Les temps forts de l’histoire islamique

Écrit par

Un groupe d’enseignants de L’université  Imam Saud à Riyadh

Traduit et adapté par

cUmar âbû cAbdillah Al-Maghribî

Revu et corrigé par

L’équipe Islamhouse

Publié par

Le bureau de prêche de Rabwah (Riyadh)

www.islamhouse.com

L’islam à la portée de tous !

عَصْرُ الْخُلَفَاءِ الرَّاشِدِين

باللغة الفرنسية

ألّفها : جماعة من العلماء

-حفظهم الله-

ترجمة : عمر أبو عبد الله المغربي

مراجعة : قسم الترجمة الفرنسي لدار اسلام


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Au nom d’Allah, L’infiniment Miséricordieux, le très Miséricordieux



Chapitres 15-18 :

L’ère des califes bien guides (j)

# ABÛ BAKR AS-SIDDÎQ

# cUMAR IBN AL-KHATTÂB

# cUTHMÂN IBN cAFFÂN

# cALÎ IBN ABÎ TÂLIB

 Introduction : les quatre califes (j)

La mort du messager (e) inaugure une période nouvelle de l’histoire musulmane qui durera trente ans, l’ère des califes biens guidés. Quatre parmi les plus grands compagnons, choisis en fonction de leur antécédence et de leur mérite dans l’Islam, se succéderont à la plus haute fonction de l’état islamique et à la garde de la religion de Dieu. Le but ultime de ces quatre califes sera de servir l’Islam, aussi bien dans sa dimension prosélytique que politique.

Ils seront soucieux du bien commun des Musulmans. Chacun s’inspirera intégralement dans sa façon de diriger et d’administrer les affaires de l’empire, du Noble Coran et des paroles et actes du messager (e). C’est pour cela qu’ils seront surnommés les califes bien guidés et que leur époque, nous venons de le dire, sera connue sous le nom de l’ère des califes biens guidés. Cette période sera considérée comme le modèle de l’état islamique car les califes feront du messager (e)  leur guide et leur modèle, de même qu’ils respecteront scrupuleusement dans leur manière de juger, les préceptes du Noble Coran et de la pure tradition prophétique.

Né à la Mecque deux ans après le messager (e), Abû Bakr As-Siddîq (h) – de son vrai nom, cAbdullah Ibn Abî Qûhâfah cUthmân – appartenait à la tribu Qurayshite des Banû Tamîm. Déjà avant l’Islam, il était le meilleur ami du messager (e) et il sera le premier homme à répondre à son appel et à le suivre. Le messager (e) dit d’ailleurs à son propos : « Je n’ai appelé personne à l’Islam sans qu’il n’hésite, hormis Abû Bakr ».

Abû Bakr (h) s’est toujours tenu aux côtés du messager (e) à l’aider et à le soutenir dans sa prédication. Il a dépensé pour cela beaucoup de ses biens. Il est du reste, le compagnon de voyage du messager (e) lors de son émigration à Médine, comme mentionné dans la parole d’Allah (c) :

 إِلَّا تَنصُرُوهُ فَقَدۡ نَصَرَهُ ٱللَّهُ إِذۡ أَخۡرَجَهُ ٱلَّذِينَ كَفَرُواْ ثَانِيَ ٱثۡنَيۡنِ} {إِذۡ هُمَا فِي ٱلۡغَارِ إِذۡ يَقُولُ لِصَٰحِبِهِۦ لَا تَحۡزَنۡ إِنَّ ٱللَّهَ مَعَنَاۖ

« Si vous ne lui portez pas secours…Allah l’a déjà secouru, lorsque ceux qui avaient mécru l’avaient banni, deuxième de deux. Quand ils étaient dans la grotte et qu’il disait à son compagnon : ne t’afflige pas, Allah est avec nous[1]. »

À Médine, Abû Bakr (h) était comme un premier ministre pour le messager (e), qui ne pouvait espérer de meilleur soutien ni de conseiller plus sincère. Il assista à toutes les batailles avec le messager (e) et fut le porteur de l’étendard lors de la bataille de Tabûk. En l’an 9 de l’hégire, le messager (e) lui avait confié la tâche de diriger le pèlerinage avec les Musulmans. Et quand il tomba malade pour la dernière fois, il ordonna à Abû Bakr (h) de le remplacer comme imam des Musulmans dans la prière.

