Les Valeurs Civilisationnelles dans le Message du meilleur des hommes ()

 

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 Les Valeurs Civilisationnelles dans le Message du meilleur des hommes e

PREFACE  ( établie par le traducteur )   

Système de transcription phonétique des lettres arabes en lettres latines

 utilisé dans cette traduction

k = ك

z = ز

a = أ

l = ل

s = س

 i  = إ

m = م

ch = ش

  b = ب

n = ن

s = ص

  t  = ت

h = ه

d = ض

th  = ث

w = و

t = ط

j  =ج

y = ي

z = ظ

h = ح

ah =  ةى =

,  = ع

kh = خ

â' = اء

gh = غ

d = د

âh = ا ة

f  = ف

dh = ذ

q= ق                           ﷺ‬ =ر

*    Les voyelles longues sont transcrites ainsi : 

        ou = و      /    î =  ي       /    â =  ا + آ

*   Les   voyelles  brèves sont transcrites de cette manière :

         a = ( َ… )      /       i  =  ( ٍِِ… )       /       u  =  ( ُ…)

*   Surmontées d'une sokoun,  la lettre  ي  est transcrite  ay,  et la lettre  و est transcrite   û

*   La   chaddah de la lettre arabe originelle  est  marquée dans la transcription par  un  redoublement de la lettre  latine  correspondante :

Exemples  : al mozzammil  /  al moddaththir   

*   L'article défini arabe ( al ) est transcrit des deux manières suivantes :

1-        Si l'article défini introduit un mot débutant par une lettre dite ' lunaire ', il reste distinct du mot comme : al baqarah / al mâ'idah / al qasas.

2-        Si l'article défini introduit un mot débutant par une lettre dite ' solaire ', le 'l' de 'al ' est supprimé au profit d'un redoublement de la lettre initiale du mot défini et nous posons un trait de liaison entre l'article et le nom pour indiquer leur liaison phonique comme  :an-nisâ'/ ar-Roum / ach-Chourâ /   ad-dâr / at-Tabarânî Nous avons eu recours  à plusieurs traductions du Noble Coran en langue française  pour traduire le plus fidèlement possible les sens  des Sourates et  Versets mentionnés par l'auteur de  l'ouvrage  originel  tout  au long de son étude. Ces traductions sont les suivantes :

1.    le Noble Coran et la traduction en langue française de ses sens, traduction effectuée par le Complexe Roi Fahd de Madînah al Munawwarah ( Médine ), Arabie Saoudite, publiée en l'an  1420 de l'hégire/1999 de l'ère commune.

2.    Le Coran, traduction de D. Masson, éditions Gallimard, coll. Folio, 1967. 

3.    Le Coran, essai de traduction, traduit par Jacques Berque, éditions Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes, première édition 1990.



 Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux,  le Très Miséricordieux

Le Très-Haut dit :[ Allah fit  très certainement  une faveur aux croyants lorsqu’Il leur envoya un Messager, pris parmi eux,  pour leur  réciter  Ses Versets, les purifier  et leur enseigner le Livre et la Sagesse, bien qu’ils eussent été auparavant dans un criant égarement] (Sourate La Famille de cImrân,  Âl cImrân , 3, Verset 164).

[ Ceux qui suivent le Messager, le Prophète illettré qu’ils trouvent mentionné  chez eux dans la Torah comme dans l’Evangile. Il leur commande  le convenable, leur  proscrit  le blâmable, leur rend licites les bonnes choses, illicites les pernicieuses, et leur ôte le fardeau et les jougs qui les écrasaient; oui, en faveur de ceux qui croient en lui, le soutiennent, lui portent secours et suivent  la lumière  descendue avec lui ; ceux-là sont les triomphants.] (Sourate Les Murailles, Al  Acrâf, 7, Verset 157).

Will Durant, dans son ouvrage Histoire de la Civilisation, déclare : « Si nous jugeons la grandeur d’un être  en fonction de  l’influence que cet être  a eu sur les autres êtres humains,   nous pouvons affirmé que Muhammad compte parmi les plus grands hommes de l’Histoire. En effet, il s’est engagé à élever le niveau spirituel et moral d’un peuple que la chaleur de l’atmosphère et  la stérilité du désert avaient plongé dans les ténèbres de la barbarie  et a, dans cette mission, connu une réussite jamais enregistrée par un autre réformateur dans l'Histoire […] Il a érigé au-dessus du judaïsme, du christianisme et des anciennes croyances de son pays, une religion facile, claire et puissante et un édifice éthique. Il a réussi, en une génération, à sortir victorieux de cent batailles, en un siècle, à bâtir un grand État et  à constituer,   jusqu'à  nos jours, une puissance  redoutable   dans  la   moitié  du  monde» [1].


 Au Nom d’Allah, le Tout Miséricordieux,  le Très Miséricordieux

 Introduction

Louange à Allah qui a  empli de Son amour et de Son exaltation les cœurs de ceux qui sont Ses bien-aimés, et  retiré des cœurs de ceux qui ne le sont pas, l'accès à Sa connaissance et à Sa considération. Je témoigne qu'il n'existe  pas de divinité, en droit  d'être adorée, autre qu'Allah, et qu'Il n'a point d'associé dans l'adoration. Les cœurs Le vénèrent par amour, considération  profonde  et  glorification. Les âmes ont recours à Lui par désir de gagner Ses récompenses et par crainte de Son châtiment. Je témoigne que Muhammad est Son serviteur, Son Messager, Son ami intime, Son élu, et le dépositaire de Sa  Révélation. Allah l’a dépêché, alors qu'Il avait interrompu depuis longtemps l'envoi des Messagers, pour  sauver l'humanité du joug de la concupiscence et des caprices passionnels, et la rapprocher  du Créateur de la terre et des cieux ; aussi  Muhammad ﷺ‬ est-il le guide de tous ceux qui empruntent le droit chemin ; son Message est  une miséricorde et la voie à suivre pour  toute l’humanité;  c’est  une  annonce heureuse pour l’univers et une délivrance pour les persécutés. Que la Bénédiction et l'infini  Salut  d'Allah soient sur  lui…

En examinant l'histoire des civilisations et en considérant avec attention les lieux de leur émergence,  le chercheur constate qu'un dénominateur commun les relie  : elles ont  toutes   vu le jour sur les rivages fluviaux ou les littoraux marins car en effet ce n'est qu'à proximité des sources d'eau que s'établissent les civilisations. Cependant, si l’on considère la civilisation islamique, on note qu'elle s'est diffusée depuis la péninsule Arabique, et plus précisément, depuis  La Mecque,  cité  située au cœur d' une vallée aride, qu'aucun fleuve n'a jamais traversée et où l’agriculture n’était donc pas pratiquée. Cette civilisation avait  néanmoins pour elle  ce qui  est  meilleur  que  l'eau, soit la  Révélation divine,   tel  un esprit pour la vie et les êtres vivants. Allah Le Très-Haut  dit :[Et c’est ainsi que Nous t’avons Révélé un esprit [le Coran] en provenance  de Notre ordre. Tu n’avais connaissance ni du Livre ni de la foi ; mais Nous en fîmes une lumière par laquelle Nous guidons qui Nous voulons parmi Nos serviteurs, même si c'est toi qui effectivement guides vers une voie de rectitude, la voie  d’Allah à Qui appartient ce qui est aux cieux et ce qui est sur la terre. Oui,  Allah est la destination  de  toute  chose ] (Sourate  La Consultation,  Ach-Chourâ, 42, Versets  52-53).

C'est pourquoi  le Message que notre Prophète Muhammad ﷺ‬ fut chargé de transmettre  recouvre tout ce dont a besoin l’être humain  pour pratiquer les actes d’adoration prescrits par une Religion authentique et pour établir une civilisation  parfaite  avec tout ce qu'elle comporte  de croyances, de lois, de valeurs,  de principes, de modèles, d'édifices, de sciences expérimentales et théoriques (littéraires et humaines). Ce Message divin constitue donc à la fois un fondement, un point de départ  et un guide pour l’établissement de l'ultime civilisation humaine. Evoquer la civilisation islamique c'est notamment rappeler que, loin de reléguer les civilisations antérieures, elle s' inspira d'elles, adopta leurs bons éléments auxquels elle  apporta des  améliorations, et  révéla  leurs   défaillances. Les philosophies  ultérieures et toutes les autres religions ont été incapables de détruire ou de reléguer cette civilisation. Elle enregistra de formidables victoires et, en peu de temps,  apporta à l'humanité  de nombreux   bénéfices. C’est une réalité que reconnaissent ses adversaires. Georges Bush (le grand-père) (1796–1859), professeur de langue hébraïque et de littérature orientale à l’université de New-York a dit : « En vérité, il (Muhammad ﷺ‬ ) a établi les bases d'un empire [2] qui a  réussi, en quatre-vingts ans seulement, à étendre sa domination sur des royaumes et des contrées plus nombreux et plus vastes que ceux sur lesquels l'Empire romain avait pu exercer  sa propre domination en huit cents ans. Notre étonnement va grandissant  lorsque, dépassant  le  succès politique de cet homme,  nous abordons  l’avancée  de sa religion et constatons alors sa propagation rapide, sa constance et son affermissement continu. En réalité, il est impossible d'expliquer ce qu'ont réalisé le Prophète de l'Islam et l'Islam autrement qu'en reconnaissant qu'ils bénéficiaient de la protection particulière d'Allah. En effet, le succès enregistré par Muhammad ﷺ‬  ne correspond pas aux moyens qu'il avait à sa disposition et il n’est pas possible d’expliquer cela par la logique humaine. On dira donc,  inéluctablement,  qu’il œuvrait sous la protection et les auspices d’Allah. Il n’est d’autre explication  que celle-ci  pour  comprendre  ces réalisations aux  résultats  stupéfiants» [3].

Lorsque l'on examine en détails les éléments de base indispensables à l'édification de toute civilisation digne de ce nom, on relève des éléments essentiels et d'autres secondaires. Les éléments dominants et particulièrement importants sur lesquels repose l'édification des civilisations sont notamment les suivants :

Premier élément: une Religion du Vrai qui assure à l'individu  : pour  son âme  une  soumission;   pour  son  corps  une rectitude;  pour  la société dans laquelle il  vit   un bon  état; pour  la ligne de conduite qu'il lui convient d'observer, une intégrité. Cette Religion du Vrai  oriente en outre  cet individu  vers  des  moyens  corrects pour  parvenir à des  objectifs vertueux  et lui garantit  le  bonheur  dans la vie présente et  dans l’au-delà.

Deuxième élément : une connaissance véritable  qui dévoile à l’homme des réalités cachées, l’oriente vers des objectifs justes,  l’informe sur son essence et lui fournit  la voie de la connaissance qui,  s’il l'emprunte, lui procure les résultats  qu'il  se donne pour objectif  d'atteindre, lui épargne la  quête éprouvante de l'impossible  et lui fait  gagner du temps dans  sa quête  des vérités  relatives aux premières générations d'hommes  dont le parcours en ce bas monde et la fin ont été  respectivement dévoilé et exposée dans le Coran. Celui-ci exhorte donc l'homme à œuvrer dans le domaine de cette connaissance authentique  pour parvenir, grâce à elle, à  des  résultats sains qui le gardent  éloigné des arguments polémiques.

Troisième élément : une justice irréprochable qui traite à égalité  le gouvernant et le gouverné,   le riche et le pauvre, la personne de noble origine et la personne d'humble origine; une  justice parfaite dont l'ennemi  bénéficie  autant que l'ami et  dans laquelle  tous ceux qui ont affaire à  elle  sont   jugés  à partir  de  critères  égaux  et   sur   des bases égales.

Quatrième élément : des desseins clairs, sains et précis qui délivrent le cœur de tout désarroi, exaltent l'âme par leur caractère sublime et par la sûreté des moyens permettant    de les atteindre, dévoilent à cette même  âme les ténèbres du futur. L’homme œuvre ainsi,  guidé par  une lumière émanant de son Seigneur, connaît  son début et sa fin, a la certitude qu’il  sera jugé et équitablement récompensé, et se sacrifie pour la  concrétisation d' un avenir collectif et commun.

Cinquième élément  : un amour sincère qui unit et soude  les membres de  la société  en son entier  et grâce auquel les cœurs se rencontrent en toute sincérité, dans l’amour et l’altruisme ; les âmes  se soutiennent comme  les membres d'un même corps  qui réagissent tous  ensemble  par la vigilance  et  la fièvre  dès  que  l'un  d'entre  eux  est en  souffrance. Chaque individu considère que son frère et  son voisin ont autant de  droit que lui  sur la    pièce en argent ou  en  or qui est en sa possession.

Tous ces éléments de base ont donc été introduits par l'Islam qui a insisté sur leur nécessité,  a exhorté  à leur mise en vigueur  et a mis en garde contre ce qui  va à leur encontre ou  les dénigre  ou les détruit, comme nous le verrons tout au long de cette étude, si  telle est  la Volonté d'Allah.

Si le lecteur réfléchit avec objectivité sur n’importe quel élément constitutif d’une administration ou d’une civilisation, puis médite sur les textes du Coran et de la Sunna prophétique pure, il est amené à constater  que le Coran et la Sunna abondent en preuves et en confirmations sur ces sujets. Par exemple, s’il examine, d’une part, ce que l’on appelle les   dix lois, ou les dix principes, des sciences administratives, il s’aperçoit que l’Islam encourage l’homme dans ce domaine et en est même l’initiateur. D’autre part, lorsque le chercheur approfondit n’importe lequel des thèmes de cette religion ou un quelconque élément constitutif de la civilisation, prôné par l’Islam, il est alors immédiatement convaincu qu’il s’agit du but de l’Islam ou du sujet principal abordé par l’Islam, en raison  du grand nombre de textes qui abordent ces sujets.  Il me sera certes  impossible de rassembler dans cette étude tous les textes en rapport avec chaque sujet abordé ou auquel je fais allusion. Je me contenterai  de fait  d’en apporter les preuves et d’expliquer la place   de tel ou tel sujet dans l’Islam. De même, je ne serai pas en mesure de cerner toutes les composantes de la civilisation apportées par l’Islam. J’indiquerai néanmoins la base de ces composantes et en évoquerai les plus importantes à mon sens, tout en  appuyant   mes indications par des preuves extraites du Coran  et de la Sunna.

Cette étude est divisée en trois  parties principales :

Première partie : Les valeurs du savoir,  dans lesquelles s'inscrivent trois déterminants :

Premier déterminant       : La connaissance/ al ،ilm

Second  déterminant      : La religion/ad-dîn

Troisième déterminant   : La perfection./ al itqân

Deuxième partie : Les valeurs sociales, dans lesquelles s'inscrivent sept déterminants:

Premier déterminant       : Le juste milieu/al wasatiyyah

Second  déterminant      : L'attention portée à  la femme

Troisième  determinant  : L’amour

Quatrième  determinant : La miséricorde/ ar-rahmah

Cinquième déterminant  : La paix/as-salâm

Sixième déterminant      : Les qualités morales/al akhlâq

Septième déterminant    : La propreté/an-nazâfah

Troisième partie : Les valeurs  de gestion, dans lesquelles s'inscrivent six déterminants :

Premier  déterminant      :    Les  dogmes,  règles, lois et principes :leur consignation par écrit et leur globalité

Second determinant       :    La garantie des droits

Troisième  determinant  :    La fructification et  la  préservation des biens

Quatrième déterminant  :    La justice/al ،adl

Cinquième déterminant :    La puissance/al quwwah

Sixième déterminant      :    La tolérance envers l'adversaire

L'étude présente est vouée exclusivement à la recherche de la satisfaction d'Allah. Je L'implore de faire en  sorte qu'elle soit  conforme à la Sunna de Son Messager ﷺ‬ et  compte  au  nombre des connaissances utiles et des œuvres bénéfiques.  Je demande  également au Très-Haut de la considérer comme un appel à rejoindre Sa religion authentique, un guide vers Son droit chemin et une défense  de Son Messager et de Son Livre. " J’ai recours à Allah – que Son  Nom soit exalté– pour purifier mes œuvres et mon intention.  Je  reconnais que, face à Lui,  je n’ai aucune force ni aucune puissance et que c’est auprès  de Lui que je             m'inspire pour mes intentions et mes résolutions. À Lui, je demande l’immunité  et la    protection de  mes paroles, le   pardon   et la rémission de mes péchés et de mes fautes.  En vérité,  Il est Celui Qui accorde la  grâce,  Le Très Généreux" [4].

En conclusion de  cette introduction, je remercie Allah, Celui Qui mérite et a droit foncièrement  à la reconnaissance  pour la grâce, la bienveillance dont Il m'a gratifié et la facilité avec laquelle  j'ai pu, grâce à Lui,  accomplir  ce modeste travail. Je Le remercie – que Sa gloire soit exaltée – pour Ses bienfaits successifs et Ses grâces incessantes et je L’implore de compléter  la bénédiction qu'il m'a octroyée  en me pardonnant  mes péchés et  en m'accordant  une fin heureuse. Je remercie aussi  tous ceux qui m’ont  aidé  dans ce travail de recherche.

Louange à Allah, Seigneur des mondes.  C’est par Sa grâce que s’accomplissent les œuvres salutaires. Que la prière et le salut soient sur celui  qui a été envoyé comme  miséricorde pour l’humanité.

Professeur Muhammad bin Abdallah bin Saleh As-Suhaym

Université Roi Saoud, Faculté de l'Éducation, département des sciences islamiques

Fait à Riyad, en l'an 1428 de l'hégire/an 2007 grégorien



 Première partie Les valeurs du savoir

Trois déterminants s'inscrivent au cœur des valeurs du savoir. Ils sont  reliés par un dénominateur commun qui n'est  autre  que la preuve et l'évidence. En effet, la connaissance, la religion et la perfection ne peuvent se raffermir et se consolider que sur une preuve manifeste, une évidence incontestable  et  un argument probant. Parce qu'elle est la base de la religion et précède  toute  action, j' ai placé la connaissance en premier dans cette partie, avant d’aborder la  religion  puis  de clore  par la perfection.  Voici donc  les composantes   de cette partie :

 Premier déterminant : La connaissance

Cette  religion  admirable  est  celle  de la connaissance.  Toute personne objective que l'on interrogerait  sur l'aspect le plus important de  l'Islam répondrait : la connaissance. Celle-ci  occupe  en effet   une place importante  dans  chaque  question  abordée par  l'Islam,  que  ce  soit   pour  établir  cette  question  ou  pour l'appuyer par   une  preuve. Dans les points suivants, nous montrons  clairement   la place  que cette  religion accorde à   la connaissance.

 Premier point  : L'intérêt de l’Islam pour la connaissance

Il est impossible de cerner la totalité des aspects éblouissants de l’Islam qui soulignent  l’intérêt  que  cette religion  porte à  la connaissance. Ainsi, tantôt  l'Islam  exhorte  à l'acquisition de la connaissance, tantôt  il évoque  la   primauté   des  hommes de savoir,  tantôt  encore  il annonce  que ces derniers occupent  un  rang supérieur  à celui  du combattant  (mujahid), dans le sentier d'Allah et  tantôt il précise  que ce  rang  est  plus élevé,  auprès d'Allah, que celui de Son  serviteur. On pourrait mentionner bien  d'autres aspects  lumineux; nous n'allons  cependant  en  évoquer  dans ce qui suit  qu'une  partie  :

 Premier aspect : L’exhortation à l’acquisition de la connaissance

Plusieurs éléments témoignent de cette exhortation et notamment les premiers Versets  qui  furent  Révélés au Prophète Muhammad ﷺ‬  : [ Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé l’homme d’une adhérence. Lis ! Ton Seigneur est le Très Noble, qui a enseigné par la plume [le calame], a enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas ] (Sourate L’Adhérence, Al cAlaq, 96, Versets 1-5). Les objectifs de la Révélation de cette Sourate  étaient notamment  les suivants  : «Enseigner à Muhammad le Coran et sa récitation, car le Prophète ignorait tout de la psalmodie; indiquer que la connaissance du Coran était  pour  Muhammad facile  à acquérir  parce qu’Allah, qui a inspiré à l’homme la connaissance  par  l’écriture,  est capable de lui prodiguer des enseignements dès le départ; indiquer également que sa communauté allait  évoluer vers la connaissance de la lecture, de l'écriture et  l'acquisition du savoir ; orienter le Prophète ﷺ‬ vers la  contemplation de la  manière don’t Allah crée les êtres vivants, et plus spécifiquement l'être humain, qu' Il conçoit de façon remarquable à partir d'une simple adhérence; et c'est d'ailleurs l'être humain qui  est le point originel de cette  contemplation »[5].

D'autres éléments témoignent de cette exhortation à l'acquisition de la connaissance notamment l'injonction qu'adresse Allah à Son Messager ﷺ‬, soit  d'assimiler des connaissances relatives à  l'action que l'on veut entreprendre avant  d'initier celle-ci. Ainsi dit-Il : [Sache donc qu’en vérité, il n’existe  point  de divinité, en droit d'être adorée,  autre qu' Allah, et implore le pardon pour ton péché, ainsi que pour ceux des  croyants et des  croyantes. Allah connaît vos activités [sur terre] et votre lieu de repos [dans l’Au-delà]] (Sourate Muhammad, Muhammad, 47, Verset 19). Ibn Jarîr a dit,  faisant l’exégèse de ce Verset : « Sache, Ô Muhammad, qu'il n'est point d'entité vénérée à laquelle il incombe de consacrer l'adoration, ou à laquelle convient cette dernière, et qu’il soit permis à toi et aux créatures d'adorer en toute légitimité, hormis Allah, qui est le Créateur des créatures et le Possesseur de toutes choses. Tout ce qui existe en dehors de Lui  reconnaît l'Unicité de Ses Actes. Puis, implore le pardon pour ton péché, c'est-à-dire demande à ton Seigneur de pardonner  tes péchés passés et présents de même que  les péchés de ceux qui,  parmi  les  hommes et les femmes,  ont  foi en toi» [6] .

Le Prophète ﷺ‬  a expliqué que le sentier du savoir était  une voie qui menait  au Paradis. Il dit en effet dans un Hadith : « Allah facilitera l'accès d'un chemin qui conduit au  Paradis à quiconque emprunte une voie dans laquelle  il recherche  un  savoir» [7] Ce même Hadith est rapporté avec plus de détails par At-Tirmidhî;  en voici les termes : « Quiconque emprunte un chemin dans lequel il recherche la connaissance, Allah lui facilitera l'accès à  l'une des voies  qui conduisent au Paradis. Les anges rabattent leurs ailes par satisfaction devant celui  qui recherche la connaissance. En vérité, ceux qui sont au ciel et sur la terre,  jusqu'aux poissons dans les eaux, implorent le pardon (des péchés) de celui qui recherche la connaissance. La primauté  de  l'homme de savoir  sur  l' adorateur est  analogue à la primauté de la lune sur les  étoiles. Les  savants sont les héritiers des prophètes et, en vérité, les prophètes n’ont pas  laissé en héritage de l'argent ou  de l'or  mais la connaissance. Celui qui  prend cette connaissance en  héritage  prend en  réalité  la  part   qui  lui  revient voire  une part plus importante.» [8].

Le Prophète ﷺ‬ a dit également:«Allah fait acquérir la science religieuse à celui auquel Il veut du bien» [9] Ibn Hajar explique le sens de ce Hadith comme suit : «Ce Hadith met clairement  en évidence  la primauté  des hommes de savoir  sur les autres hommes et la primauté  de  l'acquisition du savoir  religieux  sur celle  des autres savoirs» [10].

La primauté du savoir et de son acquisition sont notamment mis en évidence dans la parabole proposée par le Prophète ﷺ‬ relative à la fois à la connaissance et  à celui qui  l'acquiert, la comprend et l'applique. Abou Mousâ rapporte ainsi le propos suivant du Prophète ﷺ‬ : «La bonne direction et le savoir qu’Allah m’a donné pour mission de diffuser, sont comparables à une pluie abondante qui s'abat sur un territoire. Là où  la terre est saine, la pluie est absorbée et la terre se couvre  de végétation  et  de  champs. Mais là où la terre est aride l'eau de pluie est retenue en surface. Allah en fait alors profiter les hommes qui  la  boivent, la donnent  à boire à leurs animaux et l'utilisent  pour l'agriculture. Enfin il existe une autre catégorie de terrains  arrosés  par la pluie:  ce sont  des bas-fonds  qui ne retiennent pas les eaux en surface et ne se couvrent d'aucune végétation.  Il en est  ainsi des hommes comme il en est des sols : certains  s' instruisent  de  la religion d’Allah,  tirent profit  de ce qu'  Il m'a chargé  de  diffuser  et qui donc apprennent et  enseignent à autrui ce qu'ils ont appris. D'autres ne se  préoccupent en rien de la connaissance qu'Allah m'a chargé de transmettre  et  n’acceptent pas de suivre la voie droite  d'Allah  vers laquelle  j'ai  pour mission de les orienter»[11].

Deuxième aspect : La place prestigieuse de la connaissance  et des hommes de savoir

Cette place prestigieuse que l'Islam octroie à la connaissance et aux  hommes de savoir est  illustrée  par  plusieurs  données  remarquables,  notamment le fait  qu'Allah  Le Très-Haut  associe  Son témoignage  à celui   des hommes de savoir dans l'expression du plus sublime de tous les  témoignages, soit  celui de Son Unicité. Allah dit en effet : [Allah témoigne qu’il n’est de divinité,  en droit d'être adorée, que Lui, comme en témoignent également les Anges et les hommes de savoir,  et c'est là,  de Sa part, accomplir l'équité. Il n'est de divinité, en droit d'être adorée, que  Lui, Le Tout-Puissant, Le Sage. La religion acceptée d’Allah, c’est l’Islam. Ceux qui avaient déjà reçu le Livre ne divergèrent qu’après avoir reçu la connaissance et que par mutuelle impudence. Quiconque dénie les signes d’Allah... Allah est prompt à en demander compte !] (Sourate La Famille de cImrân, Âl cImrân, 3,Versets 18-19). Ibn Kathîr – qu'Allah lui accorde la miséricorde – dit : «Allah, Le Très -Haut, a témoigné et Il suffit comme témoin. Il est Le plus véridique des témoins, Le plus équitable et Le plus véridique de tous ceux  qui attestent que:  "Il n’est  de divinité, en droit d'être adorée,  que Lui", soit : Il est le seul Dieu de toutes les créatures et  celles-ci sont toutes là pour le servir, et toutes sont  indigentes et  dans l'immense besoin de Lui, Celui Qui se suffit par Lui-même et Qui  n’a besoin de personne, comme d'ailleurs Il le dit : [Mais c'est Allah même Qui  témoigne de ce qu’Il a fait sur toi descendre…] (Sourate Les Femmes, An-Nisâ’, 4, Verset 166). Dans  le Verset de la Sourate  Âl ،Imrân,  Il  associe ensuite  le témoignage des Anges et des hommes de savoir à Son propre témoignage en disant : [ Allah témoigne qu’il n’est de divinité, en droit d'être adorée, que Lui, comme en témoignent également les Anges et les hommes de savoir …] ; un mérite spécialement   grandiose  est  donc  reconnu  aux  hommes  de  savoir  à ce propos» [12].

Ibn Qayyim a mis  en lumière la primauté et le prestige de hommes de savoir et évoqué plusieurs aspects attestant  l'éminence de leur rang; Nous retiendrons de ses paroles celles  qui sont en rapport avec le Verset de la Sourate Âl ،Imrân que nous avons cité. Ainsi dit-il : « Allah Le Très-Haut invoque le témoignage des hommes de savoir  relatif  à la chose la plus sublime sur laquelle un témoignage puisse  porter,  soit l'Unicité d'Allah. Allah Le Tout-Puissant dit en effet : [Allah témoigne qu’il n’est de divinité en droit d'être adorée, que Lui, comme en témoignent également les Anges et les hommes de savoir,  et c'est là,  de Sa part, accomplir l'équité ]. Cette Parole divine atteste de la primauté du savoir et des hommes  de  savoir  sous  plusieurs angles:

Premièrement :    Allah  invoque le  témoignage de ces hommes à l'exclusion  du   témoignage  des autres êtres humains.

Deuxièmement:   Allah associe  leur témoignage au Sien.

Troisièmement:   Allah associe  leur témoignage à celui de Ses Anges.

Quatrièmement: Cette invocation et ces deux associations successives constituent un témoignage de l' intégrité et de l' impartialité des hommes de savoir. En effet, Allah ne prend  à  témoin,  parmi Ses créatures,  que les personnes intègres. C’est ce que nous lisons également dans ce Hadith bien connu du Prophète ﷺ‬ :"Ce savoir  est porté  à  chaque génération par des gens intègres. Ils en éloignent les falsifications des extravagants, le mensonge des imposteurs et l' interpretation des ignorants…"[13].

Cinquièmement: Allah s’engage  Lui-même  comme Témoin. Or Il est Le Témoin le plus sublime. Puis Il  fait valoir le témoignage de Ses meilleures créatures que sont les Anges  et les hommes de savoir  parmi  Ses serviteurs, ce qui suffit à  conférer  à ces derniers  une primauté  et un  honneur.

Sixièmement: Allah invoque le témoignage des hommes de savoir  sur la chose la plus sublime et  la plus  importante sur laquelle on puisse témoigner, soit  qu’il n'est   de   divinité, en droit d’être adorée, qu' Allah. Or Celui qui occupe  une  éminente position n'invoque, pour une reconnaissance  magistrale,  que le témoignage des créatures les  plus  éminentes et les plus admirables.

Septièmement: Allah  Le Très-Haut  fait du  témoignage des hommes de savoir un argument  contre  les  négateurs.  Ces hommes de savoir se retrouvent  en effet en  position de  preuves, de  signes  et   d' arguments   prouvant  Son  Unicité.

Huitièmement: Allah  Le Très-Haut  utilise  un seul et même verbe pour invoquer  ce témoignage  émanant  de Lui, de Ses Anges et des hommes de savoir, ce qui montre la puissance  de la connexion du  témoignage  de ces hommes  au  Sien. C’est comme si Allah Lui-même témoignait  de  Sa propre Unicité  par leurs bouches  et leur faisait  énoncer  ce témoignage. Par ce témoignage  des hommes de savoir  sur Son Unicité,  Il témoigne de Lui-même : en   établissant  ce témoignage, en le faisant  prononcer et en l'enseignant, tandis   que les hommes de savoir sont les témoins, qui confirment, reconnaissent, ajoutent foi et croient»[14]

Allah souligne dans plusieurs Versets qu’Il élèvera  les rangs des hommes de savoir. C’est  ainsi  qu’Il  dit : […Allah  élèvera  ceux d’entre vous qui auront cru  et ceux qui auront été gratifiés de degrés dans la connaissance. Sur tout ce que vous faites, Allah est parfaitement Informé ] (Sourate La  Discussion, Al  Mujâdalah, 58, Verset 11) ; et  Il  ajoute que  les  hommes  qui savent et ceux qui  ne savent point   ne sont pas  sur un  même pied d'égalité : [ Dis : “Ceux qui savent  seraient-ils  à  l'égal  de  ceux qui  point  ne  savent  ? Seuls  se  rappellent les   êtres  doués de raison ] (Sourate Les groupes homogènes, Az-Zumar, 39, Verset  9).  Ibn al Qayyim, – qu'Allah lui accorde la miséricorde – a dit :  « Allah, le Très - Exalté, a   dénié  toute  égalité  entre  les hommes de savoir  et  les autres hommes,  de la même manière qu’Il a dénié  toute  égalité entre les élus  du  Paradis et les damnés de l’Enfer. Allah  affirme  en effet : [ Dis: “ceux qui savent seraient-ils à l'égal de ceux qui point ne savent? ] Et  Il dit encore : [ Ils ne sont point  à égalité les compagnons du Feu et ceux  du Paradis ] (Sourate Le Regroupement, Al Hachr, 59, Verset  20), ce qui  témoigne du  grand  mérite et de la  profonde  honorabilité des hommes de  savoir» [15]

Troisième aspect : L’établissement  d'une  ligne  de conduite rationnelle

Cette religion a établi  pour ses adeptes une  ligne de conduite rationnelle cohérente et raisonnée dans la visée, l’argumentation,  l'examen, la réflexion et la manière d’aborder l’avenir, et a precise ce dont, dans chaque technique et chaque savoir, l’individu avait besoin, ainsi que les fondements auxquels  celui-ci devait se référer  et  sur lesquels il devait prendre appui.  Je vais dans ce  qui suit  exposer  certains  de ces différents  points constitutifs  de cette règle de conduite :

Premier point :La ligne de conduite rationnelle dans  l’argumentation : cette ligne de conduite  repose sur des piliers et des fondements  solides que  rien ne  peut infléchir,  qui ne se soumettent    point  aux traditions héritées et  ne craignent aucun  leader  même s'il suscite l'adhésion  des  populations. Ces piliers et fondements sont les suivants :

1- S’appuyer sur la preuve et de ne pas faire confiance  ni  souscrire à  ce qui n’est pas soutenu par une preuve. C'est pour cela  qu' Allah a établi des preuves rationnelles, démonstratives, nombreuses et flagrantes sur les questions de la foi et de la croyance. Ainsi dit-il par exemple : [… ou serait-ce qu'ils tireraient de la matière terrestre des dieux capables de ressusciter les morts ? S'il y avait aux cieux et sur la terre des dieux et non Allah Seul, quel ravage là-haut comme ici-bas !. Gloire donc à Allah, Seigneur du Trône; Il est au-dessus de leurs affabulations ! Lui n'est pas questionné sur Ses Actes;  eux le sont … ou serait-ce qu'ils se donnent, en place de Lui, des dieux ? Dis : “Apportez votre preuve”. Ceci est Rappel  de ceux qui m'accompagnent et de ceux qui me précédèrent. Mais bien pis ! la plupart d'entre eux, loin de reconnaître le Vrai, s'y dérobent ] (Sourate Les Prophètes, Al Anbiyâ’, 21, Versets  21-24) : Voyez  donc comment Allah  établit  la preuve et demande au négateur d’apporter à son tour la preuve de ce qu’il avance quand Il dit  : “Apportez votre preuve”. Allah a en outre démontré, à  l'appui d' une preuve rationnelle,  qu’une divinité ne peut pas avoir besoin de nourriture, parce que celui qui ressent ce besoin  a également  besoin de se rendre aux latrines : [Le Messie, fils de Marie, n’était qu’un Messager. Des messagers sont passés avant lui. Et sa mère n'était qu'un être véridique. Et tous deux consommaient de la nourriture. Vois comme Nous explicitons  Nos  preuves et puis vois comme ils s'en détournent! ] (Sourate La Table, Al  Mâ’idah, 5, Verset  75).

Le Prophète ﷺ‬ a également interdit au Musulman de se conduire  comme l' épigone qui suit  aveuglément les traces d' autrui  sans s'inquiéter de la bonne voie  ni exiger des preuves. Il  est ainsi  rapporté dans les sunan* d' At-Tirmidhî, d’après Houdhayfah, que le Messager d’Allah ﷺ‬ dit :« Ne vous conduisez point en  épigones  déclarant  que  si  les  gens font  du  bien, vous le ferez aussi  et que s’ils commettent quelque injustice, vous la commettrez de même.  Préparez  plutôt  vos âmes, afin que si les gens font du  bien  vous en fassiez autant, et que s'ils  font  du mal, vous vous absteniez  de les imiter en ce sens»[16]

2- Refuser  le suivisme  et mettre  en garde contre l'imitation des parents et des ancêtres  si ceux-ci  se trouvent et se trouvaient  être dans l’erreur. Allah dit : [ Ils vont jusqu'à dire : “Dans quelque direction que nous ayons trouvé nos pères, nous nous guidons bien tant que nous suivons leurs traces.” Ainsi n'avons-Nous envoyé avant toi personne à une cité lui donner l'alarme sans  que n'eussent dit  les  gens aisés : “Nous avons trouvé nos pères fidèles à une voie. Sur leurs traces nous nous réglons”. Il dit :“Et si je vous apportais une guidance meilleure que celle où vous trouvâtes vos pères? Ils répliquèrent : “Le message en vue duquel vous vous dites envoyés, nous le dénions”] (Sourate L’Ornement, Az-Zukhruf, 43, Versets  22-24). Ces Versets prouvent que la personne qui ne s'est pas affranchie  du suivisme aveugle  de  ses parents ou de ses ancêtres  abandonne le Vrai, alors même qu' elle possède des preuves de celui-ci, et ce,  pour  rester  fidèle  aux croyances  transmises  par  ses  parents.

3- Examiner et réfléchir (sur) les informations que l'on reçoit  en  considérant celles-ci avec attention par  l'usage de  la raison, et ce, afin  de  voir s’il s’agit d'une vérité à  suivre ou d’un égarement à éviter. Allah dit : [Que ne réfléchissent-ils sur  le Coran ! S’il venait d'ailleurs que d’Allah, ils y trouveraient certes maintes discordances!]  (Sourate  Les Femmes, An-Nisâ’, 4, Verset  82). Il a donc envoyé à l’humanité un Coran  qui sera lu jusqu'au Jour de la Résurrection, a invité les hommes à le méditer et leur a indiqué   comment  dépister  toute  défectuosité éventuelle  lorsqu’Il dit : [ S’il venait d'ailleurs que d’Allah, ils y trouveraient certes  maintes discordances !].Or étant donné que le Coran  ne recèle  aucune discordance, il provient donc  bien d’Allah. Méditez  donc   sur cette  invitation  bienfaisante  et cette exhortation  significative  contenues dans  le  sublime Verset suivant: [ Dis :“Je vous exhorte seulement à une chose : que vous vous redressiez pour Allah, avec autrui ou individuellement, et que  surtout vous réfléchissiez. Votre compagnon [Muhammad] n’est nullement possédé : il n’est qu'un homme qui vous donne l'alarme dans l'imminence d' un dur châtiment” (Sourate Sabâ, 34, Verset 46). Ibn Jarîr – qu'Allah lui accorde la miséricorde – a dit :«Son sens est explicité ainsi : il vous est demandé de vous lever  pour Allah  en toute  probité  et  en renonçant à vos élans passionnels, par deux, soit : vous vous levez avec un  autre homme puis vous débattez sincèrement ensemble de la question suivante : auriez-vous  donc appris que  Muhammad ﷺ‬  était   possédé ? Ensuite chacun de vous  s'isole  pour réfléchir et méditer sur la même question : Muhammad serait-il donc  victime des djinns  ? C'est à ce moment là  que  vous comprendrez  qu’il est pour vous un  avertisseur » [17].

Ibn Kathîr – qu'Allah lui accorde la miséricorde – explique ainsi  le Verset :« Je ne vous demande que de vous lever en toute sincérité pour Allah, sans faire montre de fanatisme ni  d' entêtement, par deux  puis  isolément, c'est-à-dire réunis, puis séparément, et  de  réfléchir  sur celui qui vous est venu porteur du  Message  d’Allah :est-il possédé ou non ? Si vous faites cela, il vous apparaîtra évident qu’il est le Messager d’Allah  en toute vérité et  sincérité » [18].

4- Argumenter par des preuves matérielles  un phénomène immatériel invisible. Ce pilier d'une règle de conduite méthodiqueest manifeste dans l'argumentation relative à  l’Unicité d’Allah, à la  résurrection, et autres événements. Il en est ainsi dans la Parole d'Allah: [Il va tirer pour vous semblance de vous-mêmes  : auriez-vous en ceux qui sont votre droite propriété des associés qui soient à égalité avec vous sur ce que Nous vous attribuons, de sorte que vous les craigniez comme vous vous craigniez mutuellement ? Ainsi détaillons-Nous les Signes pour un peuple capable de raisonner ] (Sourate Les Byzantins, Ar-Roum, 30, Verset 28). [Tu vois, parmi Ses Signes, la terre comme si elle était prostrée;   mais lorsque nous faisons descendre sur elle l'eau, elle se ranime et reverdit. Assurément,  Celui qui la fait revivre  fera revivre les morts, car Il est Omnipotent ] (Sourate Les Versets détaillés, Fussilat, 41, Verset  39).

5- Faire montre d'objectivité, ne pas suivre les élans passionnels,  avoir pour moteur  la recherche de la vérité, renoncer aux choses vaines, et non pas faire montre de fanatisme pour les passions des âmes. Allah dit : [ Or si le Vrai se prêtait à leurs passions, quel ravage ne serait-ce pas aux cieux, sur la terre et parmi ceux qui l'habitent ! ] (Sourate Les Croyants, Al Mu'minoun, 23, Verset 71). [Mais s’ils ne te répondent pas, alors sache qu'ils ne font que suivre leurs passions. Et qui s'égare plus loin que celui  qui suit ses passions sans nulle guidance d'Allah ? Allah vraiment, ne guide pas le peuple des iniques. Oui, Nous avons fait en sorte  que les atteignît la Parole [le Coran]  dans l'espoir qu'ils réfléchiraient ] (Sourate Le Récit, Al Qasas, 28, Verset 50-51).

