîtriser et de supporter les remarques ou critiques qu’on lui adressera à la suite des oppositions rencontrées. En effet, la personne de haut rang ne réfute pas de la même manière un partisan et un opposant. Il supporte à peine la contradiction d’une personne en dessous de son rang. Ce rang implique qu’il fuit toute opposition à son égard lorsqu’il a affaire à des gens de rang équivalent ou supérieur au sien. Par conséquent, comment peut-il en être concernant quelqu’un en dessous de lui et pour lequel il connaît et craint pour lui qu’il ne rejette la vérité et fasse triompher le faux !? Cette cause-là prédomine du fait de la religiosité sur laquelle il est comme on a pu l‘observer.

Voilà pourquoi dans la contestation, et après avoir clarifié à l’opposant que l’avis correct est avec soi, le bon comportement consiste à ne pas adopter une attitude de confrontation, mais plutôt d’interrogation, d’orientation et d’observation du juste avis par les moyens les plus doux qui soient, engendrant ainsi l’acceptation. Si le savant se prépare à la confrontation sans s’en soucier, mais en y étant encouragé, et qu’il recommande aux étudiants de le contredire dans ce qu’ils estiment être une contestation de sa parole (ou de son avis) alors cela lui permettra de s’exercer et il possèdera une forte maîtrise sur ce point. Ainsi, il ne se souciera pas de l’opposition d’où qu’elle vienne : d’un petit ou d’un grand. Bien au contraire, il dira catégoriquement ce qu’il a à dire même devant des personnalités. Ensuite, il exposera son contraire sans aucune confusion ni souci quelconque. Plutôt, son objectif est d’aboutir à la vérité, de conseiller sincèrement les gens et d’amener une situation où le serviteur accèdera à ce comportement qui n’est pas donné à n’importe qui, excepté ceux à qui Allah a accordé un immense privilège.

7.           Si l’enseignant éduque les étudiants sur cette bonne voie ou une autre similaire tout aussi bonne, il sera alors une cause pour faire perdurer cette situation chez les gens à qui il aura enseigné et qu’il aura éduqués. En effet, il les aura éduqués d’après son éducation et ainsi il en récoltera un bien que Seul Allah connaît.

8.           À travers cette éducation, il connaît le rang et le degré de ses étudiants dans leurs acquisitions. Connaître le degré des gens est une des choses les plus importantes qui soit, en particulier pour celui qui se charge de les former, car il a besoin, bien plus, il est dans l’obligation de cela étant donné le travail qu’il fait auprès d’eux. En effet, cela ne peut se réaliser et s’achever que par le fait de leur accorder la position qui leur sied et d’accorder à chacun ce qu’il mérite.

9.           La situation précédente implique la confiance dans la parole du savant, car quiconque a réussi en cela a réussi dans ce qui est juste.

Par opposition, quiconque s’est fermé cette porte s’est vraiment privé de la science, de l’œuvre et de la récompense. Les grands dangers sont causés par le mauvais comportement qui déteint sur les autres, le mauvais enseignement, le peu de résultats et le non-conseil sincère. Toutes ces choses constituent les traces de l’enseignement, plutôt même les traces de toute œuvre ou la vanité et la méfiance vis-à-vis de la parole de l’enseignant. Etc.

Nous demandons à Allah une réussite nous accordant l’exactitude [dans notre propos] et nous Lui demandons aussi de nous éloigner de tout mal.

Ce livre a été achevé, et la louange revient à Allah, sous la plume d’une personne indigente et dans le besoin de son Seigneur.

‘Abd ar-Rahmân ibn Nâsir ibn ‘Abdallah as- Sa‘dî,

Qu’Allah lui fasse miséricorde, ainsi qu’à ses parents, et à tout musulman.

Que la paix et la bénédiction soient sur le Prophète Muhammad (ﷺ‬).

Note du traducteur :

Traduction achevée le 18 juin 2009 [correspondant au 28 de Jumada at-Thâni 1430]. Correction terminée le 1er septembre 2009.

Louange à Allah qui permet, par Son bienfait, de terminer et d’achever les œuvres pieuses.

‘Issa Petit (Abû Ilyès),

Djeddah,

Royaume d’Arabie Saoudite.



[1] Le cheikh est mort en 1433 (2012) Qu’Allah lui fasse miséricorde !

[2] Chaykh ‘Abd al-Latîf ibn ‘Abdallah ad-Dawsarî m’en a fait une photocopie. Qu’Allah le récompense, lui pardonne ainsi que ses parents et  que son effort soit reconnu.