Abû Bakr (h) était devenu célèbre pour ses nombreuses qualités et ses nobles caractères, parmi lesquels : la pondération, la compréhension sage de la religion, l’observation scrupuleuse du livre d’Allah (c), son application de la Sunna ; de même qu’il fut connu pour sa forte détermination, de même que sa douceur et sa bienveillance.


 Son accession au califat

Le prophète (e)  n’ayant désigné personne pour lui succéder, les Auxiliaires (Ansars) – rejoints ensuite par les trois Emigrés que sont Abû Bakr, cUmar Ibn Al-Khattâb et Abû cUbaydah Ibn Al-Jarrâh – se réunirent après sa mort afin de se consulter sur le sujet. Après débat et échanges de points de vue, cUmar (h) s’avança vers Abû Bakr (h) et lui prêta serment, puis les Emigrés et les Auxiliaires firent de même. Ce fut dans un premier temps un pacte d’allégeance privé, qui eut lieu dans la demeure de Banû Sâcidah.

Le lendemain, Abû Bakr (h) prit place sur la chaire et toute la population lui prêta allégeance. Après que fut achevé ce rituel, il se leva, loua le Seigneur (c) puis déclara :

« Ô gens, on m’a désigné comme votre chef alors que je ne suis pas le meilleur d’entre vous. Mais le Coran a été révélé, le prophète a édicté les lois et nous avons appris. Pour moi le plus faible d’entre vous est le plus fort, afin que je lui accorde son droit. Et le plus fort d’entre vous est le plus faible, afin que je lui prenne une partie de ce qu’il possède en toute justice. Ô gens je ne suis qu’un suiveur pas un innovateur. Si je fais bien, aidez-moi, et si je m’écarte, redressez-moi. »

Ce discours représente la voie que suivra Abû Bakr (h) dans l’administration des affaires de l’état islamique.

 Ses réalisations

Abû Bakr (h) fut calife pendant deux ans et trois mois. Il passa cette période à lutter constamment pour défendre et maintenir le dogme islamique et pour consolider les piliers de l’état musulman. Ses réalisations les plus notables sont :

La guerre contre les apostats

A l’époque où Abû Bakr (h) devint calife, nombre de tribus arabes rejetèrent l’Islam. Ces apostats étaient de deux sortes :

- Ceux qui refusèrent de s’acquitter de la Zakat mais qui continuaient à accomplir le reste des rites de l’Islam.

- Un groupe qui refusa la religion en bloc. C’est d’ailleurs parmi celui-ci qu’apparaîtront des menteurs qui prétendront être prophètes, tels que Tulayhah Al-Asdî chez les Banû Asad, Sajâh Bint Al-Hârith au sein d’une partie des Tamîm, ou encore Musaylamah le tristement célèbre menteur et imposteur des Banû Hanîfah ou Al-Aswad Al-cAnsî chez la tribu des Qahtân du Yémen.

La vague d’apostasie fut une rude épreuve pour la communauté musulmane après la mort du messager (m). Abû Bakr (h) et les notables parmi les compagnons se concertèrent à ce sujet et finalement, tout le monde tomba d’accord sur la nécessité de faire face aux apostats, que ce soit ceux qui étaient retournés au paganisme ou ceux qui s’étaient refusés à s’acquitter de la Zakat.

Abû Bakr (h) prononça alors cette parole restée célèbre : « Par Allah s’ils me refusent ne serait-ce que le bout de corde d’un chameau qu’ils donnaient jadis au messager, je les combattrai pour cela ».

Animé par cette fermeté et une foi inébranlable, Abû Bakr (h) envoya onze armées combattre les apostats, chacune étant commandée par un général parmi les plus compétents et les plus sincères dans la prédication.

Les armées islamiques livreront plusieurs batailles contre les renégats, et les combattants musulmans feront preuve d’exemple, tant dans leur sacrifice que dans leur sincérité. Grâce à cette détermination dans le commandement et au sacrifice des combattants, le mouvement apostat sera littéralement écrasé et l’Islam regagnera toute la péninsule arabique.