6- Faire preuve d'humilité  devant la réalité scientifique et ne pas marquer de présomption ou de suffisance face au savoir que l'on acquiert. Cela tout simplement  parce que  le Coran  nous enseigne  que l’individu sort du ventre de sa mère,  ignorant,  dénué de tout savoir. Allah dit : [Et Allah vous a fait sortir des ventres de vos mères, dénués de tout savoir, et vous a conféré l’ouïe, la vue  et les cœurs [l’intelligence], escomptant de vous gratitude] (Sourate Les Abeilles, An-Nahl, 16, Verset 78). Allah  nous a également informé  que le savoir que l’individu, voire l’humanité tout entière, acquiert, est très limité par rapport à toutes les connaissances qu' Il peut dispenser à l'homme. Allah dit en effet : [Et On ne vous a donné que  peu de  connaissances ] (Sourate Le Voyage nocturne, Al Isrâ’, 17, Verset  85). Il suffit de comparer les connaissances acquises par  les générations du dix-neuvième siècle à celles  acquises par les  générations du siècle suivant. La connaissance  de cette réalité  et son enracinement  dans le savoir de l'individu renforcent l'humilité de ce dernier et lui font prendre conscience que le domaine de son ignorance est plus vaste que celui de son savoir, ce qui, de fait, l'incite à rechercher davantage de connaissances. Ainsi  la connaissance est-elle un moyen permettant d'acquérir davantage de savoir. Cette prise de conscience  de la limite de ses connaissances  protège  l'homme de toute arrogance, celle qu'il manifeste quand, croyant avoir  atteint le  savoir maximum, il cesse  d’étudier,   d’acquérir  davantage de connaissances et d'explorer, voire, quand il se targue avec  suffisance  des connaissances qu'il a acquises, de rejeter la vérité, même évidente, ce qui est un comble ! Allah dit, évoquant  certaines nations qui nous ont précédés :   [Quand leurs Messagers leur  eurent apporter les preuves évidentes, ils se targuèrent du peu de savoir qu'ils détenaient. Et cela même les étreignit  dont ils s'étaient raillés ] (Sourate Celui Qui pardonne, Ghâfir, 40, Verset 83).

Second point : La corroboration,  par le savoir moderne, des connaissances apportées par l’Islam

Alors  que l'Église  prit  une position  hostile  à  l'égard des  théories scientifiques modernes, et condamna  à  mort ou à la prison  tout scientifique qui parvenait  à une théorie ou à une découverte qu'elle n'appuyait pas,  l'Islam - comme nous l’avons déjà vu- encouragea  l’apprentissage et l’enseignement des connaissances  et  mit en évidence la place importante  qu'Allah Le Très-Haut et les musulmans  accordent  aux  hommes de savoir. Le Coran  contient  de nombreux  Versets qui informent sur le fondement  de la création des cieux, de la terre, du premier homme et de ses descendants, ainsi que sur d’autres évènements  qui se sont produits  depuis la Création. Ces Versets nous expliquent également comment se forment les nuages, comment se déplacent les vents… et contiennent  bien d’autres données scientifiques que la science moderne n’est parvenue  à découvrir  qu’à l’époque contemporaine. Le Coran  a ainsi la préséance sur les autres Livres célestes Révélés avant lui – et desquels  il se distingue-étant donné que les hommes de savoir  contemporains, y compris les  non musulmans, n’ont pu y déceler  la moindre erreur. Cette concordance entre le Coran  et le savoir scientifique  moderne  est  d'ailleurs  reconnue par  beaucoup de chercheurs occidentaux objectifs. Mieux encore, c’est cette concordance  qui a conduit le médecin français Maurice Bucaille à embrasser l’Islam après qu'il eut  comparé les données scientifiques modernes aux contenus respectifs du  Coran, de la Torah et de la Bible. C'est alors qu'il  lui  apparut  avec évidence  que le Coran était en concordance avec les théories  scientifiques modernes, alors que  la Torah et la Bible, telles qu'elles sont connues aujourd'hui, et sur tous  les sujets qu'il avait étudiés, contredisaient les découvertes scientifiques modernes. Maurice Bucaille a, à ce sujet, rédigé  son célèbre ouvrage qui a pour titre La Bible, le Coran  et la science :  les Écritures Saintes  examinées à la lumière des connaissances modernes, lequel a été traduit en plusieurs langues. Bucaille déclare, en  conclusion de son ouvrage, après avoir mentionné  le  résultat  de son  étude  de la Torah et de la Bible: «Les contradictions flagrantes, les invraisemblances et les incompatibilités avec les données de la science moderne apparaissent clairement et fonctionnellement  dans tout ce que nous venons   d'exposer  mais  elles  ne suscitent la  stupéfaction des  Chrétiens que  quand   ils  en  prennent véritablement  conscience (…). » Puis il dit que le Coran : « (…) qui reprend le contenu  des deux  Livres Révélés avant lui,  non seulement ne contient aucune contradiction narrative, que l'on retrouve  pourtant  entre  différents textes   de la  Bible,  mais manifeste en outre – pour quiconque  l'examine  avec objectivité et à la lumière  de la science – un caractère  particulier  qui est la concordance avec les données scientifiques modernes. Et  plus encore  que cette concordance, le lecteur du  Coran  est amené à  découvrir,  comme nous l'avons établi,  des propos  au  caractère  scientifique  que nous ne pouvons pas  imaginer avoir été  formulés par un homme du temps de Muhammad. Les connaissances scientifiques modernes permettent de comprendre certains des Versets coraniques qui n'avaient pas été interprétés correctement  jusqu'alors ».  

 Troisième point : L’enseignement de plusieurs principes fondamentaux des techniques et des sciences

L'Islam n'est pas seulement un corpus de pratiques cultuelles; c'est en fait un système qui régule  l'ensemble des domaines de la vie en  tenant compte  de  tous les besoins de  l'individu. C'est pourquoi il contient des indications relatives aux principes fondamentaux  qui doivent  impérativement régir les aspects essentiels  de l'existence humaine. Sans m'attarder  sur le sujet,  j'exposerai  dans ce qui suit  quelques uns  seulement de ces principes fondamentaux :

1- L’Islam indique les principes  fondamentaux de toute action en  relation  avec   l'émission et  la transmission d' informations. Allah Le Très-Haut oriente ainsi  dans Ses Versets  vers nombre de ces principes, notamment celui qui consiste à  vérifier  la teneur d’une information reçue et de  rechercher la preuve de sa véracité. Allah dit : [Ô vous qui croyez ! Si un scélérat vous livre une information, tirez-là au clair, de peur de porter atteinte à des gens par ignorance et de devoir ensuite le regretter]  (Sourate Les Appartements, Al  Hujurât, 49, Verset 6). Un autre de ces principes fondamentaux consiste à  de ne pas parler de ce que l’on ne connaît pas et de ne pas proférer  des mensonges tout en prétendant que c’est ce que l’on a entendu ou  vu. Allah  dit : [ N'imputez à personne ce dont vous n'avez pas connaissance. L'audition, la vue et le cœur, de  tout  cela, en vérité, vous devrez rendre compte ] (Sourate Le Voyage nocturne, Al  Isrâ’, 17, Verset 36). Ibn Jarîr rapporte à propos de la signification de ce Verset : «Ne parlez pas de ce dont vous  n’avez aucune connaissance».  Il est également rapporté : «Ne dis pas "J’ai vu"  alors que tu n’as rien vu, ni "J’ai entendu"  alors que tu n’as rien entendu, car Allah Le Très-Haut t’interrogera sur toutes ces affirmations»[19]. L’être humain  répondra en effet  de son ouïe, de sa vue et de son cœur.  Un autre principe fondamental  établit   qu'affirmer  des choses    au sujet d’Allah, sans aucune connaissance, est plus grave encore que l' associatrie*. Allah Le Tout-Puissant dit : [Dis : “Mon Seigneur  interdit seulement la turpitude, ce qui est en elle patent ou clandestin, le péché, l'insolence à contre-vérité, et qu'à Allah vous associiez cela sur quoi Il ne fait descendre aucune justification, et qu'à Allah vous imputiez  ce que vous ne savez point] (Sourate Les Murailles, Al Acrâf, 7, Verset  33). Un autre principe fondamental relève d' une mise en garde contre le mensonge en général, et plus particulièrement contre celui  qui est  colporté  et  dont  l' impact est extrêmement dangereux, comme la calomnie. Le Messager d’Allah ﷺ‬  a exposé  le châtiment réservé à celui qui se rendait  coupable de ce type de mensonge dans le Hadith suivant  : «  L’homme que tu as vu  dont on étirait en les déchirant les commissures des lèvres, des narines et  des  yeux  jusqu'à ce qu'elles touchent le dos, c’est l’homme qui sort le matin de chez lui et profère  un mensonge, lequel sera colporté de tous  côtés» [20].

2- L’Islam indique les principes fondamentaux qui régissent   l'adoption de moyens visant à gagner en puissance, laquelle est  nécessaire  pour que  la communauté ne soit pas surprise ni prise au dépourvu. Allah dit à cet égard : [ Et préparez [pour lutter] contre eux tout ce que vous pouvez comme force ] (Sourate Les Prises de guerre, Al  Anfâl, 8, Verset 60). L'établissement  de cette force recouvre l'acquisition des connaissances, particulièrement les connaissances expérimentales qui aident à entrer en possession d'un matériel  de guerre  constitué par  exemple  de chars, d' hélicoptères, de lance-roquettes et d' avions de chasse ;  parce que le  devoir  d'établir   une  force militaire  ne se concrétise qu’avec ces  moyens  là  et que ce qui est nécessaire  à  l'accomplissement d' une obligation  relève  également   d'une          obligation. Allah dit à ce propos : [Ô vous qui croyez ! Tenez-vous sur vos gardes ! ] (Sourate Les Femmes, An-Nisâ’, 4, Verset 71). Cette recommendation divine est celle là meme à laquelle répondent  aujourd'hui  les centres de détection à  distance. 

3- L'Islam indique les principes fondamentaux de toute  conduite  responsable  des  affaires. Les Versets et Hadiths qui exposent ces principes  sont innombrables. Nous n'évoquerons cependant que ceux qui serviront d'exemples. Les Versets coraniques soulignent ainsi   l’importance de la  responsabilité collective  et  de la responsabilité individuelle, et le fait que l'ensemble des individus  doivent œuvrer et  être  jugés en fonction des  résultats de leurs œuvres. Allah dit,  évoquant la responsabilité individuelle : [Ô toi l'homme qui t'évertues si fort vers ton Seigneur, alors tu Le rencontreras! ] (Sourate La Déchirure, Al Inchiqâq, 84, Verset 6). [Qui aura fait un atome de bien le verra, qui aura fait un atome de mal le verra ] (Sourate Le Séisme, Az-Zalzalah, 99, Versets 7-8). Et Le Très-Haut dit, évoquant la responsabilité collective : [ Et dis : “Œuvrez, car Allah verra  votre œuvre, tout comme  le  Messager et les croyants la verront, et vous serez ramenés vers Celui qui connaît parfaitement  l’invisible et le visible. Alors Il vous informera de ce que vous faisiez”] (Sourate Le Repentir, At-Tawbah, 9, Verset 105). Allah  nous enseigne également  que  l'actant  doit  posséder  les deux  qualités principales suivantes : être fort et être  digne de confiance. Le Très-Haut  dit ainsi : […car le meilleur à engager c’est celui qui est fort et digne de confiance] (Sourate Le Récit, Al  Qasas, 28, Verset  26). Ces principes fondamentaux font que le Musulman, subalterne ou responsable, prend conscience de l’importance de sa responsabilité. En conséquence de quoi il ne commet aucune action  qui soit préjudiciable à son prochain parce qu'il  sait qu’il sera interrogé à ce sujet au Jour du Jugement Dernier. La différence entre la civilisation musulmane et la civilisation occidentale réside  dans  deux  questions : L’homme occidental interroge constamment sur "le comment" des choses, tandis que le Musulman interroge sur " le pourquoi" ; la première question est dévastatrice  parce qu’elle interroge sur la manière et ne pose pas la moindre question sur le résultat. Voilà pourquoi cette interrogation sur le comment des choses a engendré la bombe atomique, car la question était alors : comment pouvons-nous éliminer  l’ennemi tout en conservant ses richesses ? La deuxième question est, quant à elle, positive, puisqu’elle interroge  sur l’objectif avant  même d’entreprendre  l' œuvre [21].

4- L'Islam  indique les fondements des conduites  morales : le Coran  enseigne ainsi  l’esprit et la quintessence de ces conduites  quand  Allah Le Très-Haut dit : [Par l’âme et Celui Qui l’a harmonieusement façonnée ; et lui a alors inspiré son immoralité de  même que sa piété ! Bienheureux sera  celui qui la purifie;  et certes confondu  celui qui  l'opacifie ] (Sourate Le Soleil, Ach-Chams, 91, Versets 7-10). Le Prophète ﷺ‬ expliqua à ses Compagnons –  qu' Allah soit satisfait d'eux, – que les meilleurs des  hommes étaient  ceux dont les conduites  morales étaient exemplaires. Ainsi  dit-il: « En vérité, les meilleurs d’entre vous sont ceux dont la conduite morale est la plus belle»[22] Le Noble  Coran   nous  enseigne la nécessité de nous comporter de la meilleure manière qui soit avec l'ensemble des individus que nous fréquentons. Allah dit : […tenez à autrui langage honnête ] (Sourate La Vache, Al Baqarah, 2, Verset 83). Pour  le Prophète ﷺ‬, les signes révélateurs de la perfection d'un être humain  sont  notamment le fait que ce dernier aime pour son prochain  ce qu’il aime pour lui-même. Il dit en effet : « Nul d’entre vous n’atteindra la perfection de la  foi  avant d'aimer  pour  son frère ce qu’il aime pour lui-même» [23].

5-L'Islam indique les principes fondamentaux de l’économie, laquelle est nécessaire à toutes les civilisations. Aucune d'entre elles  ne peut  survivre sans une économie solide et forte. C’est pourquoi l’Islam  prescrit la vente  et  proscrit l’intérêt usuraire. Allah Le Très-Haut dit ainsi : [ Or Allah autorise  la vente  et prohibe l'usure ] (Sourate La Vache, Al Baqarah, 2, Verset  275). Le Messager ﷺ‬  a par ailleurs interdit la monopolisation et la fraude, et ce,  parce qu’ils sapent  les piliers de l’économie. Le Législateur  Suprême  a également mis en garde contre le mal épouvantable dont la présence compromet la subsistance de toute économie, soit le gaspillage. Allah Le Tout-Puissant  dit : [Ô fils d’Adam, revêtez votre parure en tout lieu de prière, mangez et buvez, mais sans excès : en  vérité  Il n'aime pas la démesure] (Sourate Les Murailles, Al Acrâf, 7, Verset  31).

6- L’Islam indique les principes fondamentaux de la santé publique. Le  Prophète ﷺ‬  a ainsi exposé la légitimité de la médication dans le Hadith suivant :« Traitez vos maux par la médication, ô serviteurs d’Allah!  car en vérité  Allah n’a jamais introduit de maladie sans  introduire son traitement, hormis la vieillesse»[24].  Le Prophète ﷺ‬ nous a  également enseigné l' un des plus importants principes fondamentaux de la  santé qui est  la prévention  des maladies. Ainsi  dit-il : « A celui qui chaque matin consomme sept dattes ajwah*, aucun poison  ni  aucune  magie ne  pourront  nuire ce jour là»[25] Dans la version que donne  Muslim de ce Hadith  le Prophète ﷺ‬ dit : «Celui qui, au matin,  consomme sept dattes de ce qui est compris entre ses deux rocailleuses [c'est-à-dire des dattes de Médine], le poison  n'aura sur lui aucun effet  jusqu'au soir»[26].  En évoquant la  dimension prophylactique de  la consommation des dattes, le Prophète ﷺ‬  aborde en effet  ici la question de  la prévention des maladies et des mesures qu'il convient  de prendre contre elles avant même qu’elles ne surviennent. Outre  celle  évoquée dans le Hadith, le Prophète ﷺ‬  a établi une autre mesure préventive en  défendant aux membres de sa communauté de se rendre dans une région pestiférée. Ainsi déclara-t-il :«Lorsque vous apprenez que la peste a contaminé  un territoire, ne vous rendez pas dans celui-ci,  mais si c'est dans la  région  où vous êtes  que ce fléau  se manifeste, alors restez sur place» [27]. Il a également mis en garde contre le fait d’abreuver à la même source et au même moment  des chameaux sains et  des chameaux atteints d'une maladie contagieuse :«Que celui qui a des chameaux malades ne les abreuve pas avec celui qui a des chameaux sains»[28].

Le Prophète ﷺ‬  enjoint également de prendre des dispositions  nécessaires  de protection contre tout ce qui peut causer des  destructions et des dégâts matériels et humains. Ainsi  recommanda-t-il :  « Éteignez vos lampes avant de vous couchez ; fermez vos portes, attachez vos outres, bouchez les récipients qui renferment des aliments et de la  boisson » [29] . Ce Hadith contient une sommation, celle de  respecter les mesures de sécurité relatives à l'usage des  lampes  qui fonctionnent à  la cire ou  au  gaz  et donc  aussi, par extension,  à l'usage de tous les appareils de chauffage.  Le Hadith contient  également la sommation  de  fermer les  portes  et de  couvrir les aliments et la boisson pour les protéger des souillures que  causent les parasites,  les bactéries et les microbes.

Si nous voulions considérer chaque science et chaque technique pour en dégager leurs principes fondamentaux respectifs, nous aurions besoin d'un  temps considérable. Il est cependant  suffisant  d'avoir  évoqué les principes fondamentaux  de la connaissance, de la santé, de  l'économie, des moyens  d'informations et de la puissance.


 Second  déterminant : La religion

Ce déterminant n' est pas seulement l'un des plus importants qui soient; il constitue en vérité  la  plus  éminente  des composantes  de la  civilisation, et mieux encore de  la vie. Il n’existe pas de communauté sans religion, ce qui prouve qu' elle  est  un  élément  immanent à l'existence  humaine.  L’Islam est venu satisfaire cette immanence et représenter la religion authentique. Dans ce qui suit  nous allons tour à tour définir  le terme de religion, exposer les critères de la religion authentique, justifier le besoin humain de religion et enfin déterminer la source de celle-ci  :

 A – Définition :

Définition linguistique et idiomatique du substantif "religion / ad-dîn " :

 Al Fayrouz ،Abâdî  définit ainsi ce substantif : « La religion / ad-dîn, c’est la rétribution. » On dit " dintuhu ", soit :  " je l’ai rétribué",  et  "dintu bih ", soit : "j’ai été rétribué ". Ce substantif polysémique[30] désigne également l’habitude, le culte, les pluies régulières, l’humilité, le fait de rendre des comptes, la coercition et la domination, la prééminence, le pouvoir, la royauté, la puissance, la conduite et la disposition. Il désigne aussi  celui qui rétribue, celui qui prédomine, le juge, le magistrat, l’administrateur, celui qui demande les comptes, celui qui récompense et ne néglige aucune œuvre, qui rétribue  le bien et le mal,  telle cette Parole du Très -Exalté : [ … aurons-nous  vraiment à rendre des comptes ?/a'inna lamudînoun? ] (Sourate Les Rangs, As-Sâffât, 37, Verset 53), ce qui en d'autres termes signifie :  vous serez rétribués et vous aurez des comptes à rendre  au Très-Haut [31] .

Idiomatiquement, selon le sens qu'en  donne  l’Islam :   « Le terme  religion /ad-dîn  désigne l’obéissance et la rétribution;  métaphoriquement, il  désigne la législation. » [32]; telle est ainsi la définition proposée par  Ar-Râghib  dans son ouvrage Al mufradât. Pour Al Fayrouz ،Abâdî  : «  La religion /ad-dîn  est  un terme  générique qui désigne  tout ce par  quoi on  adore Allah Le Très-Haut » [33]

 Certains  oulémas  de l’Islam ont défini la religion/ad-dîn comme étant :« Une création divine qui mène les doués de raison saine, et ce, par leur  propre choix,  à ce qui est bon     pour leur vie sur terre et leur garantit le bonheur dans l’Au-delà.»  Dirâz a également dit : « Nous pouvons résumer cela en disant :  (la religion/ad-dîn est) une création divine qui oriente vers le Vrai dans les croyances et vers le  bien dans  les  conduites  personnelles et les relations avec autrui»[34] Ibn Al Kamal définit quant à lui  la religion /ad-dîn  en ces termes : «C’est une  création divine invitant les doués de raison  à  accepter ce qu’apporte le Messager» [35].

Voilà quelques définitions de la religion /ad-dîn  d’après les oulémas de l’Islam. Venons-en à présent aux définitions que proposent de ce terme les  érudits  occidentaux, qui varient  et divergent en fonction  de leurs penchants, de leurs croyances, de leur appartenance religieuse et de leurs spécialisations. Les sociologues proposent ainsi une définition différente de celle des philosophes et également distincte de  la définition des idéologues. Nous allons ci-dessous  présenter un ensemble des  définitions  proposées par ces divers spécialistes  pour constater   à quel point elles  sont discordantes.

Le terme est défini  dans le dictionnaire philosophique comme étant « un ensemble de croyances et de pratiques cultuelles sacrées en lesquelles ont  foi les membres d'un  groupe particulier  pour combler aussi bien le besoin de l’individu que celui  de la société. L’émotion est  à  la  base de la religion où  la raison occupe  malgré tout  une place».

Les sociologues occidentaux, quant à eux, définissent la religion  comme  étant  « un système social fondé sur l’existence d’un ou de plusieurs êtres, ou d’une puissance surnaturelle, qui  détermine les rapports de l’homme avec ces êtres ou cette puissance. Cette  idée se cristallise au sein de  n’importe quelle culture pour devenir un mode, ou des modes sociaux, ou encore une organisation sociale. Ce genre de mode  ou d'organisation  sont alors  connus sous le nom de  religion. » [36]                                                                                                                                                                                                                                                                                  

Le professeur Ahmad Ajibah a  recueilli plusieurs définitions de la religion qu'il  a  scindées en trois groupes, en fonction de la méthode utilisée  dans la  définition. Dans chacun de ces groupes il a placé  plusieurs définitions. Nous n'en  choisirons qu’une dans  chaque groupe parce que notre objectif  est de témoigner et d'exposer  et non pas  de débattre et de polémiquer.

La première définition est celle de  la voie ésotérique : «(la religion est) l' ensemble des devoirs de la créature vis-à-vis du Créateur, des  devoirs respectifs  de l’homme envers Allah,  envers le  groupe et envers lui-même ».

La seconde  définition  fait partie de celles qui reposent  sur le facteur  conjecturel :« (la religion est) une réaction  défensive à travers  laquelle la nature humaine résiste à ce qui préoccupe  son   esprit  et   pourrait  alors  paralyser les forces de l’individu  et   porter atteinte  à la cohésion de la société ».

La troisième définition est l'une de celles que propose la méthode comparative :«(la religion est) l’orientation du  comportement  d'un individu, en fonction de ses sentiments, vers une relation entre  son  esprit  et un esprit mystérieux qu'il  reconnaît exercer un  pouvoir  sur  lui  et sur  le monde entier et avec lequel  il  lui est agréable  d'être en contact »[37].

On constate, en examinant ces définitions singulières, une parfaite divergence entre elles. Cela relève de  la diversité des religions des  auteurs de ces définitions, de la  multiplicité  de leurs écoles spirituelles, de leurs cultures et de leurs civilisations -  grecque, romaine, chrétienne, ou reposant sur des philosophies nouvelles - si bien qu’un accord sur une définition consensuelle a été impossible à trouver. C'est pourquoi James Fraser  a dit :                   « Aucun autre sujet au monde  n'a  fort probablement  suscité  autant de divergences d’opinions que celui  relatif à  la nature de la religion » [38].

Le professeur Muhammad ،Abd Allah Dirâz a rapporté,  dans son livre Ad-dîn,  un ensemble de définitions de la religion. Il étudia  les divers éléments  constitutifs de toutes ces définitions  pour  produire  alors  une  définition  parfaite  qui est la suivante : « La religion est la croyance en l'existence d'un ou de plusieurs êtres  invisibles, supérieurs, qui ont  des sentiments,  choisissent, agissent et gèrent les affaires concernant l’être humain. Cette  croyance est  en mesure de pousser les hommes à avoir des conversations secrètes avec ces êtres suprêmes supérieurs dans l’espérance, la crainte, l’humilité et la glorification» [39].  En termes beaucoup plus concis : «  C’est la foi en un Être divin digne d’être obéi et adoré. » Cette définition est valable si l’on envisage  la religion comme un état psychologique signifiant religiosité ; mais si on la considère en tant que réalité extérieure à la psychologie, nous dirons alors que : « ( la religion est)  l' ensemble des  codes théoriques qui déterminent les attributs de cet Être divin, et l' ensemble des  règles précises   qui  modèlent  la  manière de l'adorer» [40].

Ra'ouf Chiblî estime, quant à lui, que les divergences sur la définition de la religion ont pour origine :

-          la multitude  de points obscurs concernant  les religions héritées des peuples païens anciens.

-          l’absence de textes qui expliquent le concept de  religion  dans les livres religieux anciens des Occidentaux.

-          le manque de clarté, dans l'esprit des Occidentaux, des croyances dont ils ont héritées.

-          l’imperfection des postulats rationnels que les Occidentaux  ont établis pour débattre  de la religion et de la religiosité.

-          la perversion des critères scientifiques que les Occidentaux ont établis pour expliquer la religion[41].

On peut également ajouter à cela :

-          l'ignorance  qu'ont les Occidentaux  de la religion authentique, ce qui explique que leurs définitions soient directement inspirées de leurs propres religions.

-          l'absence de  distinction qu'établissent  les Occidentaux  entre la  Religion   Révélée et  les religions  positivistes  fondées  par les hommes.

Quand on  compare les définitions de la religion établies par les Occidentaux avec celles établies par les oulémas  de l’Islam, on comprend en fait  que chaque groupe définit ce qu’il connaît et ce à quoi il est habitué. Ainsi  l'ouléma musulman  établit une définition  de la religion qui est  celle  de  la  Religion  authentique Révélée par Allah. Elle porte  donc la marque de la  foi qu'il a en cette Religion  et celle  de sa familiarité avec elle ; tandis que l'érudit  occidental,  qui ne jouit pas de la connaissance de la Religion authentique, mais oscille  entre les philosophies humaines et la religion falsifiée, établit quant à lui  une définition  de  quelque chose qu’il est  incapable de comprendre et en laquelle, en outre,  il n'a pas foi.

 B  : Les critères de la religion authentique

Après avoir défini le concept de religion, il est nécessaire d’évoquer les critères qui distinguent la Religion authentique  de  la religion falsifiée,  soit celle qui est fabriquée par les hommes. Ces critères de distinction  sont les suivants :

1-      La Religion authentique est une Révélation du Très-Haut, que Celui-ci   charge  un  ange ou  un messager de transmette à Ses serviteurs. Ainsi toute religion inventée par un individu qui invite à n’adorer que sa propre personne, est une religion factice  sans autre forme de procès.

2-      Elle invite à l’adoration exclusive d’Allah, interdit formellement de Lui assigner des associés et d'emprunter des voies qui conduisent à l'associatrie.

3-      Elle est  conforme aux principes  fondamentaux qu’ont prônés tous les Prophètes et Messagers.

4-      Elle  guide vers la Législation  d'Allah,  fait connaître à l’homme les vérités majeures en rapport avec Allah Le Très-Haut, le Tout-Puissant,  expose Ses attributs, Ses Noms et Ses Actes,  expose également  ce  qui, dans cet univers, est en rapport avec le monde de l'invisible  passé et le monde de l'invisible  futur,  les réalités de l’âme humaine, ce qui la bonifie  et la purifie ou ce qui provoque son malheur.

5-      Les différents enseignements et préceptes  de la Religion authentique  ne sont pas antithétiques  ni divergents. La Religion authentique  ne prescrit pas une chose  puis l’annule par une  autre  prescription, ni  n' interdit  une  pratique ou une conduite ou quelle qu' autre chose  puis la  rend  licite  sans aucune  justification.

6-      La Religion authentique garantit aux fidèles la préservation de leur croyance, de leur vie, de leur honneur, de leur raison et de leur progéniture à travers des prescriptions, des proscriptions, des mises en garde et des conduites morales qui protègent ces cinq fondamentaux.

7-      La Religion authentique, qui est une miséricorde pour les créatures, les prémunit contre toute commission d' injustice à l'encontre de leur propre personne et à l'encontre  d'autrui.

8-      Elle invite à faire montre de noblesse  dans  la  conduite morale et  dans l'action.

9-      Elle  assure  le bonheur à ses fidèles.

10-  La Religion authentique révèle  le Vrai, met en garde contre le mensonge, dirige vers la bonne voie et protège de l’égarement. Elle appelle aussi  les hommes à  s'engager sur  le droit chemin[42].

 C : Le besoin de  religion

Après avoir exposé les principaux critères qui permettent d’établir une distinction entre la religion authentique et la fausse religion, il convient d’aborder la question de savoir si la religion authentique est un réel besoin pour  l’être humain ou un luxe intellectuel  dont il est possible de se passer ?

Pour répondre à cette question, il est impératif de garder à l’esprit l’essence même de l’être humain, la matière avec laquelle il a été créé, et le but de sa création. L’être humain est en effet  créé d' argile, matière  à laquelle  l'esprit est insufflé,  et formé d’un corps et d’une âme. Il vit dans une société où il est à la fois sollicité par les multiples tentations de son environnement qui le distraient de la religion, et redevable des charges qu'il a  reçues  de  son  Créateur  et pour l'exécution  desquelles il sera  inéluctablement  rétribué,  qu’il les ait  bien ou mal exécutées.

Une observation de l’être humain à travers les époques et en quelque endroit qu'il se trouvât sur cette terre,  nous montre  que c'est une créature attachée à la religion,  qui ne  vit pas  sans religion. Un nombre conséquent d’études confirment ainsi que l’homme éprouve le besoin de religion.  Ce besoin  est bien plus important  que celui de consulter  un médecin, que le besoin de nourriture ou de boisson, comme l'affirme Ibn al Qayyim – qu'Allah lui accorde la miséricorde [43].

Quant aux raisons de ce besoin humain de religion,  elles sont nombreuses. Les réponses des chercheurs en ce qui concerne leur dénombrement  et leur évocation  sont  certes  variées mais cependant  toutes unanimes à souligner la réalité de ce besoin et la grande diversité de ses causes. Nous pouvons lire dans le dictionnaire Larousse du vingtième siècle que: «L’instinct religieux est commun à toutes les catégories d’êtres humains, même chez les plus sauvages et les plus  proches de la vie animale (…)  et l’intérêt pour le sens divin et le supranaturel est l’une des tendances mondiales constantes de l’humanité»[44].

Arnold Toynbee  explique que : « L’essence de la religion est d’une constance semblable  à celle de la nature humaine elle-même. En réalité, la religion est une marque  intrinsèque  typique de la nature humaine»[45].

Le professeur Dirâz, quant à lui, nous rapporte que les  historiens  des religions reconnaissent à l'unanimité  cette  réalité de la religion. Il déclare ainsi que: « La réalité sur laquelle s'accordent les historiens des religions  est  le fait qu' aucune communauté humaine, aucune grande nation, ne sont apparues, n'ont vécu et n'ont disparu  sans que leurs membres n'aient réfléchi  sur l'apparition de l’homme et son devenir ou n'aient interprété  les phénomènes de l'univers et  ses événements, sans qu'ils n'aient eu un avis particulier  sur ces  questions,  juste  ou  erroné, certain ou  supposé, qui  les  aidât  en tout cas  à se  représenter la puissance à laquelle sont soumis  ces phénomènes dans leur formation et l’issue vers laquelle s'acheminent les êtres  après leur mort» [46].

Le professeur Qardawî dit, quant à lui :  « Le besoin  que ressent  l'être humain  d'adhérer à la religion en général, et en particulier d'adhérer à l'Islam, n’est ni secondaire, ni marginal. C’est un besoin crucial et fondamental en rapport avec l’essence de la vie, le secret de l’existence et les tréfonds de l’être humain».

En veillant à être aussi concis que possible  nous allons exposer  dans ce qui  suit les  manifestations  de  ce  besoin de  religion dans la vie de l’homme souligné par  le  professeur Qardawî  dans ses propos – espérant ne pas  altérer leur sens de ces derniers - :

Premièrement : La raison  éprouve le besoin de connaître les réalités majeures de  l’existence. Les causes en sont en résumé les suivantes   :

 1- Le besoin qu’éprouve l’être humain de souscrire à  une  croyance  religieuse   provient  tout d’abord de son besoin  de connaître sa propre personne et de  comprendre l' univers grandiose qui l'entoure, soit de  connaître la réponse aux questions  qui ont absorbé  les philosophies humaines, lesquelles  n'ont finalement rien dit à leur sujet qui soit satisfaisant. L'homme est ainsi,  depuis son enfance,  assailli  de questions qui nécessitent des réponses, telles que : d'où est-ce que je viens ? où est-ce que je vais ? et pourquoi ? Même  si le fait de  consacrer la plus grande partie de son existence  à subvenir  à ses besoins immédiats de survie le distrait de ce questionnement, un jour arrive inéluctablement il se pose ces questions  éternelles :

a)      D’où est-ce que je viens et d’où vient cet univers gigantesque  ? Est-ce que j’existe de mon propre chef  ou suis-je la création d' un Créateur  ? Qui est-Il ? Quel est  le rapport  entre Lui et moi ?  Il se pose le même type de questions  à l'encontre de  ce  vaste monde et de tout ce qu'il contient : sa  terre, son ciel, ses animaux et ses végétaux, ses êtres inanimés et ses orbites célestes: ce monde  existe-t-il de lui-même ou a-t-il été  façonné par un Créateur  Suprême Qui  l’administre ?

b)      Puis : qu’y a-t-il après cette vie… après la mort ? Quelle est  ma  destination après ce court voyage sur ce globe terrestre ? L'histoire de la vie se réduirait-elle à celle de matrices qui enfantent  et d' une terre qui ensevelit ? Il  n'y aurait donc  rien après la vie ?

c)      Ensuite,  pour quelle raison l’homme a-t-il été créé ? Pourquoi l’a-t-on doté d’une raison et d’une volonté qui le distinguent des animaux ? Pourquoi lui a-t-on assujetti ce qu’il y a dans les cieux et  sur terre ? Son existence a-t-elle un but ? A-t-il une mission dans la vie ? Ou bien n'est-il créé que pour  manger comme mangent les bestiaux   avant de périr comme périssent les bêtes ? Si son existence a un but, quel est –t-il ? Comment peut-il le connaître ?

Ce que nous venons d' évoquer concernant le besoin de religion   qu'éprouve  l’homme  est en  rapport avec ses besoins rationnels. Toutefois, ce besoin  touche tout autant  l'affectif et le sentiment. L’être humain n’est  pas  seulement  une raison semblable aux cerveaux  électroniques. C’est bien plutôt tout à la fois  une raison, un affectif et un esprit. C’est ainsi qu’est constituée sa prime nature  et que s’exprime son tempérament. L’homme, par  nature, n'est convaincu  par  aucune  science et  aucune culture; aucun art,  aucune littérature  ne satisfont   son appétit insatiable  de compréhension du monde et de son existence ; aucun agrément et aucun plaisir ne comblent le vide qu'il ressent. Son âme  reste anxieuse, son esprit affamé, sa prime nature assoiffée,  sa sensation  de  vide et de  manque vivace, tant qu'il ne parvient pas à croire en Allah. La foi enfin trouvée, son anxiété fait alors  place à la sérénité, son tourment à l'apaisement,  sa peur à la quiétude, et il a le sentiment d'avoir enfin trouvé qui il est.

2- Ce besoin de religion  découle  de  la vie  elle- même, des  espoirs que l'être humain  met en elle et des douleurs qu’elle lui inflige. L’être humain éprouve le besoin de trouver  un  havre  sous lequel  s'abriter  et  un  soutien   ferme sur  lequel  compter  quand  il souffre de l'adversité, qu'il subit  des malheurs  et qu'alors  il perd ce qu’il aime;  quand il  est confronté à ce qu’il déteste, qu’il voit ses espoirs déçus ou que ce qu’il redoute  se produit. C'est  ici qu' intervient  la croyance religieuse  qui le  rend  fort  en  cas de faiblesse, lui donne  l’espoir à l’heure du désespoir, l’espérance à l’instant de la peur, l’endurance dans le malheur et l'adversité  et  l'infortune ainsi que  le courage chaque fois qu' il en a besoin.

La  foi en Allah, en Sa justice et en  Sa miséricorde, la foi en la compensation et la rétribution qu'Il accorde  au sein de  la Demeure Eternelle, procurent  à l’être humain  équilibre psychologique et force spirituelle. Tout son être respire alors  la gaieté,  son esprit déborde d'optimisme, le domaine de l’existence s’élargit à ses yeux;  il voit enfin  la vie    sous une perspective rayonnante; ce qu'il endure dans  sa vie éphémère lui devient plus léger. Il découvre ainsi que le réconfort, l' espérance et la paix intérieure que lui procure sa foi  ne peuvent être substitués par  aucune science, aucune philosophie, aucun bien matériel, aucune progéniture, ni même par la possession  de  tout  ce que  recèlent  l'Orient et l'Occident.

3- Ce besoin de religion est aussi un besoin social. C’est le besoin de motivations et de normes : des motivations qui poussent les membres de la société à  faire  le bien et à s’acquitter de leurs devoirs, même quand ils  ne sont ni contrôlés ni rétribués par  leur  semblable; des normes qui régissent les rapports entre les membres de la société et obligent chacun d’eux à ne pas dépasser ses limites, à  ne pas empiéter sur les droits d’autrui, à  ne pas sacrifier le bien de sa communauté  au profit de  ses désirs personnels ou de son intérêt matériel immédiat. Qu'on ne vienne pas  dire  que  lois et  règlements humains  suffisent à produire  ces motivations et ces normes !  Les lois humaines  en vérité ne créent pas de motivations et sont  insuffisantes comme normes  parce qu'il est possible de s’y soustraire et qu'il est aussi facile de les contourner. C'est pourquoi il faut impérativement  des motivations et des normes morales qui agissent de l’intérieur de l' être humain  et non de l’extérieur. Cette  motivation intérieure est indispensable; en est constitutive la barrière morale, soit les scrupules de l'individu, ou sa conscience, ou  son cœur- quelque soit le nom que vous donniez à cette barrière intérieure – Cette motivation intérieure  est une force qui, vertueuse, marque du sceau de la vertu  toutes  les actions  de l'être humain, mais qui pervertie, corrompt  toutes  les actions de celui-ci [47].

Le professeur Ahmad ،Alî Ajibah  partage  la  majeure partie des propos d' Al Qardâwî quant au besoin de religion. Il évoque en outre  d'autres  aspects  de cette question en établissant  une  distinction entre  le besoin de religion  de l'individu et le besoin de religion de  la société. Il  précise  notamment que :

-     L’individu a besoin de religion parce qu'il est pétri de religiosité et qu'il ne peut pas  détacher celle-ci de sa prime nature. La professeur Ahmad cite pour soutenir cette affirmation  le philosophe Louis-Auguste Sabatier  qui déclare dans son ouvrage Philosophie des religions : «Pourquoi suis-je  croyant ? Je  n'ai  jamais  posé  cette  question ou,  mieux,  commencé à la formuler à peine,  sans  me  voir  immédiatement  conduit à  répondre ceci : Je suis  croyant   parce que je suis incapable de ne pas l'être, parce que la croyance est une exigence morale  parmi  les exigences inhérentes à  l'être humain. On me dit :c’est là un effet de l’hérédité, de l’éducation ou de l’humeur. Ce à quoi  je réponds : cet argument là, je me le suis très souvent objecté, et j'ai  trouvé en fin de compte qu’il étouffait  la question au lieu de la résoudre et que le besoin de croyance religieuse que j’observe dans ma vie personnelle,  je le constate  encore plus vigoureusement  dans la vie sociale. La société humaine n’est en effet pas moins attachée profondément  que moi à la religion" [48].

Ce que ce philosophe nomme  " exigence inhérente " est exactement ce que la Révélation divine désigne  par " prime nature/fitrah ". Allah dit : [Ainsi donc  dirige tout ton être vers la religion, en croyant originel, en suivant la prime nature selon laquelle Allah a instauré les êtres humains, sans qu'il n' y  ait de substitution possible à la création d'Allah: c'est la droite religion mais la plupart ne le savent pas] (Sourate Les Byzantins, Ar-Roum, 30, Verset 30).

