Les temps forts de l’histoire islamique

Ecrit par

Un groupe d’enseignants de l’université  de l’Imam Saud

Traduit par

cUmar âbû cAbdillah

Revu et corrigé par

L’equipe Islamhouse

Publié par

Le bureau de prêche de Rabwah (Riyadh)

www.islamhouse.com

L’islam à la portée de tous !

حالة جزيرة العرب قبل الإسلام

باللغة الفرنسية

ألّفها

جماعة من العلماء

-حفظهم الله-

ترجمة : عمر أبو عبد الله

مراجعة : قسم الترجمة الفرنسي لدار اسلام

بِسْمِ اللهِ الرَّحْمنِ الرَّحِيمِ

Au nom d’Allah, L’infiniment Miséricordieux, le très Miséricordieux



 Chapitre 1 : L’état de la péninsule arabique

 Géographie et démographie

La péninsule ou presqu’île arabique se situe à l’extrême sud-ouest du continent asiatique. Elle est délimitée par la Mer Rouge à l’ouest, par le Golfe Persique et le Golfe d’Oman à l’est, l’Océan Indien et la Mer d’Arabie au sud et l’Assyrie (région du Shâm) et l’Iraq au nord.

C’est une vaste région de plus de 2000 kms du nord au sud et de plus de 1500 kms d’est en ouest.

Région sans fleuve, elle est constituée en majorité de déserts, dans lesquels la vie dépend essentiellement de la pluie qui ne tombe que rarement, excepté au sud où elle y est parfois abondante.

Les Arabes ont depuis longtemps résidé dans cette péninsule. Certains parmi eux – tels les « cÂd », peuple du prophète « Hûd » et les « Thamûd », peuple du prophète « Sâlih », se sont éteints. Ils sont connus sous le nom des « Arabes Disparus »

Quant aux Arabes qui ne se sont pas éteints, ils se divisent en deux grands groupes : les Arabes Qahtânites et les Arabes cAdnânites.

Les Arabes Qahtânites ou « Arabes du sud » sont ceux qui s’apparentent à « Yacrub ibn Qahtân ». Originaires du Yémen, leurs tribus se sont initialement divisées. Elles ont ensuite émigré en s’éparpillant dans plusieurs autres régions de la péninsule. Parmi elles, on retrouve les tribus « Al-Azd » et « Kindah ».

Quant aux cAdnânites, ils sont les descendants du prophète Ismâcîl (u) et de sa femme Hâjar, qui était arabe. Ils se sont établis dans la région du « Hijâz » et de « Tihâmah », ainsi que dans d’autres régions du nord. Les plus célèbres de ces tribus sont « Quraysh » et « Tamîm ».

 La situation politique

La stabilité et la puissance économique des Arabes du sud ont favorisé le développement et l’organisation de leur vie politique. Ceci leur a permis d’instituer des états organisés. Les plus connus parmi ces états Yéménites étaient l’état de « Macîn » et celui de « Qatbân », de même que les états de « Saba’ » et de « Himyar ».

 L’état de Saba’

Vers l’an 1000 av. J-C, apparait au Yémen l’état de Saba’ qui établit la ville de « Ma’rib » comme capitale. Le barrage, qui avait été construit par les yéménites pour stocker les eaux de pluie en vue de les utiliser en cas de besoin, fut à l’origine de l’âge d’or économique et agricole dont jouit l’état de Saba’.