L’assemblement du Noble Coran

A l’époque du prophète (m), les compagnons apprenaient le Coran par cœur sans qu’il soit jamais rassemblé dans un livre. Néanmoins, après que bon nombre de récitateurs tombèrent en martyr dans la guerre contre les apostats, Abû Bakr (h) saisit l’urgente nécessité de rassembler le Livre Saint en un exemplaire.

Ayant été consultés, les grands compagnons furent du même avis. Il confia cette tâche à un  illustre compagnon : Zayd Ibn Thâbit (h). Celui-ci se mit alors à rassembler les versets et les sourates à partir des rameaux de palmiers, des morceaux de cuir, en sollicitant également la mémoire des gens, et les plaça dans un livre qu’il déposa chez le calife. Apres la mort de ce dernier, cet exemplaire fut gardé chez son successeur le calife cUmar Ibn Al-Khattâb (h). Et quand à son tour, le deuxième calife rendit l’âme, la copie sera confiée à sa fille Hafsah (i), la mère des croyants, jusqu’à ce que le troisième calife, cUthmân (h) en prenne possession et ordonne qu’on en transcrive plusieurs exemplaires, à diffuser dans toutes les régions de l’Empire. Le rassemblement du Coran est en somme l’une des réalisations majeures liées au nom d’Abû Bakr As-Siddîq (h). Grâce à cela, le Noble Coran fut préservé de l’ajout, de la diminution et de l’altération, contrairement à la Thora et à l’Evangile qui n’ont pas échappé aux apocryphes et aux modifications. Allah (b) a certes dit vrai quand Il (c) a dit :

{ إِنَّا نَحۡنُ نَزَّلۡنَا ٱلذِّكۡرَ وَإِنَّا لَهُۥ لَحَٰفِظُونَ }

« En vérité, c’est Nous qui avons fait descendre le Coran, et c’est Nous qui en sommes gardien[2]. »

Le début des conquêtes

La religion musulmane n’est pas l’apanage des Arabes mais plutôt un message adressé à toute l’humanité. Allah (b) a en effet dit :

 وَمَآ أَرۡسَلۡنَٰكَ إِلَّا كَآفَّةٗ لِّلنَّاسِ بَشِيرٗا وَنَذِيرٗا وَلَٰكِنَّ أَكۡثَرَ} {ٱلنَّاسِ لَا يَعۡلَمُونَ

« Et Nous ne t’avons envoyé qu’en tant qu’annonciateur et avertisseur pour toute l’humanité. Mais la plupart des gens ne savent pas[3]. »

Conformément à ce principe, le messager (m) envoya en l’an 7 de l’Hégire, plusieurs émissaires aux souverains des nations voisines, les appelant à l’Islam. Il (m) correspondit notamment avec le prince de Busrâ, celui de Damas, le patriarche d’Egypte, et envoya même une lettre à Kisrâ, roi des Perses ainsi qu’à César, empereur de Byzance.

D’un autre côté, le messager (m) avait préparé avant sa mort une armée, conduite par Usâmah Ibn Zayd (h), pour attaquer les frontières du Shâm, en réponse à la défaite musulmane de Mu’tah. Cependant, sa maladie puis sa mort ont conduit à différer la sortie de l’armée d’Usâmah (h). C’est pour cela que l’envoi de cette armée fut l’une des priorités d’Abû Bakr (h) après être devenu calife. Cette armée atteignit effectivement son objectif. En effet, lorsque les apostats apprirent que les Musulmans avait envoyé une armée au Shâm combattre les Byzantins, ils furent pris de panique.

Après cela, le calife (h) concentra ses efforts à combattre les apostats jusqu’à mater leur mouvement et que l’étendard du monothéisme flotte à nouveau aux quatre coins de la péninsule arabique. Puis, il aspira à propager la religion hors de la péninsule, principalement en Perse, en Iraq et au Shâm.

Il envoya donc l’armée musulmane dans ces régions, en assignant le commandement du régiment expédié contre les Perses à Khâlid Ibn Al-Walîd (h). Quant aux forces dirigées vers l’état byzantin au Shâm, elles furent divisées en quatre bataillons ayant chacun son propre commandant. Ces commandants étaient : Abû cUbaydah Ibn Al-Jarrâh, Yazîd Ibn Abî Sufyân, cAmr Ibn Al-cÂs et Shurahbîl Ibn Hasanah.