-     L’être humain vit  dans   un  conflit  permanent   entre les nécessités de son existence et les désirs que son  environnement fait naître en lui, et il ne lui est possible  de maîtriser ce conflit qu’avec la croyance  religieuse  qui  le  règle et le  circonscrit.

-     La Religion authentique est le fondement des valeurs, de l'éthique, des idéaux suprêmes et de la conduite morale ; l’être humain y puise ses valeurs, ses croyances et ses principes fondés sur la foi en Allah.

-     Les preuves les plus importantes et les plus solides  de  l'inéluctabilité et de l'absolue nécessité de la croyance religieuse sont notamment le fait que  ceux là même qui ont essayé de rompre avec elle  et de s'en défaire ont  échoué  dans  leur tentative; qui plus est, celle-ci a  produit l'effet contraire. Murâd Hufman, ancien ambassadeur d’Allemagne au Maroc dit :  « Il est vraiment choquant de constater combien rares sont  ceux qui,  en Occident,  s’intéressent à ce qui est arrivé à leur société: perte du sens de la vie, absence de tout objectif élevé, accroissement du sentiment de vide, carence spirituelle…tous ces elements présagent de la  transformation de l’existence individuelle  en une charge désespérée dépourvue de tout sens»  Comme l’a si bien dit  Pravitz  Mansour : « L’athéisme prélève son tribut auprès de chaque individu en Occident»[49].

Le professeur Ajibah  s'appuie ensuite  sur  une étude réalisée par Talcott Parsons dans laquelle il trouve la confirmation du  besoin humain de religion. Ce besoin  est,  selon  Talcott,  fondé sur  les  caractéristiques  même  de l’existence humaine, lesquelles sont notamment les suivantes :

1-      L’être humain éprouve de l'anxiété quand il entreprend une tâche, par crainte de connaître l'échec et la déception  ; la religion,  par l'optimisme, la confiance et  la sérénité  qu'elle lui procure, l'aide alors dans tout ce qu'il entreprend.

2-      L’être humain ressent un sentiment d'impuissance face aux  pressions qui s'exercent sur la  réalisation  de  ses  désirs. Cette impuissance gâche son bonheur et sa satisfaction. La Religion authentique le met en contact avec la voie des cieux et il est alors  capable de surmonter  son impuissance et son  désespoir.

3-      Du fait que les opportunités, les subsistances et les bonnes fortunes disponibles en ce monde ne se  présentent  pas  en  proportions identiques  aux  hommes,  l’individu  vit  dans un certain état d’inquiétude et de tristesse à cause de ce qu’il loupe ou de ce qu'il lui arrive, et souffre d'être soumis  à son semblable  pour demander simplement le respect de  son droit et la part légitime qui lui revient. Seule la Religion authentique peut le réconforter, lui faire connaître la véritable valeur des gains sur cette terre, et emplir son cœur de contentement et de satisfaction. C’est la foi dans le destin enseignée par l'Islam. Allah I dit : [Point de malheurs  qui n' adviennent sur la terre ou en votre personne sans figurer dans un  Livre avant que Nous ne les suscitions; c'est ce qui à Allah est facile. [Cela] pour que vous ne vous affligiez pas de ce qui vous a manqué, ni n'exultiez de ce qu'Il vous a donné. Allah n'aime pas l'orgueilleux qui s'illusionne ] (Sourate Le Fer, Al  Hadîd, 57, Versets 22-23).

Ibn al Qayyim – qu’Allah lui accorde la miséricorde – dévoile  un autre aspect important de ce  besoin  humain  de  religion qui  n'est autre  que  le  besoin de l'être humain  d'  une  force  cognitive  théorique et d' une  force pratique et volontaire. Il dit en effet : « L’être humain possède deux forces : une force  cognitive et théorique  et une force pratique et volontaire. La plénitude de son bonheur  est tributaire de la perfectibilité de ses deux forces, cognitive et volontaire. La perfection de la force cognitive du croyant est  atteinte  par la connaissance qu'il acquiert de son Créateur et de son Producteur, la connaissance de Ses Noms et Attributs, la connaissance de la voie qui mène à Lui et celle des entraves à cette voie, la connaissance de sa propre personne et celle  de ses défauts. Muni de ces cinq connaissances, le croyant  parvient à la perfection de sa force cognitive théorique. La perfection de la force pratique et volontaire n'est atteinte  que  si  l'être  préserve les  droits  qu' Allah  a sur  lui  et  observe  ces droits  en Lui vouant un culte exclusif, avec véracité, sincérité, loyauté, bienveillance, continuité, et reconnait les innombrables bienfaits d’Allah et  les manquements qui sont les siens, lui, serviteur, dans l'acquittement des droits du Tout-Puissant. (…) Il n’est d’autre voie pour parfaire ces deux  forces que  Son aide. L’individu est dans la nécessité impérieuse d’être guidé par Allah dans le droit chemin, cette voie dans laquelle Il a guidé Ses bien-aimés et l'élite de Ses serviteurs»[50]. Les professeurs Muhammad ،Abd Allah Dirâz et Ajibah  rejoignent tous deux  Ibn al Qayyim  pour mettre l'accent sur l'importance de cet aspect du besoin de religion [51]. Dirâz déclare notamment : « La croyance religieuse est un élément essentiel au perfectionnement de la force cognitive théorique  chez l’individu. C’est uniquement à travers la croyance religieuse que la raison trouve ce qui comble son désir insatiable  de comprendre le monde et sa propre existence. En outre c’est un facteur essentiel à l'épanouissement du potentiel  affectif  de l'être humain. Les sentiments nobles tels que l’amour, la passion, la gratitude, l’humilité… trouvent en effet dans la religion un  champ  illimité et une source intarissable. Enfin, la religion est  un élément indispensable au perfectionnement de la force de la volonté  à laquelle elle procure les plus éminentes des motivations et des incitations et les plus puissants des  moyens de lutte  contre les facteurs de désespoir et d'accablement»[52]. Dirâz dit également, après  avoir exposé le besoin de religion qu'éprouve la raison: « En résumé, les esprits souverains s'élèvent  toujours  au-dessus  des  vérités  partielles changeantes  et éphémères pour parvenir à une vérité  totale, éternelle et intemporelle, une vérité que ne possède aucune science ni aucune connaissance, et qu'en réalité toutes les sciences et connaissances convoitent. C'est cette vérité là que vénèrent exclusivement les religions authentiques. Cette attente impatiente et  foncière  de l’intemporel et de l’éternel, et cette recherche effrénée du total infini, indiquent deux choses : premièrement,  la nature de cette recherche (et non la trace de celui qui l’a produite) et deuxièmement, qu'il y a en l’être humain un élément noble, céleste,  créé pour  l’éternité, même si l’être feint de l’oublier et parfois  le néglige, se satisfaisant de ce qui est moindre, soit  l'élément corporel  de son existence   voué, lui,  à la dissolution » [53].

 D : La source de la religion

Les thèses divergent  grandement, et bifurquent même, sur ce sujet là. Toutefois, bien que divergentes, ces  thèses  font remonter la  religion à ces deux sources :

Première source : La Révélation divine, transmise par  Allah, Le Tout-Puissant, Le Très-Haut,  Créateur et Concepteur de l’univers. La  motivation de la croyance religieuse  est ainsi la prime  nature  selon laquelle Allah  a  originellement instauré les êtres humains. Cette thèse est celle des fidèles  des trois grandes religions : le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. Les Juifs et les Chrétiens n’ont plus, au sujet de la Révélation divine, d’autre preuve que leurs Livres, qu’ils vénèrent, et l'héritage religieux de leurs parents et ancêtres, lequel  n’a pas été épargné par la critique scientifique qui a établi,  de façon incontestable,  que cet héritage était falsifié et que les originaux des Livres avaient été perdus. Quant aux Musulmans, les preuves que la source de leur religion est la Révélation divine sont nombreuses :

1-      Le Noble Coran, dans lequel Allah met au défi les êtres humains et les djinns de produire un Texte semblable, même en s'entraidant, ou  de concevoir dix Sourates,  ne  serait-ce  même  qu' une seule, qui soient semblables aux Sourates du  Coran. Ce défi n’a pas été relevé jusqu'à nos jours et ne le sera pas non plus dans l'avenir.

2-      Les croyances inébranlables dispensées  par le Coran, qui n'admettent  ni abrogation ni annulation, ainsi que les lois sociales, les règles spirituelles et les fondements civilisationnels  dont l'être humain ne peut être instruit que par l'intermédiaire  du Seul  Qui détient le moyen d' accéder à leur connaissance, soit  Celui dont la science est immense, Qui maîtrise les secrets de l’univers et ceux de l’âme, ainsi que l'histoire du passé, du présent et du futur.

3-      La sincérité foncière  du  porteur du  Message divin ( soit  Muhammad ) attestée tout autant avant qu' après le début de sa mission; personne n'ayant en effet  jamais  relevé  de lui  le  moindre mensonge.

4-      L'absence de rupture entre la période de la Révélation du Coran et celle de sa mémorisation, de sa compilation, de sa reproduction sans falsification ou modification, alors que cette rupture a  existé  en ce qui concerne les Livres des précédentes   religions[54].

5-      La concordance entre  les découvertes de la science moderne et les vérités scientifiques contenues dans le Coran relatives à l'univers, l'être humain et  l' histoire[55].

6-      Le témoignage des Juifs, Chrétiens et autres non musulmans  qui ont  embrassé, ou se sont convertis à,  l’Islam. Ils  affirment ainsi que cette  Religion admirable, l’Islam, est la Religion du Vrai  et qu'elle est celle-là même dont la venue avait été annoncée par les prophètes antérieurs à  Muhammad, qu'elle est en outre  conforme au contenu du  message  qu'eux-mêmes étaient venus délivrer, et conforme  également à la prime nature humaine  dont elle comble les exigences.

Seconde source : La pensée de l’homme. Ce qui incite certains  à envisager cette source  c'est  la pensée elle-même, le besoin qu'éprouve l'être humain à comprendre son origine, ainsi que ses conditions  de vie et son environnement. Nombre  de ceux qui croient en la nécessité d'assujettir  toute chose à la méthode scientifique croient que la source de la religion est la pensée de l'homme, prétendant que cette  méthode  ne  les  conduit vers  rien qui relèverait du  supranaturel en ce domaine. Ce que la science n’arrive pas à confirmer est pour eux  inexistant et faux. C'est pourquoi  ils se sont mis à  rechercher la raison de l’apparition des religions au sein de  toutes les sociétés humaines dans des éléments autres que  la Révélation divine et le supranaturel. Ce faisant, il ne pouvaient plus qu'envisager  la nature elle-même, et donc l'être humain  puisqu'il fait partie intégrante de cette nature, comme cause originelle  des religions. C’est alors que leurs avis ont divergé  au sujet de l’origine de l’homme puis sur la façon dont la religion est apparue [56]. Malgré qu'elles fussent nombreuses et diversifiées, leurs études  à  ce sujet  restèrent confuses, piétinèrent aveuglément et n'aboutirent  à aucun résultat. Elles n’éliminèrent pas le doute par une quelconque certitude et leurs auteurs  ne désespérèrent  jamais de  trouver la cause des religions, malgré tout ce temps passé  à  la  rechercher vainement,  ni  ne  renoncèrent  sous  prétexte  d'incapacité.

La  civilisation  doit reposer  sur une  religion authentique qui  assure à ceux qui vivent sous  son égide la réalisation de leurs objectifs individuels, sociaux, religieux, politiques, intellectuels, scientifiques et pratiques. C'est ainsi que  l’ex-président américain Calvin Coolidge    déclarait dans l’un de ses discours : « Les pays ont  besoin d'une religiosité bien plus  forte et plus  répandue  qu'elle ne l'est aujourd'hui.  Je n’imagine pas de  remède   plus  abouti et  plus efficace  que la religion  dans l’élimination des défauts et des vices  qui  minent notre peuple. Il n’existe pas, en ce monde, de système éducatif  ni de  système de gouvernance impérissables, commeil n'est pas de  récompense ou de sanction qui aient encore un effet après quelque temps, hormis ce qui vient par la voie de  la  rectitude  et du  sacrifice. Or  le fondement de la religion est l'exhortation  (pour le bien de l'être humain). Aussi aucune  civilisation brillante ne peut  prétendre  à  la   pérennité  tant que  ses membres  restent  dénués  de  foi» [57].                                                    

La Religion authentique, grâce à laquelle se maintiennent  les sociétés, est l’Islam,  comme nous l’avons dit auparavant. C'est ainsi que  Léopold Vice/Muhammad Asad, d’origine autrichienne, dit : «Contrairement aux autres religions sémites, l’Islam considère que l’âme  de l’être humain est  une composante de sa personnalité et non un épiphénomène autonome. Par conséquent, le développement de l'âme humaine est, du point de vue de l’Islam, lié  de manière indissoluble   à tous les autres aspects de la nature de l'homme. Les impulsions du corps constituent  une partie complémentaire de sa nature humaine;  elles ne résultent donc pas  d’un quelconque "péché originel" - concept   étranger,  d'ailleurs,  aux enseignements de l’Islam -mais  constituent  bien au contraire  des forces positives dont Allah  fait don à l’homme. Il  incombe donc à celui-ci  de les accepter  et de les exploiter comme telles avec sagesse. Le problème de l’homme ne réside ainsi  point  dans la manière dont il doit réprimer les exigences de son corps, mais plutôt dans la façon de concilier ces exigences et celles de  son âme  de  façon  à ce  que son  existence  soit  productive  et vertueuse ».

Les racines de cette confirmation de la positivité  de l'existence  humaine n’existent que  dans la conception de l’Islam, laquelle religion assure que  l’homme est naturellement disposé à accomplir le bien, contrairement à l’idée chrétienne  posant que l’être humain porte, dès  sa naissance,   le poids du " péché originel ", ou encore à la croyance hindoue selon laquelle l’être humain, fondamentalement méprisable et impur,   doit passer par une longue série de réincarnations pour  atteindre la perfection. Allah dit dans le Noble Coran: [Nous avons certes créé l’homme dans la forme la plus parfaite] (Sourate Le Figuier, At-Tîn, 95, Verset 4), c'est-à-dire dans un état de pureté qui ne peut être altéré que  par la perversion ultérieure de  son comportement: [Ensuite, Nous l’avons ramené au niveau le plus bas des plus bas, exceptés ceux qui croient et accomplissent les œuvres salutaires] (Sourate Le Figuier, At-Tîn, 95,Versets 5-6)[58].

 Troisième déterminant : La perfection/ l'excellence  (al itqân)

Définition du terme: Ibn Manzour déclare :«on dit : "atqana chay", pour signifier qu'untel a accompli une chose à la perfection. "Al itqân " réfère à l'infinie  précision avec laquelle on accomplit un travail ou on réalise une œuvre. Il est dit dans le Coran: [Telle est  l'œuvre d’Allah qui a tout façonné à la perfection (…) ] (Sourate Les Fourmis, An-Naml, 27, Verset  88). On dit d’un homme qu’il est "taqin", pour signifier qu’il fait les choses à la perfection, avec dextérité ; un homme "taqin" c’est aussi celui qui est prompt, rationnel et explorateur».

Abou Mansour  dit : «  Anciennement  "at-taqin " était   utilisé dans l’expression "Ibn taqin", soit :  " le fils habile "  quand on voulait  évoquer  un individu reconnu pour l'excellence de ses réalisations. Puis " taqin " fut  employé pour désigner toute personne faisant montre de dextérité  dans ses actes. Ainsi emploie-ton  le verbe "atqana"  dans l'expression suivante: " atqana untel son travail  " pour dire que la personne en question  a accomplit sa tâche à la perfection  ; dans le dictionnaire, "at-tiqin" désigne  la  nature et  l’homme qui agit avec ingéniosité dans cette nature» [59].

On attribue à  Al Ahnaf  ces deux vers :

Peu  importe  qu'ignoble il  soit 

Si quand, chargé d' une tâche, il l'accomplit  du mieux qui soit.

On pourrait également citer la  parole de ،Alî bin abî Tâlib – qu'Allah lui accorde la miséricorde -  relative à ce sujet : «  Les hommes sont les produits  de ce qu’ils maîtrisent », ainsi que  celle-ci : « La valeur de chaque individu  réside  dans  ce qu’il réalise  à la perfection».

Le poète   dit:

Sois le  fils de  qui tu  veux  et acquiers  de  belles  manières

Les louanges qu'elle  te  vaudront compenseront  la  filiation de ton  père [60].

Après qu'ils eurent conformé leur conduite aux belles manières prônées par le Coran, les Arabes changèrent de critères et de mesures. L'Arabe, pour lequel auparavant  rien ne pouvait égaler  la filiation et la renommée,  considéra  désormais  que le bel agir, l’acquisition des belles manières et l'excellence dans l'action et le comportement constituaient la véritable  valeur  d’un  individu.

La perfection, ou l'excellence, est donc l'extrême précision, qu'elle concerne les choses matérielles  ou morales; elle est donc tout autant indispensable à la production des éléments matériels  de la vie  qu' à l'établissement des valeurs morales. Aucune civilisation ne s'érige, aucune industrie ne prospère,  sans cette excellence. Les entreprises industrielles et les établissements académiques  accordent à l'excellence  un intérêt   primordial. C’est pourquoi des normes internationales reconnues sont établies pour chaque production, qu’il s’agisse d’une production de la pensée – comme les programmes scolaires – ou d’une production matérielle – comme tous les autres produits. Ces normes sont devenues tellement indispensables que les fabricants et les producteurs industriels veillent scrupuleusement à ce que leurs produits les respectent et ils  les inscrivent d'ailleurs  sur les emballages de ces produits.

L’Islam, qui est l’Ultime Message Révélé, n’a pas omis d'évoquer  cet aspect  méthodique  efficient. Les Textes Révélés confirment la nécessité de l'excellence  et  nous enseignent qu’Allah  façonne à la perfection tout ce qu'il crée et  qu’Il encourage les êtres humains à parfaire leurs actions  en expliquant qu'Il aime cela de Ses serviteurs. Allah Le Très-Haut,  Le Tout-Puissant  dit en effet en parlant de Ses œuvres : [ Telle est l’œuvre d’Allah qui a tout façonné à la perfection] (Sourate Les Fourmis, An-Naml, 27, Verset  88). Ibn Al ،Abbâs  a dit,  expliquant le sens de ce Verset : « Allah a tout réalisé  avec une infinie précision. » Al Mujâhid déclare quant à lui que cette Parole d’Allah [(…) qui a tout façonné à la perfection] signifie qu’Il a tout raffermi et ajusté. Une explication  proche de celle-ci a été rapportée de Qatâdah – qu'Allah lui accorde la miséricorde – [61]. Ibn Kathîr – qu'Allah lui accorde la miséricorde – quant  à lui  précise : « Cela signifie qu’Il façonne  à la perfection tout ce qu’Il  crée, et  que chacune de  Ses  créations  reçoit la  sagesse qu' Il veut bien placer en elle » [62].

Ibn Al Qayyim – qu'Allah lui accorde la miséricorde – a précisé,  dans le cadre de sa    démonstration de  l'adéquation entre la Législation du Très-Haut  et Sa création, que, de même  qu' Il a créé  Ses créatures  avec  une perfection et une précision extrêmes,  Allah  a conçu Sa Législation  avec une convenance et une sagesse suprêmes. Ainsi Al Qayyim  dit-il : « En vérité, Celui Qui a établi ces sanctions et les a liées à la nature de leurs causes  et en proportion de celles-ci,  est  Le Connaisseur du monde  invisible  et du monde  manifeste, Le plus juste des juges, Le plus éminent de tous les savants, Celui Qui a embrassé toute chose de Son savoir, Celui Qui est instruit de ce qui a eu lieu dans le passé, de ce qui a lieu  dans le présent et même  de ce qui n'a  pas  eu lieu, sachant comment ce qui n'a pas eu lieu  aurait  été  s'il s'était finalement  produit. C’est Celui Dont la science embrasse tous les aspects des choses profitables, qu’elles soient infimes ou grandioses, cachées ou apparentes, que les êtres humains puissent en avoir connaissance ou non. Ces spécifications et ces considérations ne sont pas sans sagesse  ni objectifs louables, de même que les spécifications et les considérations relatives à  Sa création. Dans le dernier cas, il est question de Sa création, alors que dans le premier cas, il s’agit de Son ordre. Création et ordre relèvent  tous deux  de la  complétude de Sa science et de Sa sagesse et du fait qu'Il octroie à  chaque  chose qu’Il créée la place  qui  lui revient  et qui ne sied qu'à elle et qu’elle seule mérite. C'est ainsi, par exemple, qu’Il a placé la faculté  de la vision  et la  lumière du voyant dans l’œil, la faculté de l’ouïe dans l’oreille, la faculté  de l’odorat dans le nez, la faculté de l'énonciation dans le mouvement de la  langue et celui  des lèvres, la  faculté  du  toucher dans la main, la faculté  de marcher  dans les pieds. Il a en outre octroyé  à chaque animal et autre création, ce qui lui sied spécifiquement  et qu'il convient de lui attribuer, comme ses membres, sa stature, ses caractéristiques et sa puissance propre. Sa perfection et Sa précision enveloppent  ainsi  toutes  Ses créatures, comme Il le dit Lui-même : [Telle est l’œuvre d’Allah Qui a tout façonné à la perfection] (Sourate Les Fourmis, An-Naml, 27, Verset 88). Si Le Tout-Puissant  a façonné Sa création avec une perfection et une précision extrêmes, alors Son ordre est a fortiori plus précis et plus parfait. Celui qui ne connait pas toutes ces vérités  dans  leurs détails  n’a pas qualité pour les nier en bloc» [63].

Le Prophète ﷺ‬  a exhorté les musulmans  à  parfaire leurs œuvres. Dans un Hadith rapporté par ،Â'ichah – qu'Allah soit satisfait d'elle – le Messager d’Allah ﷺ‬ déclare: « Allah Le Très-Haut  apprécie que lorsque vous entrepreniez  une tâche, vous  l'accomplissiez  à la perfection» [64].  Lors de l' éclipse  de soleil qui  eut lieu le jour du décès d'Ibrahim,  fils unique du Prophète ﷺ‬, les gens clamèrent:«Cette éclipse est due à la mort d’Ibrahim!»  Le Messager d’Allah ﷺ‬ leur répondit alors: « Le soleil ne s’éclipse ni à l’occasion de la mort d’un être  ni à l’occasion de sa naissance. » Puis  le Messager d’Allah ﷺ‬  repéra  une  trouée  dans la tombe de son fils, entre les briques. Il ordonna alors de la colmater et dit : « Lorsqu’un être entreprend  une tâche, Allah apprécie grandement qu’il l'accomplisse  à la perfection»[65]. Cette  trouée  entre les briques dans la tombe ne  peut ni  nuire au  mort ni lui être utile et pourtant  le Prophète ﷺ‬  ne voulut  pas la laisser telle quelle sans la  colmater. Il  ordonna donc  que cette  tombe  bénéficiât de son droit à la perfection. Lorsque les compagnons lui demandèrent si cette trouée  pouvait être  nuisible ou bénéfique au mort, il leur fournit  la réponse susmentionnée.

 Al Manâwî – qu'Allah lui accorde la miséricorde – a expliqué ce Hadith en ces termes:«Allah  Le Très-Haut  apprécie au plus haut point  que  lorsque l’un de vous autres, croyants, entreprend une tâche, il  l'accomplisse  avec excellence, c'est-à-dire avec une infinie  précision, comme il est déclaré dans  la version du Hadith  rapportée par Al ،Askarî. Par exemple, il incombe à l’armurier auquel la fabrication des cors de chasse, des instruments et autres armes est confiée, de réaliser un travail excellent en parfaite conformité à ce qu’Allah a demandé. Il doit travailler avec l’intention d’être utile aux créatures d’Allah qui l’emploient  à  cette tâche, afin d’atteindre la perfection requise, et non par  crainte que  son métier ne s'éteigne,  ni en fonction de la rétribution qu'il  reçoit. Evoquons  donc ce fabricant qui avait réalisé  avec beaucoup de manquements un travail qu'il avait tout de même remis à son client. La nuit venue il ne put fermer l'œil  à cause de la peur  qu'il avait  que son travail ne se révélât  imparfait. Il commença de suite à réaliser un autre travail pour remplacer le premier et lui  fit atteindre les sommets de la  perfection de son art. Au matin,  il se rendit chez son client pour lui remettre ce second travail et récupérer le premier. Son client l’ayant remercié, il répondit ceci à celui-ci  : " Je n'ai pas  refait ce travail dans le but de vous satisfaire mais plutôt dans celui  de respecter le droit  du  métier et par crainte que mon  travail ne se révélât  imparfait". Lorsque l’artisan fait montre de manquement dans son métier parce que la rétribution qu'il reçoit pour celui-ci est insuffisante, il se rend  coupable d’ingratitude envers ce dont Allah l'a instruit, et il se peut dès  lors qu’il n’atteigne jamais plus  la  perfection [en guise de châtiment]» [66].

L'analyse de ce troisième déterminant,  la perfection/al itqân, nous fait  parvenir  au terme de  cette  première partie  consacrée   aux valeurs du  savoir,  à ce qui  résulte de celui-ci et à ce qui s'appuie sur lui. Dans la prochaine partie, notre étude s'orientera vers  un autre pôle   des valeurs  civilisationnelles  contenues  dans le  Message du meilleur des hommes, pôle considéré,  dans  son essence,  complémentaire du  premier  même s'il  contraste, dans  ses détails, avec celui-ci.

 Deuxième partie Les valeurs sociales

Les valeurs abordées dans cette partie touchent un sujet dont l'étude accapare depuis fort longtemps la réflexion des étudiants, des penseurs et  des sociologues. Ce sujet n'est autre que la  société. Les valeurs qu'il recouvre  sont considérées comme les fondements et les règles de toute  connaissance réelle  de la société. En outre  elles confirment que cette religion ultime, l’Islam, embrasse la totalité des besoins  des êtres vivants et de la vie elle-même. J'ai  entrepris ici de traiter  les valeurs sociales  les plus importantes relatives à ce sujet,  même si je ne puis point  faire montre d'exhaustivité, comme je l'ai  d'ailleurs   bien précisé dans l'introduction de cet ouvrage. Six déterminants s'inscrivent donc  dans les valeurs sociales. Les voici :

Premier déterminant : Le juste milieu (al wasatiyyah)

Définition linguistique du terme wasatiyyah: Il est dit dans le dictionnaire Lisân al ،Arab: «Al wasat désigne ce qui, dans toute chose, est le  plus juste»[67]. Ibn Manzûr dit :«Le milieu / wasat d’une chose, c'est ce qui se trouve  entre ses deux extrémités et wasat signifie le meilleur. Le wasat et  l' awsatihi  d’une chose, c'est ce qu’elle a de plus juste. Un homme wasat  ou wasît est un homme bon» L’auteur d’Al mufradât  dit : « Le milieu/wasat d’une chose est ce qui se situe à  égale distance de ses deux extrémités» [68].

Ainsi donc al wasat  désigne  le juste et le meilleur ainsi que  la position médiane entre deux extrémités. Al wasat est donc éloigné à la fois de l' exagération et de la renonciation,  de l' abus  et  du  laxisme.

Considéré  que  le juste milieu revêt une excellence  telle  que les affaires des communautés et des individus  ne  peuvent  être correctement conduites  que si elles  le respectent,  cette religion  du monothéisme pur et foncier  qu'est l'Islam nous est parvenue comme la religion du juste milieu  et de la modération. L’Islam  enjoint à ses adeptes  de respecter le  juste milieu et les  encourage fermement en ce sens. Il montre clairement que la perdition, la perdition complète de l’être humain, se situe dans l’éloignement du  juste milieu, qu’il s’agisse de l’éloignement vers le rigorisme ou de l’éloignement vers le laxisme.

 Allah,  Le Très-Haut  Le Tout-Puissant,  a d’ailleurs  décrit la  communauté des Musulmans  comme étant la  communauté du juste milieu: [Ainsi Nous avons vous constitués en communauté du juste milieu, pour que vous soyez  témoins contre les   hommes et que contre vous le Messager soit témoin] (Sourate La Vache, Al Baqarah, 2, Verset  143). Commentant ce Verset, Ibn Jarîr – qu'Allah lui accorde la miséricorde –  dit : « En vérité, Allah Le Très-Haut  décrit les  Musulmans  comme communauté  du juste milieu en raison de leur pondération  dans  la religion. Ils ne font en effet  pas montre d'exagération  comme les Chrétiens qui ont abusivement instauré le  monachisme et outrepassent les limites par les  propos qu'ils tiennent  sur Jésus. Ils ne font pas montre non plus  de négligence  comme   les Juifs qui ont modifié le Livre d’Allah, assassiné leurs prophètes, et proféré  des mensonges sur  leur  Seigneur  qu'ils ont en  plus  renié. Les Musulmans sont donc des gens du juste milieu et de la  mesure dans la religion, ainsi qu’Allah les  décrit  considéré que  les choses les plus aimées   de  Lui  sont justement  celles du juste milieu» [69].

Allah a fait de cette religion qui exhorte au respect  du  juste milieu une voie droite sans aucune  déviation  conduisant  à ce qu’Il veut de Ses créatures et conduisant  les créatures  vers leurs  objectifs les plus élevés. Allah dit : [“Tel est dans sa rectitude Ma voie.  Suivez- la donc ;  ne suivez pas les chemins qui vous en fourvoieraient". Voilà ce qu'Il vous enjoint, escomptant que vous Le craigniez. ] (Sourate Les Bestiaux, Al Ancâm, 6, Verset 153). Allah  dirige   ainsi Ses créatures vers leurs objectifs terrestres  et leur assure  la sécurité dans l’Au-delà. Allah  Le Très-Haut  annonce: [Allah introduira bientôt dans Sa miséricorde et Sa grâce ceux qui auront cru en Lui et qui se seront  placés sous Sa protection; Il les dirigera  vers Lui dans un chemin de rectitude ] (Sourate Les Femmes, An-Nisâ’, 4,Verset 175). Les créatures d'Allah reçoivent ainsi Sa miséricorde dans la vie terrestre  et dans l’Au-delà de même  qu'elles  recevront  Sa miséricorde et le  Paradis dans l’Au-delà.

La mesure prônée par l'Islam consiste notamment à respecter strictement  dans l'adoration ce  qu'Allah a  prescrit,  sans rien  ajouter, et ce,  pour  prévenir  toute introduction d'éléments nouveaux  dans la religion  et éviter que l’individu ne  s'impose à  lui - même  une charge au-dessus de ses forces.  Al Bukhârî – qu'Allah lui accorde la miséricorde – rapporte que  Humayd bin abî Humayd at-Tawîl – d'après les  propos  rapportés  par celui-ci-a entendu Anas bin Mâlik dire :«Trois individus se présentèrent   chez  les épouses du Prophète ﷺ‬  pour  s'informer  des pratiques rituelles de celui-ci.  Dès qu'ils en furent instruits   ils  jugèrent ces pratiques  peu contraignantes  et proclamèrent :  " La  différence entre  le Prophète ﷺ‬ et  nous, c’est qu’Allah  a absout le Prophète ﷺ‬ de ses  péchés, à la fois ceux qu'il a commis dans le passé et ceux qu'il commettra à l'avenir."  " Puisqu'il en est ainsi, dit l’un d’eux, je vais désormais   accomplir  la  prière toutes les nuits." "Moi, dit le second, je vais jeûner  tout le temps et ne romprai jamais le jeûne".  "Et moi, déclara le troisième, je vais me  priver de femmes et ne me marierai jamais. "Le Messager d’Allah ﷺ‬ fit alors  son entrée et  dit  à ces hommes : "Est-ce donc bien vous qui tenez de  tels  propos ?  Par Allah,  je crains et vénère Le Seigneur plus que vous, et cependant  je jeûne et j’interromps le jeûne au moment prescrit  par Allah, je prie et je dors et  j'épouse  des femmes. Quiconque dévie  du chemin que j’ai tracé  n’est pas des  miens"»[70].

Le Prophète ﷺ‬ aperçut un jour, en entrant dans la mosquée,  une corde tendue entre deux piliers.  Il demanda alors  : Que fait là cette corde ? " ." Ô Messager d'Allah! C’est la corde de Lahimnah, fille de Jahich ! " - lui répondit-on -  lorsqu’elle est fatiguée, elle s’y accroche" . Le Prophète ﷺ‬ dit alors : " Qu'elle accomplisse donc  la prière rituelle en fonction  de ses  forces. Quand elle est fatiguée, qu'elle s'assied donc ! "  [71].

Le Prophète ﷺ‬ rentra un jour dans la mosquée où se trouvait une corde tendue entre deux piliers. Il demanda alors : «  Que fait là cette corde?» On lui répondit : «C'est la corde de Zeinab*, quand elle se fatigue [ dans l'accomplissement de sa prière ] elle s'y accroche» «Détachez- là donc! Que chacun de vous accomplisse la prière rituelle  en  fonction de ses forces; si  vous êtes épuisés,  asseyez-vous donc ! »

Le juste milieu prôné par l'Islam se manifeste  également  dans la conciliation équilibrée que le musulman parvient à établir entre la religion et le temporel  et  qui assure  à chaque ayant droit le respect de son droit. Ainsi le musulman ne dépasse-t-il  pas la mesure dans l'adoration au point de s'oublier soi-même,  de devenir une charge pour autrui et  de délaisser  les droits de ceux qui sont à sa charge comme son épouse, ses parents et ses enfants. De la même manière,  il ne dépasse pas la mesure dans le domaine temporel  au point de devenir  l'esclave de l'argent, d'ignorer son Seigneur et de ne pas implorer le pardon de ses péchés. Allah Le Très-Haut dit, conseillant le respect de cet équilibre entre la religion et le temporel : [Recherche, à travers ce qu'Allah t'a accordé, la Demeure dernière sans du reste oublier ta part dans l'ici-bas. Agis bellement, comme Allah agit envers toi. N'aspire pas à faire dégât sur la terre. Allah n'aime pas les fauteurs de dégât ] (Sourate Le Récit, Al Qasas, 28, Verset  77). Ibn Jarîr – qu'Allah lui accorde la miséricorde – a dit : « Allah  Le Très-Haut dit à Karoun, rapportant ce que son peuple lui avait dit : " Ô Karoun, ne crois pas qu'il te soit  permis d'opprimer ton peuple parce que tu possèdes  un nombre considérable de biens. Recherche plutôt,  à travers les  richesses  qu’Allah t’a accordées, les biens de l’Au-delà en faisant participer ces richesses  à  l’obéissance à  Allah en ce bas-monde"» Puis Ibn Jarîr  cite  ces paroles d’Al Hasan – qu'Allah lui accorde la miséricorde – sur la signification du Verset suivant : [(…) sans du reste oublier ta part dans l'ici-bas (… ) ] : « Ta part dans l'ici bas  désigne ce  qu’Allah a rendu licite pour toi; et  cette part  est largement suffisante » [72].  Allah Le Très-Haut Le Tout Puissant  dit : [… en ces maisons [soit les mosquées] qu'Allah a permis d'élever et qu'y soit rappelé Son  Nom. Là, célèbrent Sa transcendance,  du matin au crépuscule, des hommes que nulle affaire, nul commerce ne distraient du Rappel d'Allah, de l'accomplissement de la prière rituelle, du versement de la purification [ soit l'aumône légale/zakah ], et qui redoutent le Jour où se révulseront les regards et les cœurs, afin qu'Allah les rétribue de plus beau qu'ils n'auront fait, avec en surplus une part de Sa grâce – car Allah gratifie qui Il veut sans compter ] (Sourate La Lumière, An-Nûr, 24, Versets  36-38). Le négoce ne distrait donc pas ces hommes de l'accomplissement de  la prière  ni ne  les empêche  d'acquitter la zakah. Qatadah  dit : « Les gens se livraient au troc et au négoce, mais  si le moment était venu de s’acquitter d’un droit envers Allah, ni le négoce ni le troc ne les distrayaient de Son évocation/ Son Rappel. Ils ne retournaient alors à leurs affaires qu'après  avoir  accompli leur devoir vis-à-vis d'Allah. »[73]  Ibn Kathîr – qu'Allah lui accorde la miséricorde – a dit :  « La vie ici- bas, ses décorations, ses ornements, les délices et les bénéfices de ses négoces,  ne les distraient point  de l'évocation  de leur Seigneur,  Qui est leur Créateur, Celui qui pourvoit à leur subsistance. Ceux  là sont ceux  qui savent  que ce qu'il y a  auprès de Lui est meilleur et plus utile  pour eux que ce qu’ils ont entre leurs mains, et ce parce que tout ce qu’ils possèdent  finit par  s’épuiser  tandis que ce qui est auprès d’Allah dure  éternellement» [74].

De la même manière qu'Il   enjoint de respecter un  équilibre entre le domaine de la religion et le domaine du temporel, Allah    permet  de  goûter aux  plaisirs de  cette vie ici-bas  qu'Il a  déclaré  licites, comme le port de belles tenues et la consommation de  nourritures délicates. Mieux encore, Allah a enjoint  aux croyants de revêtir  leurs plus beaux habits  quand ils se rendent  dans les mosquées : [ Ô fils  d’Adam ! revêtez votre parure  en  tout lieu de prière, et mangez et buvez mais sans excès: Il n'aime pas la démesure. Dis : “Qui donc a déclaré illicite la parure d’Allah, qu’Il a produite pour Ses adorateurs, ou les choses bonnes d'entre Ses attributions ?”.  Dis : “Elles appartiennent  aux  croyants pendant  leur   vie  d'ici-bas ; elles seront purifiées le Jour de la Résurrection ". Ainsi explicitons-Nous Nos  signes pour des gens capables de savoir ] (Sourate Les Murailles, Al Acrâf, 7,  Versets 31-32).

 Le Prophète ﷺ‬ était vigilant envers  ses compagnons – qu'Allah soit Satisfait d'eux – et s’il découvrait que  l'un  d'entre eux  avait transgressé cette pondération enjointe par Le Très-Haut, il l'orientait alors vers une meilleure voie. Abou  al Ahwas  raconte  que son père, dont il rapporte les propos,  se présenta  au  Messager  ﷺ‬  dans un état crasseux.  Le Messager ﷺ‬  lui demanda : « As –tu des biens ?  »« Oui ! », répondit le père d'Abou al Ahwas. « Quel type de biens ? », demanda le Prophète ﷺ‬. « Des biens  de toutes sortes : des chevaux, des chameaux  et des esclaves », répondit le père.  Le Prophète ﷺ‬ lui dit alors  : « Lorsqu’Allah t’accorde un bien, [fais en sorte] que cela se voit sur toi!»[75] Le Prophète ﷺ‬ enseignait  à ses Compagnons qu’Allah aimait voir, sur Son serviteur, les traces de Ses bienfaits. ،Amrou  bin Chu،ayb  rapporte, d’après son père qui  tenait lui-même de son propre père ce Hadith, que le Messager d’Allah ﷺ‬  déclara: « Mangez, buvez et acquittez  l’aumône légale sans prodigalité  ni arrogance. En vérité, Allah Le Très-Haut aime voir les traces de Ses bienfaits sur Son serviteur. »[76] Ibn Mas،oud  rapporte le propos suivant du  Prophète ﷺ‬ :  « N’entrera pas au Paradis  quiconque porte dans son cœur  un brin  d'arrogance, fût-il infime. » Un homme fit alors remarquer : « L’homme aime que son habit soit beau et que ses chaussures soient belles. »  Le Prophète ﷺ‬  répliqua : « Allah est Beau et aime la beauté;  faire montre d'arrogance c'est mépriser  le  droit  et  dédaigner autrui»[77].

L’Islam a introduit le juste milieu entre les besoins impératifs  du  corps  et  les constituants de l'âme.  Il  n'est  donc  pas  seulement une religion spirituelle, comme se limitent à l'être les  religions orientales païennes  zoroastriennes,  ni une voie de production matérielle et de gaspillage dans la recherche du seul bien-être corporel comme l'est  le modèle capitaliste. C’est tout  au contraire une voie médiane, comme nous l’avons déjà démontré, qui prend en compte tous les besoins de  l’être humain, afin que le Seigneur Tout-Puissant et Très-Haut soit Satisfait de Ses serviteurs et leur assure le bonheur dans la vie ici-bas  et dans   l’Au-delà.

 Second  déterminant : L'attention portée à  la femme

L'Islam  porte attention non seulement à l'être féminin  mais bien plus généralement à  l'être humain, et ce,  à  toutes les étapes de sa vie, aux circonstances de son existence  et  aux situations  auxquelles il se retrouve confronté,  lui garantissant  le respect de ses droits,  y compris  ceux que désigne aujourd'hui  le vocable " Droits de l'homme". Bien mieux, l’Islam porte attention à l'ensemble des éléments de la Création, qu'ils soient animés comme les animaux, les oiseaux, les végétaux,  ou inanimés comme les  minéraux.