Le Coran a d’ailleurs mentionné Saba’. Allah (I) a dit : « Il y avait assurément pour la tribu de Saba’ un signe dans leurs habitats : deux jardins, l’un à droite et l’autre à gauche. « Mangez de ce que votre Seigneur vous a attribué et soyez-Lui reconnaissants : une bonne contrée et un Seigneur Pardonneur ». [Sourate 34, v. 15]

La reine de Saba’ « Bilqîs » - qui épousa le prophète Sulaymân (u), y est également mentionnée. En effet, Allah (I) a dit :

 « Mais [la huppe] n’était restée (absente) que peu de temps et dit : « J’ai appris ce que tu n'as point appris; et je te rapporte de Saba’ une sûre nouvelle. J’ai trouvé qu’une femme était leur reine, que de toute chose elle avait été comblée et qu’elle avait un trône magnifique » ». [S.27 », v. 22-23]

Aux environs des années 200 av. J-C, suite à l’effondrement du barrage de Ma’rib, source de fertilité et donc de développement agricole, l’état de Saba’ disparut, poussant les yéménites à émigrer vers d’autres régions. La tribu « Al-Azd » -  dont sont issus les « Aws » et les « Khazraj » qui s’établirent à Médine et qu’on appellera après l’Islam « Al-Ansâr 1NdC : appelés également les Auxiliaires. » – fut parmi celles qui émigrèrent du Yémen.

 L’état de Himyar.

Suite à la chute de Saba’, un autre état émerge : « Himyar ». Celui-ci – dont les habitants sont de confession juive – gouvernera de l’an 115 av. J-C jusqu’à l’an 525 après J-C.

Yûsuf Dhû Nuwâs, qui se fanatisa pour le judaïsme, fut l’un des rois les plus célèbres de cet état. Il fit la guerre aux chrétiens de Najrân, voulant les forcer à embrasser sa religion. Devant leur refus, il fit creuser un long fossé puis les y jeta. Ceci eut lieu en 534 ap. J-C et d’ailleurs, cet épisode est mentionné dans le Noble Coran, dans lequel Allah (I) a dit :

 « Que périssent les gens du fossé (al-ukhdûd), le feu plein de combustible. Alors qu’ils étaient tout autour, ils furent ainsi témoins de ce qu’ils faisaient subir aux croyants, à qui ils ne reprochaient que d'avoir cru en Allah, le Puissant, le Digne de louanges ». [S. 85, v. 4-8]

Ce fanatisme ouvrit les portes du Yémen à une intervention Abyssine. En effet, lorsque Justin – l’empereur byzantin qui était chrétien – apprit ce qu’avait fait Dhû Nuwâs des chrétiens de Najran, il ordonna au Négus, empereur de l’Abyssinie, d’envahir le Yémen et de punir son roi pour les avoir tués. Le Négus s’exécuta en envoyant une armée combattre Dhû Nuwâs et envahit ainsi le Yémen.

Ensuite, les Abyssins s’employèrent à propager le christianisme chez les Arabes. Pour ce faire, Abrahah, leur chef, fit construire une gigantesque église qu’il baptisa « Al-Qullays » et qu’il orna d’or et d’argent afin de séduire les Arabes, les inciter à adopter le christianisme et les pousser à accomplir leur pèlerinage vers cette église au lieu de La Mecque. Les Arabes n’acceptèrent pas le christianisme mais se moquèrent de l’acte d’Abrahah. Un bédouin alla jusqu’à se rendre à cette église pour la souiller.

Abrahah fut furieux et décida en représailles de détruire la Kacbah. Pour ce faire, il apprêta une immense armée dotée d’un énorme éléphant. Mais il ne put réaliser son projet de destruction de la Kacbah car Allah la sauva en envoyant sur Abrahah et son armée des oiseaux par volées qui les inondèrent de pierres d’argile, ce qui fit périr la majorité de son armée.

Allah (I) mentionne cette histoire dans le Coran:

 « N’as-tu pas vu comment ton seigneur a agi envers les gens de l’Eléphant? N’a-t-Il pas rendu leur ruse complètement vaine? Et envoya sur eux des oiseaux par volées, qui leur lançaient des pierres d’argiles? Et les a rendus semblables à une paille mâchée » [S. 85, v. 1-5]

Par la suite, Sayf ibn Dhî Yazan, un des chefs de Himyar, parvient avec l’aide des perses à chasser les Abyssins du Yémen, mais il est tué. Le Yémen devient donc une province perse dont le gouverneur sera mandaté par le roi de Perse. Le Yémen demeurera dans cette situation jusqu’à l’avènement de l’Islam. Le dernier gouverneur perse du Yémen sera Bâdhân, dont Allah ouvrira le cœur et qui embrassera l’Islam.