[3] J’ai lu cette épître à notre noble Chaykh, le grand savant ‘Abdallah ibn ‘Abd al-‘Azîz ibn ‘Aqîl - الله حفظه - un vendredi soir, le 28 Jumâdâ al Âkhira 1428 AH, en présence de notre noble Chaykh Dr. ‘Alî ibn Ibrâhîm al Qasîr - الله حفظه -   

[4] Ibn al Qayyîm - رحمه الله – a dit dans I’lâm al Muwaqi’în (3/3) : «  La Charia [la Législation islamique] toute entière est justice, miséricorde, sagesse et bien-fondée. Elle est construite et basée sur des sagesses et pour les intérêts des serviteurs en ce bas monde et dans l’au-delà. Toute affaire qui s’écarterait de la justice vers l’abus, de la miséricorde vers la cruauté, du bénéfice vers le préjudice et de la sagesse vers l’absurdité ne pourrait faire partie de la Charia même si on lui intégrait une interprétation. La Charia est la justice d’Allah entre Ses serviteurs, Sa miséricorde entre Ses créatures, Son ombre sur Sa terre et Sa sagesse qui L’indique tout comme la véracité de Son Messager (ﷺ‬). Voilà la preuve la plus parfaite et la plus véridique. »     

[5] Sourate Alî ‘Imrân, 2 : 102-103.

[6] Sourate : Le butin, 8 : 46.

[7] Sourate : 

[8] Sourate : L’exode, 59 : 14.

[9] Sourate : Alî ‘Imrân, 2 : 102-103.

[10] Sourate : La victoire, 48 : 29.

[11] Sourate : Le repentir, 9 : 128.

[12] Sourate : Les coalisés, 33 : 21.

[13] Sourate : La table, 5 : 2.

[14] Bukhârî et Muslim.

[15] Ibn Salâh a défini le conseil sincère comme : « C’est une parole générale de celui qui conseille, parole qui englobe l’accomplissement du conseil envers autrui dans toutes les voies du bien, en intention et  en acte. » Voir : Jâmi’ al Ulûm wal Hikam (1/222).

[16] Bukhârî et Muslim.

[17] Rapporté par Ahmad, Abû Dâwud et Tirmidhî.

[18] Bukhârî et Muslim.

[19] Muslim, Abû Dâwud et Ahmad.

[20] Muslim, Tirmidhî, Nassâ’î, Abû Dâwud, Ibn Mâjah et Ahmad.

[21] Bukhârî et Muslim.

[22] NDT Hadith rapporté par plusieurs chaînes.

[23] D’après Ibn ‘Umar (t), le Prophète (ﷺ‬) a dit : « Le musulman doit écouter et obéir tant pour ce qu’il aime que pour ce qu’il répugne excepté si on lui ordonne de désobéir [à Allah] auquel cas il n’y a ni écoute ni obéissance. » (Bukhârî et Muslim). D’après Anas ibn Mâlik (t), le Prophète (ﷺ‬) a dit : « Écoutez et obéissez même si celui qui vous dirige est un serviteur éthiopien avec une tête comme un grain de raisin sec. »(Bukhârî). D’après Ibn ‘Abbâs (t), le Prophète (ﷺ‬) a dit : « Quiconque constate une chose [qu’il répugne] chez son émir, qu’il patiente, car celui qui se soulève contre le dirigeant, ne serait-ce que d’un empan, meurt d’une mort de la Jâhiliya. » (Bukhârî et Muslim). D’après Wâ’il ibn Hajar (t), le Messager d’Allah (ﷺ‬) a dit : « Écoutez et obéissez, ils [les dirigeants] porteront leurs torts et vous porterez les vôtres.» (Muslim).

[24] Oum Kalthûm bint ‘Uqba (y) a dit : J’ai entendu le Messager d’Allah (ﷺ‬) dire : « Ce n’est pas mentir que de dire ou faire développer un bien afin de réconcilier deux personnes. » (Tirmidhî, Abû Dâwud et Ahmad).  

[25] Par exemple, le jour de la Conquête de La Mecque, il (ﷺ‬) s’est adressé aux Mecquois et leur a dit : « Allez [en paix], vous êtes libres. » Voir : Al-Bidâya wa-n-Nihâya, vol. 4/696. Ibn al-Qayyîm a dit dans Zâd al-Ma‘âd vol. 3 p. 497 : « Le Messager d’Allah (ﷺ‬) était le plus enclin à unir les gens et il délaissait tout ce qui pouvait les éloigner de son autorité. Ceci était un point spécifique durant toute sa vie, tout comme il ne tua pas celui qui l’avait diffamé, notamment lors de l’histoire entre az-Zubayr et son adversaire : « Et si c’était le fils de ton oncle. » Cette histoire est rapportée chez Bukhârî (n° 4585) et Muslim (n° 2357).

[26] Sur ce sujet, voir Bukhârî (n° 4330) et Muslim (n° 1061).