L’Islam accorde cependant à la femme une place particulièrement importante. Si je  consacre à celle-ci  une partie de mon étude  c'est bien entendu en raison de l'importance de cette place  et  aussi  en raison  de l'immensité  du  besoin que l'on a de débattre du cas de la femme et  de l'abondance de polémiques que ce cas  suscite. La femme a donc  une place de choix dans l’Islam, qu’elle soit mère, épouse, fille, sœur ou tout simplement  élément féminin au sein  de la société. Allah a ainsi  associé le droit des père et mère à Son droit : [ Ton Seigneur a décrété que vous L'adoriez Lui seul, et que vous agissiez bellement à l'égard des père et mère. Si chez toi ils atteignent au grand-âge, l'un d'eux ou bien tous les deux, ne va leur dire : Fi !, ni les rudoyer; dis-leur des paroles généreuses ] (Sourate Le Voyage nocturne, Al Isrâ’, 17, Verset 23). Allah Le Très-Haut Le Tout-Puissant a déterminé les droits et les devoirs mutuels des époux : [Quant à elles, elles ont des droits équivalents à leurs obligations, selon les convenances. Les hommes ont toutefois sur elles préséance d'un degré. Allah est Puissant et Sage ] (Sourate La Vache, Al Baqarah, 2, Verset  228).

 Le Très-Généreux, Le Tout-Miséricordieux enseigne  que  l'homme et la femme sont égaux  dans la vie ici-bas et dans l’Au-delà  face à la récompense de leurs œuvres, la jouissance des effets de ces récompenses et la conséquence  louable de celles-ci : [Qui effectue l'œuvre salutaire, fût-il mâle ou femelle, s'il est croyant, Nous lui ferons vivre une vie bonne; et Nous les rétribuerons d'un salaire plus beau que ce qu'ils faisaient …] (Sourate Les Abeilles, An-Nahl, 16, Verset  97). Le Prophète  ﷺ‬  a recommandé aux hommes de prendre soin des femmes. C'est ainsi que lors du pèlerinage d'adieu il déclara en ce lieu memorable qu'est le mont Arafat et devant une foule considerable :« Craignez donc Allah en ce qui concerne les femmes! Souvenez-vous que c'est par  la Permission d'Allah que vous les avez prises pour épouses et que c'est Allah qui vous les a confiées»[78].

Le Législateur n’a pas manqué  de recommander aux  époux de tenir compte des sentiments de leurs épouses et de faire preuve de délicatesse envers elles. Le Prophète ﷺ‬ en effet a dit : «Quelque dépense d'entretien que tu engages représente une aumône, même la lichette que tu portes à la bouche de ton épouse»[79].

Les Arabes de la période antéislamique,dite" de l'ignorance",  étaient accablés  par la naissance de  filles – cet accablement étant  la marque de  toute époque  obscure  – mais le Prophète plein de bonté  ﷺ‬  annonça aux  pères qui avaient des filles qu'Allah leur réservait un bien fabuleux:« J'annonce à quiconque est éprouvé par la naissance de  filles  et supporte cette  épreuve que  ses filles  seront pour lui un rempart contre le Feu » [80].

Le Messager ﷺ‬  fit montre de prévenance supplémentaire envers les femmes de sa communauté. Ainsi quand celles-ci lui demandèrent  de leur réserver  un jour  de  la  semaine  au  cours  duquel il viendrait leur parler  et aborder avec elles les questions les concernant spécifiquement, il accede à leur demande, comprenant qu'elles ne puissent se contenter des sermons qu'il prononçait à la mosquée et qui étaient destinés à l'ensemble des musulmans. Dans un Hadith authentique, il est rapporté que les femmes s'adressèrent en ces termes  au Prophète ﷺ‬ :« Les hommes sont avantagés par rapport à nous auprès de toi;  réserve-nous  donc  un jour à ta convenance»  Il  leur promit alors de leur consacrer un jour et ce jour venu il les rencontra, leur fit  un sermon et leur délivra des injonctions. Il leur dit notamment ceci :«Toute femme  qui  parmi vous a  perdu  trois  de ses enfants, doit savoir que cette perte constitue pour elle  un  rempart contre l’Enfer» Une  femme demanda : « Et si elle a perdu  deux enfants ?»; ce à quoi il  répondit : « Et deux enfants [sont également un rempart contre l'Enfer ] » [81].

Cette  sollicitude  du  Prophète ﷺ‬ - qui était l'Envoyé chargé à la fois transmettre   le  Message divin et de gérer les  affaires de l'Etat -, en témoigne encore   l'étonnement qu'il manifesta  à  la disparition  de  la femme qui balayait la mosquée. C'était une femme noire, femme du peuple,  et  sa présence dans la mosquée  n'aurait  jamais  été  remarquée   ni son  statut perçu,  n'eût  été le souci  du  Prophète ﷺ‬  à donner son dû à chaque personne  et à faire montre d'équité envers la femme. Abou Hurayrah  rapporte :«Une femme noire s’occupait du balayage de la mosquée, ou peut-être était-ce un jeune homme. Quoiqu'il en soit le Messager ﷺ‬  ayant constaté son absence, demanda de ses nouvelles. – " Elle (Il) est mort(e) " lui  dit-on. – "  Ne pouviez-vous pas me le signaler?"» Le rapporteur ajoute :«Apparemment  ils avaient fait peu cas d’elle -ou de lui -  Le Messager d’Allah ﷺ‬ ordonna  ensuite : "Indiquez-moi sa tombe !" Ils la lui indiquèrent et le Prophète ﷺ‬ pria pour la  (le) mort (e)»[82] Uuu L'information que donne le Prophète ﷺ‬ relative à la  récompense et au  rang  dont bénéficiera dans l'Au-delà  la femme qui, en ce bas monde,  se sera consacrée  à ses enfants  prouve  de  manière grandiose combien  l’Islam  porte  d'estime à  la femme qui se sacrifie pour  ses  enfants, lesquels sont partie constitutive de l'édifice sociétal. Le Messager ﷺ‬  dit à cet effet : « Nous serons, moi et une femme – dont les joues sont hâlées –  comme ces deux doigts de la main au jour de la Résurrection» Yazîd fit alors un signe avec son majeur et son index. [ Le Prophète ﷺ‬ poursuivit] : « Une femme veuve, digne et belle, qui  se sera  consacrée à ses orphelins jusqu'à ce qu’ils eussent  atteint  la maturité ou qu’ils décédassent»[83]. Ibn Hajar – qu'Allah lui accorde la miséricorde – dit : «Il est fort probable que par ce propos le  Prophète ﷺ‬ veuille  signifier la proximité des rangs que lui et la femme en question occuperont respectivement  au moment de  l’entrée au  Paradis, conformément à ce propos  que rapporte  Abou  Ya’lâ, d'après  Abou Hurayrah qui attribue le propos en question au  Prophète ﷺ‬: " Je serai  le premier à ouvrir  la porte du Paradis; puis une femme accourra vers moi et je lui  demanderai : Qui es-tu ? Elle me répondra : Je suis une femme qui s’est retrouvée veuve avec des orphelins ". Les rapporteurs  de ce propos attribué au Prophète ﷺ‬  sont dignes de confiance. Quand le  Prophète ﷺ‬ dit :" elle accourra vers moi", cela  signifie qu'elle accourra pour rentrer en même temps que le Prophète ﷺ‬ au Paradis, ou  sur ses traces, et il est fort  possible que cette parole recouvre les  deux sens en question, soit  la promptitude de l’entrée au Paradis de la femme veuve et  l’éminence de son rang   d'entrée»[84].

Dans l'Islam – comme toute personne objective peut le constater – la femme occupe en effet une place prééminente et un rang élevé qu'aucune des religions antérieures à l'Islam ne lui ont jamais concédés et qu'aucune civilisation future ne lui accordera jamais. L’Islam la place sur un même pied d’égalité que l’homme dans la vie ici-bas et dans l’Au-delà face  à la  récompense de ses œuvres,  à la jouissance des effets louables de celles-ci et à leur aboutissement bénéfique. L'Islam recommande également aux  croyants de  prendre soin  de la femme, qu’elle soit mère ou épouse,  car elle est leur est confiée. Il a  montré le type de  rétribution  divine  qu'elle recevrait  pour  chaque chose qui la concerne, depuis  le choix qu'elle  fait  de rester sans mari  pour se consacrer à l'éducation de ses enfants  jusqu'à la dernière des  situations que nous avons évoquées dans ce qui précède.

 Troisième déterminant : L’amour

Voilà l' éminente  disposition naturelle,  baume  guérisseur des  maladies du cœur, qui  concilie les âmes, associe les esprits, donne à la société une coloration affective par l'effet de  laquelle  les individus s'élèvent au-dessus des haines et des rancunes et  se conduisent  les uns envers les autres comme les frères entre eux, ou mieux,comme si l'autre était soi-même, si fait que  l'existence deviant un bonheur débordant et un paradis resplendissant. Cet amour revêt, dans cette religion qu'est  l'Islam,  de nombreuses formes :  l' amour qui unit le Créateur et la créature; l' amour du Créateur pour Ses serviteurs croyants;  l' amour  de l'individu pour son Seigneur; l'amour qui cultive tous les motifs de l'attachement  jusqu' à  envelopper  à la fois le Messager ﷺ‬, le père, la mère, l'épouse, les enfants  et l'ensemble des croyants. Plus encore, ce sentiment se dilate de sorte que  l'individu en vient à ressentir  le lien d'amour qui l'attache à la terre sur laquelle il a grandi et aux points de repère à l’intérieur desquels il se déplace en permanence.  Les Textes  Révélés exposent une    partie de ces  sublimes significations  que revêt  la notion  d'amour  dans l'Islam.

 Première forme d'amour : L’amour d’Allah Le Tout-Puissant pour Ses serviteurs

Allah Le Très-Haut Le Tout Puissant aime Ses serviteurs croyants. Il les aime bien qu' Il  n'ait aucunement  besoin d'eux parce qu' Il est Auto-suffisant. L' amour qu' Il leur porte est  de fait pour eux  un  don de bienfaisance et une  gratification. Allah  Le Très-Haut dit : [qu’Il aime et qui L’aime] (Sourate La Table, Al Mâ’idah, 5, Verset  54 ). Mieux encore Il est Satisfait de Ses serviteurs  et de leurs œuvres parce qu’elles sont conformes à ce qu’Il veut d’eux. Le Tout-Puissant dit à cet égard : [Quant à ceux qui ont été les premiers [à croire], parmi les émigrés [ de La Mecque ] et les partisans de Médine,  et ceux qui les ont suivis dans le bel-agir, Allah est Satisfait d'eux et ils sont satisfaits de Lui. Il leur a préparé des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux.Ils y demeureront à tout jamais, immortels. Voilà  le triomphe suprême !] (Sourate Le Repentir, At-Tawbah, 9, Verset  100).

 Deuxième forme d'amour  : L’amour de l’être humain  pour son Seigneur

Le Musulman aime son Seigneur  parce qu'Il est Digne d'être Aimé. Le Tout-Puissant Le Très-Haut  dit : [Et pourtant il se trouve des hommes pour, en place d'Allah, adopter de Ses prétendus égaux et les aimer d'un même amour. Or ceux qui croient aiment Allah d'un amour bien plus ardent ! Si les iniques pouvaient voir, alors ils verraient le tourment et que la force revient à Allah totalement et qu'Allah est Implacable en Son châtiment !] (Sourate La Vache, Al Baqarah, 2, Verset 165). Il aime son Seigneur pour  Ses Attributs de beauté, de majesté et de perfection. Il L’aime également pour les bienfaits qu’Il lui  procure et les nombreuses grâces qu'Il lui octroie. Les bienfaits  dont  Allah couvre  Son serviteur sont en effet innombrables. Allah dit : [et vous donne une part de tout ce que vous demandez. Si vous dénombriez les bienfaits d'Allah, vous n'en feriez pas le compte (…) ] (Sourate Abraham, Ibrâhîm, 14, Verset  34). Les créatures d'Allah qui L’aiment le plus sont les Prophètes et les Messagers. Ibn al Qayyim a dit : « Sa créature qui Le connaît le plus et L'aime le plus s’adresse à Lui en ces termes: " Je ne  puis  limiter  l'éloge que je t'adresse, Tu es tel que Toi-même, Tu as fait Ton éloge ". Si un  individu – quel qu'il soit - apercevait avec  son  cœur un seul des attributs de Sa perfection, cet attribut  susciterait un amour absolu. Ceux qui L’aiment ne L’aiment que sur la base des effets des attributs de Sa perfection. Ils ne voient pas  le Tout-Puissant  dans cette vie ici-bas. Ce n’est que la connaissance  des effets de Ses attributs et des effets de Ses œuvres qui leur parvient et ils infèrent  alors  de cette connaissance ce qui est invisible à leurs yeux. S’ils voyaient Allah Le Très-Haut Le Tout-Puissant de leurs yeux, s’ils voyaient Sa majesté, Sa beauté et Sa perfection, leur amour pour Lui prendrait  une autre tournure. Bien que le degré et la qualité de leur amour pour Allah varie en fonction des disparités de leurs savoirs et de leurs connaissances  du  Tout-Puissant,  ce sont   eux qui  Le connaissent le mieux et qui L’aiment le plus. C’est pourquoi ceux qui L’aiment le plus profondément sont Ses Messagers, et ceux qui, de tous Ses Messagers, L'aiment le plus intensément  sont  Ses deux amis  intimes [les Prophètes Ibrâhîm et Muhammad]. Au sein de la communauté des croyants, ce sont  ceux qui ont le plus de connaissances à  Son sujet qui L’aiment le plus. […] Allah Le Tout-Puissant a –t-Il  créé  Ses créatures pour un  autre objectif que celui de Son  adoration, laquelle est  le summum de l'amour et de l’assujettissement à  Lui ? A-t-Il  prédisposé l'individu  à une autre  tâche  que celle de L'adorer ?  Or  les  deux vers suivants le montrent  fort bien  :

 Il t’a prédisposé à une tâche, pourrais-tu t’en aviser, Éloigne-toi donc et évite de paître en compagnie du bétail

Est-il,  dans cette existence,  un amour  vrai  qui ne soit  pas illusoire  autre que  l'amour porté au Tout-Puissant  ? Tout amour éprouvé à l'égard d' un autre qu'Allah est fictif  et éphémère  en raison de la vanité de l'être  auquel  cet amour est porté. Quant à l’amour porté au Tout-Puissant, c'est le seul amour  Vrai,  qui ne périt pas et n'est en aucun cas illusoire, de la même manière que Celui Auquel cet amour est porté  ne disparait point ni ne meurt. Gloire à Allah ! Comment peut-on nier l’amour vrai, face auquel aucune  autre forme d'amour  ne peut prétendre à plus de  vérité,  et en même temps reconnaître l'existence de  l'amour illusoire qui se dissout ? L’amour porté au  Créateur est-il en rapport avec un élément autre  que  la perfection de  Son existence par rapport  à l'existence   d'autrui ? Cette perfection procède-t-elle d'autre chose  que des effets de l'œuvre d'Allah Qui a tout créé avec excellence  ? La  perfection n'est-elle pas entièrement à Lui ? Le fait qu' un individu aime une chose parce que la perfection qu’il voit en elle  le pousse à l’aimer  est  une preuve  et une leçon  conduisant à l’amour d’Allah parce qu'Il  est plus digne  que  quiconque de l’amour parfait.  Cependant  si les âmes sont médiocres, ce sur  quoi elles portent leur amour est proportionnel à leur médiocrité ! Quant aux âmes éminentes et nobles, elles portent leur amour sur les  choses les plus sublimes et les plus nobles. Cela signifie que si l’individu considère  chaque  perfection  dans  l’existence, il comprend  alors qu’elle est une marque  de la perfection du Tout-Puissant. Chaque perfection est une preuve de la perfection de Celui qui l' a conçue et créée, de même que chaque science  est une marque de Sa science et chaque puissance une marque de Sa puissance. Le rapport entre les perfections présentes dans le monde céleste et terrestre  et  la perfection du Tout-Puissant  est  le rapport entre la science que possèdent les créatures, leur pouvoir, leur puissance,  leur existence, et la science d’Allah, Sa puissance et Son existence. C’est pourquoi les perfections du monde et la perfection d’Allah sont en réalité  incomparables. Tout comme l'amour porté à Allah et l'amour  porté aux  créatures ne peuvent être comparés. L’amour que l’individu Lui voue doit être plus grand que l' amour que ce même individu  porte à  n'importe quelle  autre chose, dans le sens  où il n' y a aucune commune mesure entre ces deux formes d'amour. C'est pourquoi Allah Le Très-Haut dit : [ Or ceux qui croient aiment Allah d'un amour bien plus ardent ! ] (Sourate La Vache, Al  Baqarah, 2, Verset 165). Les croyants sont en effet plus ardents dans l’amour qu’ils portent à leur Seigneur,  leur Divinité adorée, que tout amoureux dans l’amour qu’il porte à son être aimé. La Divinité est l’Être aimé et adoré que les cœurs vénèrent par amour, Auquel ils se soumettent et s’assujettissent, Qu’ils craignent, en Qui ils placent leur espérance, Auquel ils retournent et ont recours en cas de malheur, Qu’ils invoquent pour leurs besoins, en Qui ils placent leur confiance  dans l’acquisition de ce qui leur est utile, Auquel ils ont recours, dans l' évocation  et l'amour  Duquel ils trouvent la  sérénité  et  l'apaisement » [85].

Les croyants aiment Allah du plus grand amour possible et savent que L’aimer est l'objectif suprême de chaque être vivant. Ils puisent,  dans  l'amour qu'ils portent au Tout-Puissant, ce qui les aide à supporter leurs peines, à  dépenser leur énergie  et  leurs  biens et même à quitter leurs patries. C'est dans leurs cœurs qu'ils trouvent l'effet  de cet amour  sous forme  de  bonheur, apaisement  et conviction inébranlable, si bien que lorsque l’un d’entre eux se retrouve dans une situation difficile, voire dans la pire des situations, la sensation qu'il a de la proximité de son Seigneur et l' amour qu'il Lui porte  lui font oublier  ses difficultés. Il trouve alors agréable son intimité avec Allah !

Il s’agit là de ce que ressentent  ceux qui ont une foi  absolue en Allah.  Comment dès lors  le message du Christianisme peut-il avoir comme but ultime  l'amour du Messie fils de Marie – que la paix soit sur lui – auquel  l’individu doit  se consacrer  avec la conviction  que celui-ci  est le  " fils de   Dieu ", qu' il s'est sacrifié pour la rédemption de l'humanité et qu'il est mort sur la croix pour cette cause,  alors même que la Bible non seulement ne  confirme aucunement cette  réalité  mais,  au contraire, la contredit,  ce que le Chrétien découvrirait  d'ailleurs pour peu qu'il examinât attentivement son  Livre sacré. Quant au bouddhiste, son effort maximum est de se consacrer à l’amour du Bouddha en raison des légendes qu'il a  relevées  dans les récits mythiques le concernant. Les brahmanes quant à eux  vénèrent leur divinité (Brahma), tandis que les zoroastriens suivent les traces de Zoroastre. Tous  les adeptes de ces religions  croient fermement à la sainteté que leurs Livres sacrés  respectifs confèrent  à  ces  personnalités.

C'est ainsi que tous les adeptes d’un texte apocryphe ou d'une religion  inauthentique magnifient  et  aiment  un  être  humain  comme eux,  le vénèrent et lui accordent leur amour, en espérant qu’il leur soit utile ou repousse d’eux le mal, alors que cet être vénéré  ne possède même pas le pouvoir de se rendre bénéfique ou nuisible à soi-même ! La question importante  est de  savoir en fait  si ces religions ont  procuré à leurs adeptes le bonheur, l'aménité et l'apaisement de la conviction inébranlable.  Le Musulman par contre  aime Allah  Le Tout-Puissant Qui  mérite intrinsèquement d’être aimé  parce qu’Il a les attributs de la  perfection, de la majesté et de la beauté, comme nous l’avons déjà exposé. Ibn al Qayyim – qu'Allah lui accorde la miséricorde – a dit : « Le fait de préférer celui que l'on aime à tout autre  est la cause et le corollaire de l’amour. Lorsque l’amour s’ancre dans le cœur, il pousse celui qui aime  à  préférer  l’être qu’il aime aux autres et cette preference est le signe de la   stabilisation de  l'amour et de sa  légitimité. Celui qui aime  agit  alors  en fonction de  ce que veut de lui l' être qu'il  aime, et non  selon ce qu'il veut, lui,  de son être aimé. Tel est l’amour  purifié  des  défauts et des impuretés de l’âme » [86].

Ainsi donc, l' amour  porté à  Allah garantit à l’individu la satisfaction de tous les desires de l'âme ; mieux encore,  l'individu se sent véritablement heureux pendant qu'il  réalise ce que veut  de  lui son Seigneur !

 Troisième forme d'amour : L’amour porté au  Messager ﷺ‬

Le Musulman aime tous les Messagers et Prophètes et n'établit  aucune distinction entre eux, parce qu'ils sont tous les Messagers d’Allah, qu’ils ont tous offert à l'homme le plus sublime des cadeaux, le sauvant  de l'incrédulité en lui  montrant le  chemin de la  foi,  qu’ils  étaient  des  modèles à  suivre dans ce qu'ils prescrivaient et proscrivaient  et  qu’ils possédaient les mérites et les qualités les plus sublimes et les plus purs. Le plus éminent de tous  ces Messagers  dans tous les domaines évoqués  est  incontestablement  Muhammad ﷺ‬ C'est lui  qui en effet  a offert à l’humanité le Message ultime, lui  qui,  par  l'excellence  de sa  vertu et de sa moralité  a surpassé tous  les  êtres  humains, ce que  relève  son Seigneur dans le Verset suivant  : [Tu jouis vraiment d'une  très  grande  moralité ] (Sourate La Plume, Al  Qalam, 68, Verset  4). Ibn Jarîr – qu'Allah lui accorde la miséricorde – a dit : « Le Très-Haut, évoquant Son Prophète Muhammad ﷺ‬ , dit: "Tu es, ô Muhammad, d’une rectitude  exemplaire; or  cette  rectitude c'est celle-là   même  transmise par le Coran et vers laquelle Allah a élevé  Muhammad ﷺ‬, cette  rectitude c'est  l’Islam  et  ses lois" »[87] Lorsque l’on questionna la Mère des croyants, ،Â'ichah – qu'Allah  soit satisfait d'elle – sur le  caractère  du  Messager ﷺ‬, elle répondit : «  Son caractère était le Coran»[88]. Les croyants aiment  donc le Prophète Muhammad ﷺ‬  parce que leur Seigneur leur enjoint  de l’aimer, mais  aussi  en  signe de  reconnaissance  pour  la voie de rectitude  à laquelle il leur a permis  d'accéder  et  l’orientation salutaire  qu’il leur  a indiqué  ainsi que  par amour pour la  perfection qui  le caractérisait. Puisque les  âmes  s'attachent à l’amour des êtres parfaits, comment ne s'attacheraient-elles donc  pas à l'amour d'un être qui non seulement est  la perfection par excellence  mais est   aussi  guide, [il guide vers la voie de rectitude] messager, annonciateur de la bonne nouvelle [relative à la récompense divine que recevront au Paradis les croyants qui auront accompli des œuvres salutaires ici-bas] et  avertisseur [du châtiment que réserve Allah aux dénégateurs et aux hypocrites ]. Le Messager d’Allah ﷺ‬ dit dans un Hadith :«Aucun de vous n'aura véritablement foi en Allah  tant  qu'il ne m'aimera pas  plus qu'il n'aime  ses parents, sa progéniture et l'ensemble des êtres»[89].  Cet amour porté au Prophète ﷺ‬  est en effet  le signe  de la foi absolue ;  mieux, il est le signe  de la complétude de la foi absolue  en Allah  et la  douce  saveur  de celle-ci. Le Messager d’Allah ﷺ‬ a dit : « Quand  l'amour qu'il porte  à  Allah et à  Son Messager est plus fort que tout autre amour; quand  dans le même temps il  n'éprouve de sentiments envers autrui qu'inspiré par l'amour qu'il porte à Allah  et  quand  retourner à l'incrédulité  serait  pour  lui  aussi  abominable que se  jeter dans le Feu,  alors  seulement  le croyant  savoure  la  douceur  de  la foi absolue» [90].

Quand le Musulman  aime  son  Prophète ﷺ‬ , ce n'est pas par affectation comme affectent d'aimer leurs prêtres ceux  qui  répètent matin et  soir  qu'ils les vénèrent; ce n'est pas non plus  par  excès ni  en  l'élevant   au-dessus de la place qui  est  sienne. Le Prophète ﷺ‬  interdisait  d'ailleurs  à  ses Compagnons de le vénérer  ou  de  lui prêter  quelque attribut ou  spécificité  qui  ne siéent qu’à Allah Le Tout-Puissant. Il disait souvent :« Ne m’exaltez pas comme les Chrétiens exaltent le fils de Marie. Je ne suis que le serviteur d’Allah. Dites (en parlant de moi) :Le Serviteur et l'Envoyé d’Allah»[91]. L'amour que les Musulmans portent au  Messager d’Allah ﷺ‬ n’est qu’obéissance à son ordre, que  confiance absolue  accordée aux informations qu’il a apportées, que non outre-passement de ses interdictions  et qu' adoration d'Allah, selon ce qu’a transmis le Messager de la part de son Seigneur et conformément à  la Parole suivante du Très-Haut : [Dis : “Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, Allah vous aimera alors et vous pardonnera vos péchés. Allah est Tout pardon, Miséricordieux. Dis :“Obéissez à Allah et au Messager". S'ils se dérobent ... Allah n’aime vraiment  pas les dénégateurs!] (Sourate La Famille de cImrân, Âl cImrân, 3, Verset  31-32).

 Quatrième forme d'amour : L’amour que porte  le Musulman à l’ensemble des croyants

L’amour  qui inonde le cœur du  croyant  par l'effet de  l’amour qu'il porte à Allah et par l'effet de sa  vénération du Tout-Puissant, lui  enjoint d'aimer tout être  qui partage avec lui cet amour suprême  et cette  religion admirable. Par  conséquent,  le croyant   aime les Messagers   et les Prophètes,  comme nous l’avons déjà indiqué, et il aime aussi  l'ensemble de ses coreligionnaires  car ils partagent avec lui  l'Islam  et  vénèrent  Allah  L'Unique Qui n'a pas d'associés. Il  aime les autres croyants  parce que tout  Musulman  apprend  notamment  dans cette Religion Révélée qu’il lui incombe d'aimer ses frères autant qu'il aime sa propre personne, d’aimer pour eux ce qu’il aime pour lui-même et de  détester pour eux ce qu'il déteste pour lui-même. Le Prophète ﷺ‬ a dit :«Nul d'entre vous n'est véritablement croyant tant qu'il n'aime pas pour son frère ce qu'il aime pour lui-même et ne déteste pas pour son frère ce qu'il déteste pour lui-même.»[92] Le Prophète ﷺ‬  les  a en outre  instruits de ce qui permet d'implanter cet amour dans les cœurs et mène au Paradis  lorsqu'il dit : «Vous n’entrerez point au Paradis tant que vous n'aurez pas la foi absolue  et vous ne pourrez prétendre avoir  la foi absolue tant que vous ne vous aimerez pas les uns les autres. Aimeriez-vous  que je vous indique une chose qui, si vous l'accomplissez, vous fera vous aimer les uns les autres ? Essaimez le salâm [la salutation islamique de paix] parmi              vous. »[93]  Le Prophète ﷺ‬  a aussi mis en garde les croyants contre le contraire de cet amour et leur a exposé  les causes qui  y menaient : « Ne vous haïssez pas mutuellement, ne vous enviez pas les uns les autres, et ne vous boudez pas. Soyez, serviteurs d’Allah, des frères. Il n’est pas permis à un Musulman de bouder son frère au-delà de trois jours»[94]. Toutes ces injonctions du Prophète ﷺ‬  visent  la cohésion de la société et la solidarité entre ses membres, comme si la  société ne formait qu' un seul corps;  chacun des membres se réjouit face à la joie de ses frères, et  ressent de l'affliction face à  leur chagrin. Le Prophète ﷺ‬ dit dans un autre Hadith : « Les croyants sont, dans la bonne harmonie de leurs relations, dans la clémence des uns envers les autres et dans leur sympathie réciproque, comme le corps;  qu'un seul organe souffre  et le corps tout  entier réagit par la vigilance et la fièvre» [95].

En fait le Musulman aime le bien pour tout le genre humain, où que les hommes se trouvent sur cette terre. Il souhaite ardemment que ceux qui ne croient pas en cette Religion authentique  trouvent enfin la foi, et s'ils  persistent  dans leur  dénégation, son âme en est profondément attristée.C'est pourquoi  Allah  Le Tout-Puissant recommanda à  Son Prophète ﷺ‬: [ N'épuise donc  pas pour eux ton âme en soupirs! ] (Sourate Le Créateur, Fâtir, 35, Verset  8). Ces soupirs de l'âme face à l'entêtement des dénégateurs ne se comprend que par le désir  ardent  qu'elle a d'une part de les sauver et  de les préserver du châtiment d’Allah le Jour de la Résurrection, et d'autre part  de  partager avec eux   le bonheur de la vie ici-bas  et le bonheur  de l’Au-delà. Le Musulman n'est  pas un  être égoïste qui ne veut que pour lui-même  le bien. Il n'est pas  non plus un individu  raciste qui méprise les membres des autres peuples et des  autres tribus. Il souhaite  bien au contraire  que  le bien s'étende à  tous les  hommes.

 Cinquièmement : L’amour porté à  l’épouse

Le Noble Coran  évoque cette relation entre les époux en utilisant des expressions dont les langues échouent à  traduire  les  sens avec fidélité. Allah dit : [elles sont un vêtement pour vous, vous êtes, pour elles, un vêtement] (Sourate La Vache, Al Baqarah, 2, Verset 187). Allah Le Tout-Puissant a fait de  sa création des deux membres du  couple, l'un à partir de l'autre,  l' une des plus sublimes  preuves de Son Unicité. Il dit en effet : [Et parmi Ses signes: Il a créé pour vous à partir de vous-mêmes des épouses afin qu'auprès d'elles vous trouviez l'apaisement; et Il a établi entre elles et vous affection et miséricorde … En quoi résident des signes pour un peuple capable de réfléchir ] (Sourate Les Byzantins, Ar-Rûm, 30, Verset 21). Ibn Kathîr – qu'Allah lui accorde la miséricorde – a dit : « Il n'est point   d’affinité  plus grandiose  entre deux  âmes  que l'affinité  entre les   époux»[96]. Le  Prophète ﷺ‬ a  recommandé  aux hommes de bien agir envers la  femme, comme nous l’avons souligné en évoquant  la place de la femme dans l'Islam. Lorsque  ،Amrou bin al ،Âs  demanda au Prophète ﷺ‬  quelle était  la personne  qu’il aimait le plus, il répondit : « ،Â'ichah »– qu'Allah soit satisfait d'elle- [97]

…….

En parcourant la biographie du  Messager ﷺ‬, on apprend  qu'au moment où il quitta, en usant d'un stratagème*, La Mecque, il  s'adressa,  à la terre qui porte  cette  Cité, avec beaucoup   d'affection et d'exaltation  dans l'expression  comme   l’amoureux exalté   s'adresse à l'être qu'il aime profondément.  Juché sur  le dos de sa  monture à  Al Hazourah il proclama : «  Je jure par Allah  que  tu es  la meilleure terre d’Allah, et des terres d'Allah  la plus aimée de Lui. Si je n'avais pas  été contraint de te quitter,  je ne me serais jamais éloigné de toi» [98].

Plus tard, alors  qu’il s'approchait de  Médine, il fixa le mont  Uhud  du regard, s’adressa aux hommes  qui  l'entouraient,  leur fit part des sentiments qu'il ressentait à l'égard de ce  mont et de l'affection toute particulière que lui  et ses compagnons portaient à  ce mont silencieux. Abou Humayd  raconte, en rapportant un Hadith authentique :« Nous étions sortis en compagnie du  Messager d’Allah ﷺ‬ pour aller mener  la bataille  de Tabouk […] Puis sur le chemin du retour  nous  arrivâmes  à wâdî  al Qurâ.  Le Messager d’Allah déclara alors :"Je vais  accélérer mon avancée ;  que celui qui parmi vous le désire se presse  avec moi,  et que celui qui désire rester ici reste. " Nous sortîmes de wâdî al Qurâ, et, arrivé sur les hauteurs de Médine, le Prophète ﷺ‬  déclara : " Voici  Tâbah et voici  Uhud, le mont qui nous aime et que nous aimons " » [99].

Savez-vous  pourquoi cette terre aime le Messager d’Allah ﷺ‬  et  ceux qui empruntent  sa voie ? La Révélation divine a dévoilé la quintessence et les mobiles de cet amour. Ces créatures  sont des créations d' Allah. Elles aiment Celui Qui les façonne, Celui Qui les produit. Toutes les créatures de l’univers  se chérissent, s'affectionnent mutuellement inspirées par l'amour qu'elles portent à  Allah. Elles aiment quiconque  aime Allah et éprouvent de l'aversion envers quiconque éprouve pour Lui de l'aversion. Le Hadith que nous allons évoquer  confirme cette réalité : Abou Hurayrah rapporte ainsi que  le  Messager d’Allah ﷺ‬ déclara : « Lorsqu’Il prend en affection  l'un de Ses serviteurs,  Allah  appelle alors  (l'Ange) Gabriel et lui dit : " J’aime untel, aime- le à ton tour"». Le Prophète ﷺ‬  poursuivit :« Alors  Gabriel aime le serviteur en question  puis s’écrie au ciel : "Allah aime untel, aimez le donc aussi ! " Les habitants du ciel aiment alors à leur tour  le serviteur en question " ». Le Prophète ﷺ‬ ajouta :«Ensuite, ce serviteur est  rendu sympathique sur terre. Et lorsqu’Allah éprouve de l'aversion pour l'un de Ses serviteurs, Il appelle alors  Gabriel et lui dit : " J'éprouve de l'aversion pour untel, éprouve aussi pour lui de  l'aversion !" ». Le Prophète ﷺ‬ poursuivit : «  Alors Gabriel a  le  serviteur en question en aversion, puis s’écrie au ciel :" Allah  éprouve de l'aversion pour untel, éprouvez à votre tour de l'aversion pour lui!"». Le Prophète rajouta : « Les habitants du ciel éprouvent alors aussi  de l'aversion pour le serviteur en question  puis  il est rendu antipathique sur terre»[100] Le Verset suivant dit explicitement que le ciel et la terre ne pleurent pas la mort des criminels et des pervers, et dès lors on comprend que c'est  la perte des vertueux et des gens de bien qu'ils pleurent. Le Très-Haut  dit ainsi  après avoir évoqué la noyade de Pharaon et  de  son peuple : [ Ni le ciel ni la terre ne les pleurèrent et ils n’eurent   aucun sursis ] (Sourate La Fumée, Ad-Dukhân, 44, Verset 29).

Dans  cette grandiose Religion Révélée qu'est l'Islam, l’amour est total  et enveloppe  tout  ce qui est en  rapport avec  la vie  de la créature : celle-ci aime son Seigneur et son Seigneur l’aime, elle aime les Prophètes et les vertueux et ces derniers l’aiment en retour, elle aime la terre et le ciel  qui eux  la pleurent, elle est aimée à la fois  par la plaine et le terrain accidenté … C’est pourquoi un non Musulman qui se convertit à l’Islam et se rend compte de  la  grandeur de cette religion  se prosterne alors  devant   Celui qui  l' a  établie, s'abrite à l'ombre de  l' amour qu'elle dispense  et invite les  non  musulmans  à  se  convertir. Citons à cet égard Madji Marjân –  prêtre Chrétien avant sa conversion à  l’Islam – qui,  après qu'il eut  découvert  dans cette religion  l’amour véritable,  écrivit son excellent livre Muhammad, le Prophète de l’amour. Après avoir évoqué dans l'ouvrage en question certains Hadiths qui confirment la présence de l'amour  dans l'Islam, il ajoute : « Muhammad élève à un très haut niveau  la valeur et la place  de l’amour dans la vie des hommes  et  après leur  mort, et démontre l’importance que  l’amour a dans la vie présente et dans l’Au-delà. Pour Muhammad ﷺ‬, l’amour est la preuve de la foi absolue  et la condition de l’entrée au  Paradis. La foi absolue reste incomplète sans  l’amour ; bien   mieux, si  l’amour n'est pas présent, alors  la foi absolue est inexistante. L’individu ne peut-être croyant que s’il aime. Ainsi donc  l’amour est–t-il la quintessence et le  fondement de la foi  absolue» [101].

 Quatrième déterminant : La miséricorde/ ar-rahmah

Définition du terme: rahmah, comme marhamah,  évoquent  [en arabe] la bonté, la tendresse, la clémence, la compassion. On dit : "tarâhama al qawm " pour dire que les membres du  peuple font montre de compassion  les uns envers les autres.  Le terme rahim, dérivé de rahmah désigne la parenté, la consanguinité [102].

Ar-Râghib  dit : « La miséricorde/ar- rahmah  est une forme de bonté  supposant  le bel-agir envers  la personne pour laquelle on éprouve cette  miséricorde. Ce mot est employé  tantôt pour désigner simplement la bonté, et tantôt pour désigner  le  bel-agir, détaché  de  la bonté, comme lorsqu’on dit par exemple : qu’Allah soit miséricordieux envers untel. La miséricorde  recouvre donc deux sens, à savoir la bonté  et le bel-agir »[103].

Le concept de miséricorde dans l'Islam  est  tellement vaste  qu'il ne peut être évoqué de manière sommaire  et ce d'autant plus que " Le Très-Miséricordieux/ ar-Rahmân " et "Le Tout-Miséricordieux/ ar-Rahîm" sont deux des Noms d’Allah Le Très-Haut Le Tout-Puissant, et que la miséricorde est l'un de Ses attributs. La miséricorde est  aussi au  cœur du Message divin et compte parmi les attributs du Messager ﷺ‬. Muhammad  ﷺ‬ est le Prophète  de la miséricorde, comme nous le verrons un peu plus loin. Par ailleurs, Allah Le Très-Haut Le Tout Puissant a envoyé Son Messager ﷺ‬ comme  miséricorde pour les mondes. Le Très-Haut dit : [Nous ne t’avons envoyé que comme miséricorde pour les mondes ] (Sourate Les Prophètes, Al Anbiyâ’, 21, Verset  107). Allah Le Tout-Puissant l’a en effet envoyé comme miséricorde pour l'ensemble des  créatures, qu'elles aient la foi en Allah ou soient dénégatrices. C’est pourquoi Ibn Jarîr, l’imam des exégètes du Coran, a dit après avoir rapporté les diverses interprétations de  ce Verset : «L'explication la plus pertinente de  ce Verset  est celle que fournit Ibn ،Abbâs : Allah a envoyé Son Prophète Muhammad ﷺ‬ comme  miséricorde pour l'ensemble des êtres humains, les croyants comme les dénégateurs. Le croyant, Allah le guide vers le chemin de rectitude par la voie  de Son Messager ﷺ‬, l'introduit au Paradis grâce à  la foi qu'il a dans le Prophète ﷺ‬ et grâce à ses actions conformes à ce qu'Allah  lui prescrit. Quant au dénégateur, Allah, toujours par la voie du  Prophète ﷺ‬, éloigne de lui  le  malheur qui  était  prêt à s'abattre sur sa tête, celui-là même qui  frappait les peuples antérieurs traitant  de menteurs leurs Messagers » [104].

Après avoir clairement montré que le Message de Muhammad ﷺ‬  était une miséricorde pour les mondes, allons,  cher lecteur, nous  abriter  à l’ombre de cette miséricorde,  puis   entreprenons d' exposer  les signes prouvant que notre Seigneur Le Tout-Puissant est Miséricordieux,  avant d'évoquer la miséricorde de notre Prophète Muhammad ﷺ‬ et voir comment  il  enseigna à  sa  communauté  à  faire  montre  de  miséricorde.