 L’état de la péninsule arabique (2ème partie)

 Les Quraysh à La Mecque

Nous avons vu précédemment que la plus célèbre des tribus cAdnânites était celle des Quraysh. L’histoire et la gloire des Quraysh étaient étroitement liées à celles de la Mecque et de la Maison Sacrée. C’est en effet à la Mecque qu’Ibrâhîm (u) et son fils Ismâcîl (u) avaient bâti la Kacbah, Maison Sacrée d’Allah. C’est alors qu’Ibrâhîm avait lancé un appel à l’humanité pour qu’ils effectuent le pèlerinage, et ce conformément a l’ordre qu’Allah (I) lui avait adressé :

 « Et fais aux gens une annonce pour le pèlerinage. Ils viendront vers toi, à pied, et aussi sur toute monture, venant de tout chemin éloigné ». [S. 22, v. 27]

Grâce à cela, La Mecque était devenue la destination privilégiée de toutes les tribus de la presqu’île arabique, qui s’y rendirent aussi bien pour le pèlerinage que pour le commerce.

Parmi la descendance d’Ismâcîl (u), il y avait le peuple des cAdnân. C’est d’ailleurs de sa descendance que s’apparentent toutes les tribus cAdnânites. Parmi les plus illustres chefs de cette tribu figurait « Qusayy Ibn Kilâb », aïeul du prophète Muhammad (e) de quatre générations. Il prit le commandement de la Mecque et de la Mosquée Sacrée vers l’an 440[1] et y cumula le pouvoir politique et religieux. Il jouissait en effet du privilège « d’As-Siqâyah » qui consistait à abreuver les gens pendant le pèlerinage. Par ailleurs, il se chargeait « d’Ar-Rifâdah » qui était le privilège de nourrir les nécessiteux lors de la saison du pèlerinage, de même qu’il disposait « d’Al-Hijâbah » qui faisait de lui le gardien des clefs de la Kacbah. Il détenait également « Al-Liwâ’ » qui était l’étendard militaire sous lequel les Quraysh menaient la guerre, et enfin « Dâr An-Nadwah » à savoir la chambre parlementaire dans laquelle se réunissaient les chefs qurayshites pour les questions importantes.

Tout ceci nous montre que Qusayy avait réuni à lui seul toutes les fonctions principales de La Mecque et en d’autres termes, qu’il exerçait une position de dirigeant (absolu), ce qui procurait aux Quraysh un immense prestige. Par la suite, les descendants de Qusayy héritèrent de ce pouvoir et de cette gloire. Ainsi, à l’époque de cAbdul-Muttalib Ibn Hâshim, grand-père du prophète (e), le pouvoir était reparti entre dix personnes parmi les nobles de Quraysh, chaque fonction se perpétuant de père en fils.

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 La situation religieuse

A l’avènement du prophète Muhammad (e), à la fin du 6ème siècle, le paganisme – l’adoration des statues – était la religion prédominante des arabes, notamment à la Mecque et ses alentours. Pourtant, en revenant plusieurs siècles en arrière, nous découvrons que « Al-Hanîfiyah » religion d’Ibrâhîm (u) et de son fils Ismâcîl (u), religion reposant sur l’unicité absolue d’Allah, prévalait dans la péninsule. Mais au fil du temps, les gens ont commencé à se détourner de la religion d’Ibrâhîm (u) et à la transformer en culte des idoles. On dit que le paganisme fut introduit à La Mecque puis répandu dans le reste de l’Arabie par Amr Ibn Luhayy Al-Khuzâcî vers l’an -300[2], et ce lorsque il visita la ville Al-Balqâ’ – qui se situe dans le Shâm – d’où il importa quelques statues puis les érigea autour de la Kacbah.