Sur le front perse, l’armée de Khâlid Ibn Al-Walîd (h) concrétisa une série de victoires, non seulement sur les Perses mais également sur leurs alliées parmi les tribus arabes. Il pénétra à l’intérieur des régions contrôlées par les Perses, en prit le contrôle et en fit un vassal de l’état islamique.

Et tandis qu’il poursuivait ses conquêtes allant de victoire en victoire en Iraq, un message lui parvint du calife Abû Bakr lui ordonnant de se diriger vers le Shâm afin de participer avec les combattants musulmans qui étaient déjà sur place à la guerre contre les Byzantins. Là-bas, les forces musulmanes étaient de moins de quarante mille hommes tandis que l’armée byzantine en comptait plus de deux cent mille.

Arrivé sur place, Khâlid Ibn Al-Walîd (h) prit le commandement de l’armée. Puis, sur les bords du fleuve Al-Yarmûk (dans l’actuelle Jordanie), une bataille légendaire s’engagea entre les deux camps. Grâce à Allah (c), puis à la stratégie mise en place par ce général d’exception et enfin à la sincérité des combattants musulmans et leur sacrifice dans l’effort, la victoire se concrétisa pour les Musulmans dans ce qui fut la première guerre et la plus grande bataille contre les Byzantins.

Quand la nouvelle de la lourde défaite infligée aux Byzantins parvint à Héraclius (NdR : appelé César par les Arabes, comme tout empereur byzantin) qui se trouvait alors près de Hims, il alla se replier vers le Nord à Constantinople, capitale de l’Empire (actuelle Istanbul) et déclara : « Paix à toi, chère Syrie, Adieu. »

La victoire musulmane à Al-Yarmûk vint définitivement boucler les brillantes actions que l’état islamique avait réalisées sous le califat d’Abû Bakr As-Siddîq (h), qui décéda le 21 au soir de Jumâdâ premier de l’an 13 de l’Hégire (22 août 634 g.). Malgré sa courte durée, son bilan abonde d’actions éminentes et de réalisations grandioses qui ont renforcé l’Islam et les Musulmans.

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De treize ans cadet du prophète (e), cUmar Ibn Al-Khattâb Ibn Nufayl (h), de la tribu qurayshite des Banû cAdiy, était durant la Jâhiliya (période antéislamique),  un ambassadeur de Quraysh quand des désaccords ou des guerres se produisaient parmi les factions de La Mecque ou encore entre La Mecque et les autres tribus d’Arabie.

Nous avons vu précédemment qu’il était, dans les premières années de la prophétie, l’un des pires ennemis de l’Islam et des Musulmans, mais qu’en l’an 6 de la prophétie, Allah (c) ouvrit son cœur à l’Islam. Sa conversion fut alors d’un grand secours pour l’Islam et ses adeptes.

Aussi, lorsqu’Allah (b) autorisa les Musulmans à s’exiler à Médine, tous partirent en secret sauf cUmar (h) qui le fit publiquement, prenant ainsi les chefs Qurayshites au défi.

A Médine, il sera l’un des très proches compagnons du messager (e), qui suivait d’ailleurs son conseil dans bon nombre d’affaires concernant les Musulmans. Aussi, cUmar (h) participa ainsi à la plupart des batailles.

Ses principales qualités étaient la justice et la fermeté. La justice totale, sans partialité ni favoritisme et la fermeté basée sur la réflexion et la sagesse. Avec ces deux caractéristiques parmi tant d’autres qualités de dirigeant, cUmar (h) épaulera Abû Bakr As-Siddîq (h) dans la direction de l’état islamique. Il était sans conteste le plus illustre des compagnons après Abû Bakr (h), il n’est donc pas étonnant que le premier calife de l’Islam lui ait légué le califat après lui. On ne pouvait trouver  de meilleur successeur au meilleur prédécesseur.

 Les réalisations de cUmar Ibn Al-Khattâb

Le califat de cUmar (h) dura environ douze années et demi, durant lesquelles il s’activera sans discontinuer dans le dessein de renforcer l’Islam et d’élever l’état musulman. Le bilan de ses œuvres est rempli de très grandes réalisations tant sur le plan intérieur que sur celui de la politique étrangère.