Les preuves [105] de la miséricorde d'Allah le Très-Haut Le Tout-Puissant résident  notamment  dans  la présence, parmi Ses Noms, du" Très-Miséricordieux/ ar-Rahmân" et du" Tout-Miséricordieux/ ar-Rahîm" et, parmi Ses attributs, de" la miséricorde" . Le Très-Haut dit ainsi : [ Ton Seigneur, Le Tout pardon, Le Maître de miséricorde (…) ] (Sourate La Caverne, Al Kahf, 18, Verset 58). La preuve inébranlable de Sa miséricorde envers Ses créatures est attestée par le fait qu'Il s'est assigné à Lui-même la miséricorde. Le Tout-Puissant dit ainsi : [Dis : “À qui appartient ce qui est aux  cieux et sur la terre?” Dis:“À Allah!”Il S’est assigné à Lui-même la miséricorde. J'atteste qu'Il vous réunira au Jour de la Résurrection : nul doute là-dessus " . Ceux qui se seront perdus eux-mêmes c'est qu'ils ne croient pas ] (Sourate Les Bestiaux, Al Ancâm, 6, Verset 12). Le Tout-Puissant  a également annoncé que Sa miséricorde embrassait toute chose.  Le Très-Haut dit en effet : [(…) Ma miséricorde s'étend à  toute chose. Je l'inscris pour  ceux qui Me craignent, acquittent la zakah, et  ceux qui croient, eux, à  Nos signes ] (Sourate Les Murailles, Al Acrâf, 7, Verset 156). Le Prophète ﷺ‬ a quant à lui expliqué que l'une des manifestations de  la miséricorde d'Allah  envers Ses créatures résidait dans le fait que Le Tout-Puissant s'était fait un  devoir de donner à Sa miséricorde la préséance sur Son courroux. Abou Hurayrah  rapporte qu’il  entendit  le Messager d’Allah ﷺ‬ dire : «Avant de façonner les créatures,  Allah a inscrit ceci  au-dessus de Son Trône : En vérité, Ma miséricorde a la préséance sur Mon courroux »[106].

Mieux encore, Allah a enjoint  à Son messager ﷺ‬  d'annoncer   aux croyants qui commettent des péchés et souhaitent ardemment se repentir, pour les réjouir de cette bonne nouvelle : Paix sur vous, Allah s’est assigné  à Lui-même  la miséricorde et  l'une des marques  de Sa miséricorde  est qu’Il accepte le repentir de celui qui se repent. Le Tout-Puissant  dit à ce propos : [ Quand  viennent à  toi ceux qui croient à Nos  signes, alors  dis-leur : “Que  la paix soit sur vous ! Votre Seigneur S’est assigné à Lui-même  la miséricorde. Quiconque d’entre vous commet un mal  par ignorance, puis se repend et s'amende ...  Il est alors Tout pardon, Tout-Miséricordieux”] (Sourate Les Bestiaux, Al Ancâm, 6, Verset 54). Après avoir  évoqué les diverses  interprétations de ce Verset,  Ibn Jarîr – qu'Allah lui accorde la miséricorde – a déclaré :  « La signification de ce Verset – s'il en est bien ainsi que nous l'expliquons – est la suivante:Ô Muhammad, quand  viennent  à toi  ceux  qui  ont foi en  Notre Révélation,  en  Nos preuves et en Nos arguments  que, de fait,   ils admettent  en paroles et en actes, pour  t’interroger au sujet des  péchés  qu’ils ont commis  envers  Moi dans le passé, et   savoir s’ils  peuvent s’en repentir,  ne les mets pas dans le désespoir  mais  dis- leur :" Que la  paix soit sur vous ! Allah vous  rassure;  Il ne vous châtiera pas pour vos péchés après votre repentir. Votre Seigneur S'est assigné  à Lui-même la miséricorde, ce qui signifie qu' Il a décrété qu' Il ferait  montre de  miséricorde  envers Ses créatures qui commettent un mal par ignorance, et ensuite se  repentent et s’amendent... Il est alors Tout pardon, Tout- Miséricordieux. " »[107].

Le Prophète bienfaisant ﷺ‬ a fort bien  souligné  qu'Allah était  plus Miséricordieux envers Ses serviteurs que ne l’était  la mère aimante envers ses enfants. Ainsi alors qu' une femme était en train d'allaiter son jeune enfant, il demanda à ses compagnons : « Est-ce que vous pouvez  vous imaginez cette femme  jetant son enfant dans le feu ? » –  « Non ! - répondirent les Compagnons  - pas tant qu’il est en son  pouvoir de ne pas le faire !» Le Prophète  conclut ﷺ‬: « Sachez qu' en vérité, Allah  est  plus  miséricordieux envers  Ses serviteurs que ne l'est  cette  mère  envers son enfant »[108].

Cette miséricorde  dont  font montre  les  créatures les unes envers les autres  ne représente  en vérité  que le centième de la Miséricorde du Très-Haut, du Tout-Puissant. Dans un Hadith authentique rapporté par Abou Hurayrah  le Messager d’Allah ﷺ‬  déclare :«Lorsqu' Allah créa la miséricorde,  c'est en réalité  cent miséricordes qu'Il créa.  Puis Il en retint auprès de Lui quatre-vingt dix-neuf et envoya à l'ensemble de  Ses créatures la   miséricorde restante. Si le dénégateur connaissait  l'ampleur de la  miséricorde  qui se trouve  auprès d’Allah, il ne désespérerait pas du Paradis, et si le croyant connaissait l'ampleur du  châtiment  qui se trouve  auprès d’Allah, il  ne serait plus aussi certain  d'éviter l’Enfer» [109].

Quant à la miséricorde de notre Prophète Muhammad ﷺ‬, elle est manifeste dans son message,lequel est en soi une miséricorde, comme nous l’avons déjà expliqué, et dans la description  que fait  de lui  son  Seigneur : [ Un Messager,  pris parmi vous, est venu à vous.  Les difficultés que vous subissez lui pèsent; il est avide de votre bien; Il est bon et miséricordieux envers les croyants] (Sourate Le Repentir, At-Tawbah, 9, Verset 128). Il est, de tous les êtres créés, celui qui est le plus miséricordieux envers son prochain, ce don’t témoigne notamment le fait que,  malgré la tentative des dénégateurs de le supprimer, malgré  les outrages extrêmes qu'ils lui firent subir et la pression qu'ils firent peser sur lui et ses Compagnons au point de les contraindre à  émigrer pour sauvegarder leur religion, il quitta ces dénégateurs afin d'éviter que le châtiment ne s'abatte sur eux. Et  alors  que l'Ange  chargé des montagnes descendait auprès de lui en compagnie de l’Ange Gabriel – que la paix soit sur eux – pour châtier les Quraychites, le Prophète ﷺ‬  prononça cette phrase   célèbre : « Il se peut qu’Allah  fasse voir le jour, au sein de leur descendance, à des êtres qui  L’adoreront» [110]. Puis,   après qu' Allah  lui  eut permis  de conquérir  La Mecque,  le   Prophète ﷺ‬   rentra  dans  cette  Cité  Sacrée  sans combat  et   s'adressa   à ses ennemis  en ces termes : «Partez, vous êtes libres!»[111] Nous parlerons davantage de la miséricorde du Prophète ﷺ‬ envers ses ennemis lorsque nous aborderons la question  de  la tolérance  envers   l’adversaire.

Le Messager ﷺ‬ témoignait également de la miséricorde à l'égard  du  petit enfant qu'il  n' hésitait pas à embrasser  et  poser sur ses genoux. Dans un Hadith authentique, Abou Hurayrah  rapporte que le Messager d’Allah ﷺ‬ embrassa  Al Hasan  bin  ،Alî* en présence d' Al Aqra، bin Hâbis at-Tamîmî  et que celui-ci lui  fit alors la réflexion suivante : «  J’ai dix enfants et je n'en ai jamais embrassé aucun! »  Le Messager d’Allah ﷺ‬  le  regarda et lui dit : «Celui qui ne montre  pas de compassion ne recevra pas de compassion»[112]. Il arrivait  même  que le Prophète  ﷺ‬  dirigeât  la  prière rituelle  obligatoire  avec  un enfant sur  ses épaules. Abou Qatâdah rapporte ainsi : « Le Prophète ﷺ‬  se présenta  à  nous  avec   Umâmah  bint  abî Al ،Âs  juchée  sur  ses épaules. Il se mit accomplir la prière  et, lorsqu’il dut s'agenouiller, déposa  l'enfant à  terre;  en se relevant il  la replaça sur ses épaules»[113]. Quant à la miséricorde et la  sollicitude qu'il  montrait  à  la femme,  un traitement  particulier a été réservé  à  cette  question  dans cette étude.

On  rapporte qu'un  jour Al Farouq – soit ،Omar  bin al Khattâb-  sollicita  les services  d'un homme de la tribu des Banî Asad et  que  cet homme se présenta pour  effectuer le travail en question  au  moment où  ،Omar  embrassait l'un de ses enfants qu'on  venait de  lui amener. L’homme  s'exclama  alors : « Tu embrasses cet enfant ! Je n’ai jamais embrassé aucun  enfant ! » ،Omar lui déclara alors : « Puisque tu es si peu  miséricordieux envers autrui,  notre accord  est  rompu  et  tu ne  travailleras   jamais pour moi»[114].

La miséricorde du Prophète ﷺ‬ s'étendait également aux oiseaux et aux animaux et il n'y a rien de gênant en cela.  ،Abd ar- Rahmân bin ،Abd Allah bin Mas’oud  nous transmet ainsi les propos suivants que lui rapporta son père : « Nous étions en voyage avec le Messager d’Allah ﷺ‬. A un moment donné nous  passâmes près d’un arbre sur lequel se trouvaient deux  petits rouges-gorges que nous saisîmes et emportâmes avec nous. Aussitôt la mère des deux oisillons vint auprès du Messager d’Allah ﷺ‬ en agitant ses ailes. Le Messager d’Allah ﷺ‬ demanda : " Qui a affolé cet oiseau en prenant ses deux petits? " Nous répondîmes au Prophète ﷺ‬:  " Nous !" ; " Remettez-les ! [dans leur nid ] " , dit-il» [115].

 Le Prophète ﷺ‬ enjoignait à ses compagnons – qu'Allah soit satisfait d'eux – de faire montre de compassion envers les animaux et les réprouvait  fortement  dès qu'il  constatait de leur part  un manquement à cette injonction. Il arriva ainsi que le Prophète ﷺ‬  rentrât  dans un enclos,  propriété  d’un Ansâr *, et y trouvât un chameau. Lorsqu'il aperçut le Prophète ﷺ‬, l'animal  poussa des gémissements  et des larmes se mirent à couler de ses yeux. Le Prophète ﷺ‬ s'approcha alors du chameau, essuya ses larmes, et l'animal se tut .«Qui est le propriétaire de ce chameau?» demanda-t-il. «À qui appartient ce chameau ? » Un jeune Ansâr s’approcha du Prophète ﷺ‬ et lui dit :«Il est à moi, ô Messager d’Allah.» Le Prophète ﷺ‬  dit alors  au jeune homme: «N'as - tu donc aucune crainte d' Allah Qui  t'a donné  cet animal en  possession ? ! La bête  s'est plainte auprès de moi que  tu la laissais affamée et que tu la faisais travailler sans répit …»[116]. Le Prophète bienfaisant  ﷺ‬ exposa alors  la formidable  récompense que Le Tout-Puissant réserve à celui qui fait montre de compassion  envers les animaux et se conduit avec bienfaisance  avec eux, que ces animaux soient sa propriété ou qu'il s'agisse de n'importe quel autre animal. Abou  Hurayrah  rapporte ainsi le propos suivant du  Messager d’Allah ﷺ‬ :  « Alors qu’il  marchait,    un  homme fut éprouvé   par la soif. Il  trouva finalement  un  puits dans lequel il descendit   pour  se  désaltérer.  Puis   il remonta du puits  et aperçut  un chien haletant   qui   mangeait de la boue  tant il avait soif. L’homme  se dit : " Ce chien est aussi assoiffé que je l'étais!"  Il redescendit alors  dans le puits, remplit   sa sandale  d'eau, la retint  par  sa  bouche  pour ressortir du  puits et          abreuva le chien. Allah Le Très-Haut  marqua  à cet homme   de la  reconnaissance  pour  cette   action  et  lui  pardonna  ses  péchés» Les auditeurs du Prophète  ﷺ‬ demandèrent alors: «Ô Messager d’Allah, ces animaux sont-ils source de récompenses pour nous  ?»  Le Prophète ﷺ‬ répondit :«Chaque cœur vivant est source de  récompense » [117].

 Cinquième déterminant  : La paix/ as-salâm

Acception  linguistique du terme salâm: Ibn Manzour  dit : « as-salâm et as-salâmah désignent l'innocence, la probité. On dit en arabe : tasallama minhu pour signifier qu’un individu a été disculpé/innocenté de quelque chose.» Ibn Al ،Arabî dit : «As-salâmah désigne la bonne santé.» Les Arabes de la période antéislamique – la période dite de l'ignorance- avaient comme formule de salutation :"Que ta matinée soit  agréable et  puisses-tu éloigner de toi la malédiction ! " puis ils disaient : " Paix sur vous/ salâm ،alaykum ", en signe de  pacification signifiant qu'aucune guerre n'avait cours entre eux. Puis Allah  révéla  l’Islam;  les  Arabes  limitèrent dès  lors  leur formule de salutation  au  salâm et  il leur fut enjoint  de propager cette formule comme  l'atteste cette Parole d’Allah:  [(…) si des ignorants les interpellent ils disent : “Paix”] (Sourate Le Discernement, Al  Furqân, 25, Verset 53),  pour signifier  sécurité et probité, soit :  il n’y a ni bienfaisance ni malfaisance  entre vous et nous. Ibn ،Arafah   dit : « Ils disent salâm/ paix, soit :  ils prononcent  une parole pour signifier  leur  inoffensivité, parole qui ne comporte ni agression ni malfaisance.» Abou Mansour a dit que cette forme  de salutation  signifiait :« Nous vous demandons la paix et nous ne nous comporterons pas mal envers vous.». Cette formule de salutation a été sujette à bien d'autres explications. Selon l'une de celles-ci :  « Ils disent salâm/paix, soit  ils disent un mot juste auquel il est inutile de rajouter quoique ce soit parce que sa signification est claire»; selon une autre explication: « Ils disent  salâm/ paix , soit : restez en paix », et selon une autre encore: «Il  dit salâm/paix, soit : je cherche la paix, je  ne veux rien d’autre que la tranquillité qu'elle assure » [118].

Acception  du terme salâm  dans l'Islam: as-salâm  c'est la recherche de protection et de sécurité  face à tout  acte exécrable et répréhensible. As-Salâm est l'un des beaux  Noms d’Allah Le Très-Haut.Ce terme désigne foncièrement la probité, la délivrance et le salut contre le mal et les vices[119]. At-taslîm [salutation] est dérivé d’as-Salâm, le beau Nom d’Allah Le Très-Haut signifiant qu'Il est exempt de tout défaut et de tout manquement. Plusieurs significations ont été données à ce Nom du Tout-Puissant, notamment les suivantes :

o  Sachez qu' Allah vous observe; aussi  ne soyez donc pas insouciants ! 

o  Que le Nom as-Salâm soit sur toi ! Ce Nom  d’Allah était en effet évoqué sur toute action entreprise dans l'espoir qu’il concentre sur l'action en question tout le bien possible et supprime en elle toute marque potentielle de dépravation. En ce sens, il est aussi dit du Paradis qu'il est  Dâr  as-Salâm /la Demeure du Salut, parce qu'en son  sein  l’on est épargné des défauts.

o  Je ne constitue aucunement  un risque pour ta sécurité;  fais en sorte de ne pas constituer un risque pour la mienne ; ici alors, as-salâm  désigne la paix [120] et  comme le dit Ibn al Qayyim–qu'Allah lui accorde la miséricorde- «On fait appel à la paix en la proclamant et en l'invoquant. Vous proclamez  en effet à   celui à qui vous adressez le salâm qu’il est en sécurité avec vous et vous invoquez en sa faveur la paix et la protection  contre les              fautes» [121].

Ibn al Qayyim – qu'Allah lui accorde la miséricorde – dit encore : « Il existe au sein de chaque peuple  une  formule de salutation de ce genre, ou qui lui ressemble, et des formes particulières  de  salutation réservées au  souverain comme celle qui prend la forme d'une  prosternation accompagnée de l'énonciation de formules spécifiques, laquelle énonciation  distingue par là-même  cette salutation  adressée  au souverain en question  de celle que les  membres communs du peuple s'adressent entre eux. Quoiqu'il en soit l'intention de toute formule de salutation est de rendre hommage à  la vie,  à  ses bienfaits et à sa pérennité. Le Souverain, le Pur et l’Apaisant   a dès lors  enjoint aux  adeptes de l’Islam d'utiliser entre eux  la  formule de salutation suivante: As-sâlamu ،alaykum. Cette formule  eut alors la préséance sur  l'ensemble des formules  en vigueur chez les différents  peuples dont certaines comme : "Puisses-tu vivre mille ans! "  étaient  absurdes  et abusives, et d'autres comme: " Que ta matinée soit  agréable ! " portaient une  signification  étroite quand  certaines autres formes  comme la  prosternation devant le souverain  étaient même totalement  inconvenantes  puisque  Seul   Allah mérite que l'on se prosterne  devant Lui. 

La salutation  par  salâm/  paix   eut  donc  la préséance sur toutes les  autres formes de salutation parce que  salâm/paix  garantit la sécurité sans laquelle vie et réussite sont inconcevables.  La sécurité  est  à  la base  de toute chose. Le serviteur d'Allah  reçoit  ce qu'il recherche dans la vie  quand il est  à la fois  préservé contre toute forme de mal et qu'il  parvient à obtenir tout ce qui est bon pour lui.  La préservation contre toute forme de mal  est prioritaire à  l’obtention du  bien et constitue de fait  la base de cette obtention. C'est pourquoi non seulement  l’être humain mais aussi tous les animaux se soucient d’abord de leur sécurité et ensuite, en ce qui concerne les hommes, de leur gain, et en ce qui concerne  les animaux, de leurs proies. Or  sécurité absolue et obtention du bien sont en réalité interdépendantes  car, si le  bien  lui  fait défaut,  l'être humain  est voué à la perdition  et à la faillite  ou  tout au moins  à la diminution et  à l'affaiblissement. Le manque de bien  empêche ainsi de parvenir à  la sécurité absolue;  la sécurité  garantit  à  l'individu  à la fois  sa  préservation contre toute forme de mal  et sa réussite. Sécurité et bien  constituent donc  deux fondements indispensables à la vie,et la sécurité/as-salâmah qui est dérivée  d’as-Salâm/ la Paix, beau Nom d’Allah,  comporte elle-même  le sens de paix» [122]

De ce mot salâm, aux significations précédemment évoquées,  est dérivé le mot Islâm/Islam dont la substance est la même que celle de salâm  et qui  évoque  al istislâm, soit le fait de s'abandonner en toute sécurité, de se soumettre et de s'incliner devant  Allah Le Très-Haut, en renonçant  à l'impure associatrie. Celui qui se soumet de cette manière s'abandonne, se livre  totalement à son  Seigneur  comme l’esclave  s'abandonne  à  son  maître  unique  qui ne dépend point d’associés venant lui chercher querelle. C'est pourquoi  Le Tout-Puissant  a évoqué  ces deux exemples : celui du Musulman sincère  qui adore  exclusivement son Seigneur, et celui de l’associateur  qui Lui assigne des  associés[123] [124].

La paix est un principe admirable prescrit  et appuyé  par l’Islam. Les Textes  de cette Religion  qui recommandent la paix et exposent les bénéfices et les avantages de celle-ci sont innombrables. L’individu  est beaucoup  plus  conscient de ce  besoin  de  paix à l' époque actuelle qui peut être, sans erreur,  définie comme guerrière et non pas  pacifique. Le Prophète ﷺ‬ a par ailleurs annoncé la venue de ces temps qu'il a qualifiés de tumultueux, signifiant par là les tueries auxquelles ils donneraient lieu. ﷺ‬ dit ainsi  dans un Hadith : « Quand le savoir aura disparu,  que les séismes se produiront avec une fréquence accrue, que le temps se sera  contracté[125], que les  carnages  auront proliféré, que les troubles séditieux  auront surgi,  que vos  richesses seront si  abondantes qu'elles excéderont vos besoins, alors adviendra l'Heure Dernière. » [126] La prophétie du Messager ﷺ‬ s'est de fait  réalisée  et désormais nous  entendons le  bruit  des armes et le roulement des tambours de guerre plus que les nouvelles de bienfaisance et de générosité. Nous voyons plus de cadavres dans les rues des villes que de façades de mosquées, d’écoles et de fabriques. Les cris des enfants malheureux et les  appels au secours des femmes parviennent plus  fréquemment  à nos oreilles que les chants de la jeunesse et les berceuses que  fredonnent  les mères  à  leurs enfants. L’odeur de la poudre est plus prégnante que  celle des parfums.

Imaginez- vous en train  de déambuler  à  dix heures du soir  dans une rue  de New-York, Caracas ou  toute autre ville dans  laquelle règnent  la peur et l'effroi. Soudain  un  homme dont vous ignorez les intentions s'approche de vous et vous  dit :  "  Que la paix soit sur vous!". Comme  vous vous  sentez  d'emblée  rassuré ! Comme votre cœur se sent dès cet instant soulagé !  Combien de fois, alors que vous vous trouviez dans l’une des rues d’une grande métropole contemporaine,  vous est-il arrivé  de chercher un abri, d’espérer entendre un mot, une phrase,  qui vous offrirait la sécurité et la paix, de vous dire  que si vous parvenez à rejoindre votre chambre d’hôtel ou votre domicile  sans être agressé par un malfrat  voulant s'emparer de votre argent, sans être pris au piège d'une mine ou d'une bombe à retardement  mettant  soudainement   fin à votre vie et à tous vos espoirs,  c'est que vous aurez certainement  gagné ce jour que vous  considérez  alors  comme une véritable chance !

Combien ce  besoin de paix et de sécurité  vous le ressentez profondément dans des métropoles où les directions des  hôtels  vous  font porter l'entière responsabilité de ce qu'il peut  vous  survenir de dommageable si  vous ouvrez  la porte de votre chambre à un visiteur que vous ne connaissez  pas.  De telles atmosphères nous  font comprendre que la sécurité  est  une  valeur  capitale,  un  principe d'une ampleur considérable  dans la vie des nations et des peuples  et  une voie  essentielle  pour   l'établissement  des civilisations, lesquelles,   qui plus est,   ne peuvent  pas s’ériger en l’absence de sécurité et de paix. C’est pourquoi Allah,  quand Il dépêcha  Son Messager Muhammad ﷺ‬  auprès des habitants de La Mecque,  rappela à ces  derniers ceci : [A cause du pacte des Quraychites; de leur pacte concernant  le voyage  d'hiver et  celui  d'été. Qu'ils adorent donc  le Seigneur de cette Maison (la Kaaba)! ; Qui les  a   nourris alors qu'ils étaient affamés  ; Qui leur a apporté la sécurité alors qu'ils  avaient  peur ] (Sourate Les Quraychites, Quraych, 106, Versets 1-4 ). C'est ainsi parce que la sécurité est un élément capital que la  Religion Ultime insiste sur  différents aspects de son importance :

Premier aspect : As-Salâm/ la Source de la paix, de  la sécurité, et du Salut, est l'un des beaux  Noms du Très-Haut, Lequel est Le plus digne de porter ce Nom, plus digne  que tous ceux qui se font appeler ainsi, en raison du fait  qu'Il  est exempt  de tout défaut et de toute déficience. Il est véritablement as-Salâm  à tous égards, tandis que la créature est  une  source de paix, de sécurité et de salut  annexe. Le Tout-Puissant est par essence Salâm; Il est au-dessus de tout défaut ou toute imperfection possible ou imaginable ; Il est Salâm dans Ses attributs, au-dessus de tout défaut et de toute imperfection, Salâm dans Ses actes, au-dessus de tout défaut et de toute imperfection, mal, injustice, ou acte qui serait dénué de sagesse. Plus exactement, Il est la  véritable  Source de paix,  de sécurité et de salut dans tous les sens  et à tous égards[127]

Allah dit, parlant de Lui-même et présentant Ses Noms à Ses serviteurs :[C’est Lui, Allah. Nulle divinité, en droit d'être adorée, autre que Lui ; Le Souverain, le Pur, L’Apaisant, Le Rassurant, le Prédominant, Le Tout Puissant, Le Contraignant, L’Orgueilleux.Gloire à Allah! Il transcende ce qu’ils Lui associent] (Sourate Le Regroupement, Al Hashr, 59, Verset  23). Il a également précisé que la destinée des  Musulmans qui se soumettaient à Allah, s'en remettaient  à  Lui  et garantissaient  protection et sécurité  à autrui,  était le  Paradis, Demeure de  paix. Il s’agit là d’une harmonie remarquable   entre l’acte, qui est  la  paix,  et le fruit de celle-ci  qui est la Demeure de  paix éternelle. Allah dit : [C'est à eux que  reviendra   la Demeure de paix auprès de leur Seigneur, car Il est leur  Protecteur, à  raison   de ce qu'ils faisaient  (sur terre)] (Sourate Les Bestiaux, Al Ancâm, 6, Verset  127).

Deuxième aspect :Le Tout-Puissant a annoncé à Ses serviteurs croyants que la salutation de rigueur le Jour où Il les rencontrera  sera as-salâm. Allah  dit ainsi: [C’est Lui qui étend Sa Bénédiction sur vous  – ainsi que Ses anges – pour vous faire sortir des ténèbres vers la lumière ; Il est Miséricordieux envers les croyants. Leur salutation  le  Jour où ils Le rencontreront sera:“Salâm! ”/Paix!, et Il leur a préparé une généreuse récompense] (Sourate Les Coalisés, Al Ahzâb, 33, Versets 43-44). Ibn Kathîr – qu'Allah lui accorde la miséricorde – a dit : « "Leur salutation  "  a  vraisemblablement  pour signification   – et  Allah est celui Qui sait  véritablement  -  la salutation par laquelle Allah accueillera les croyants ;" le Jour  où ils Le rencontreront "  soit : le Jour où Il leur adressera  cette  salutation en forme   de paix; comme Allah  Le Très-Haut  le dit dans cet autre Verset : [“Salâm ! ” [Paix ! ], telle      est la Parole qui leur sera adressée  de la part d’un Seigneur Très Miséricordieux] (Sourate  Yâ Sîn, 36, Verset  58). »  Ce Jour est celui, redoutable, où Allah réunira les premières et les dernières générations  d'hommes, où  chaque être   humain  saura qu’il  s’expose au châtiment pour les  péchés qu'il aura commis ;  le Seigneur Très Miséricordieux descendra   alors  sur les  croyants la paix et la salutation de paix. Cette bonne  nouvelle  n'est-elle pas  grandiose?!  Combien  la  sensation de  profonde  sécurité  qu'elle  répand  apaise le cœur !

Troisième aspect : La paix  est l'un des tout  premiers objectifs du Message Ultime d'Allah. ،Abd Allah bin Salâm – qui était un rabbin juif avant sa conversion à l’Islam - rapporte :                    « Lorsque le Prophète ﷺ‬ arriva enfin[128], les  gens s'agglutinèrent  autour de lui et je me trouvais parmi eux. Lorsque j’aperçus  son  visage, je sus qu'il n'était pas celui d’un imposteur. Les premiers mots que je l’entendis prononcer  furent " Diffusez la salutation de paix ! offrez de la nourriture ! entretenez les liens de parenté !  accomplissez les prières de nuit pendant que d'autres  sont endormis ! vous entrerez ainsi  en paix  au Paradis" ».

Quatrième aspect : As-salâm, à la fois paix et sécurité, est considérée comme l’une des meilleures branches et l'un  des principes les plus importants de l'Islam. ،Abd Allah bin  ،Amrou  rapporte qu’un homme  demanda au Prophète ﷺ‬  quelle était la meilleure action qu'il puisse accomplir en tant que musulman. Le Prophète  ﷺ‬  répondit alors ceci : « Nourris autrui  ( quand il a faim )  et adresse  la salutation de paix  aussi bien à ceux que tu connais qu'aux inconnu» [129]Voyez comment le Prophète ﷺ‬  associe le  pilier de  l’édification des nations qui est la paix et la sécurité  au  pilier de la vie  des  êtres qui est leur alimentation, tout comme Allah  associe  ces deux mêmes piliers dans la Sourate  les Quraychites/ Quraych.  Al Bukhârî  a  pour sa part   donné le titre suivant : " Quelle est le  meilleur Islam ? ",  à  un chapitre de son recueil de Hadiths  As-Sahîh  dans lequel  il rapporte un Hadith transmis par Abou Mousâ. Celui-ci  entendit ainsi le Prophète ﷺ‬  répondre, quand on lui  demanda  quel  était le meilleur Islam?:« C’est  celui  du musulman  dont ses coreligionnaires n’ont à redouter de sa part aucune agression verbale  ou physique»[130] ‘Ammâr  a dit : «  Il est trois conduites qui, observées conjointement par une même personne,  marquent la foi absolue : s’imposer  d’être  juste ; dispenser le salut de paix à tous les hommes, subvenir aux besoins des démunis alors même qu'on est soi-même dans le besoin. »[131] ،Ammâr témoigne, dans ce propos,  de  la compréhension  remarquable qu'il possède de la nature des éléments constitutifs de  la foi absolue  : quand le musulman  se fait un devoir d'être juste, il donne alors  à chaque ayant-droit son dû ; quand il dispense  son salut de paix  à autrui quel qu'il soit, celui-ci n'a pas  à redouter de sa part  quelque forme d'agression. ،Ammâr  fait  enfin mention  d'une  conduite  positive   qui  est  de consacrer une  partie de  ce que l'on  possède  aux personnes  nécessiteuses alors même que l'on est soi-même dans le dénuement et que l'on a besoin de l'aide des gens qui vivent confortablement!Comme cette religion est remarquable! Comme ses premiers adeptes, qui  l’ont comprise et appliquée, sont eux-mêmes   admirables !

Cinquième aspect  : L'existence de la  paix et de la sécurité  au sein de  la société  indique que les membres de celle-ci vivent en concorde, s'aiment et s'apprécient.  Le dessein  de  l’Islam n'est pas  d'enjoindre à  l’être  humain d' adorer  son  Seigneur à la mosquée et de L'oublier ensuite dans les autres domaines de la vie, comme il en est pour  le Christianisme qui enseigne à ses adeptes d' adorer le Tout-Puissant  à l’église le dimanche quand  les autres jours de la semaine ils causent des ravages dans  le monde. ،Abd al Ahad Dâwoud, prêtre chrétien avant sa conversion à  l’Islam, dit à propos de la religion chrétienne : «Après avoir quitté  l'église où il a consommé avec ses coreligionnaires " le corps et le sang du Christ" lors d'un rite qu'ils appellent eucharistie, le Chrétien  devient  sectaire et indifférent à autrui, à tel point  qu’il préfère la rencontre d’un chien à celle d’un Musulman ou d’un Juif, car ces deux personnes ne croient pas en la trinité et en l’eucharistie. Je connais cela et je portais en moi ces mêmes sentiments quand  j’étais prêtre catholique » [132].

 L’Islam est une religion qui a pour  objectif  d'obtenir, en tout temps et en tout lieu, la soumission totale des êtres humains  au Seigneur des mondes. Abou Hurayrah a rapporté le Hadith suivant du Prophète ﷺ‬ : « Vous n’irez pas au Paradis tant que vous n’aurez pas la foi absolue, et vous n’aurez pas la foi absolue  tant que vous ne vous aimerez pas les uns les autres. Voulez-vous je vous indique une  chose qui,  si vous l'appliquez, vous fera  vous aimer les uns les autres ? Diffusez  la  salutation de paix parmi  vous »[133].

Ibn al ،Arabî a dit : « La salutation  de paix  est bénéfique à plusieurs niveaux. Elle engendre  notamment  l' amitié et l' affection  entre les personnes  qui se l' échangent – en raison de la concordance de leurs paroles-au bénéfice  de l' intérêt  général  obtenu  grâce à  la  collaboration  dans l'instauration  des lois de la religion. Le cœur de celui  qui entend  cette formule  passe  de l’antipathie  à l’attachement envers celui qui la  prononce»[134].

L’imam an-Nawawî – qu'Allah lui accorde la miséricorde – a dit : « La diffusion de la salutation de paix  permet  de renforcer  la concorde  entre les Musulmans et de mettre en valeur  la marque qui,  emblématique, les distingue des  adeptes des autres  confessions religieuses. Cette salutation de paix entraîne  l'âme à l'exercice de la piété,  comporte une exigence  d' humilité et un suprême respect du sacré des Musulmans. On  relève  dans  ces  Hadiths  un  ensemble  d'exhortations, notamment celle  de  nourrir (l'être humain qui a faim), de faire montre de générosité,de veiller à se montrer utile auprès de ses coreligionnaires, d'éviter  toute parole ou tout  acte qui pourrait,  directement ou indirectement,  leur porter atteinte, de  s'abstenir de les humilier. Ces Hadiths comportent encore d'autres exhortations comme celle de concilier les cœurs des Musulmans, de parfaire leur entente et leur affection mutuelle  et d'encourager tout qui  peut  permettre  de parvenir à ces conciliation, entente et affection. Al Qâdî–qu'Allah lui accorde la miséricorde–a dit :« La convivialité  est  l' une des obligations formelles de la religion, un des piliers de la législation islamique et  l'incarnation même de  l'Islam.  Dans la conduite conviviale, le Musulman salue sans distinction  celui qu'il  connait et  celui dont on il  ignore l'identité et  voue cette action à Allah Seul, par dévotion foncière, sans faux-semblant ni flagornerie. La convivialité est aussi un exercice d' l'humilité  […].  Les Hadiths [relatifs à l'importance de la salutation de paix ] expriment en outre, en termes subtils,  le rejet des  désunions, des exclusions, des querelles et de la détérioration, par la médisance, de la concorde, ainsi que le fait que la salutation de paix n’est dispensée que  pour la cause d'Allah. Celui qui émet cette salutation  n'est pas esclave de ses passions  et  il  ne  réserve  en aucun cas celle-ci  à ses seuls compagnons  et aux  gens qu'il aime» [135].

Sixième aspect : L'absence  de la salutation de paix  peut instaurer la  défiance. En effet,  comme cette salutation  est  un  témoignage  de  sécurité, une annonce  de conciliation et une exigence de probité, son  absence  peut conduire à un sentiment de défiance dans les relations humaines. C'est pourquoi l’Islam  proscrit  les brouilles entre les êtres et la cessation de leurs  relations et  précise qu'une rupture des relations ( avec un membre de sa famille ou un ami) n'est tolérable que trois jours au maximum comme indiqué d'ailleurs par le Prophète ﷺ‬. Celui-ci a  conseillé vivement  de renoncer à ce type de comportement  et a expliqué  qu'en cas de brouille  entre deux Musulmans, le meilleur des deux  est celui qui  le  premier  saluera à nouveau  l'autre parce qu'alors le salut de paix témoigne de la  conciliation  et marque la cessation de la brouille. Le Prophète ﷺ‬ a dit : « Il n’est pas permis à un Musulman de rester brouillé avec son frère de religion  plus de trois jours… Ils se retrouvent sur le même chemin et s'écartent  l'un de  l'autre avec mépris ! Le meilleur des deux est celui qui saluera  l'autre en  premier» [136].

Lorsque les Anges se présentèrent  auprès  de lui  et  dirent: ‘Salâm !/ Paix, Ibrâhîm/Abraham – que la paix soit sur lui –  offrit à ces derniers  de la nourriture  à  laquelle  ils refusèrent cependant de goûter,  suscitant alors en  lui un sentiment de  peur, comme le dit Allah Le Tout-Puissant quand Il nous instruit  de cet épisode: [Nos envoyés apportèrent  à Ibrâhîm  [Abraham]   la bonne nouvelle. Ils dirent :“Salâm ! /Paix ! ”. Il répondit  : “Salâm !/ Paix !  ”, et  apporta  sans tarder  un  veau  rôti [sur des pierres chauffées ]. Mais  lorsqu’il vit que leurs mains n'en  approchaient point, il ne les comprit   pas et prit  peur. Ils dirent : “Ne crains rien! Nous sommes envoyés au peuple de Lût”] (Sourate Houd/Houd, 11, Versets  69-70). Ibn Jarîr – qu'Allah lui accorde la miséricorde–explique ainsi  ce Verset :  La salutation de paix  s'échange  quasi exclusivement  entre les    êtres humains  qui ont des  relations pacifiques   et non entre les ennemis. Le fait que des personnes adressent la salutation de paix à d'autres personnes  qui  leur répondent de la même manière prouve que les relations entre ces personnes sont pacifiques. [ (…) Mais  lorsqu’il vit que leurs mains  n'en  approchaient point, il ne les comprit pas et  prit  peur. Ils dirent : “Ne crains rien ! Nous sommes envoyés au peuple de Lût”]. Le Très-Haut  dit que lorsqu’il  vit que leurs mains n'approchaient point le veau qu'il leur avait apporté, soit  la nourriture qu’il leur offrait, Ibrâhîm ne comprit pas leur réaction. Or il est rapporté que si les envoyés  s'abstinrent de goûter à la nourriture qui leur était présentée, c'était en fait parce que les Anges  n'ont pas besoin de se nourrir. Mais pour Ibrâhîm  cette retenue de la part de ses hôtes était suspecte. Eux et lui  ne se connaissaient pas ; leur attitude le perturba  et il ressentit  à leur égard un sentiment de crainte » [137] Ibrâhîm comprit donc que la salutation de paix  était un témoignage de  pacification des relations. Aussi lorsque ses hôtes  refusèrent de  goûter à la nourriture qu'il leur servait [ce qui est normalement interprété comme un signe de dissension ou de désunion ] alors qu'ils lui avaient adressé la salutation de paix  [  qui est donc  un signe de conciliation ]  il ressentit de la peur vis-à-vis d’eux   [ parce qu'il y avait là une contradiction  ] Cet exemple met bien en évidence pourquoi l’abandon de la  salutation de paix conduit  à un  sentiment  de défiance.

 Sixième déterminant: Les qualités morales  (al akhlâq)

Définition du terme: Akhlâq est le pluriel du mot kholoq  qui désigne en arabe aussi bien  le caractère que la disposition naturelle ou la conduite  morale. Al Jawharî  dit : « Al kholoq c’est as-sajiyyah  (le caractère/la disposition naturelle) . On dit en arabe :"khâlis al mo'min wa khâliq al fâjir ", soit : " Conduis-toi loyalement  avec le croyant, suscite chez le licencieux une bonne conduite"[138] Ou encore:"folân yatakhalliq bighayr kholqihi",  soit : " la  façon dont se conduit  untel  ne correspond pas à son caractère naturel. " Le poète dit : " Sous la constitution la disposition naturelle».

Az-Zobaydî  dit : « Al kholoq  désigne  as-sajiyyah,  qui désigne  la  disposition naturelle  et le caractère. C’est pourquoi ،Â'ichah –qu'Allah soit satisfait d'elle –dit dans un de ses Hadiths et en parlant du Prophète  ﷺ‬: "Son caractère était le Coran", soit : le Prophète Muhammad  ﷺ‬ était profondément attaché au Coran, à  ses règles morales, au respect de ses prescriptions et de ses proscriptions ainsi qu'aux  vertus,  mérites et  bienfaits qu'il  renferme. Ibn al ،Arabî  a dit : " Al kholoq désigne  al morou' ah [soit: la grandeur d’âme] et al kholoq désigne aussi la religion. "Nous lisons dans le Coran : [Et tu  es,  certes, d'un caractère élevé  [ou : d’une moralité éminente ]] (Sourate La Plume, Al Qalam, 68, Verset 4). Le pluriel de kholoq, soit  akhlâq,  ne recouvre pas un autre sens. Dans un Hadith, le Prophète ﷺ‬ dit : " Rien ne pèse plus dans  la balance [des œuvres salutaires] que l'excellence du caractère"Le caractère  correspond, en  vérité, à  la forme  intérieure  de l'être,  soit son âme avec ses qualités et ses  sentiments propres, et l' âme  est,  pour cet  forme  intérieure,  ce  qu'est  la  constitution  physique  pour  la forme  extérieure  de l'être avec aussi  ses  caractères. Ces formes, intérieure et extérieure, possèdent  toutes  deux de bonnes et de mauvaises qualités. Cependant la récompense et  le châtiment sont davantage  reliés aux qualités de  la forme intérieure qu’à celles de la forme extérieure.  C'est pourquoi nombreux sont les Hadiths  qui font l’éloge de la haute moralité et du bon caractère »  Ensuite  Az-Zobaydî   cite des Hadiths qui  font cet éloge puis  précise : « Il existe de  même de nombreux  Hadiths   dénonçant  la  moralité et le caractère déplorables» [139].