[27] Bukhârî et Muslim. Ibn Taymiya a dit dans Majmû‘ al-Fatâwâ vol. 22 p. 407 : « Il est recommandé que la personne ait comme objectif le rattachement des cœurs en délaissant ces choses recommandées, car l’intérêt d’unir les cœurs en Religion est plus important que l’intérêt de faire tel ou tel acte, comme prononcer à voix haute ou non la Basmalah. Le Prophète (ﷺ‬) lui-même ne modifia pas la construction de la Maison sacrée afin de préserver l’attachement des cœurs. »

[28] D’après Abû Umâma (t), le Messager d’Allah (ﷺ‬) a dit : « … Mais j’ai été envoyé avec une Religion monothéiste, pure et bienveillante. » (Ahmad). D’après ‘Aicha (y), le Messager d’Allah (ﷺ‬) a dit : « J’ai été envoyé avec la Religion monothéiste, pure et bienveillante. » (Ahmad).

[29] Sourate : Les femmes, 4 : 114.

[30] Muslim, Abû Dâwud, Tirmidhî, Ibn Mâjah et Ahmad.

[31] Les titres de ce chapitre et du suivant sont du site islamhouse.

[32] Bukhârî.

[33] Sourate : La table, 5 : 2.

[34] Sourate : Les abeilles, 16 : 126.

[35] Sourate : La vache, 2 : 237.

[36] Sourate : La consultation, 42 : 40.

[37] Sourate : La consultation, 42 : 43.

[38] Al Qârî a dit : « C’est une parole d’Abû Hanîfa et de Châfi’î ». Al Bayhaqî rapporte de Châfi’î la version suivante : « Si les jurisconsultes ne sont pas les alliés d’Allah dans l’au-delà alors Allah n’a pas d’allié. ». Voir : Kachf al khafâ (1/259).

[39] Abdallah ibn al Moubârak  - qu’Allah lui fasse miséricorde -  a dit : «  Celui qui est doué de raison ne doit pas rabaisser trois catégories de personnes : les savants, les détenteurs de l’autorité et les frères. Quiconque rabaisse les savants ruine son au-delà ; quiconque rabaisse celui qui possède l’autorité ruine sa vie d’ici-bas ; et quiconque rabaisse les frères ruine sa noblesse. »  Rapporté par Dhahabî dans Siyar A’lâm an-Nubalâ’ (17/251).

Ibn Assakir  - qu’Allah lui fasse miséricorde -  a dit : « Sache, ô mon frère - qu’Allah nous accorde ainsi qu’à toi Sa satisfaction et nous compte parmi ceux qui Le redoutent et Le craignent d’une vraie crainte - que la chair des savants - qu’Allah leur fasse miséricorde - est empoisonnée et que la tradition d’Allah envers ceux qui dévoilent leurs péchés et les rabaissent est bien connue. S’en prendre à eux alors qu’ils sont innocents de ce qu’on les accuse est une affaire immense. S’attaquer à leur honneur en mentant et en diffamant est vicieux et funeste. [Tout simplement] Diverger d’avec ceux qu’Allah a choisis pour propager la science est un comportement blâmable. » Voir : Tabyîn kadhab al mouftarî (p : 28).       

[40] Ibn Taymiyya - qu’Allah lui fasse miséricorde – a dit dans Majmû‘ al-Fatâwâ vol .24/172-173 : « Lorsque les savants parmi les compagnons, les successeurs et ceux qui les ont suivis avaient un différend entre eux concernant une affaire, ils suivaient l’injonction d’Allah (ﷻ‬) dans Sa Parole : {En cas de litige entre vous, référez-vous et revenez à Allah et à Son Messager si vous croyez en Allah et au jour dernier. Ceci sera préférable et de meilleure interprétation.} (Sourate Les femmes 4 : 59). Ils discutaient sur des sujets en argumentant [leurs points de vue], en se consultant mutuellement et en se conseillant. Parfois, leurs paroles divergèrent sur un sujet théorique et/ou pratique, mais l’entente, la cordialité et la fraternité religieuse perduraient. Quant à celui qui diverge clairement du Livre évident, de la Tradition abondante et du consensus des pieux prédécesseurs de cette communauté, et qui n’a pas d’excuse, alors, on se comporte et on agit avec lui comme on le fait avec les gens pratiquant l’innovation. »

[41] Ibn Taymiyya - qu’Allah lui fasse miséricorde – a dit dans Majmû‘ al-Fatâwâ vol 19/123 : « L’école des gens de la Tradition considère que celui qui fait un effort mais se trompe, n’a pas de péché. » Il - qu’Allah lui fasse miséricorde – a dit (vol 35/69) : « Parfois, ceux qui s’efforcent ont raison et parfois, ils se trompent. S’ils ont raison, après s’être efforcé [à trouver une réponse], alors ils obtiennent deux récompenses. Mais s’ils se trompent après leur effort, alors ils obtiennent une récompense correspondant à celle de leur effort. Leur erreur est pardonnée. Quant aux égarés, ils mettent sur le même pied d’égalité l’erreur et le péché. Parfois même, ils sont excentriques dans leurs paroles en disant : ils sont infaillibles ; et à l’opposé, ils sont parfois laxistes et disent : ils sont pleins d’erreurs. Quant aux gens de science et de foi, ils ne considèrent personne comme infaillible, ni ils ne se précipitent à considérer untel comme pécheur. »

[42] Ce passage entre crochets avait une expression manquante qui ne m’a pas permis de clarifier sa signification.