Sur le plan extérieur

cUmar (h) poursuivra le mouvement de conquêtes initié par son prédécesseur avec pour résultat l’annexion de la majorité de la Perse tout en y propageant l’Islam là-bas, ainsi que l’annexion de nombreuses régions de l’état byzantin en Assyrie. Le général en chef des Musulmans sur le front perse était Sacd Ibn Abî Waqqâs Az-Zuhrî le Quraychite (h). Sous le commandement de ce grand général, l’armée musulmane l’emporta sur celles des Perses à la bataille d’Al-Qâdisiyah, où le général perse Rustum trouvera la mort ainsi que des dizaines de milliers de ses hommes.

Toujours sous le commandement de Sacd (h), Al-Madâ’in, la capitale perse (située sur le bord du fleuve Dajlah) passa, au mois de Safar de l’an 16 de l’Hégire, sous domination musulmane.

Yazdgard, le Roi perse, n’accepta pas pour autant la défaite subie et se mit à se préparer et à rassembler son armée. En l’an 21 de l’Hégire (641 av. J-C), une des plus grande batailles entre Musulmans et Perses eut lieu, la fameuse bataille  de Nahâwand (dans l’actuelle Iran, au sud de Hamadhân) où les Musulmans, sous le commandement de Nucaym Ibn Al-Muqrin[4] (h), remportèrent une splendide victoire. La prise de Nahâwand sera une conquête décisive. En effet, elle débouchera sur la chute de l’empire perse et il n’y aura après elle aucune bataille d’une telle grande envergure.

Sur le second front, celui de Byzance, bon nombre de généraux musulmans s’illustreront et seront les artisans de très belles victoires. Sous le commandement d’Abû cUbaydah Ibn Al-Jarrâh (h), quatre grandes villes de Syrie seront conquises : Damas, Hims, Hamâh et Alep (Halab).

Par ailleurs, toute la Palestine sera conquise par l’armée de cAmr Ibn Al-cÂs (h) et Yazîd Ibn Abî Sufyân (h) avec en l’an 15, la prise de Jérusalem, capitale spirituelle. cUmar (h) écrira à ses habitants un message considéré comme le modèle de ce que les relations entre l’état musulman dominant et les populations conquises, adeptes d’autres religions telles que le christianisme et le judaïsme, devaient être.

La conquête de la Palestine ouvrira le chemin à la marche vers l’Egypte qui était également sous autorité byzantine. C’est cAmr Ibn Al-cÂs (h) qui suggéra au calife cUmar (h) de la conquérir. Après quelques hésitations, le calife accepta et cAmr conduisit les forces islamiques à l’assaut du pays des Pharaons. Il réussit à s’emparer de la forteresse de Babylone (celle d’Egypte) puis pénétra sur Alexandrie, la capitale égyptienne sous l’ère romaine, et l’assiégea jusqu’à ce qu’elle tombe entre les mains des Musulmans. C’est ainsi que l’Egypte passa sous le giron islamique.

C’est ainsi qu’en dix années environ, la conquête de la Perse, de l’Irak, de l’Egypte et de l’Assyrie furent achevées. Les frontières de l’état islamique s’étendaient désormais à l’Est jusque sur les bords du fleuve Sind (dans le Pakistan actuel) et du fleuve Jîhûn[5], tandis que la ville de Barqah (dans la Libye actuelle) marquait la frontière de l’ouest. Tout ceci nous montre que les réalisations du calife cUmar (h) sur le plan extérieur furent exceptionnelles. Pour bien en saisir l’ampleur, il nous faut comparer la carte politique de l’état islamique à la fin de l’ère d’Abû Bakr (h) avec celle de la fin du califat de cUmar (h).

Sur le plan intérieur

cUmar (h) a également abattu une grande activité en termes de politique intérieure. En effet, nombre de bases des dispositifs islamiques ont été implémentées sous le règne de ce très grand calife. Par exemple, l’organisation des gouverneurs, la décentralisation régionale de pouvoir et la hiérarchie dans laquelle chaque gouverneur rend compte au calife, l’organisation des registres comme celui de l’armée ou celui des impôts, ou encore l’organisation de la justice, ont vu leurs bases établies sous le califat de cUmar (h).

C’est également sous son califat que les villes d’Al-Basrah et d’Al-Kûfah en Irak et Al-Fustât en Egypte furent bâties. En outre, il fut le premier à fixer le calendrier de l’Hégire considérant, du fait de son immense importance dans l’histoire musulmane, l’émigration du messager (e) à Médine comme le début de l’ère musulmane.