Les dispositions du caractère  constituent donc la forme intérieure de l'être  humain  qui  donne à la forme extérieure  de celui-ci sa beauté ou sa laideur. La législation  islamique  a  d'ailleurs  accordé  à ces dispositions  une attention suprême considéré l'importance qu'elles ont. C’est ainsi qu’elle a explicité les fondements des dispositions du caractère  vertueuses, les origines des dispositions immorales et les conséquences de chacune de ces dispositions. Les Textes  qui traitent de ce thème des dispositions du caractère  étant fort nombreux, je n'aborderai point ceux qui exhortent à l'observation des conduites vertueuses ou mettent en garde contre  l'observation des conduites immorales. Je mentionnerai simplement les Textes qui témoignent de l'excellence des  conduites morales ou ceux qui mettent en garde contre  l'amoralité  des  conduites.

Précisons tout  d'abord que les conduites morales constituent,  dans l’Islam, un principe et un dogme immuable et non substituable,  que  celui qui  se trouve  en  face de  nous  soit un ami ou un ennemi, un proche parent ou une personne éloignée, et que l'on  soit, comme musulman,  victorieux ou vaincu. Les dispositions  morales sont, au sein de nombre de communautés,  fonction des intérêts de celles-ci ; ainsi, si l’individu ou l’État trouvent un intérêt à être sincères, ils font marque de bonne foi,  mais si le mensonge leur permet d'obtenir quelque gain ou de réaliser quelque profit, alors ils l'utilisent à cet escient. Mais combien le mensonge est  déplorable ! Si l'on observe nombre de  politiques internationales actuelles l'on constate que ce sont des politiques amorales ou immorales. Ce ne sont que des politiques d'intérêts et non de principes, alors que l'aspect  moral est l'un des composants les plus caractéristiques du Message Ultime, soit  de  l’Islam. C’est pourquoi  le Prophète ﷺ‬ a dit : « Je n’ai été envoyé que pour parfaire la haute moralité»[140]. Le Prophète ﷺ‬  a exigé le respect de ce principe qui n'est pas une simple formule. Lorsqu’Abou Dhâr, qui n'avait pas encore embrassé l'Islam, apprit l’avènement du Prophète ﷺ‬,  il enjoignit ce qui suit  à son frère : « Enfourche ta monture et rends-toi dans cette vallée pour écouter ce qu'il dit ! » A son retour, le frère d' Abou Dhâr  dit alors: «Je l’ai vu enjoindre le respect des qualités morales» [141] Or ces qualités  morales sont notamment celles que mentionne le Très –Haut dans ces Versets : [Sois indulgent, ordonne le convenable et écarte-toi des ignorants. Et si jamais une tentation du Démon t'incite au mal, cherche refuge auprès d’Allah. Il est Celui Qui entend et sait tout] (Sourate Les Murailles, Al A،râf, 7, Versets 199-200) et [(…) ceux qui contiennent leur ressentiment et pardonnent à autrui - Allah aime sans conteste  les bel-agissants] (Sourate La Famille de cImrân, Âl cImrân, 3, Verset 134). Méditez donc  la dimension sociale et morale de ce Hadith  du Prophète ﷺ‬ : « N' enviez pas votre coreligionnaire, ne simulez pas,  à son détriment, de surenchère, ne marquez pas d'aversion à son égard, ne lui tournez pas le dos, ne mettez pas en vente  une marchandise qu'il vend déjà, dans l'intention de le supplanter sur le marché ; comportez-vous, serviteurs d’Allah, comme des frères. Le Musulman est le frère du Musulman, il ne commet à l' égard de son coreligionnaire ni injustice ni trahison, ni  affront. La piété est  ici ( il  indiqua alors  sa poitrine à trois reprises ); le seul fait qu'un musulman  méprise  son frère  est déjà un mal.  Le sang, les biens et l'honneur  de chaque Musulman sont sacrés pour  tout  autre  Musulman »[142].

Le Prophète ﷺ‬  était d'ailleurs  le  premier à  observer  et respecter cette conduite morale qu'il prônait. C’est pourquoi son épouse, ،Â'ichah la mère des croyants – qu'Allah soit satisfait d'elle - répondit à  Sa،ad bin Hichâm bin ،Âmir, lorsque celui-ci l'interrogea au sujet de ce qu'avait été  le caractère  du Messager ﷺ‬  : " Son caractère  était le Coran. Ne lis-tu donc  pas le Coran et cette Parole d’Allah : [Et tu es certes  d’un caractère élevé [ ou : d'une moralité éminente] (Sourate La Plume, Al  Qalam, 68, Verset  4) ? » Le Prophète ﷺ‬ se conformait aux injonctions du Coran, n'outrepassait point ses interdits, respectait ses restrictions,  avait foi dans  toutes les informations qu'il  contient, se soumettait et  soumettait ceux qui était sous sa responsabilité à ses  lois.  Sa vie  était ainsi une application vivante de  ces principes qu’il  prônait  et  à l'observation  desquels il conviait autrui. ،Abd Allah bin ،Âmr  rapporte : « Le Prophète ﷺ‬  n’était  pas  impudent et jamais ne voulut paraître tel. Les meilleurs d’entre vous, disait-il, sont ceux  qui ont  la plus haute moralité» [143].

Le Prophète ﷺ‬  ne considérait pas que la conduite morale qu'il observait,  et à l' observance de laquelle il  conviait,   était    réservée  à  ses  proches ou  à  ceux  qui  suivaient  sa  Religion ou encore  aux  seuls Arabes.  Il considérait en vérité  qu' elle devait  être adoptée par  l'ensemble des  êtres humains, qu'ils fussent  pieux ou  licencieux, croyants ou  dénégateurs,  proches ou  lointains. C’est pourquoi le Messager d'Allah ﷺ‬   fit cette recommandation  laconique à Mu، adh  lorsqu'il l' envoya au Yémen: «Crains respectueusement Allah où que tu te trouves, fais suivre une mauvaise action  d'une action  salutaire  qui effacera la première  et comporte-toi de manière exemplaire avec autrui»[144] Il nous faut considérer cette  recommandation comme une ligne de conduite générale à observer tout au long de la vie.  En  disant : " Crains respectueusement Allah où que tu te trouves ",  le Prophète ﷺ‬ esquisse  ainsi  au Musulman la  nature de sa relation avec  son  Seigneur en toutes circonstances. Puis quand il dit :" Fais suivre une  mauvaise action d'une action salutaire qui effacera la première",  le Prophète ﷺ‬  montre alors  au Musulman  comment se comporter  avec cette âme qu’il a en lui, comment corriger  les erreurs de celle-ci  et  redresser  sa  ligne de conduite. Enfin quand il dit : " Comporte-toi de manière exemplaire avec autrui ",  le Prophète ﷺ‬  prescrit au croyant la conduite qu'il doit adopter  dans les relations humaines et qui est inspirée par le Très-Haut. Ces relations doivent  être  ainsi  être  commandées par un comportement vertueux et non pas soumises  aux inclinations capricieuses des âmes ou aux intérêts personnels des individus. Le Tout-Puissant enjoint, attestant  de cette généralité dans la ligne de conduite à observer  avec autrui : [(…) Tenez à autrui un langage de bonté ] (Sourate La Vache, Al  Baqarah, 2, Verset 83). Généraliser cette conduite  dans les relations avec tous les êtres humains  quels qu'ils soient, suppose  bien évidemment une généralisation de cette même conduite avec tous les genres  de créatures avec lesquelles nous pouvons être amenés à être en relation.  L’individu doit  ainsi se  comporter de la meilleure manière avec  tous les êtres humains. Pour savoir ce qu’est une conduitevertueuse, prenons connaissance d'un  Hadith rapporté par  An-Nawâs bin Sam‘ân al Ansârî. Ainsi, quand  ce dernier  interrogea le Messager d’Allah ﷺ‬ sur  la piété et le  péché, il reçut  de celui-ci la réponse suivante :« La piété c’est la conduite vertueuse  et le péché c’est ce qui reste hésitant dans ton cœur  et que tu détesterais  que  les gens découvrent» [145] Le Prophète ﷺ‬  définit donc la piété comme étant la conduite vertueuse. As-Sudî  dit  : « La piété est un  nom générique pour  toutes les formes de bien.» [146]  Quiconque  désire  tout le  bien  doit  donc se conduire vertueusement avec l'ensemble descréatures. L’imam Ach-Châfi،î – qu'Allah lui accorde la miséricorde – a exposé  les piliers de la grandeur d'âme  grâce auxquels la moralité de l’individu se redresse : « La grandeur d'âme  a quatre piliers : la conduite vertueuse, la munificence, l'humilité  et la dévotion» [147].

Se comporter de la meilleure manière  avec l'ensemble  des créatures peut ne pas être à la portée de toutes les âmes. C’est pourquoi Allah  réserve à la conduite vertueuse  la récompense  la  plus grandiose. Le  Messager ﷺ‬  a  par ailleurs  expliqué que l’être humain  dont  la foi  était  la plus parfaite  était  celui qui avait  la plus haute  moralité. Abou Sa،îd Al Khudrî rapporte que le Messager d’Allah ﷺ‬ proclama: «Les  croyants dont la foi atteint le niveau de la perfection sont ceux  qui ont la plus haute moralité, qui font montre des plus douces attentions,  qui offrent  une bonne compagnie et bénéficient d’une bonne   compagnie»[148].

Le Prophète ﷺ‬ annonça en outre aux Musulmans dont la conduite morale était exemplaire, sachant qu'ils  se  réjouiraient de cette annonce, qu'au Jour du Jugement Dernier c'est   cette conduite  vertueuse  qui  aura  le  plus de   poids  dans la balance de leurs œuvres salutaires.  Abou ad-Dardâ'  rapporte ainsi avoir entendu le Prophète ﷺ‬ dire : « Aucune chose plus pesante par sa valeur que ne l'est  la conduite morale exemplaire ne  sera déposée  sur le plateau  de la balance des œuvres.   Celui dont la conduite morale est exemplaire  atteindra, grâce à cette conduite, le rang de celui qui observe le jeûne rituel  et accomplit la prière rituelle»[149].Le Prophète ﷺ‬ accordait  une importance si  considérable à la conduite vertueuse qu’il dit un jour à son épouse Um Salama :« La conduite morale exemplaire emporte avec elle le bien  de la vie ici-bas  et celui  de l’Au-delà»[150] Si tout le bien d'ici-bas et de l'Au-delà  est emporté par la conduite morale exemplaire, que  reste-t-il alors pour  les  autres œuvres  salutaires ? !  Il est vrai que toute œuvre bonne et  bénie  et  dans l'accomplissement de  laquelle le droit d’Allah  ou les droits des créatures  sont  respectés, est de toute manière  érigée  sur  une conduite morale exemplaire.

Ces mérites et ces récompenses ne sont pas les seules conséquences positives de toute  conduite vertueuse. En effet le Prophète ﷺ‬ a  mentionné  que  la personne qui se sera conduite vertueusement  ici-bas sera la plus proche de lui  le Jour du Jugement. ،Abd Allah bin ،Âmr  rapporte ainsi  que l'Envoyé d’Allah ﷺ‬  déclara un jour  aux membres réunis autour de lui  : «Ne voudriez-vous point  savoir quel est celui d'entre vous que j'aime le plus  et qui se retrouvera  le plus  près de moi le Jour du Jugement ? »  Il réitéra trois fois cette question.  Ils  répondirent :  « Si, ô  Envoyé d’Allah ! »  Il dit alors :  « C’est celui d'entre vous  dont la conduite  est  la  plus vertueuse» [151].

Il ne nous est pas possible de cerner la totalité des Versets ni l'ensemble des Hadiths qui abordent  l'une ou l'autre  des conduites  morales  et exhortent  à leur  observation  ou qui évoquent l'une ou l'autre des conduites détestables  et mettent en garde contre leur adoption. Quiconque en tout cas  réfléchit  sur ces Textes  remarque qu’ils  mettent l’accent sur les fondements des conduites vertueuses  comme la pudeur, la générosité, la sincérité, le courage, la chasteté, la justice et la patience, et qu' ils exposent  les origines des  conduites pernicieuses telles que  le mensonge, l’avarice, la jalousie, l'arrogance, l'hypocrisie, la fraude, la médisance et la calomnie. Si  l'étude présente ne pourra jamais contenir  les preuves que renferment le Coran et les Hadiths  relatives  à chacune des conduites en question tant celles-ci  sont innombrables, ce que nous avons mentionné est  fort probablement suffisant en ce sens  que nous avons clairement exposer l’importance des qualités morales dans  l'Islam, préciser  le rang  qu'occupera  le Jour du Jugement Dernier  celui  qui les possède  ainsi que  le  mérite de celui qui observe une  conduite morale exemplaire  dans la vie ici-bas et dans l'Au-delà.

 Septième  déterminant  : La propreté

Définition  du  terme  propreté /nazâfah: Il est dit dans Al qâmous al muhît:« La propreté c'est la pureté/limpidité /netteté» [152].

Ibn Manzour  dit : « La propreté/nazâfah  c’est la pureté ; le terme nazâfah est la racine du  mot  tanzîf’, qui signifie  "nettoyage, purification " ; il est dérivé de   nazofa,  qui signifie: être propre/net, duquel terme  dérive  le verbe transitif   nazzafa  qui signifie  nettoyer, soit : rendre pur ».

La propreté, dans  cette religion admirable, concerne tout ce qui touche à la vie, que ce soit  la propreté  du corps et la pureté de l'âme, la  propreté dans la parole et dans l'action, la propreté dans la nutrition, dans l’habillement et la boisson, la propreté du quartier et de la rue,la propreté concrète et la propreté intangible. L'élément majeur dont Allah a enjoint formellement  à Ses serviteurs de se purifier est l' associatrie.  Le Tout-Puissant dit : [Ô  toi, couvert d'un manteau ! Lève-toi et donne l'alarme ! La grandeur de ton Seigneur, glorifie! Tes vêtements, purifie ! Toute souillure, fuis !] (Sourate Le Revêtu d’un manteau, Al Muddaththir, 74, Versets 1-5).

Dans ces Versets, qui comptent d’ailleurs au nombre  des premiers Révélés au  Messager ﷺ‬, Allah Le Très- Haut Le Tout-Puissant  ordonne à celui-ci  de purifier ses vêtements des  impuretés, de purifier son cœur de l'associatrie, de s'écarter résolument de tout facteur et de  toute voie qui conduisent  à celle-ci, et de vouer foncièrement son œuvre  à Allah, Seigneur des mondes. Ibn Jarîr – qu'Allah lui accorde la miséricorde –  dit : « Les exégètes du Coran émettent des avis divergents sur l' interprétation de cette Parole d'Allah  : [ Tes vêtements, purifie]. Certains  disent  ainsi qu’elle signifie : " Ne revêts pas  tes habits s'ils sont issus  du péché et de la perfidie. Cette interprétation  est fournie  par Ibn Abbâs – qu'Allah lui accorde la miséricorde- qui rapporte le propos suivant  d' Ikrimah: " Un homme se présenta au Prophète ﷺ‬ alors que j'étais assis à ses côtés  et demanda : ' Comment interprètes-tu  cette Parole d’Allah : [ Tes vêtements, purifie ] ? '  Le Prophète  ﷺ‬ répondit :  '  Ne revêts pas  tes  habits s'ils sont issus  du péché et de la perfidie '.   Puis il ajouta : ' N’as-tu pas entendu ces vers de Ghaylân bin Salamah ath-Thaqafî :

Moi, par la grâce d’Allah, jamais de  tenue  dépravée

N'ai  porté  et  jamais  de  perfidie  ne  fut  mon  habit

Pour d’autres la signification de ce Verset serait  la suivante : ne revêts  pas d'habits obtenus par des gains illicites ! Pour  d'autres encore le Verset signifierait plutôt: assainis tes œuvres!»[153]. Quoiqu'il en soit, les diverses interprétations des exégètes relatives à  ces Versets comportent toutes l'injonction  de nettoyer et de  purifier  l'apparence extérieure aussi  bien  que  l'intérieur de soi.

Ibn Hajar – qu'Allah lui accorde la miséricorde – dit que  l'injonction du  Verset  : [ (…) La grandeur de ton Seigneur, glorifie ! ] signifie :  célèbre la magnificence de ton Seigneur ! Il dit également qu'il s'agit dans :  [(…) Tes vêtements, purifie!] de purifier les vêtements des saletés et malpropretés.  " Les vêtements"   désignent  selon lui  l’âme  et   la purification de  celle-ci  consiste  alors  à éviter les manquements ; quant  aux   souillures  évoquées  dans  [ (…) Toute souillure, fuis !]  elles  désignent  les  idoles[154].

Al Mobârakfourî dit que:[ (…) La grandeur de ton Seigneur, glorifie ! ] signifie :  exalte la magnificence de  ton  Seigneur  pour  le  porter  au-dessus de ce que disent les idolâtres,  et que la purification enjointe dans : [(…) Tes vêtements, purifie !]  concerne les souillures diverses contre lesquelles les  associateurs  ne cherchaient point  à se prémunir.  Il fut alors enjoint  au Prophète ﷺ‬ de  protéger  ses vêtements  contre les  impuretés et les salissures, ce que ne faisaient pas les associateurs. [(…) Toute souillure, fuis!]  signifie : renonce aux   idoles et  ne  t'en   approche point [155].

L'injonction  faite  au  Musulman  de  veiller  à  sa   propreté et  de  se  purifier  de  l'associatrie  est  certes  capitale mais  toutefois  insuffisante  car  en  réalité  il faut  que   celui-ci se  purifie     de toutes les formes de  péchés et de toutes  leurs conséquences.  C'est pourquoi   Allah a  prescrit les cinq prières rituelles  et les ablutions à effectuer  avant  chacune de ces  prières pour que  le  Musulman se purifie réellement  et   quotidiennement de ses   péchés.   Abou              Hurayrah rapporte que le Messager d’Allah ﷺ‬  déclara  : « Lorsque le fidèle Musulman, serviteur d'Allah,  faisant  ses  ablutions,   lave son visage, l'eau qu'il utilise à cet escient, ne serait-ce que la dernière goutte,  absorbe tous les péchés que ses deux  yeux  ont  pu commettre. Lorsqu’il lave ses deux mains, l'eau qu'il utilise à cet escient, ne serait-ce que la dernière goutte, absorbe  tous les péchés que ses mains ont pu commettre avec violence. Lorsqu’il lave ses deux pieds, l'eau qu'il utilise à cet escient, ne serait-ce que la dernière goutte,  absorbe  tous les péchés que ses pieds ont  pu commettre,  si fait qu'à  la fin de ses ablutions il se retrouve purifié de tous ses  péchés » [156].

Comme l'on sait qu'on été prescrites les ablutions avant l'accomplissement de la prière rituelle, l'on sait également que celles-ci doivent être précédées du nettoyage des orifices naturels si le Musulman a fait  ses besoins. C'est pourquoi  Allah   fait l’éloge des Musulmans  qui  prennent  très à cœur  l'acte de  purification :[(…) Une mosquée fondée, dès le premier jour, sur la crainte révérencielle d'Allah est plus digne de ta présence. On y trouve des hommes qui aiment à se purifier. Or  Allah aime ceux qui se purifient] (Sourate Le Repentir, At-Tawbah, 9, Verset  108). Ibn Jarîr – qu'Allah lui accorde la miséricorde – a dit : « Ils aiment nettoyer leurs orifices  naturels avec de  l’eau après qu'ils finissent  leurs besoins» [157].

Le Prophète ﷺ‬ mit également en garde contre toute  négligence concernant  la miction.  Il est en effet  impératif de se purifier après celle-ci. Le Prophète  ﷺ‬ précisa  d'ailleurs que cette négligence était  la cause majeure du  châtiment que subissent  les morts  dans la  tombe. Ibn Abbâs  rapporte qu’en passant auprès de deux tombes, le Prophète ﷺ‬  déclara  : « Les deux morts enterrés ici sont en train d'être  châtiés  et  cependant  point  pour des  raisons graves ; l’un d’eux ne se préservait point des projections d'urine pendant la miction et  l’autre colportait des médisances»[158].

Le Très-Haut a prescrit en outre la prière rituelle du vendredi  comme acte de purification hebdomadaire qui doit être  impérativement precede d'une purification corporelle  à laquelle  bain,  parfum et huiles de beauté  contribuent. Salmân al Fârisî rapporte que le Messager d’Allah ﷺ‬ déclara :«Celui qui, le vendredi,  aura pris un bain,  se sera autant que possible purifié,  aura ensuite  huilé ou parfumé son corps  avant de se rendre  à la mosquée, qui  plus est  assez tôt  pour ne pas avoir à se glisser entre deux fidèles, aura accompli  la prière surérogatoire et gardé  le silence pendant le sermon de l'imam, saura  qu' Allah  absoudra  les péchés qu’il aura  pu  commettre  entre le vendredi précédent et l'actuel»[159]. Ainsi Allah  purifie-t-il   de ses  péchés et de ses  fautes – pour autant qu'ils ne soient pas graves -  commis pendant  la semaine ou les dix jours précédent le vendredi en question,  celui qui cherche à  se rapprocher  de Lui  par le biais de ce rituel sublime   d' adoration.  Le Prophète ﷺ‬ a dit :  « Celui qui accomplit  les ablutions de la meilleure façon, puis se rend à l’office du vendredi, écoute le sermon en observant  le silence, doit  savoir  que  les  péchés qu’il aura  éventuellement  commis  pendant la semaine, ou les  dix jours précédents ce vendredi là, seront absous par Allah»[160].

Le Tout-Puissant  a également prescrit  le jeûne  rituel du mois de ramadan comme acte de purification annuelle. Abou Hurayrah  rapporte que le Messager d’Allah ﷺ‬ déclara  : « Celui qui, pendant la nuit du destin (laylah al qadr), reste  debout à  adorer Allah, avec une  foi absolue et  l'espoir d’une récompense divine, obtiendra le pardon pour  toutes ses fautes passées. Celui qui  jeûnera pendant le mois de ramadan avec une foi absolue  et  dans l'espoir d' une récompense divine  obtiendra le pardon pour toutes ses fautes passées»[161].

Allah Le Très-Haut a en outre  prescrit au Musulman  le  pèlerinage mineur (le ،umrah) et le pèlerinage majeur (le  hadjdj) qu'il  doit accomplir  au moins  une fois dans sa vie afin  d'être purifié  de la  totalité de ses péchés  et  de revenir de ces deux pèlerinages-à condition toutefois de les avoir accomplis  correctement-aussi pur que  le jour où sa mère le mit  au monde. D’après Abou Hurayrah , l’Envoyé d’Allah ﷺ‬  déclara : « Deux pèlerinages mineurs consécutifs  effacent les péchés commis pendant leur intervalle  par celui qui les accomplit ; le pèlerinage majeur(le hadjdj) pieusement accompli aura comme  récompense  le Paradis»[162] Le Prophète ﷺ‬  dit également : «Celui qui aura effectué  le pèlerinage majeur  sans commettre  pendant son accomplissement d’actes impudiques ou licencieux  reviendra de ce pèlerinage  tel   qu’il  était le  jour où sa  mère  le mit au monde » [163].

Si  Le  Sage Législateur a  prescrit ces actes d'adoration que sont la prière, le jeûne et les deux pèlerinages,  mineur et majeur, outre d'autres actes d'adoration, dans l'objectif de  purifier  de  ses péchés et de ses fautes  le cœur  du  fidèle,  Il a prescrit également  des  actes d’adoration en  rapport avec la propreté corporelle extérieure de manière à ce qu'il y ait  adéquation entre pureté intérieure et  propreté apparente. Ces actes d'adoration  comprennent  notamment  les ablutions qui doivent être faites avant  chaque prière, le bain obligatoire après que le corps ait été touché par une  impureté majeure[164], le bain obligatoire  avant la prière du vendredi. Prendre soin de son apparence extérieure, par exemple en coupant régulièrement  ses ongles, ou en accomplissant toute autre  pratique  inhérente à la nature humaine constituent aussi des actes d'adoration. Le Prophète ﷺ‬ a declare à ce sujet:« Cinq pratiques sont foncièrement naturelles : la circoncision, le rasage du  pubis, l'épilation  des  aisselles, le limage des ongles  et  le taillage de la  moustache »[165].

Murâd Hufman, ambassadeur de l’Allemagne au Maroc,  déclara,  après qu'il eut  passé en revue quelques uns des motifs de la purification et de la propreté dans l’Islam : « Je peux affirmer,  en toute sincérité,  qu'il m'arrive très souvent  d'être  gêné par  l'odeur des  gens qui s’asseyent  auprès de moi au théâtre de l’Opéra de Paris, ou au  Centre Lincoln de New-York ou encore au théâtre National de Munich. Cependant je n’ai  jamais été gêné par quelque mauvaise odeur que ce soit  dans une mosquée » Puis il  posa cette question : « Cela  signifierait-il  que  les  Musulmans sont plus propres ? ! » [166].

Le Prophète au noble caractère  a enjoint  au Musulman de veiller à la bienveillance de ses paroles, à la bienfaisance de ses actes et à la qualité de sa nourriture. Il dit ainsi  : « Parfumez vos  bouches avec le siwâk *, car elles sont les voies  du  Coran ! »[167] Abou as-Sa،âdât bin al Jazarî  déclare que   ce Hadith  signifie : «Préservez-les (vos bouches)  des paroles futiles,   des grossièretés, de la médisance, du commérage, du mensonge, et  de tout ce  qui ressemble à ces plaies, ainsi que de la  consommation  des nourritures interdites et  souillées et empressez-vous   de  les purifier des impuretés» [168].

Cette injonction  de  propreté à  laquelle le  Musulman doit  veiller  ne s'arrête pas au  niveau de l'apparence extérieure et  de  l'intérieur de l'être. Ce niveau  elle le   dépasse  en effet  pour  parvenir à la propreté du langage. L'Islam recommande  ainsi fermement au  Musulman  de  choisir,  quand il veut décrire   la fragilité de son état psychologique, des termes qui ne témoignent pas d' une humeur  pessimiste  ou  d'une méchanceté  verbale ou effective. A cet égard  le Prophète ﷺ‬  a déclaré  ceci : «Ne dites surtout pas:" mon âme est mauvaise/khabathat nafsî";dites plutôt : " mon âme a  de mauvais penchants/laqasat         nafsî» [169]. Ibn Abî  Jamrah   dit : «On retient de ce Hadith qu’il est souhaitable d’écarter de son langage  les  termes  et les  noms  malsains  et de ne conserver  que  ceux  qui n'ont pas  de  signifiés détestables ou offensants. Même si  khubth ( nom dérivé de  khabuta qui signifie " être  méchant "  )  et laqs ( nom dérivé du verbe laqasa qui signifie " avoir un penchant " ) peuvent être indistinctement utilisés pour exprimer cet état de l'âme en question, le terme  khubth est particulièrement  exécrable car il est employé dans d'autres contextes  pour  désigner  des  éléments bien  plus  graves  ( comme la  débauche et  la fourberie)  contrairement au terme laqs   qui n'a qu'un  seul autre sens que celui  qu'il  recouvre  dans le Hadith, soit " se remplir la panse ". Ce  Hadith nous fait également comprendre  que l’individu   doit  rechercher  le  bien, même  le  bon présage,  introduire  le bien dans  son âme, ne serait-ce qu'en proportion réduite, chasser le mal  de celle-ci  autant que faire se peut,  rompre tout  lien  avec les  mauvaises  gens, et même cesser d'utiliser les termes que l'on retrouve également dans leur  langage. Ajoutons que  l'individu en position de vulnérabilité  ne doit pas dire, quand il est questionné sur son état  : "Je ne suis pas  bon ", mais  : "Je suis affaibli". Il ne  doit  pas soustraire  sa personne du  nombre des bonnes gens  pour l’ajouter  au nombre  des  malfaisants» [170].

En outre, cette  injonction  de  propreté  passe  du  soin que doit prendre l'individu musulman de sa propreté  personnelle  à  l'ordre de préserver la  propreté  des espaces  publics. Le  Prophète bienveillant  ﷺ‬  conseille  en effet vivement  de  veiller à  la propreté du quartier quand il  dit : « Allah est Bon et aime la bonté, Il est Propre et aime la propreté, Il est Généreux et aime la générosité, Il est Bienfaiteur et aime la bienfaisance; aussi, nettoyez vos patios (…)» [171].  At-Taybî  déclare : « Si cela est établi, alors embellissez tout ce qu’il est  possible d’embellir, nettoyez tout ce qu’il vous est possible de nettoyer facilement,  jusqu’aux patios, soit  les espaces à ciel ouvert devant vos maisons, lesquels  sont en  fait   une allusion  au  degré extrême  de  la générosité et de  la bienfaisance  car si  la cour de la  maison est spacieuse, propre et  agréable, alors  elle attire les visiteurs  et crée  un  mouvement  permanent  entre  ceux  qui  entrent  et ceux  qui  sortent» [172].

Voyez-vous combien la propreté dans l'Islam  est systématique et absolue? Cette  propreté concerne en effet aussi bien l’intérieur que  l’extérieur, aussi bien le corps  que  l’âme,  autant  l’habitat que  l’habillement,  autant  le quartier que  la rue, aussi bien le  vêtement  que  la couche où l'on  dort  et  le mobilier. Il est une propreté quotidienne et une autre  hebdomadaire…Gloire donc à Celui qui  a établi   cette Religion  recouvrant  tous les domaines essentiels  à  l'épanouissement vertueux   de  l’être  humain, à  l’épanouissement   vertueux  de la vie et des êtres vivants.

C'est  ici que prend fin  notre propos sur les valeurs sociales  sans que nous n' ayons cependant  épuisé  le contenu des Textes de l'Islam – Versets coraniques et Hadiths prophétiques  relatifs à ce thème. Nous considérons cependant que les indications que nous avons fournies  et les allusions que nous avons faites  dans cette partie  aux fondements de ces valeurs conduisent vers  d’autres similaires et mettent sur la voie de fondements qui                            leur  ressemblent. Maintenant  la recherche  s'oriente   vers une  autre  direction.

 Troisième partie Les valeurs de  gestion

Si  notre étude a, dans les deux parties précédentes,  porté sur les aspects scientifique et  social  des  valeurs  civilisationnelles,  elle  aborde,  dans  cette  troisième partie,  un champ de valeurs  indispensables à toute communauté, sans  le  respect   desquelles aucun  État  ne peut s’établir et en dehors desquelles  aucune civilisation ne peut voir le jour. Il s’agit  des valeurs  de  gestion. L’Islam ne néglige  point ces valeurs et, bien au contraire, leur  accorde  une extrême importance. Il en a  d'ailleurs  posé  les fondements et les règles. Ces valeurs fondamentales  recouvrent six déterminants qui sont les suivants :

 Premier déterminant:Les dogmes, règles, lois et  principes: leur consignation par écrit  et  leur globalité

L’Islam a notamment  pour   particularité  celle d'englober toutes choses  : le Créateur et la créature, la vie ici-bas et l’Au-delà, la religion et le bas monde, l'état de voyage et l'état de sédentarité, l’être humain, le cosmos, les végétaux et les animaux. Il recouvre également les règles de base,  les fondements, les principes,  les lois et  les  objectifs. De fait  dans  l'Islam  le politicien, le juriste et tous ceux qui ont  un besoin direct  de règles et de lois ainsi que le commun des Musulmans dans l'accomplissement de ses tâches, n’ont pas besoin d'attendre l'avis d’un érudit  pour  traiter chaque problème auquel ils sont éventuellement confrontés. S'ils ont parfois recours aux oulémas, ce n'est que pour les questions particulièrement difficiles à résoudre. En tout cas  ils ne risquent pas d'être surpris, à un moment ou l'autre, par un changement de loi dû au changement d'époque, comme il en est ainsi dans les systèmes politiques  sécularisés. Ils connaissent les règles, les fondements et les principes de la Loi musulmane intangible. Tout ce dont a besoin le Musulman est traité par l'Islam. Allah Le Très-Haut dit : [(…) Nous n’avons absolument pas omis la moindre chose dans le Livre ] (Sourate Les Bestiaux, Al  Ancâm, 6, Verset 38). [ C’est Nous Qui ressuscitons les morts, inscrivons   ce qu’ils ont fait [pour l’Au-delà] ainsi que leurs traces. Et Nous avons  recensé  toute chose dans un Original  explicite] (Sourate Yâ Sîn, 36, Verset 12). [Et Nous avons détaillé  toute chose par le menu] (Sourate Le Voyage nocturne, Al Isrâ’, 17, Verset 12). Ibn Jarîr – qu' Allah lui accorde la miséricorde – explique ainsi  ce Verset : « Allah a explicité toute chose de manière parfaite, à  vous,  êtres humains, afin que vous  Lui manifestiez votre gratitude pour les bienfaits qu’Il vous a accordés et Lui vouiez foncièrement  le culte   en excluant  toute  divinité  illusoire et toute  idole illégitime de ce culte» [173].

Dans l'Islam le licite, tout comme l'illicite,  sont  clairement identifiables, les  dogmes sont explicites, les législations  sans équivoque, les règles morales  exhaustives, les objectifs  précis, les modèles éblouissants. Les associateurs, à l'époque de la Révélation, considéraient excessifs cette globalité et cet encadrement rigoureux  parce qu'il n'étaient pas habitués à un contrôle de tous les aspects de l'existence ; ils  marquèrent ainsi leur étonnement auprès des Compagnons du Prophète ﷺ‬:  « Votre compagnon vous instruit donc  de toute chose! » Salman  rapporte ce qui suit:«Un homme parmi les associateurs s'exclama : " Je vois que votre compagnon  vous enseigne tout. Vous enseigne t-il aussi  la manière de faire vos besoins ? " Je répondis alors : " Bien sûr ! Il nous  interdit de faire nos besoins face à la qiblah*, de nous nettoyer les orifices naturels à l’aide de la main droite, et d’utiliser à cet escient le crottin animal asséché et les os. Ainsi  ﷺ‬ a-t-il dit précisément : " Ne vous nettoyez pas  avec moins de  trois cailloux**"» [174] . Abou Dhar  nous a informés  du caractère global de l'Islam en ces termes  : « Certes le Messager ﷺ‬ nous a laissés [le jour où il est mort], mais  chaque oiseau battant des ailes dans les airs   nous rappelle  une  des connaissances qu'il nous a transmises» Il ajouta : « Le Messager d’Allah ﷺ‬ a dit : "De  ce qui  rapproche du Paradis et éloigne de l'Enfer  il  ne reste  rien  qui  ne vous  ait  pas  été  exposé  clairement " »[175].

Le Prophète ﷺ‬  a dit  également : « Le licite est clairement identifiable et l' illicite  également. Cependant il  est entre ces deux catégories des  choses  équivoques dont  peu de personnes sont capables de discerner la nature réelle. En conséquence, qui se  garde de ces choses équivoques  préserve sa religion et son honneur. Celui qui s'engage dans ces actions de nature incertaine  s'engage en fait  dans l’illicite, comme le  berger qui fait paître son troupeau  aux abords  d’un enclos  réservé  sur lequel il est prêt d'empiéter.  Or tout souverain  possède  un enclos réservé ; l’enclos réservé d’Allah  est constitué de Ses prohibitions. Or dans le corps de l’homme, il est un morceau  de chair ; si ce  morceau  est sain,   le corps en son entier l'est aussi ; mais  s’il est altéré, alors tout le corps l'est de même ! Et bien ce morceau   de chair  n'est autre que le cœur ! »[176].

Allah Le Très-Haut  expose clairement, dans les Versets suivants, les choses qu’Il a formellement  interdites à Ses serviteurs : [Dis :“Venez  ! Que je vous énonce ce que votre   Seigneur vous  enjoint : ne  Lui  associez  rien ; comportez-vous bellement  envers vos père et mère; ne  tuez pas vos enfants sous prétexte d'indigence : c'est  Nous qui  vous pourvoyons,  eux et vous;  n’approchez pas des  turpitudes,  patentes et  clandestines ;  ne supprimez pas la vie qu’Allah a faite sacrée, si ce n'est à bon droit. Voilà ce qu’ Allah vous  recommande, escomptant que vous raisonniez. Et ne vous approchez des biens de l’orphelin que de la plus belle manière, jusqu’à ce qu’il ait atteint sa majorité; donnez la juste mesure et le bon poids, en toute équité. Nous ne chargeons une âme qu'en fonction de sa  capacité. Quand vous parlez, soyez équitables, s'agisse-t-il d’un proche parent. Et remplissez votre engagement envers Allah. Voilà ce qu’Il vous ordonne, escomptant que vous vous souveniez.  "Telle  est, dans sa  rectitude,  Ma voie, suivez-la donc ; ne suivez pas les chemins  qui vous en fourvoieraient."  Voilà ce qu’Il vous enjoint, escomptant que vous atteigniez la  piété] (Sourate Les Bestiaux, Al An، âm, 6, Versets 151-154). Par ailleurs, Allah Le Très-Haut a exposé  dans la Sourate Al Isrâ' les fondements des règles et des législations qu’ont apportées les Prophètes : [ Ton Seigneur a décrété que vous L'adoriez Lui seul, et que vous agissiez bellement à l'égard des père et mère. Si chez toi ils atteignent au grand-âge, l'un d'eux ou bien tous les deux, ne va pas leur dire : Fi !, ni les rudoyer; dis-leur des paroles bienveillantes; abaisse devant eux l'aile de la déférence, en esprit de miséricorde et dis : Seigneur ! Sois Miséricordieux envers eux comme ils ont été miséricordieux envers moi  en élevant l' enfant que j'étais! […] Tous ces principes s'inscrivent dans ce que ton Seigneur t'a Révélé de la sagesse. N’installe donc pas à côté d' Allah d’autres divinités [illégitimes], tu serais précipité dans la Géhenne, livré à l'opprobre et la déréliction ] (Sourate  Le Voyage nocturne, Al Isrâ’, 17, Versets 23-39). Le  lecteur  voit  bien  apparaître  les   législations et la globalité de l'Islam dans ce modèle de conduite ; en effet, les règles, les principes et les lois qu'exige la Constitution  de  l'Etat  sont, dans  cette religion,  complets  et disponibles. C'est pourquoi l’État islamique  n’a jamais été confronté,  depuis sa création, à la  difficulté  de trouver un consensus sur les prohibitions, les interdits,  les droits et les  devoirs, ni à celle de rédiger le contenu  de sa Constitution. Il  possédait de toute manière une Constitution pionnière, équitable, intégrale, qui  n'eut à subir  ni  les épreuves auxquelles beaucoup d'autres Constitutions  sont soumises, ni le suivisme et  le conformisme  qui accompagnent la rédaction de celles-ci, ni, comme elles, ajouts ou  suppressions à son contenu,  ni l'expérimentation à laquelle certains des articles de ces Constitutions séculières sont soumis pendant une période donnée afin d’apprécier dans quelle mesure ils réalisent  les objectifs pour lesquels ils ont été  apposés. C’est  d'ailleurs en raison de cette expérimentation que les Constitutions des États séculiers sont constamment soumises à des amendements et  des ajouts.

De même  il n'est pas possible que, dans l'Etat islamique, les érudits du fiqh (jurisprudence) et de la magistrature  examinent  la  possibilité  de rendre licite la fornication ou l’intérêt usuraire ou  l’homosexualité ou encore la consommation d'alcool, parce que ces pratiques comptent au nombre  des interdits formels  sur l'illicéité  desquels il n'est pas question de débattre dans  l’Islam. Or on observe que les Etats qui autorisent ces pratiques  pâtissent  de leur hésitation  à  les rendre licites  et  à  établir  des  lois  qui atténuent le caractère de gravité de leurs  conséquences. Quelle épreuve, pour ces États, de devoir traiter les  conséquences qui découlent de la licéité de ces   pratiques immondes ! comme il est éprouvant de devoir  traiter  par exemple  les malades du sida, de  prévenir  cette pandémie, de sensibiliser  sur son danger, ou encore de chercher  une solution pour interdire  aux  personnes  en  état d'ébriété  de conduire… etc. 

Que le lecteur n'aille pas  penser  que l'Islam,  dès lors que sa Révélation remonte  à plus de quatorze  siècles,  serait   un  système figé,  imperméable  aux mutations et inconciliable avec la modernité! Cette religion possède bien au contraire  flexibilité  et disposition à  intégrer des ajouts  et à assimiler les nouveautés pour autant toutefois que ces derniers n'aillent point  à l'encontre de  ses fondements, de ses principes,  de ses lois et de ses règles. Cette flexibilité et cette disposition sont  ce que  les  livres de  Usul al fiqh désignent par l’ijtihâd*[177], les questions qu'il soulève, ses normes et ses limites. Louange à Allah Qui a parfait  Sa  Grâce et  agréé  à notre intention   l’Islam  comme religion.