[43] Chaykh ‘Abd rahmân as-Sa‘dî – qu’Allah lui fasse miséricorde – a dit dans Riyâd an-Nadira (p. 109) : « Le véritable objectif des savants est de s’entraider dans la bonté et la piété, de s’efforcer de se soutenir mutuellement en tout point excepté pour cette affaire, de cacher les péchés des musulmans, de ne pas divulguer leurs erreurs, et d’être assidu à les alerter autant que possible par les moyens bénéfiques. Pour cela, on ne doit pas s’en prendre à l’honneur des savants et des religieux, car la science constitue un des rapprochements les plus méritoires qui soient. Si on avait dû rendre obligatoire le fait qu’ils ne doivent pas se tromper, ni commettre des erreurs, sans leur accorder une excuse ou la recherche d’une interprétation, alors cela n’aurait pas fait partie de la vérité et de l’équité de réduire à néant leurs qualités ou d’effacer leurs droits obligatoires à cause d’une infime chose. Cette attitude est celle des gens injustes et outranciers. Un énorme mal et une corruption inouïe résident dans cela. Quel savant ne s’est jamais trompé ? Quel sage n’a jamais commis de faux pas ? »

[44] L’auteur chaykh ‘Abd rahmân as-Sa‘dî – qu’Allah lui fasse miséricorde – a dit une magnifique parole concernant ce sujet dans al-Fatâwâ as-Sa‘diya p. 632-633. Je la transmets ici étant donné le lien avec notre sujet et du fait de son importance. Il a dit : « Une des plus grandes préoccupations à laquelle les savants, les enseignants et les étudiants doivent s’attacher, est de s’efforcer d’unifier leur parole et d’attacher les cœurs et d’éradiquer les causes du mal, de l’inimitié et de la haine entre eux. Cette affaire doit être leur principal souci, ils doivent s’y efforcer par tous les moyens, car l’objectif recherché tout comme le but est un. L’intérêt, lui,  incombe à chacun. Ainsi, ils réaliseront cette affaire avec l’amour des savants et de toute personne versée dans la science, ou de quiconque la recherche ou la dispense de manière bénéfique. Ils ne doivent pas laisser des ambitions malsaines les dominer ou les empêcher [dans l’atteinte] de ce sublime objectif. Ils doivent s’aimer les uns les autres et ils doivent se défendre mutuellement. S’ils voient quiconque dévier d’un autre alors ils doivent lui prodiguer un sincère conseil. Ils doivent lui faire craindre la dispute et la querelle dans les affaires partielles, car celles-ci n’appellent pas à l’amour et à l’union. En effet, on ne doit pas devancer ces affaires sur les affaires globales, celles qui unissent leur parole. Ils ne doivent pas laisser les ennemis du savoir, parmi la masse et les autres, avoir la capacité de semer la corruption entre eux et de désunir leur parole. Des avantages et des bénéfices, qu’on ne peut ni dénombrer ni recenser, découlent de la réalisation de ce noble but et de son accomplissement. S’il ne devait y en avoir qu’un seul alors c’est [tout simplement] la Religion que le Législateur a encouragé d’accomplir par tout moyen et le plus grand accomplissement que puisse réaliser les savants. C’est la plus grande preuve de la sincérité et du sacrifice : ces deux points sont l’âme de la religion, le dôme de son édifice. Il y aussi la diffusion et la propagation du savoir, l’immense étendue qui y aboutit et la variété des chemins qui y mènent. Tout ceci est manifeste. En effet, si les savants sont tous sur la même voie, ils pourront apprendre les uns auprès des autres et s’enseigner mutuellement. Par opposition, si chaque groupe est éloigné de l’autre et s’en écarte, le bénéfice se perd. Alors, on laisse place à son contraire et on obtient la haine et le sectarisme, chaque groupe guettant et scrutant les défauts et les erreurs de l’autre. Il n’en résulte que du dénigrement. Tout ceci annule ce à quoi appelle la religion, ce que la raison approuve et ce sur quoi étaient les pieux prédécesseurs (as-Salaf as-Sâlih). Quant à l’ignorant, il pense que cela fait partie de la religion… »