 La mort de cUmar Ibn Al-Khattâb (h)

Un matin, alors qu’il guidait la prière du matin dans les derniers jours de Dhul-Hijjah de l’an  23, un homme se rua sur cUmar (h) et le poignarda à six reprises. Bien qu’il n’ait pas succombé sur le coup, le calife ne survit malheureusement pas à ses blessures. Il mourût (h) en martyr à l’âge de soixante-trois ans ayant satisfait son Seigneur, et satisfait de Lui. Celui qui le poignarda s’appelait Abû Lu’lu’ah Al-Majûsî (le Mazdéen), c’était un esclave perse nommé Fayrûz.

La raison directe de cet assassinat était la prétention que cUmar (h) n’avait pas donné suite à la plainte d’Abû Lu’lu’ah contre son maître Al-Mughîrah Ibn Shucbah. Toutefois, le plus vraisemblable est que cet assassinat fût le fruit d’un complot mazdéen contre le calife des Musulmans.

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On demanda à cUmar (h), après qu’il a été poignardé, de désigner un de ses compagnons afin de lui succéder. Il désigna alors six illustres compagnons parmi ceux promis au Paradis de leur vivant, et leur demanda de se concerter afin de choisir parmi eux le prochain calife. Ces six étaient :

- cUthmân Ibn cAffân,

- cAlî Ibn Abi Tâlib,

- cAbdurrahmân Ibn cAwf,

- Sacd Ibn Abî Waqqâs,

- Az-Zubayr Ibn Al-cAwwâm,

- et Talhah Ibn cUbaydillah (j).

Apres  s’être concertés, leur choix se porta sur cUthmân (h) qui devint donc le troisième des califes biens guidés.

Né cinq ans après le messager d’Allah (e), il est cUthmân Ibn cAffân Ibn Abî Al-cÂs (h), membre des Banû Umayyah, de la tribu des Quraysh. Il est l’un des tout premiers à avoir embrassé l’Islam ainsi que l’un des dix promis au Paradis de son vivant.

Le prophète (e) l’aimait énormément et le rapprocha de lui. Il (e) le maria à sa fille Ruqayyah (i) et quand celle-ci décéda, il lui donna la main de son autre fille Umm Kalthûm (i). C’est pour cela qu’on le surnomma Dhu An- Nurayn (« l’homme aux deux lumières »).

A Médine, cUthmân (h) resta avec le messager (e) et assista avec ce dernier à toutes les campagnes sauf celle de Badr car, sa femme étant très malade, il était resté à son chevet. cUthmân (h) dépensa énormément de ses biens tout au long de sa vie pour soutenir la prédication islamique et renforcer les Musulmans. A la bataille de Tabûk (Rajab de l’an 9), le messager (e) enjoignit les Musulmans à dépenser et à financer la campagne. Ceux-ci se concurrencèrent dans la dépense des biens mais cUthmân (h) dépensa ce jour-là plus que n’importe qui d’autre.

Les principales qualités de cUthmân (h) étaient la douceur et la modestie.

 Les principales réalisations des musulmans sous le califat de cUthmân Ibn cAffân (h)

Le califat de cUthmân (h) fut une période faste pour les Musulmans, qui accompliront beaucoup de choses. Tout d’abord, ils poursuivront leurs conquêtes sur les deux fronts, Est et Ouest.

Sur le front Est, les musulmans réussirent à éteindre les mouvements de rébellion naissant dans la région du Khurâsan[6] ainsi qu’en Azerbaïdjan[7].

Du reste, les Musulmans continuaient d’avancer dans leurs conquêtes. Ils prirent le Tabaristan (au nord de l’actuel l’Iran) et progressèrent dans la région du Khirz, sur le flanc ouest de la mer caspienne.

Finalement, en l’an 31 de l’Hégire, l’empereur perse Yazdgard III est exécuté, ce qui provoquera la chute définitive de l’empire perse sassanide.