 Second déterminant : La garantie des droits

Cette époque à laquelle nous vivons est dominée quasi exclusivement par le sceau du  droit. Nous  rencontrons  presque partout  des slogans  réclamant le respect des droits de l’homme, des droits de  l'environnement, des droits des animaux, etc. La raison de ces  réclamations en est fort probablement la violation très  fréquente de ces droits  ; dès lors leur revendication s'en  trouve exaltée, des documents  officiels  chargés de  leur 

préservation   sont  rédigés  et les États qui contreviennent à leur  respect  sont incriminés…

La violation des droits à l' époque actuelle a également pour cause  l’éloignement des hommes de la Législation divine, celle-là même qui garantit ces droits,  ainsi que  la prédominance des intérêts personnels,  ethniques et nationaux  sur la sauvegarde  de ces  droits.

On apprend, en  étudiant avec attention  les Législations divines successives, que le dessein ultime  des Messages divins, depuis celui transmis par Adam jusqu'à celui transmis par notre Prophète Muhammad – que la paix et le salut soient sur eux – est la préservation des droits et la suppression des injustices. Il n’est donc point  étonnant que  notre Prophète Muhammad ﷺ‬  ait  insisté fortement sur cet aspect, exposant clairement  les  droits, magnifiant le respect de leur intégrité  et mettant en garde contre tout  amoindrissement  ou toute  restriction de ces droits. Ces différents Messages divins recèlent des preuves générales et des preuves spécifiques qui les concernent. Ainsi des preuves générales  confirment  l'obligation de  respecter les droits, et des preuves spécifiques  exposent les droits de chaque individu, réaffirment la  nécessité de les  respecter, et mentionnent les conséquences des atteintes portées à leur intégrité. Les plus magistraux de ces droits que les Législations divines sont venues confirmer sont tout d'abord  les droits d’Allah Le Très-Haut, Le Tout-Puissant, puis  les droits  respectifs  des créatures d’Allah,  qu'il s'agisse d' un homme ou d'une femme, d'un enfant ou d'une personne âgée, d' un être doué de raison, d' un simple d’esprit, ou même d'un dément, d' un ennemi ou d' un ami, d'un voyageur,  d' un autochtone ou d'un résident étranger, d'un animal, d'un oiseau, d' un djinn ou  d'un élément de la  nature…  Aucune  des conventions internationales contemporaines ne  parvient  à offrir aux droits de chacune de ces entités  la garantie  que les Législations divines leur accordent. Nous mentionnerons  quelques Textes coraniques et prophétiques  qui  témoignent de  la préservation de ces droits, sans  toutefois  exposer   l'ensemble   des  preuves  en   rapport avec chaque ayant droit, ni spécifier comment ces  droits sont préservés, car alors  nous aurions  besoin  d'un  temps  considérable pour cerner la totalité du sujet. Citer la partie du Texte qui constitue la preuve et dans laquelle se trouve l’argument est en fait suffisant. Voici à présent  une énonciation  des principaux droits garantis par l’Islam :

A-  Les droits du Créateur, Le Très-Haut, Le Tout-Puissant, sur Ses serviteurs. Il a ainsi  droit à l'obéissance,  et non pas à  l'insoumission, de Ses serviteurs. Il a droit à leur  reconnaissance  et  non pas à leur ingratitude. L'évocation, et non l'oubli,  de Son Nom est également son droit. Il a encore droit à l'adoration de Ses serviteurs et non pas à leur reniement. Mu،âdh rapporte que le Prophète ﷺ‬ s'adressa un jour à lui en ces termes: «Ô Mu’âdh ! » ;  je répondis :  « À vos  ordres, à votre disposition!»  Puis il répéta  trois fois de suite  la même question : «  Sais-tu quels sont  les  droits  d’Allah  sur  Ses serviteurs  ? » –  « Non!» répondis-je "  -  «  Les droits d’Allah  sur  Ses serviteurs -me  dit alors  le Prophète ﷺ‬ - c’est d'être Adoré par eux sans  qu'ils  n'associent dans cette adoration des divinités illégitimes. » Nous continuâmes un moment  à marcher et le Prophète ﷺ‬   me dit  à  nouveau : « Ô Mu’âdh ! »« À vos ordres, à votre disposition!» lui répondis-je  –  « Sais-tu quels sont les droits des serviteurs d' Allah sur leur Seigneur  lorsqu'ils L'adorent de la façon qu' Il l'exige  ? C’est d'être préservés de  Son châtiment»[178]. Le Très-Haut, Le Tout-Puissant a  expliqué tout à fait clairement  qu’Il avait  créé  les êtres  dans ce  but.  Il dit en effet  : [Je n’ai créé les djinns et les êtres  que pour qu’ils M’adorent] (Sourate Les vents disperseurs, Adh-Dhâriyât, 51, Verset  56). L' adoration du Très-Haut du Tout-Puissant ne se limite pas à l'accomplissement quotidien ou hebdomadaire des rites dans un lieu de culte prévu à cet effet; Son adoration  embrasse  en  vérité  un champ bien   plus  vaste ; elle comprend  le fait d'appliquer  Sa législation et la nécessité impérieuse de suivre Sa voie ainsi que le fait de chercher à se rapprocher de Lui  par les moyens qu’Il aime et agrée. Le droit le plus magistral  que Le Tout-Puissant  a sur  Ses serviteurs est  celui  d'établir  les  Lois  les concernant en étant pleinement  reconnu par  eux  comme Unique Législateur. Le Très-Haut Le Tout-Puissant  est en effet le Législateur Suprême, gloire à  Lui ! Il dit d'ailleurs  à ce propos : [Ou serait-ce qu'ils ont des  divinités [illégitimes ] qui auraient édicté pour eux  des lois religieuses qu'Allah n'aurait pas sanctionnées ? N'eût été la Parole décisive, entre eux il eût été tranché.Aux iniques revient à coup sûr un châtiment douloureux. ] (Sourate La Délibération, Ach-Chourâ, 42, Verset  21). La civilisation contemporaine s’est approprié  ce droit d'établir  des lois  et en  a fait d'ailleurs   une de ses prérogatives  ; or il s'agit là  d'une  atteinte portée au Seigneur et Maître  de l'Univers Lequel, en raison de l'Unicité de Ses Actes,  est Seul en mesure  d' établir la Religion  et  les Lois  auxquelles les êtres humains doivent  se référer dans  toutes  les  affaires les concernant.

B- Les droits des Prophètes. Leurs droits sur ceux qui  les  suivent sont nombreux. Ils ont notamment droit à ce que ces derniers ajoutent foi aux informations qu'ils transmettent,  droit  à ce qu'ils obéissent à leurs injonctions, droit à ce qu'ils n'adorent Allah que par le biais de ce qu'ils  légitiment et  transmettent, droit à ce qu'ils n'outrepassent point leurs interdictions. Le Musulman accorde sa  foi  à  l'ensemble des Prophètes et des Messagers qu'il honore et  respecte, avec l'intime conviction  qu'ils sont véritablement les Messagers d'Allah. Le Très-Haut  dit : [ Le Messager croit en ce dont la descente s'opère sur lui de la part de  son Seigneur. Ainsi font  les croyants : tous croient  en Allah, en   Ses Anges, à  Ses  Livres et en Ses Messagers sans établir de  distinction entre Ses Messagers. Tous ont dit : “Nous avons entendu et nous avons obéi. Seigneur, nous implorons Ton pardon. C’est vers  Toi que sera le retour final”] (Sourate La Vache, Al Baqarah, 2, Verset  285). L'individu  doit  également être convaincu que l'obéissance est due aux Messagers d'Allah.  Le Très-Haut  dit : [Nous n’avons envoyé de Messager que  pour  qu’on lui obéît,   avec  la permission   d’Allah. Quant à eux, si, victimes de leur propre iniquité, ils étaient    venus à toi implorer le pardon d'Allah et que pour eux le Messager l'implorât,  ils trouveraient Allah assurément  Enclin au repentir, Miséricordieux ] (Sourate Les Femmes, An-Nisâ’, 4, Verset  64).

 C- Les droits  des  père et  mère sur leurs enfants. Ce sont des droits grandioses  dans  cette religion elle-même  grandiose. La jonction  qu'établit Le Tout-Puissant entre  l’obéissance  que  les enfants doivent à leurs parents et l’obéissance qu'ils Lui doivent, ainsi que celle qu'il établit  entre  l'ordre donné   à Ses fidèles de ne rien Lui associer et  l'obligation d'obéir aux parents et de se comporter bellement envers eux  suffisent  largement à prouver la sublimité de ce droit. Le Tout-Puissant dit ainsi : [Ton Seigneur a décrété que vous L'adoriez Lui seul, et que vous agissiez bellement à l'égard des père et mère. Si chez toi ils atteignent au grand-âge, l'un d'eux ou bien tous les deux, ne va pas leur dire: Fi! ni les rudoyer; dis-leur des paroles bienveillantes; abaisse devant eux l'aile de la déférence, en esprit de miséricorde et dis: Seigneur ! Sois Miséricordieux envers eux comme ils ont été  miséricordieux envers moi  en élevant l' enfant que j'étais  ! ] (Sourate Le Voyage nocturne, Al Isrâ’, 17, Versets  23-24). [ Dis : “Venez  ! que je vous énonce ce que votre  Seigneur vous  enjoint : ne  Lui  associez  rien ; comportez-vous bellement  envers vos père et mère (…) ] (Sourate Les Bestiaux, Al Ancâm, 6, Verset  151).

D- Les droits  de l’enfant sur son  père. Ses droits sont en vérité nombreux et divers. Le premier droit de l’enfant  sur son  père  s'exerce avant même sa naissance : c'est que ce  père lui choisisse la  mère qui le portera. Puis c'est le droit  à être nourri  de ce dont son   père se nourrit lui-même, d'être vêtu  de ce dont lui-même  se  vêt. C'est aussi le droit à recevoir  de son père  un prénom honorable  et d'être instruit par lui  des bonnes manières.  C'est le droit à ce que son père marque  sa naissance  par le sacrifice de deux moutons, lui assure une instruction convenable, lui garantisse une bonne éducation, l'oriente vers le bien, soit  vers la  religion  authentique,  qui est  le bien le plus grandiose, avec ses preuves et ses arguments,  afin qu'il ne grandisse  point  dans un milieu de traditions erronées. L'enfant a également droit à ce que son père assure  ses dépenses d'entretien, le marie  après sa puberté, implore Allah de lui accorder le bien, l'aime, soit  bienveillant et compatissant envers lui, etc. Ceci dit  nous  préférons   ne  pas citer de preuve  pour  chaque  point exposé, et ce, par  réel  souci  de concision.

E- Les droits de chacun des  époux sur son partenaire. Ces droits comptent  au nombre  de ceux qui sont  abordés  le plus fréquemment dans  les Textes de l’Islam. Nous nous limiterons  cependant à l'évocation de  trois nobles Versets, lesquels  contiennent tout  à  la fois  l'éloquence de l'expression,   la quintessence des  droits en question, la  Grâce que fait  Allah   à  Ses serviteurs de ce grandiose  bienfait, soit  le  lien du  mariage. Voici donc les Versets en question :

Premier Verset : Le Très-Haut  dit : [ Et parmi Ses signes : qu'Il ait créé pour vous, à partir de  vous-mêmes,  des épouses, afin qu'auprès d'elles vous trouviez l'apaisement; qu'Il ait entre elles et vous établi affection et miséricorde …En quoi résident des signes pour un peuple capable de réfléchir ] (Sourate Les Byzantins, Ar-Roum, 30, Verset  21). Que le lecteur médite donc cette expression [ (…) de vous-mêmes(…)  ] et cette autre [(…) afin qu' auprès d'elles vous trouviez l'apaisement (…)].

Second Verset : Le Très-Haut  dit : [Vous est rendu licite, durant la nuit qui suit le jeûne rituel, le rapport avec vos femmes. Elles sont un vêtement pour vous; vous êtes, pour elles, un vêtement ] (Sourate La Vache, Al Baqarah, 2, Verset 187). Allah considère donc  que chacun des  époux  est  comme  un  vêtement pour son partenaire. Or est-il un  élément qui, plus que le vêtement, soit  indissociable  du  corps, conçu  pour  lui, en  contact direct avec lui et avec lui quelles  que soient les circonstances ? 

Troisième Verset : Le Très-Haut  dit : [(…) Fréquentez-les selon les convenances; si elles vous inspirent de l'aversion, qui sait si votre aversion ne porte pas sur une chose dans  laquelle Allah a placé un grand  bien ] (Sourate Les Femmes, An-Nisâ’, 4, Verset 19). Allah  demande ici  à ce que les relations entre les époux respectent  les convenances, soit  ce  qui est admis par les gens comme  étant convenable, bon et  acceptable dans les relations conjugales.

F- Les droits de l’être humain sur son prochain. Tout être humain  a droit à ce que tout autre  être humain  l'aborde ou le croise avec un visage détendu. Le Prophète ﷺ‬  a déclaré  à cet  égard : « Ne dénigre  jamais une action  convenable, ne serait-ce que d'aborder ton frère avec un visage détendu»[179] Tout musulman a droit également à ce que son coreligionnaire  lui adresse la salutation  de paix (as- salâm) lorsqu’il le croise, à ce qu'il lui  rende visite lorsqu’il est malade, à ce qu'il  répondre favorablement à son invitation, à  ce qu'il suive son cortège funèbre quand  il meurt. Le Prophète ﷺ‬ a dit : « Un Musulman a cinq devoirs à respecter à l’égard d’un coreligionnaire : lui rendre le salut, le visiter quand il est malade, suivre son convoi funèbre, accepter son invitation et lui dire : " Qu' Allah te fasse miséricorde! "quand il éternue» [180]  Le Musulman a droit à ce que son coreligionnaire ne lui cause pas de tort. Lorsque les Compagnons interrogèrent le Messager ﷺ‬ et lui demandèrent quelle était la meilleure forme d’Islam, il répondit : « Le [meilleur ] Musulman  est celui dont ses coreligionnaires  n'ont à craindre ni les méfaits de sa main ni ceux  de sa langue » [181] Le Musulman a  également droit à ce qu'autrui   respecte  ses biens, son honneur, sa vie et sa religion ; c’est pourquoi,  lors  du  plus grandiose rassemblement auquel participèrent les  Compagnons- qu'Allah soit satisfait d'eux–et  qui fut tenu  durant le pèlerinage d’adieu du Prophète bienfaisant  ﷺ‬, celui-ci  proclama  ces droits universaux: «En vérité, Allah a marqué du sceau du  sacré  votre sang et vos biens comme Il a marqué du sceau du sacré  ce jour-ci, dans cette ville-ci et en  ce mois-ci. Ai-je transmis le Message ?  » - « Oui ! » s'exclamèrent  les fidèles. «   Ô Allah, sois témoin  ! » Il répéta cela trois fois puis il ajouta : «  Malheur à vous ! ( ou : Prenez garde ! ) Ne redevenez pas  après moi  dénégateurs en vous frappant le cou les uns les autres! » [182] Le Prophète ﷺ‬  a également dit : « Le sang, les biens et l'honneur  de chaque Musulman  sont sacrés pour son frère Musulman »[183]. Le Musulman a encore bien d'autres droits sur son coreligionnaire qu'il nous est cependant  impossible d'énumérer  par manque de temps et d'espace. Notre  objectif  n' était  que  d'en  exposer  quelques-uns  pour  témoigner de  leur existence.

G- Les droits  du voisinage. L’Ange Gabriel émit  tant  de recommandations au sujet du voisin   que le  Messager ﷺ‬  en vint à penser  qu'il voulait lui destiner  une part de l' héritage. Le Prophète ﷺ‬  dit en effet : «[L’Ange] Gabriel ne cessa de me faire des recommandations au sujet du voisin,  si fait que  je crus qu'il allait l'imposer comme héritier»[184] Le Coran  explique  qu’il existe   trois  catégories  de voisins : celui qui jouit du  droit du voisinage, du lien de parenté et de l’Islam ; celui qui bénéficie du droit du voisinage et de l’Islam, et celui qui ne jouit  que du  droit du voisinage. Le Très-Haut  dit ainsi : [Adorez Allah sans rien  Lui  associer; agissez bellement  envers vos père et mère, les proches, les orphelins, les indigents, le voisin apparenté, le voisin sans lien de parenté, le compagnon par proximité, le voyageur, et votre droite propriété.  Allah n’aime, en vérité, ni l'arrogant ni l'outrecuidant ] (Sourate Les Femmes, An-Nisâ’, 4, Verset  36). Le Tout-Puissant  a également interdit de causer du tort au  voisin et  montré clairement  que causer du tort à celui-ci était plus grave que causer du tort à qui que ce  soit d'autre,  même si causer du tort est en soi formellement  interdit. Le Prophète ﷺ‬  a dit : « Par Allah, il n'est pas un vrai  croyant ; par Allah, il n’est pas un vrai  croyant ; par Allah, il n’est pas un vrai croyant»« Qui donc, ô Messager d’Allah,  n’est pas un vrai croyant ? » - lui demanda-t-on -  Il répondit : « Celui dont le voisin  craint la nuisance »[185].

Voilà  exposés  quelques uns des  droits que l’Islam a apportés. Il en  existe  d’autres dont   nous  avons  choisi  de  ne  pas  parler  pour ne pas allonger exagérément  cette étude tels que : les droits de l'ouléma, les droits  du voyageur, les droits  de l'indigent, les droits de la  veuve, les droits de l’orphelin, les droits du mendiant, les droits  du simple d’esprit et du malade mental, les droits de l’ennemi, les droits  de l'animal, de l' oiseau  et du djinn  et les droits  de l'environnement. Celui qui étudie attentivement les Textes de Coran et de la Sunna  découvre  à ce sujet  nombre  d'éléments intéressants. Il en est de même pour celui qui consulte les ouvrages - et ils sont  nombreux-  relatifs  aux   droits de l'homme dans l’Islam.

 Troisième déterminant :La fructification et la préservation  des  biens                    

L'argent  est le  nerf  de la  vie,  l'artère de l'économie,  et le moyen de subsistance de l’être humain. Le Très-Haut  dit : [Et ne confiez pas aux incapables vos biens qu' Allah assigne à votre subsistance. Mais vous devez prélever sur ces biens de quoi les pourvoir et les vêtir, non sans leur tenir langage honnête ] (Sourate Les Femmes, An-Nisâ’, 4, Verset 5). Allah  interdit en effet  à  Ses serviteurs de confier  leurs biens à des  incapables qui  ne  savent  ni  comment  les  gérer ni comment   les  préserver.

Les biens, aux yeux du Musulman, sont les biens d’Allah ; Il nous les a confiés pour que nous en profitions  conformément  à  ce qu' Il  ordonne  - Allah dit : [(…) et donnez-leur des biens qu' Allah  vous a accordés (…)] (Sourate La Lumière, An-Nûr, 24, Verset 33) – ainsi que  pour nous mettre à l'épreuve  et  voir  comment nous agissons. Le Très-Haut dit à cet égard : [Nous vous avons établis sur la terre, après eux, comme leurs successeurs, afin de voir comment vous agiriez] (Sourate Jonas, Younus, 10, Verset 14). Allah a autorisé la pratique du commerce qui permet d'accroître les  biens dont nous disposons. Le Tout-Puissant dit ainsi: [(…) Allah autorise la vente et prohibe l'usure] (Sourate La Vache, Al Baqarah, 2, Verset 275). [ Ô vous les croyants! Quand on vous  appelle à la prière du vendredi, accourez à l’invocation d’Allah ! Interrompez sur le champ tout négoce! C'est un bien pour vous, si vous saviez ! Puis quand la  prière  est achevée, dispersez-vous dans le pays, et quêtez une part  des  grâces  d’Allah;  invoquez fréquemment le Nom d' Allah; peut-être serez-vous heureux ] (Sourate Le Vendredi, Al Jumu،ah, 62,Versets 9-10).L’objectif du commerce n’est donc pas seulement d'obtenir de quoi subvenir à ses besoins essentiels. L’Islam en effet n’interdit point de rechercher  la richesse et le bénéfice licite ; c'est pourquoi  le Prophète ﷺ‬ a dit : « Il n’y aucun  mal à être riche quand  on  est foncièrement pieux» [186] .

Toutefois, la vente ne  doit être pratiquée  que dans le strict respect des règles de la législation islamique, et en dehors de toute usure, fraude, ruse, méconnaissance des règles du commerce.  Elle ne doit  être ni  abusive  ni  préjudiciable au vendeur ou à l’acheteur. En outre  la marchandise ne doit  pas  provenir  d'un  vol. Le Prophète ﷺ‬  a déclaré  à ce propos : « Cet argent est une chose plaisante pour celui qui l'acquiert  légitimement et le dépense de même; il est en effet  dans ce cas un atout des plus savoureux.Mais celui qui l'acquiert illégitimement est dans la position de celui qui mange sans jamais être rassasié»[187]. Par ailleurs, le Prophète ﷺ‬  dit ceci  à ،Amrou bin al ،Âs : « Ô ،Amrou !  quelle excellente chose pour un homme honorable que l'argent acquis honorablement! »[188] L’Islam enjoint de dépenser cet argent sans excès ni parcimonie. Le Très-Haut dit ainsi : [Ô fils d’Adam ! revêtez votre parure en chaque lieu de prière; mangez et buvez mais sans excès ; Il n'aime pas la démesure ] (Sourate Les Murailles, Al Acrâf, 7, Verset  31). L'Islam  prescrit à celui  qui d' Allah  reçoit un  bien  d'en faire  paraître  sur  lui les traces. Abou al Ahwas  rapporte ainsi que  son  père – duquel il tenait  cette relation des faits -  se présenta un jour  chez le Messager d’Allah ﷺ‬, avec l'allure d'un homme du désert,  les cheveux tout  ébouriffés et  couvert de poussière. Le voyant dans cet état  le  Prophète ﷺ‬ s'exclama  : « Tu  n'as donc aucun bien ? ! » Le père  répondit :  « Allah m’a accordé  toutes  sortes de biens».  Le Prophète ﷺ‬ dit alors : « Lorsque Allah accorde une grâce à Son serviteur, Il  aime en  voir la trace  sur lui ».

Cette mise en valeur,  sur le bénéficiaire lui-même,  des effets  du  bienfait que constitue le bien financier ou matériel  ne doit cependant  pas atteindre le seuil de l'arrogance. Or lorsque le Messager ﷺ‬ proscrivit toute forme d'arrogance,  certains de ses  Compagnons – qu'Allah soit satisfait  d'eux – pensèrent que cette proscription exigeait que soit négligée l'apparence extérieure. ،Abd Allah bin Mas’oud  rapporte que le Prophète ﷺ‬  déclara :« Celui  dont le cœur recèle  un brin  d'arrogance n'entrera point au Paradis! »  Un homme dit  : « L’homme aime pourtant  porter de belles tenues et de belles chaussures. »  Le Prophète ﷺ‬ précisa alors  : « Certes,  Allah est  Beau  et aime  la beauté. L’arrogance c’est la méconnaissance  du  droit  et  le mépris  d'autrui»[189].

Allah  charge Ses serviteurs de dépenser  leurs  biens dans  Les voies  légales [ qu'Il met à leur disposition ].  Son  invitation expresse   à  dépenser dans  Sa  voie est  un appel  universel. Le Très-Haut Le Tout-Puissant dit à cet escient :  [Croyez en Allah et en Son Messager, et faites dépense sur quoi Il vous a conféré lieutenance. Ceux d’entre vous qui auront cru et dépensé [dans la Voie  d’Allah] recevront  une  grande récompense  ] (Sourate Le Fer, Al Hadîd, 57, Verset 7). Il a en outre clairement expliqué  qu'une partie des  biens des  personnes fortunées  revenait  de droit  au mendiant et au déshérité. Le Tout-Puissant dit en effet :  [ une partie de  leurs biens  revient de droit au mendiant et au déshérité] (Sourate Les Vents disperseurs, Adh-Dhâriyât, 51, Verset  19).

Par ailleurs, Allah a imposé le prélèvement,  sur le reste  des  biens, d'une aumône légale /zakah  destinée à des bénéficiaires spécifiques, comme l'expliquent clairement les recueils de la  Sunna  prophétique qui  détaillent, en outre, les proportions et les teneurs de cette aumône légale. Le Coran  a précisé  l'identité des  bénéficiaires  de cette aumône légale et bien  spécifié  qu’ils  en étaient les uniques bénéficiaires pour prévenir toute immixtion, dans cette question,  des humeurs singulières  qui  s'opposeraient alors à ce que ces  bénéficiaires de  l'aumône  légale  reçoivent ce qui leur est légitimement  dû.

 Quatrième déterminant  : La justice

La  justice/al ،adl désigne le contraire de l’iniquité et de l'oppression/al jûr,  et correspond à ce que les esprits  perçoivent comme étant droit et juste. Il est dit que le terme  adl   est, en arabe, un  radical  de sens  similaire à celui du terme  al ،adâlah, lequel désigne  la tempérance, la rectitude,  l'inclination  vers le droit et le légitime [190]. Ce  principe de justice, grandiose  dans son essence comme  dans ses effets, Allah  Se  l'est d'abord imposé  avant  d'exiger de  Ses serviteurs  qu'ils  le respectent. Il  leur a formellement  interdit de pratiquer  l'injustice, à petites ou fortes doses, et  ceci  tout simplement  parce que  la vie  ne  se maintient pas avec  l'injustice et  l'oppression  alors même qu' elle  supporte  la gêne matérielle, l'austérité et  le manque de moyens.La pérennité des États, des royaumes et des civilisations ne  peut reposer que sur un système de justice, d’égalité des droits et de respect des engagements. Si l’individu ou le citoyen  n’a pas la certitude que la totalité de ses droits seront respectés  et si  l’oppresseur  n'a pas   l' assurance d'être  réprimé dans un bref délai, la civilisation à laquelle ils appartiennent ne  peut  résister  longtemps, aucun  ordre ne  peut régner  au sein de  l' État  et  aucune  sécurité  ne peut  jamais être  garantie.

C'est en raison de l'importance de ce principe que  les Textes du Coran  et de la Sunna sont si  nombreux à exhorter au respect de la justice et à interdire l’iniquité, à exposer  clairement  les effets  de l'équité et à mettre  en garde contre les conséquences fâcheuses de l’oppression, à décrire ce qu'il  adviendra des injustes et à annoncer  le triomphe  des êtres équitables  ici-bas  et dans l’Au-delà. Dans l'un de ces Textes  Allah Le Très-Haut Le Tout-Puissant S' interdit à Lui-même l’injustice;  Il déclare ainsi  dans un Hadith  Qudsî* : " Ô Mes serviteurs ! En vérité, Je Me suis formellement interdit d'être injuste et Je vous ai formellement interdit d'être injustes entre vous; aussi, ne soyez pas injustes les uns envers les autres (… ) Ô Mes serviteurs ! En vérité ce ne sont que vos œuvres que Je prends en compte et c'est en fonction d'elles que Je vous rétribuerai. Dès lors,  que celui qui trouve le bien  rende grâce à Allah et que celui qui trouve autre chose [ que le bien ] ne blâme  que lui-même ! " [191].

Le Prophète ﷺ‬  pratiqua l’équité de  la  plus belle manière  : il est là, souffrant de la maladie  qui va  causer  sa  mort, pleinement  conscient  qu' il  va  quitter   cette vie   terrestre   et   craignant  de  rencontrer  son  Seigneur  avec sur  son cœur   le  poids   d' une   injustice   commise  envers    un  être  ici-bas. Le voilà  alors qui  sort de  chez   lui  et  qui,  prenant      appui  sur  son  cousin paternel,  Al Fadl  bin ،Abbâs,  avance  d’un  pas chancelant jusqu'à la mosquée. Le voilà maintenant  qui   monte  sur sa chaire. Mais  laissons plutôt   Al Fadl  bin ،Abbâs  nous relater cet épisode :« Le Messager d’Allah ﷺ‬  vint à  moi,   terriblement  affaibli  par  la  maladie et le  crâne bandé. Il me dit : " Tiens ma main, Fadl ! " Je tins sa  main jusqu'à ce qu’il se fut  assis  sur sa chaire. Puis il déclara  : "(…)  Que  celui  dont j’ai pris  un  bien  prélève  ce qu'il désire  sur mes biens que voici" . Un homme se leva et dit : " Ô Messager d’Allah ! Tu me dois trois dirhams" Le Prophète ﷺ‬  répondit : " Je ne traiterai pas mon interlocuteur de menteur et je ne lui demanderai pas de jurer. Quand donc t'ai-je emprunté ces dirhams? " L'homme  dit : "Ne te rappelles-tu pas qu'un mendiant était passé près de toi,  que  tu  m’avais demandé de lui faire l'aumône et que je lui avais  donné  trois dirhams ?"Le Prophète ﷺ‬ dit alors : "Rends-lui cette somme, ô Fadl !" »[192].

Du vivant du Prophète ﷺ‬, un vol fut commis. La voleuse était une femme des Banî  Makhzoum, l' un  des clans de  la  grande   tribu Quraychite  à laquelle  appartient le Messager ﷺ‬. En outre Banou Mahkzoum était le clan d'appartenance de Khâlid bin al Walîd- qu'Allah lui accorde la miséricorde -, l’un des plus importants  commandants militaires de son temps. Pour traiter cet incident, la société  retourna aux  pratiques  inéquitables  qui  avaient cours à l’époque  antéislamique, dite de l'ignorance,  qui  favorisaient,  en les  jugeant avec partialité,  les personnes de noble origine et n'appliquaient scrupuleusement les règles que quand les personnes  incriminées étaient d'humble condition. Les membres du clan  Banou Makhzoum se mirent alors  à chercher la personne  qui intercéderait  en  faveur de la voleuse auprès du Messager ﷺ‬. C’est ainsi qu’ils proposèrent au  bien-aimé du Prophète ﷺ‬, fils de son bien-aimé, soit  Usâmah fils de Zayd – qu'Allah soit satisfait d'eux-d'aller parler  au  Messager ﷺ‬ .Quand il fut mis au courant par Usâmah de l'affaire, le Prophète ﷺ‬ se mit  en colère contre  cette  manière inacceptable et injuste  de traiter la  situation et expliqua que  cet  arbitraire était la voie qu'avaient empruntée les nations disparues. ،Â'ichah- qu'Allah soit satisfait d'elle-rapporte  qu'une femme de  Banî Makhzoum[193] vola,  que  les membres de son clan  se demandèrent qui devait intercéder en sa faveur auprès du  Prophète ﷺ‬ et que personne n’eut  le courage de  parler à celui-ci; c'est Usâmah  bin Zayd  qui finalement  aborda la question avec le Prophète ﷺ‬ , lequel  répondit  alors : « Quand  au sein de Banî Israël  une personne de noble condition  volait, on la laissait tranquille, mais quand une personne de faible  condition volait, alors on lui coupait la main. Si c'était  Fâtimah  [ soit  la  propre fille du Prophète ﷺ‬ ] la voleuse, je lui ferai couper la main»[194].  Le Prophète ﷺ‬   expliqua donc clairement  que la loi devait s'appliquer à tous les individus de la société sans distinction,  même  si  la voleuse était   sa  propre  fille Fâtimah- qu'Allah soit satisfait d'elle et la préserve de la commission d' un tel délit ! 

Le Musulman doit formellement  faire montre de justice envers le proche parent comme envers la personne avec laquelle il n'est relié par aucune parenté,  envers  l’ennemi comme envers l’ami, et même si ces personnes ont été injustes car l'injustice qu'elles ont pu commettre  ne  justifie en aucun cas  que soit outrepassé  leur  droit à  être traités  équitablement. Allah dit : [Que la rancune envers  un peuple qui vous a obstrué la voie  vers la Mosquée sacrée ne vous incite pas à devenir des agresseurs. Bien plutôt encouragez-vous mutuellement à la piété et à la crainte révérencielle d'Allah ! ne vous encouragez pas mutuellement au péché non plus qu'à l'agression. Craignez Allah ! Allah est en vérité  terrible en Son châtiment ] (Sourate La Table servie, Al Mâ’idah, 5, Verset 2). Le Tout-Puissant dit, rappelant à Ses serviteurs l'obligation formelle  d' être juste, que celui qui est en  tort soit un  proche parent pauvre ou un   noble riche: [Ô vous qui croyez !Pratiquez avec constance la justice en témoignage de fidélité envers Allah,  fût-ce contre vous- mêmes, contre vos père et mère ou proches parents;  qu’il s’agisse d’un riche ou d’un indigent, Allah est plus apte à les prendre en considération. Ne suivez donc pas les passions au détriment de l'équité; mais si vous louvoyez ou si vous refusez [de dire la vérité],  sachez qu'Allah est parfaitement Informé de vos agissements] (Sourate  Les Femmes, An-Nisâ’, 4, Verset 135).

Après que l’État  Islamique  se fut  agrandi et  eut  recouvert  désormais un territoire immense,  le commandant Qutaybah –qu'Allah lui accorde la miséricorde – conquit la ville de Samarkand et installa  entre ses murs  un certain nombre de  Musulmans sans consultation des  populations autochtones. Or  cette manière de  faire déplut fortement  aux populations en question qui dépêchèrent alors  auprès du calife  une  délégation. Celle-ci se plaignit  au calife   des  initiatives du  commandant  Qutaydah, l'informant   qu'il  avait  installé des Musulmans  dans leur ville  sans les consulter au préalable. Le calife ،Omar  écrivit à son gouverneur pour lui  demander de nommer un juge charger de  régler ce litige. Il précisa  que si  ce  dernier décrétait l'expulsion des Musulmans, ces derniers seraient de facto  expulsés. Le gouverneur en question  nomma à ce poste le  juge Jamî، bin Hâdir al Bâjî, lequel décréta l’expulsion des Musulmans. Lorsque les habitants  de Samarkand virent qu’ils avaient désormais les choses en main, ils acceptèrent la présence des Musulmans installés par Qutaydah qui demeurèrent finalement  parmi eux[195].

 Cinquième déterminant : La puissance/ al quwwah

Définition du terme : al quwwah/la puissance est en arabe l'opposé du terme ad-du،uf/ la faiblesse. Le pluriel de quwwah est qiwâ. On dit en arabe  rajul chadîd al quwwah, soit,  mot à mot : un homme d'une extrême puissance,  pour dire que c'est  un  homme  de  très  grande  influence[196].

La puissance est un des constituants essentiels de l'existence ; la vie est compromise sans puissance pour la préserver. Elle est un signe, parmi quelques autres, de la vigueur  des individus et des communautés. C'est grâce à  la puissance  que  les droits sont préservés, que l’injustice est supprimée, que l'ennemi est dissuade d'agir et que les objectifs de la communauté sont  atteints. C'est  grâce à elle que  la société  peut  profiter pleinement  des  effets  du bien-être et du confort et atteindre tous  ses objectifs. C'est pourquoi  les États puissants ont  un système d’éducation et d’enseignement  très  développé, d'excellents hôpitaux, des armées  colossales, et  des  liens  et  contacts   avec le  monde au  plus haut  niveau.

La puissance, dans  l’Islam,  sert  à  préserver les droits de la communauté et des individus, à repousser les convoitises des personnes malintentionnées et de celles qui guettent le moment opportun pour s'ingérer dans les affaires des  musulmans. Elle contribue à  étendre  concrètement  l'autorité  divine,  à faire  que le culte  soit exclusivement voué à Allah, que l'obéissance  des êtres  humains soit rendue  au Tout-Puissant  et non pas  à une race, une ethnie, un intérêt ou quelque autre élément illégitime. Elle contribue également à satisfaire les besoins des membres de  la société  essentiels  à  une  existence  digne  qui concoure alors au bonheur de la société tout entière et repousse d'elle les calamités que représentent la corruption et la malfaisance.

Dans l’Islam, la puissance est  un facteur d'édification, un support de gratification, un  moyen de  préserver la  justice et d'empêcher la domination  d'une  ethnie sur une autre. Si, dans l’histoire de l’Islam, la puissance a  pu être, à un moment ou un autre, utilisée à  d’autres fins, ces utilisations constituent des dissonances que  l'Islam  n’approuve en aucun cas. La puissance n'est pas considérée bénéfique  dans cette religion si elle  n’est pas associée à la probité, alliance qui donne un homme  puissant et  sûr  et une  communauté  également puissante et sûre. Le Très-Haut dit : ["(…) le meilleur que tu puisses engager,  c’est celui qui est fort et sûr "] (Sourate Le Récit, Al Qasas, 28, Verset  26). Quant à la puissance en dehors de toute probité, elle  sert  généralement  à  réaliser  les desseins et les convoitises d’une race au  détriment d’une autre, ou les intérêts d’un État aux dépens d'un autre. C’est la raison pour laquelle les guerres éclatent, les États s’affrontent et les peuples souffrent. Combien douloureuses furent les épreuves que l'humanité  dut subir  à cause  des guerres de ce genre, comme la Première et la Seconde guerre mondiales, et  la guerre froide également ! Combien nombreux sont les peuples qui ont été  anéantis  et les  États qui ont péri à cause  de  la terreur  engendrée par  la force  et  de   la tyrannie des puissants  qui ne respectent aucune forme de  sacré, n’ont aucun  sens  moral, ne  reculent devant  aucune  loi et  ne craignent pas les retournements de situations !

L’Islam, qui comporte tous les éléments et toutes les composantes essentielles au  maintien d' une existence digne,  fournit à cet aspect militaire de la puissance toutes les explications et  les  preuves  nécessaires. C’est ainsi que les Textes de la Révélation   qui  abordent  cet aspect  sont variés  et celui qui  étudie ces Textes – et ils sont  fort  nombreux –  apprend  qu’Allah  enjoint à  Ses serviteurs  de  préparer,  en cas de conflit,  tout  le  matériel  nécessaire  et  de  se doter de  la  force que la situation exige.  Le Très-Haut dit ainsi: [ (…) Et préparez [pour lutter] contre eux tout ce que vous trouverez de  force (…)] (Sourate Le Butin, Al Anfâl, 8, Verset 60). Le Messager ﷺ‬ nous  indique dans le Hadith  suivant  la  plus formidable  source de puissance, voire la  plus pure qui soit  dans le domaine de la guerre: «La puissance, c'est sans aucun  conteste  le tir; la puissance, c'est sans aucun conteste  le tir;  La puissance, c'est sans aucun  conteste  le tir»*  Le Prophète ﷺ‬   a également mis en garde contre le fait de ne plus pratiquer le tir  après l’avoir appris :« Celui qui a appris à  tirer  puis  abandonne  cette pratique n’est pas des nôtres ou fait acte  de désobéissance» [197].

Un examen de la  réalité des conflits armés d'aujourd'hui montre bien  que  tout est en rapport avec le tir ; en effet, les missiles, les bombes et les fusils mitrailleurs sont les armes sur  lesquelles repose l' hégémonie militaire. Or le propos qui a été  rapporté  du  Messager ﷺ‬  fut tenu  à une époque où  les armes décisives dans la guerre étaient l’épée, la lance et la flèche et où l’arme à feu et d'autres armes n'avaient pas encore été inventées. Ce Hadith  témoigne donc du  miracle  prophétique, dans le sens  où le Prophète ﷺ‬ enjoint d' accorder une attention toute  particulière au tir[198] et  montre  clairement  qu’il constitue  la puissance véritable.

Cette force  dont Le Très-Haut nous enjoint de nous doter  est, dans la religion du Musulman, destinée à  préserver les droits et  réprimer  la tyrannie et  l’agression. C’est une force qui  incline  vers  la paix et souffle vers la justice. C'est pourquoi Allah Le Tout-Puissant  enjoint vivement à  Ses serviteurs, dans le Verset qui fait suite à  celui  dans lequel Il les exhorte à se doter de la force qu'exige la situation, à  opter   pour  la paix  si l’adversaire fait de même. Le Très-Haut dit en effet: [S’ils inclinent à la paix, fais de même  et place ta confiance en Allah, car Il est, par excellence, Celui Qui entend et Qui sait] (Sourate Le Butin, Al Anfâl, 8, Verset  61).

L'étude attentive des Textes  de la Révélation  nous  informe  qu'Allah  ordonna  à Son Prophète Houd d'exhorter  son peuple à obéir à  Allah, à  implorer de Lui  le  pardon de leurs  péchés et à  se repentir de leur commission  afin que Le Très-Haut  renforce leur puissance : [Ô mon peuple, implorez le pardon de votre Seigneur et repentez-vous. Il enverra du ciel, sur vous,  des pluies abondantes et Il  ajoutera une  force à votre force. Ne vous détournez pas [de Lui]; vous seriez alors coupables ] (Sourate Houd, Houd, 11, Verset  52). Cette Directive divine adressée au  peuple de  Houd  concerne en vérité  l'ensemble des peuples qui lui succèderont. Il en est ainsi pour  toutes les recommandations divines du Coran, lesquelles sont intemporelles.