Or les arabes vouaient à la Kacbah une vénération telle que quand ils sortaient de la Mecque, ils emportaient avec eux une pierre du sanctuaire, marque de vénération et de sanctification. Et partout où ils s’arrêtaient, ils posaient leur pierre et tournaient autour comme ils le font autour de la Kacbah. Dans le même temps, ils vénéraient la Kacbah et La Mecque, et y accomplissaient le grand et le petit pèlerinage.

Par la suite, les choses s’amplifièrent au point qu’ils oublièrent ce lien et s’éloignèrent considérablement de la religion d’Ibrâhîm (u), allant même jusqu’à la transformer en polythéisme. La Kacbah, qui était littéralement encerclée par les statues, devint alors le centre du paganisme après avoir été le centre du monothéisme. « Hubal » était d’ailleurs la plus grande de ces statues. En outre, chaque tribu disposait de sa propre statue, de même qu’une seule tribu pouvait en avoir plusieurs.

Aussi, avant l’avènement de l’Islam, des juifs et des chrétiens coexistaient dans la péninsule arabique, aux côtés des polythéistes.

Le judaïsme s’établit en terre arabe à une époque où certains juifs immigrèrent au nord du Hijâz[3], suite aux persécutions subies de la part des chrétiens. Parmi eux, on retrouve les tribus de Banû Qaynuqâc, Banû An-Nadhîr, Banû Qurayzhah et bien d’autres. Certains d’entre eux s’établirent à Yathrib[4], d’autres dans ses environs et d’autres encore plus loin. Et comme nous l’avons vu précédemment, d’autres juifs issus de l’état de Himyar se trouvaient au Yémen.

Quant au christianisme, il entra progressivement en Arabie et son entrée fut liée aux routes commerciales qui reliaient les arabes à leurs voisins. D’ailleurs, au 5ème siècle, la ville d’Al-Hîrah, en Iraq, fut le principal canal à travers lequel le christianisme se propagea vers l’Arabie, lorsque les chrétiens utilisèrent la région qui s’étend de la vallée « d’Al-Qurâ » jusqu’au nord-est de Yathrib comme ouverture sur l’Arabie.

Par ailleurs, une autre porte d’entrée pour la religion chrétienne se trouvait au sud de la péninsule arabique : celle de Najrân, ville à laquelle était parvenu le christianisme par l’intermédiaire des Abyssins[5]. A l’époque de l’envoi du prophète Muhammad (e), la religion chrétienne prospérait encore à Najrân, et l’administration des chrétiens de la ville était assurée par deux moines : « As-Sayid » et « Al-cÂqib ». D’ailleurs, après la prise de la Mecque par les musulmans, ces deux moines vinrent au prophète (e) qui leur octroya un [document] leur garantissant leur sécurité, leur religion, leurs terres et leurs demeures.

Aux côtés du paganisme, du judaïsme et du christianisme, une petite communauté de mazdéens – adorateurs du feu – vivait également dans la péninsule arabique. L’origine géographique de leur religion est La Perse. De même que se trouvait quelques sabéens –  adorateurs des astres – dont le lieu d’origine est le nord-ouest de l’Euphrate.

Heureusement, l’Islam a débarrassé la péninsule arabique de ses religions perverties permettant ainsi à la lumière du monothéisme de la recouvrir.



[1] Du calendrier grégorien.

[2] Du calendrier grégorien.

[3] NdR : le « Hijâz » est une région de l’ouest de la péninsule arabique qui englobe notamment les territoires sacrés de La Mecque et de Médine.

[4] NdR : « Yathrib » est le nom originel de la ville de Médine. Cette appellation n’existe plus depuis que le prophète Muhammad (e) y a émigré.

[5] Cf. premier chapitre.