Sur l’autre front, le front ouest dans lesquels se trouvaient les Byzantins, les Musulmans remportèrent également de nombreuses victoires. Le gouverneur du Shâm, Mucâwiyah Ibn Abî Sufyân (h) progressa dans la conquête de l’empire romain d’Orient, jusqu’à gagner cAmmûriyah (dans l’actuelle Turquie). En outre, il conquit avec sa flotte, l’île de Chypre en mer Méditerranée. Enfin, toujours sur ce front, les Musulmans réussiront à éteindre la révolte qui avait éclaté à Alexandrie. Aussi, la flotte islamique parviendra même à infliger une sévère défaite à la flotte byzantine, lors de la fameuse bataille Dhât As-Sawârî. Grâce à cette victoire, l’état islamique deviendra également une puissance maritime.

Avec cela, le calife cUthmân (h) écrira un autre mérite à son actif. Craignant la dissension entre les Musulmans dans la lecture du Coran, il est celui qui rassemblera la communauté autour d’un seul exemplaire. Pour accomplir cette tâche, il chargera plusieurs compagnons de retranscrire d’autres exemplaires que celui que Zayd (h) avait assemblé à l’époque d’Abû Bakr (h).

Cette transcription s’achèvera après une minutieuse relecture puis, les copies seront distribués dans toutes les régions de l’Empire et seront considérés comme les seuls exemplaires de référence. Par cet acte, les Musulmans seront réunis autour d’un même exemplaire du Coran.

A la fin du califat de cUthmân (h), des troubles éclatèrent en Irak (à Al-Basrah et à Al-Kûfah pour être exact), ainsi qu’en Egypte. La principale cause était que cUthmân (h) s’était entouré de quelques-uns de ses proches pour administrer les affaires du pays, ce qui, du point de vue de certains Musulmans, le plaçait dans une position ambigüe. De plus, cAbdallah Ibn Saba’, un juif du Yémen, contribua très largement, à mettre le feu aux poudres. Les troubles s’aggravèrent et la situation dégénéra lorsque les rebelles vinrent à Médine exiger du calife qu’il démissionne. Devant son refus, ils cernèrent sa maison et après vingt-deux jours de dur encerclement, les rebelles pénétrèrent chez lui et l’assassinèrent.

C’est ainsi qu’après un califat qui avait duré douze ans, le bienveillant cUthmân (h) trouva la mort le 18 de Dhul-Hijjah de l’an 35 de l’Hégire. Il était alors âgé de 82 ans. Qu’Allah l’agrée !

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Il est cAlî Ibn Abî Tâlib Ibn cAbdil-Muttalib, cousin et gendre du messager (e) puisqu’il avait épousé sa fille Fâtimah (i). Il est le premier jeune garçon à avoir cru en la révélation et un des dix à qui le prophète (e) a annoncé le Paradis.

Quand ce dernier (e) émigra à Médine, cAlî (h) demeura à La Mecque afin de rendre les dépôts que certaines personnes avait déposés chez le messager (e) auparavant, puis, il émigra après cela à Médine.

Exception faite de Tabûk, il participa à toutes les batailles en compagnie du messager (e). Il était notamment connu pour son courage ainsi que pour son éloquence et sa rhétorique.

Après l’assassinat du calife cUthmân (h), les rebelles proposèrent le califat à cAlî mais ce dernier déclina. Cependant, les grands responsables parmi les Emigrés et les Auxiliaires insistèrent pour qu’il accepte, afin d’éviter de nouveaux troubles. cAlî (h) consentit donc à leur requête et dans les derniers jours de Dhul-Hijjah de l’an 35 de l’Hégire, on vint lui prêter serment solennellement.

 L’état islamique sous le califat de cAlî (h)

cAli (h) demeura environ cinq années à la tête de l’état. Son califat coïncida avec une période de troubles et de dissensions parmi les Musulmans, causées par ce qui avait conduit à la mort du calife cUthmân (h). Les conséquences de ces troubles apparaîtront à la bataille d’Al-Jamal et celle de Siffîn.

 La bataille d’Al-Jamal

Talhah Ibn cUbaydillah (h) et Az-Zubayr Ibn Al-cAwwâm (h) font partie des six que le calife cUmar (h) avait désignés pour choisir son successeur. Et lorsqu’après la mort de cUthmân (h), on jura fidélité à cAlî, Talhah et Az-Zubayr furent de ceux qui prêtèrent serment. Mais sous l’influence des troubles, ils changèrent d’avis, de même que la mère des croyants cÂïshah (i). En l’an 36, le différend entre les deux camps s’accrut au point de mener à la bataille d’Al-Jamal. Cette bataille débouchera sur une véritable hécatombe au sein des deux camps, sans épargner Talhah et Az-Zubayr (k).

 La bataille de Siffîn[8]

La première décision de cAlî (h) en tant que calife, sera de révoquer certains gouverneurs que cUthmân (h) avait nommés, parmi lesquels Mucâwiyah Ibn Abî Sufyân, gouverneur de Damas depuis le califat de cUmar (h) et du Shâm depuis celui de cUthman (h). Plutôt que d’obéir aux ordres du nouveau calife et d’abandonner sa fonction, Mucâwiyah l’accusa d’être de mèche avec les rebelles dans l’assassinat de son prédécesseur. La crise prit de l’ampleur jusqu’à finalement aboutir en l’an 37, à la bataille de Siffîn, bataille qui a failli s’achever sur la victoire de cAlî (h) si ce n’est que les partisans de Mucâwiyah, pressentant la défaite, brandirent des exemplaires du Coran au bout de leurs lances sollicitant l’arbitrage du Livre d’Allah (b).

cAlî (h), estimant que ce n’était qu’une ruse, n’accepta pas cette proposition bien que la majorité de son armée opta pour l’arbitrage. Après qu’il eut accepté l’arbitrage, certains soldats lui demandèrent de retourner combattre et de délaisser cet arbitrage. Devant son refus, cette faction entra en dissidence et sortirent de son autorité. C’est pour cela qu’ils furent surnommés les Kharijites (de la racine arabe « kha-ra-ja » qui signifie sortir).

cAlî (h) s’accorda ensuite avec Mucâwiyah sur la désignation de deux représentants pour ce jugement. Le calife désigna Abû Mûsâ Al-Ashcarî, Mucâwiyah choisira quant à lui cAmr Ibn Al-cÂs.

Les deux représentants se réuniront à Dawmat Al-Jandal mais ne parviendront malheureusement pas à une solution acceptable.

 Les kharijites

Après être sortis de l’autorité de cAlî (h), les Kharijites se mirent à provoquer des troubles un peu partout, obligeant le calife à les combattre. Une grande bataille s’engagea alors entre les deux camps à Nahrawan (dans l’actuel Iraq situé entre Baghdad et Wâsit), bataille qui fera de nombreux morts dans les rangs kharijites.

Apres cette débâcle, le Kharijite Abdurrahmân Ibn Al-Muljim (qui avait survécu et fui) réussit à asséner un coup d’épée à cAlî (h) alors que ce dernier dirigeait la prière de l’aube, le 15 du mois de Ramadan de l’an 40 de l’Hégire. Deux jours après, à l’âge de soixante-trois ans, son âme pure rejoignit son Seigneur (c).

Après l’assassinat de cAlî (h), ses partisans prêtèrent serment à son fils Al-Hasan (h). Toutefois, celui-ci fit le choix de céder son titre en faveur de Mucâwiyah, pour préserver la vie des Musulmans.

C’est ainsi que s’achève la glorieuse époque des califes bien guidés – qu’Allah les agréé tous – et qu’une nouvelle ère de l’histoire musulmane voit le jour, celle des Omeyades.



[1] S. 9, v. 40.

[2] S. 15, v. 9.

[3] S. 34, v.28.

[4] NdR : il fut tué dans cette bataille et assigna son frère comme successeur avant de mourir, An-Nucmân Ibn Muqrin.

[5] Jîhûn est le fleuve voulu par l’appellation « bilâd mâ warâ an-nahr », littéralement : « les contrées derrière le fleuve » ou la Transoxiane en français ». Le fleuve Jîhûn marque aujourd’hui la frontière occidentale de la République d’Ouzbékistan dont la capitale est Tachkent.

[6] Région qui se trouve aujourd’hui à cheval sur trois états : l’Iran, l’Afghanistan et le Turkménistan.

[7] La plus grande partie de cette région fait référence à l’ancienne république soviétique que l’on connaît dont la capitale, Bakou, est située sur le flanc ouest de la mer caspienne. Sa plus petite partie se trouve dans l’actuel Iran et dont la principale ville est Tabriz.

[8] Cette ville se trouve en actuelle Syrie, sur la rive ouest de l’Euphrate, à proximité d’Ar-Riqqah.