Le Prophète ﷺ‬  a  expliqué clairement   que l’être humain   devait  veiller scrupuleusement à tout ce qui,  dans sa religion et dans  sa vie ici-bas,  lui  était  bénéfique  parce que  le croyant  fort  est  mieux aimé d'  Allah que le croyant faible. Le Prophète ﷺ‬  dit ainsi à ce sujet : « Le croyant fort  est meilleur et mieux  aimé d' Allah que le croyant  faible,  même si tous deux sont bons. Soucie-toi de ce qui t’est bénéfique, implore le secours d’Allah et ne désespère jamais. Si un malheur t'arrive  ne dis pas :" si j’avais su,  j'aurais fait ceci et cela ", mais dit  : " c’est le Décret d’Allah et Il réalise ce qu’Il désire". Le ‘si’  déclenche  en vérité  l’œuvre de Satan»[199].

Ibn al Qayyim – qu'Allah lui accorde la miséricorde – commente  cette parole du Prophète  ﷺ‬  :  " Soucie-toi de ce qui t'est bénéfique " de la manière suivante : « Le bonheur de l’être humain réside  dans  l'attention  qu'il  porte à  ce qui  lui est  bénéfique, aussi bien dans sa vie  ici-bas que dans l'Au-delà. Si  l'être qui se soucie  de son véritable intérêt  trouve  ce  qui lui est bénéfique alors qu'il est en train de le rechercher, son souci  est alors digne d'éloges.  Sa perfection réside tout  entière  dans la convergence  de ces  deux attitudes : il  doit se soucier  et  son  souci  doit porter sur ce qui lui est bénéfique. S'il se soucie  de faire  ou  d'obtenir  des  choses qui ne lui sont pas bénéfiques ou  s'il  fait ce  qui  lui est  bénéfique mais  sans  se soucier  de le préserver,  il manque alors à  la perfection ce qu'il manque à  ces deux attitudes. Ainsi  tout le  bien  réside  dans l'attention  portée  à  ce qui est bénéfique».

Ibn al Qayyim  a également dit, expliquant cette autre parole  du Prophète ﷺ‬ : "Implore le secours d’Allah" : « Considéré que  la  préoccupation  manifestée par  l'être humain ainsi que son action dépendent de l’Aide et de la Volonté d’Allah,  comme  de la réussite  qu’Il est Seul à accorder, le Prophète ﷺ‬  l'exhorte à  implorer Son secours, afin de parvenir  au stade de:  [C’est Toi Seul que nous adorons, et  Toi Seul dont nous implorons le  secours]  (Sourate Le Prologue, Al Fâtihah, 1, Verset 5).  Le  souci  du  Musulman  d'obtenir et de préserver  ce qui lui est  bénéfique est en vérité une adoration d’Allah  qui ne  s'accomplit  qu’avec  Son secours ; c'est  pourquoi le Prophète  enjoint d'adorer Le Tout-Puissant et  d' implorer Son secours ". D'autres ont dit que cette injonction: " Implore le secours d’Allah "  signifiait: « Demande le secours  d'Allah, et de Lui Seul,  pour  toutes les affaires te concernant   comme Le Très-Haut le proclame dans ce Verset : [C’est Toi Seul que nous adorons, et c’est Toi Seul dont nous implorons le  secours ] (Sourate Le Prologue, Al  Fâtihah, 1, Verset  5). Le serviteur du Tout-Puissant est effectivement impuissant et ne peut absolument rien faire sans l'Aide Allah; personne  ne peut l’aider à réaliser ce  qui lui est profitable dans sa religion et dans sa vie ici-bas si ce n'est  Allah Le Tout-Puissant. Celui qu’Allah secourt est vraiment secouru et celui qu’Allah abandonne est vraiment abandonné » [200].

Dans ce Hadith, le Prophète ﷺ‬  met en garde  l'être  humain contre les obsessions et les idées fixes  car s'il en devient  la proie  elles suscitent en lui le désespoir et le dégoût de la vie  quand  les décisions du destin ne  correspondent  pas aux  désirs   de  l' âme. Le Prophète  ﷺ‬ montre clairement  que  le  "si "  qu' énonce un individu  quand  il  est victime  d'un désagrément  ne lui est d'aucune utilité  et qu'il   ouvre plutôt  la porte des regrets et des soupirs. Al Qurtubî  déclare  dans  Al mufhim :  « Le Hadith rapporté par Muslim signifie que ce qui,  après la survenue du  Décret divin, est déterminant,  c’est la soumission à l’Ordre  d’Allah,  l'acceptation satisfaite  de ce qu’Il a décrété, et le renoncement à se soucier de ce que l'on a laissé passer. Si  l'être humain se met à penser à  ce  qu'il a raté   et  se met alors à soupirer : " ah ! si  j'avais fait ceci, cela aurait été comme cela !", les insinuations  de  Satan  pénètrent en  lui  et s'incrustent si bien  qu'il en vient à se désoler de ce qu'il a raté et à s'opposer, en croyant faire montre de  discernement, à la prédestination. C'est en fait  Satan qui  est ici à l'œuvre et c'est pourquoi  le Prophète ﷺ‬  interdit formellement  de donner  à ce Démon  des  motifs  d'intervention,   dans son injonction suivante : " Ne dis  pas 'si ' (…)  Le ‘si’  déclenche  en vérité  l’œuvre de Satan" »[201].

En résumé, nous dirons  que le Hadith  en question comporte quatre lignes essentielles :

1-      Le croyant fort est  mieux   aimé d'  Allah que le croyant faible.

2-      Le  Musulman doit rechercher ce qui lui est bénéfique.

3-      L’être humain doit implorer le secours de son Seigneur et ne jamais désespérer.

4-      Si ce  qu'il exècre se produit et qu'il  s'en  retrouve la  victime, il ne doit  ni se mettre à regretter  ni  se  tourner  vers le passé pour  soupirer  sur les  occasions qu'il a ratées. Il doit plutôt tirer des leçons de cette épreuve et redoubler d’efforts dans la quête de ce qu’il désire. Comme l'a  dit le Messager ﷺ‬ : «Le croyant n'est  jamais  mordu  deux  fois  par le  même nid».

Attendu qu'il est demandé au Musulman d’être fort, les Textes de la Révélation   comportent  des  indications  relatives  aux  moyens de  gagner en puissance, afin que le Musulman se dote de ces moyens. Ces Textes comportent aussi  des  mises en   garde  contre ce  qui  compromet  la  force du  Musulman. Ci-dessous quelques points relatifs à ces indications et ces mises en garde :

Premier point :Le Musulman doit savoir qu’Allah est le Fort par excellence, l’Inébranlable, et par conséquent  avoir  recours à Lui et Lui demander  aide et réussite. Il lui est aussi ordonné de dire en toutes circonstances : " Il n’y a de  force  et de puissance qu’en Allah ". Par cette énonciation il a conscience  qu'il ne peut  passer d'une situation à  l'autre et ne  trouver  de  force  que grâce à  Allah Le Tout-Puissant. C'est ainsi que le Musulman ne  redoute  aucune puissance, aussi imposante  soit-elle, puisqu’il sait que " les leviers de commande " sont en vérité entre les Mains du Très-Haut du Tout-Puissant. Les prises de position successives  des Prophètes – que la paix soit sur eux – vis-à-vis des oppresseurs et des orgueilleux  constituent la meilleurs preuve de ce savoir. Abraham s’est querellé  avec Nemrod, Moïse  avec Pharaon, Muhammad ﷺ‬  avec un groupe de Quraychites et tous ces Prophètes ont vaincu leurs adversaires  nonobstant  leur  puissance et la perfection de leurs matériels et de leur préparation. Tous ont dit la même chose  à leurs peuples respectifs comme nous le rapporte Allah : ["Pourquoi ne placerions-nous pas notre confiance en Allah  alors qu'Il nous a dirigés sur nos chemins ? Puissions-nous prendre en patience le mal que vous allez  nous infliger ! Ceux qui ont confiance en Allah s'en remettent entièrement à Lui."  Les dénégateurs dirent à leurs Envoyés:“Nous allons   certainement  vous  chasser  de notre  terre, à moins que  vous ne reveniez à  notre religion ” Lors, leur Seigneur révéla  aux Envoyés :“Assurément Nous allons faire périr  les injustes, et vous établir après eux sur la terre. Voilà pour  celui qui redoute  Ma  Majesté, pour celui qui redoute  Ma  menace”] (Sourate Abraham, Ibrâhîm, 14, Verset  12-14).

Second point : le Musulman doit adopter et suivre avec fermeté, soit  sans  indolence ni  pusillanimité, les Législations et les injonctions divines. Le Très-Haut  dit ainsi  à Moïse – que la paix soit sur lui : [ Nous  avons écrit pour lui sur les Tables, une exhortation pour chaque sujet, et une explication détaillée  pour chaque chose. “Prends-les donc avec fermeté  et ordonne à ton peuple d'en appliquer la Splendeur. Bientôt Je vous ferai voir le séjour des pervers]. (Sourate Les Murailles, Al Acrâf, 7, Verset  145). Allah  rappelle aux enfants d'Israël, par la voix de notre Messager Muhammad ﷺ‬,  l’engagement qu’Il a contracté avec eux; Le Tout-Puissant, que Ses Noms soient Exaltés,  dit ainsi  : [ [ Rappelez-vous ] quand Nous avons contracté une alliance  avec vous et redressé le Mont Tor [qui menaçait de vous écraser] au-dessus de vous: “Prenez avec fermeté la Loi que Nous vous avons  donnée et rappelez-vous son contenu. Peut-être craindrez-vous Allah”]. (Sourate La Vache, Al  Baqarah, 2, Verset 63). Le Tout-Puissant nous informe également  qu’Il  enjoignit  à Jean/Yahyâ  de prendre le Livre [ la Thora ]  avec fermeté et de  l'appliquer; Le Très-Haut dit ainsi :  [“Ô  Jean, tiens le Livre fermement!” Et Nous lui donnâmes dès son enfance sagesse et discernement ] (Sourate Marie, Maryam, 19, Verset 12). Cet ordre de "prendre avec fermeté" concerne  autant  les Législations et les Injonctions divines que tous les  domaines  de la vie, lesquels doivent être effectivement abordés fermement   de manière à ce  que  l'être humain  puisse  œuvrer  au  respect de  ses  intérêts et  au respect  des intérêts de sa communauté,  sans  indolence  ni relâchement.

Troisième point : Le Musulman doit s'efforcer de trouver les moyens d'être fort et s'en remettre  à  Allah Le Très-Haut Le Tout-Puissant. Le fait  de  s'en remettre à  Allah  ne doit pas l’empêcher de chercher ces  moyens non  plus  que  la connaissance  qu'il a des effets des  moyens dont il se dote   ne doit  l'amener à se raccrocher à cette  connaissance et à  se dispenser en consequence de son Seigneur.C'est pourquoi  lorsqu’un homme demanda au Messager ﷺ‬ : « Dois-je lâcher ma chamelle et m'en remettre à Allah ? »,le Messager ﷺ‬ lui répondit : «Attache-la plutôt  et  place ta confiance en Allah! »[202] Le Prophète ﷺ‬ enjoignit donc à l'homme de s'efforcer de trouver  les moyens  d'être ferme  tout en  s'en remettant à Allah.

Quatrième point  : le Musulman doit accepter de bon cœur les résultats, quels qu'ils soient,  des  efforts  qu'il fournit  de même  que  ses infortunes,  parce qu'il  sait que ce  qu'il  lui arrive ne pouvait pas ne pas être, et que  ce qu'il  ne  s'est pas produit  ne  pouvait pas en réalité  lui arriver. C'est pourquoi  les malheurs et les initiatives erronées ne poussent jamais le Musulman  à  renoncer, à  s'estimer incapable ou  à relâcher ses efforts.

Le  Musulman, en se comportant ainsi que ce dernier  point et le précédent l'enjoignent, est  alors  en mesure de faire montre de résolution dans ses initiatives  sans jamais être  intimidé, et  de courage sans  une once  de  lâcheté. Il est aussi à même de goûter  la sérénité  dans toutes les actions qu'il entreprend  parce qu' il croit foncièrement  qu'  Allah est  Celui Qui décrète tout, que Lui Seul est le Secoureur, qu'Il est  Celui  Qui accorde la réussite et guide nos pas;  qu'Il soit  Glorifié et Exalté.

Cinquième point : Le Musulman doit mettre en garde autrui  contre tout délaissement  des  Injonctions divines. Si les êtres humains délaissent les Injonctions du Tout-Puissant  et désobéissent à Ses Messagers, alors  le Châtiment d’Allah leur est infligé. C’est une Loi divine  décrétée par le Seigneur dont l'application ne fait jamais défaut. Cependant, l'administration de ce Châtiment peut  être retardée  pour une raison  que Seul  Allah Le Très-Haut Le Tout-Puissant connait :[ Les dénégateurs dirent à leurs Envoyés: “Nous allons certainement vous  chasser  de notre  terre, à moins que  vous ne reveniez à  notre religion ” Lors, leur Seigneur révéla  aux Envoyés :“Assurément Nous allons faire périr  les injustes, et vous établir après eux sur la terre. Voilà pour celui qui redoute  Ma  Majesté, pour celui qui redoute  Ma menace” ] (Sourate Abraham, Ibrâhîm, 14, Versets 13-14). Ailleurs, Le Tout-Puissant  dit,  exposant  aux vivants ce qu’il advint  des  générations qui les précédèrent :  [ N’ont-il pas parcouru la terre ? N'ont-ils pas vu alors  quelle a été la fin                            de ceux qui ont  vécu avant eux ? Allah les a anéantis. La même fin est réservée aux dénégateurs].(Sourate Muhammad, Muhammad,  47, Verset  10). Chaque  corruption dans le monde a pour  cause la violation des directives des Messagers – que la miséricorde et la paix soient sur eux. Le Très-Haut dit en effet :[ La corruption est apparue  sur la terre  et en  mer  en raison  des actes accomplis par les mains des hommes afin  qu' Il leur fasse goûter une partie de ce qu'ils ont fait. Peut-être reviendront-ils [vers Allah]! ] (Sourate Les Byzantins, Ar-Roum, 30, Verset  41).

Sixième point : Le Musulman doit être mis  en garde contre ce qui sape la puissance et conduit à sa perte. Deux facteurs  provoquent  cet ébranlement :

1-   La dissension et la désunion. Le Très-Haut dit : [ Ne vous querellez  pas, sinon vous fléchiriez et votre ardeur s'en irait. Armez-vous de patience; Allah est assurément  avec les  patients ] (Sourate Le Butin, Al  Anfâl, 8, Verset  46). L'ardeur  dont il est question désigne la force dans la guerre. [203] Au niveau sociétal, la dissension  absorbe  toute  la force de la société et fragilise celle- ci en conséquence. Quant à l'individu,  Allah lui déconseille fermement de  revenir sur sa décision, quelle qu'elle soit,  une fois qu'il la  prise : [(…) Et consulte-les sur toute chose ; puis quand tu as pris ta décision remets - t'en à Allah; Allah aime, en vérité, ceux qui s'en remettent à Lui. ] (Sourate La Famille de cImrân, Âl cImrân, 3, Verset 159).

2-   Se laisser abuser  par  notre  propre  force et  notre grand  nombre,   attitude  qui  aboutit  à  ne  plus  s'en  remettre à Allah et conduit à sous-estimer la puissance de l’adversaire. Le Tout-Puissant, Le Très-Haut dit ainsi, s’adressant à Son Prophète ﷺ‬  et aux Compagnons de celui-ci : [Et [ rappelez-vous ] le jour de Hunayn, quand vous étiez fiers de votre grand  nombre – celui-ci ne vous a servi à rien -. Quand la terre, toute vaste qu'elle  est,  vous  parut  bien   étroite ; et que vous avez tourné le dos en fuyant. Allah  fit ensuite  descendre        Son Aide [Sa Sakînah ] sur Son messager et sur les croyants] (Sourate Le Repentir, At-Tawbah, 9, Versets 25-26). Le Tout-Puissant indique également ce qu'il advint des  communautés anciennes  qui  s'étaient  enflées  d'orgueil et s'étaient laissées aveugler par leur force et leur grand nombre  sans  que cela ne leur serve à rien : [N'ont-ils pas parcouru  la terre ? Ne voient-ils donc pas ce qu'a été la fin des hommes qui vécurent avant eux et possédaient une force plus redoutable que la leur ? Rien, ni dans les cieux ni sur la terre, ne peut réduire Allah à l'impuissance. Il est, en vérité, Omniscient, Omnipotent] (Sourate Le Créateur, Fâtir, 35, Verset  44).

 Sixième déterminant: La tolérance envers  l’adversaire

Que  l'être  supporte  son  proche, fasse  montre de  patience face à  son emportement, se  taise devant son  insolence,  ferme les yeux sur ses manquements, soit bienfaisant envers lui  même s’il est injuste, voilà une  attitude  tout à fait courante et coutumière  chez les êtres humains. Mais que l'être supporte son ennemi, se montre équitable envers lui, s'arme de patience  face à son impudence, lui pardonne, soit bienfaisant  et compatissant envers lui … et  manifeste encore  d’autres qualités  auxquelles  seules  les  âmes pures  parviennent à s'élever, cela  ne  s'est  observé,  dans  l’histoire de  l’humanité,  que  chez  les êtres  qui ont  suivi  la  Voie  droite  Révélée par  Allah  et vers  laquelle  Il a appelé. C'est  parce qu'il est  la  Législation et la  Voie d'Allah  que  l'Islam  prend en considération le comportement   que le Musulman  doit  avoir  avec  son adversaire et qui est non seulement  le plus parfait mais  aussi  le plus  noble  qui soit. Les enseignements du Coran et de la Sunna comportent  une  direction  exemplaire  à  suivre, une  tradition  à  observer  et  des modèles admirables qui ont donné les plus  beaux  exemples dans la  façon de  garder  sous contrôle  l'adversaire, à la fois avec fermeté et bienveillance, et  d'être bienfaisant envers lui. Citons entre  autres :

1-      L’obligation d’être équitable avec l’ennemi, même s’il a opprimé et tyrannisé. Le Très-Haut dit :[Que l'animosité  envers  un peuple qui vous a obstrué la voie  vers la Mosquée sacrée ne vous incite pas à devenir des agresseurs. Bien plutôt encouragez-vous mutuellement à la piété et à la crainte révérencielle d'Allah ! ne vous encouragez pas mutuellement au péché non plus qu'à l'agression. Craignez Allah ! Allah est en vérité  Terrible en Son châtiment !] (Sourate La Table, Al Mâ’idah, 5, Verset  2). Savez-vous quand fut Révélé  ce noble Verset qui  contient  cette  sage  Directive  ? Et bien ce fut  juste après que les adorateurs des idoles eurent empêché le Messager ﷺ‬ et ses honorables  Compagnons d'accomplir  la circumambulation de l’Antique Maison [soit la Kaaba]  et d'adorer leur Seigneur en ce lieu. Voyez-vous combien la Directive divine était  admirable  et  décisive   dans  son  dessein   qui  était  d'orienter le  Messager ﷺ‬  et  ses  Compagnons  vers la recherche  de l'équité, et  de  les mettre en garde  contre  l'animosité qu’ils éprouvaient  pour  leur  ennemi  et  qui, en aucun cas,   ne  devait les  pousser  à  outrepasser les limites ?  Observez  comment  se  termine  le  Verset, soit  par  l'injonction  de  craindre   Allah et par le rappel qu’Il est Terrible en Son châtiment. Ibn Jarîr-qu'Allah lui accorde la miséricorde- a  expliqué ce Verset de la manière suivante:« Que  l'animosité que vous éprouvez pour  un peuple  parce qu'il vous a barré la route conduisant à la Mosquée  Sacrée ne vous porte  pas, ô croyants,  à transgresser  la Loi d’Allah que vous  outrepassez alors pour faire ce qu’Allah vous interdit formellement. Imposez-vous plutôt l'obéissance au Seigneur  dans  ce  que vous aimez comme  dans ce que vous détestez»[204]. Cette équité envers l’adversaire n'engendre  ni  l'humiliation  ni  la résignation  parce que  Le Tout-Puissant  enjoint  formellement  de  respecter les  droits et exhorte  au  pardon,  Directives  divines  que  nous  avons  par ailleurs  largement développées  en  évoquant  le thème  de "la  justice"  dans la  présente étude.

2-      Outre le fait qu'il enjoint d'être equitable envers l’ennemi, l'Islam  enjoint  aux Musulmans, mieux,  exige d'eux, qu'ils présentent la Guidance/al qidâyah  aux non Musulmans pour qu'ils partagent  avec eux ce bien  immense qu'elle constitue et parce que le Message Ultime est  destiné à l'ensemble des êtres humains; ce  n'est pas un Message  privé ou racial  ou encore  national. Allah Le Très-Haut a enjoint à Son Prophète ﷺ‬  de dire à tous les êtres humains : [Dis : “Ô vous les hommes ! Je suis en vérité  le Messager d’Allah  pour vous tous ] (Sourate Les Murailles, Al Acrâf, 7, Verset 158). Comparez donc cette Parole, qui n'a en vérité point  d'équivalence,  avec la position  qu'adopta  le  Messie – que la paix soit sur lui-  envers la femme qui lui demanda de guérir sa fille. Voici ce que nous lisons à ce propos dans le Nouveau Testament : « Car une femme, dont la fille était possédée d'un esprit impur, entendit  parler de lui, et vint se jeter à ses pieds. Cette femme était grecque, syro-phénicienne d'origine. Elle le pria de chasser le  démon hors de sa fille. Jésus lui dit : "Laisse d'abord les enfants se rassasier ; car il n'est pas   bien de prendre le pain des enfants,  et de le jeter aux  chiens"»[205] Et dans Matthieu : « Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur  qu'ils ne les foulent aux pieds, ne se retournent et ne vous déchirent»[206].

Le message du  Messie était en effet  destiné, non pas à tous les êtres humains mais  spécifiquement  aux  enfants   d'Israël. C'est en réalité  le Messie qui délimita le cadre du  message qu'il était chargé de transmettre, comme le rapporte  Matthieu : «Tels sont les douze disciples que Jésus dépêcha après leur avoir donné les instructions suivantes : N'allez pas vers les païens, et n'entrez  pas dans la ville  des Samaritains ; allez plutôt vers les brebis égarées de la maison d'Israël» [207] .C'est  pourquoi le Messie eut un tel comportement envers la femme qui n'appartenait pas  aux enfants d’Israël.

3-      De même qu'Il exige du Musulman qu'il  appelle, patiemment,  le  non  Musulman à embrasser l’Islam, le Tout-Puissant nous  enjoint  de  faire  montre  de  patience enversl'adversaire s'il est  irrité  et  d'indulgence  s’il est  impudent. Voyons  à  ce  propos  l'attitude  qu'eut le  Messager ﷺ‬  face au  rabbin   Zayd  bin  Su،nah   quand  celui-ci  se  montra  insolent   envers  lui   alors  qu’il   se   trouvait  avec  ses Compagnons – qu'Allah soit satisfait d'eux. Pour  bien  saisir  les dimensions de  la  grandeur  de cette attitude,  gardez bien à l'esprit  que  Muhammad ﷺ‬  était alors  le Messager  d'Allah  ainsi  que  le Chef de  l’État  et  qu'en outre il se trouvait en compagnie d' un groupe de ses nobles Compagnons – qu'Allah leur accorde la miséricorde – quand le rabbin l'aborda avec impudence  et que ce dernier   n'était ni  de  leur ethnie, ni même de leur religion. Et pourtant le Prophète ﷺ‬ marquera de la mansuétude envers l'insolence de  cet homme;  et cet homme se convertira à l'Islam;  et c'est la mansuétude du Prophète ﷺ‬  qui aura été  à l'origine de cette  conversion. Voici, dans ses  détails,  cet extraordinaire  récit  authentique rapporté par  les auteurs  des  Compilations de Hadiths/ Sunan :

،Abd Allah bin Salâm rapporte que Zayd bin Su،nah  déclara, quand Allah Le Tout-Puissant désira le guider vers l'Islam :«J'avais relevé sur le visage de Muhammad ﷺ‬, en l'observant bien, tous les signes de la prophétie  à  l'exception de deux: je n'avais pas pu  m'assurer  si sa mansuétude primait sur son emportement éventuel et si la violence d'un éventuel  emportement  contre lui ne faisait  que renforcer  sa mansuétude. Alors je me montrai  aimable  envers le  Prophète ﷺ‬  pour me rapprocher de lui et  faire la part des choses entre sa mansuétude et un éventuel  emportement de sa part» Zayd  poursuit son récit: «Un jour, le Messager d’Allah ﷺ‬  sortit des appartements de ses épouses en compagnie de ،Alî bin abî Tâlib. Un  bédouin  sur le dos  de sa monture  s'approcha de lui  et dit : " Ô Messager d’Allah ! Les habitants  de  Busrâ, à proximité du village  de  telle tribu, ont  embrassé l’Islam et sont devenus Musulmans. Je leur avais  dit  que s' ils embrassaient l’Islam, ils connaitraient le bien-être et la prospérité ; or  voilà une année que la  sècheresse sévit et qu'à cause d'elle  ils souffrent de la disette ; je crains, ô  Messager d’Allah, qu’ils  ne  sortent, par convoitise,  de  l’Islam  comme ils y sont,  par convoitise, entrés. Si tu estimes  pouvoir   leur envoyer quelque chose pour les aider, alors fais –le. " Le Prophète ﷺ‬  tourna  la tête vers  un homme à ses côtés - je pense qu'il s'agissait de ،Alî-. Ce dernier dit : "  Ô Messager d’Allah, il ne  reste plus rien ! [ des biens destinés à l'aumône ] " A ce moment là  je  m'approchai du Messager ﷺ‬  et dis :" Ô Muhammad ! Te serait-il possible de me vendre des  dattes  réputées  de la plantation  de  telle famille  et de me les livrer  tel jour? " Le Messager  répondit : " Non, ô Juif.  Cependant, je peux te vendre des dattes réputées et te les livrer tel jour, mais  ne précise pas nommément leur  plantation d' origine. "Je répondis  que j' étais d’accord pour la transaction. Puis je défis les cordons de ma bourse de laquelle je  sortis quatre-vingt pièces d’or. Je donnai  cet argent  au  Prophète ﷺ‬  pour  payer  les  dattes qui  devaient m'être  remises  au terme que nous avions fixé. Le Prophète ﷺ‬ remit alors  cette  somme  à l’homme sur sa  monture  et dit :"  Dépêche – toi ! sois équitable  envers  eux et aide-les avec  ceci ! "» Zayd bin Su،nah poursuit : « Deux ou trois jours avant le terme fixé pour la  livraison des dattes, le Messager d’Allah ﷺ‬ sortit avec  Abou Bakr, ،Omar et ، Othmân, au milieu d’un groupe de ses Compagnons. Après qu'il eut accompli la prière funèbre et se fut assis  au pied  d'un mur,  je me dirigeai vers  lui  et, parvenu  à sa hauteur,   l'attrapai par le col de sa tunique et de son manteau  et  lui jetai un regard plein de colère. Je m'exclamai : " Ne vas-tu donc  pas me donner mon dû, ô Muhammad ? ! Par Allah,   je ne vous savais pas, fils  de ،Abd  al Muttalib, portés  à retarder  le payement de vos  dettes. J’ai beaucoup appris en vous fréquentant. " Puis, je regardai  ،Omar  et vis  ses yeux  tourner à toute vitesse  dans  leurs orbites.  Il me jeta un regard furieux  et s'exclama : "  Ennemi d’Allah ! As-tu bien dit au Messager d’Allah  ce que  j’ai entendu  et  fais avec lui  ce que j'ai vu  ? Je  jure par Celui Qui l’a Envoyé avec la Vérité, si je ne redoutais pas  Sa Puissance  j’aurais tranché  ta tête avec mon sabre ! "  Pendant ce temps, le Messager d’Allah ﷺ‬ regardait ،Omar, calme, tranquille  et souriant.  Puis il dit : "  Ô ،Omar, nous avions, lui et moi, besoin d’autre chose que ceci; j'avais besoin que tu m'enjoignes de bien m'acquitter de ma dette et, lui, avait besoin que tu lui recommandes de demander son dû de bonne façon. Va, ô ،Omar,  donne lui son dû, et ajoute lui vingt sâ، [208] de dattes pour la frayeur que tu lui a causée" ». Zayd  ajoute : « ،Omar partit avec moi,  me remit  mon dû  et  y   rajouta vingt sâ، de dattes. " Pourquoi cet ajout ? ", lui demandai-je. " –"  Le Messager d’Allah ﷺ‬  m’a ordonné de t’ajouter vingt sâ، de dattes pour la frayeur que je t'ai causée.", me dit-il.   " Me connais-tu ? ", demandai-je. " Non ", me répondit ،Omar, qui poursuivit : "Qu’est-ce qui t’a donc poussé à faire ce que tu as fait au Messager d’Allah ﷺ‬  et  dire ce que tu lui  as dit ? " -Je répondis: " Ô Omar, j'avais relevé sur le visage  du  Messager d’Allah ﷺ‬, en l'observant bien, tous les signes de la prophétie  à l'exception de deux : je n'avais pas pu m'assurer  si sa mansuétude primait sur  son emportement éventuel  et  si  la violence d'un  éventuel  emportement  contre lui  ne faisait que  renforcer sa mansuétude. Or ces deux signes je  viens de les tester  sur le Prophète ﷺ‬ et j’atteste, Ô ،Omar, que j' agréé dès cet instant Allah comme Seigneur, l’Islam comme religion et Muhammad comme Prophète. J’atteste également que je fais don de  la moitié de ma fortune,  qui est immense,  à la communauté de Muhammad ﷺ‬ ". ،Omar  rectifia :"plutôt  à une partie de la communauté de Muhammad, car tu ne peux pas satisfaire tous ses           membres".Je rectifiai:"  ou à une partie de cette communauté "» ،Abd Allah bin Salâm termine : « ،Omar et Zayd  retournèrent  auprès du Messager d’Allah ﷺ‬ et Zayd déclara : " Je témoigne qu’il n’est  point de divinité, en droit d'être adorée,  autre qu' Allah et je témoigne que Muhammad est Son serviteur et Son  Messager".  Zayd bin Su،nah  eut donc finalement  foi  dans  le Prophète ﷺ‬ , fut convaincu de la véracité de son Message, lui prêta serment et prit part à ses côtés à plusieurs expéditions militaires.» [209].

Méditez  donc  sur  cet extraordinaire épisode  et sur  son dénouement ! Zayd bin Su،nah  s'était  présenté au Prophète ﷺ‬  dans le but de le  mettre à l'épreuve  et  repartit  Musulman !  Puis il  passa  sa vie  à appeler  les gens vers  la religion d’Allah et  à observer scrupuleusement  la Sunna du Messager ﷺ‬  jusqu'à trouver finalement   la mort  pendant  qu’il combattait dans la Voie  d'Allah.

Voici un autre cas, qui concerne  ،Abd Allah bin  Ubay  bin  Salûl, chef de file des hypocrites et  l'une  des principales figures qui se  dressèrent contre  le  Messager d’Allah ﷺ‬. C’est lui qui fit défection  au  Prophète ﷺ‬ et se retira,  avec le tiers  de l’armée, de la scène des combats le jour de la bataille d’Uhud [210]. Et pourtant, lorsqu'il mourut, le Messager d’Allah ﷺ‬  pria  sur sa dépouille  et implora le Pardon d’Allah pour ses péchés. Dans l'un des recueils de Hadiths authentiques, ،Omar bin al Khattâb  rapporte à ce sujet : « Lorsque ،Abd Allah bin Ubay bin Salûl mourut, on appela le Messager d’Allah ﷺ‬ pour qu’il prie sur lui et lorsque le Prophète  ﷺ‬ se présenta et se tint  debout auprès de la dépouille de ،Abd Allah, je dis : " Ô Messager d’Allah, vas-tu prier sur Ibn Ubay alors qu’il a dit ceci et ceci et ceci un tel jour? "– Je lui fis alors  la liste de tout ce qu'avait dit  ،Abd Allah – . Le Messager d’Allah ﷺ‬ sourit et me dit : " Laisse-moi faire, ô ،Omar ! " Comme j’insistai, il dit :" On m’a donné le choix  et j’ai choisi. Si je savais que  si j'ajoutais, à mes soixante-dix demandes de pardon  pour lui, des demandes supplémentaires, il serait pardonné, alors je ferais ces demandes" [211].  L'Envoyé d'Allah ﷺ‬  pria alors sur la dépouille d' Ibn Ubay puis se retira»[212]. Il  assista ensuite aux  funérailles  et demanda  au   fils  du défunt  d'envelopper la  dépouille de  son père  dans  sa  tunique,  qu'il  lui tendit,  nourrissant l'espoir  qu’Allah  allège  le  châtiment d'Ibn Ubay.  Admirez  la noblesse de  cette élévation au-dessus des  fautes commises, la grandeur  de  cet oubli  de  l'offense subie  alors que  l’homme responsable  de ces outrages  est  mort  et enterré, qu'on n'espère  plus aucun  bien  de lui, et qu’on ne redoute plus de lui aucune nuisance ! Cependant  les  âmes élevées ne recherchent que la noblesse de la conduite, ne s'avisent que d'être  bienfaisantes envers autrui, que de  supporter et  endurer ses offenses. Les livres de la Sunna et les biographies du  Prophète  ﷺ‬  abondent en  récits évoquant les positions  qu'adopta le Messager ﷺ‬  face  aux  associateurs, fussent-ils  leaders ou simples individus, qui lui témoignèrent de l'hostilité et le combattirent. Les positions qu'il prit à leur encontre  furent ainsi celles que lui dictait  la Législation divine, lui commandait  la  raison et  lui imposait  la manière judicieuse d'agir.

4-      S'armer de patience n'est pas la seule conduite que l'Islam enjoint au  Musulman d'observer  face  à   l'adversaire. Il lui prescrit aussi  d'être clément  envers  lui   et  d’œuvrer à le sauver de l'Enfer. Le Prophète ﷺ‬ se chargeait en personne, et  sans ménager sa peine,  de  guider les  non Musulmans vers  l’Islam ; c’est pourquoi d'ailleurs Allah lui dit : [Tu vas, peut-être, s'ils n'ont pas foi en ce récit, te consumer de chagrin sur leur façon d'agir. ] (Sourate La Caverne, Al  Kahf, 18, Verset  6). Le Très-Haut le Tout-Puissant dit encore: [Qu'adviendra-t-il de celui pour qui la laideur de son action  aura été revêtue d'apparences trompeuses et qui la considérera comme un bien ? Allah égare qui Il veut, et Il  guide qui Il veut - Que ton âme ne se répande donc pas en regrets sur  eux : Allah connait parfaitement ce qu'ils  font. ] (Sourate Le Créateur, Fâtir, 35, Verset  8). Le récit  suivant  témoigne  du  souci profond  qu'avait le  Messager d’Allah  ﷺ‬, de guider vers la Voie droite l’opposant  et d'essayer, jusqu'à  la dernière minute, de le convaincre d'embrasser l'Islam : Un jeune garçon Juif était au service du Prophète ﷺ‬. Un jour il  tomba malade. Le Prophète ﷺ‬  lui rendit alors  visite,  s’assit à son chevet et lui dit : « Embrasse l’Islam ! » Le jeune  garçon fixa  du regard  son père  qui était  auprès de lui. Celui-ci  dit alors : « Obéis à Abou al Qâsim ﷺ‬ ! » Le jeune garçon se convertit de suite  à  l’Islam et le Prophète ﷺ‬ sortit en disant : « Louange à Allah qui l’a sauvé de l’Enfer ! » [213].

 Les  joyaux que  recèle cette  Règle  divine  concernant  le comportement  qu'il convient  d' avoir  avec   l’adversaire  sont  innombrables et ce bref exposé ne peut  donc tous les évoquer. Nous faisons cependant mention de ce qui peut  donner au lecteur le désir d'accroître ses connaissances relatives aux dogmes, aux  ordonnances, aux principes, et aux valeurs de cette  Règle divine. Et en ce sens nous mentionnons  notamment qu' Allah  enjoint à la  victime  d'une agression  de pardonner à son agresseur  quand  elle est  en mesure de  faire  respecter  ses droits,  et quand l'agresseur  en question est  digne d'être pardonné et  que le  pardon qu'il reçoit de sa victime et la bienfaisance dont elle fait montre à son égard contribuent  à corriger sa conduite,. Allah dit : [ La  sanction d'un  mal est un mal identique; celui qui pardonne et  corrige  trouvera ainsi  sa récompense auprès d'Allah. Allah n'aime pas les injustes. ] (Sourate La Délibération, Ach- Chourâ, 42, Verset  40). [  Si vous châtiez, châtiez comme vous l'avez été. Mais si vous faites montre de patience [envers celui qui vous a châtiés ]… ce sera  mieux si vous êtes patients.] (Sourate Les Abeilles, An-Nahl, 16, Verset  126).  C'est pourquoi,  après qu'il fut  rentré  victorieux  à  La Mecque, avec  désormais entre ses mains le sort de ceux  qui  lui  avaient causé du tort, tuaient ses  Compagnons  et  les avaient tous  contraints  à quitter  La  Mecque,    le Messager  d’Allah ﷺ‬  prononça  ces  paroles célèbres quand  ils furent tous réunis  à la Mosquée : «Que voulez-vous que je fasse de vous ?»  Ils répondirent :« Sois bon avec nous,  frère généreux, fils d’un frère généreux!» Il leur dit alors : « Partez, vous êtes libres !»[214].

5-      Le comportement qu'il convient d'avoir avec  l'adversaire ne s'arrête pas là. Ainsi, outre les instructions données  précédemment, Allah  recommande  de  faire montre  de  bonté  et de  bienfaisance envers l’adversaire  qui  ne  combat pas  les Musulmans et ne les expulse pas  de leurs demeures. Le Très-Haut Le Tout-Puissant  dit en effet:[Allah ne vous interdit pas d'être bons et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus à cause de votre foi et qui ne vous ont pas expulsés de vos maisons ; Allah aime ceux qui sont équitables]. (Sourate L’Éprouvée, Al Mumtahanah, 60, Verset  8). Ibn Jarîr – qu'Allah lui accorde la miséricorde – dit : « De toutes les explications fournies pour  ce Verset, la plus correcte  est celle qu'avance cet exégète :"Cette Parole signifie qu’Allah ne vous interdit aucunement d'avoir des rapports avec les  adeptes de toutes  les  confessions  et  religions, ni de vous conduire avec eux avec  bienfaisance et équité, s'ils  ne vous combattent  pas  pour  la  religion que vous avez"»[215]. Le témoignage  suivant  est une illustration  de la  mise en application de cette conduite:Asmâ bint abou Bakr-qu'Allah soit satisfait de lui et d'elle - rapporte ce qui suit : « Ma mère vint me rendre visite à l’époque du Messager d’Allah ﷺ‬ alors même qu’elle était associatrice. Je consultai  alors le Messager d’Allah ﷺ‬  et lui dis: "Ma mère est arrivée et elle désire rester en contact avec moi ; est-ce que je continue à entretenir des liens avec elle ?"-"Oui, répondit  le  Prophète ﷺ‬, ne romps pas  tes  liens  avec ta mère!"»[216].

Quand on compulse la biographie du Messager ﷺ‬  on relève  un certain nombre de  situations  qui  mirent aux  prises celui-ci  avec  des  Juifs et des Chrétiens de son époque. L'évocation de ces situations et de ces évènements n'est pas envisageable  dans le cadre de  cette étude  qui se veut  succincte. Je tiens cependant à dire que  la position du Messager ﷺ‬  vis-à-vis des Juifs et des Chrétiens  n’était pas de nature raciste et  n'avait donc aucun   rapport avec l' identité ou l' appartenance ethnique de ces derniers. Le Prophète ﷺ‬ avait  d'ailleurs  à  son  service  un  jeune garçon juif;  il commerçait  avec les Juifs – comme  le récit de Zayd bin Su،nah nous l'a montré – et quand il mourut,  son bouclier était alors  retenu en  gage chez un Juif [217]. Les rabbins assistaient aux  audiences qu'il  tenait. Le Juif  parlait alors  de ce  qu'il trouvait juste dans  la Torah   et  le Prophète ﷺ‬ approuvait[218].

La position du Prophète ﷺ‬ vis-à-vis des Juifs et des Chrétiens ne relevait pas non plus  des noms portés par leurs religions  parce que la  religion qu'introduisirent   Moïse et ensuite Jésus – que la paix soit sur eux – est en réalité  la même que celle apportée par Muhammad ﷺ‬ au regard  des  fondements et des règles. Tous les Messagers – que la prière et le salut soient sur eux tous- sont en effet venus inviter leurs communautés respectives à reconnaître l’Unicité foncière  d’Allah et à obéir  au  Messager dépêché par Le Tout-Puissant en observant ses enseignements et ses injonctions. Cependant  les Juifs et les Chrétiens contemporains du Messager d’Allah ﷺ‬  étaient, pour la plupart d'entre eux,  en discordance flagrante avec ce que  les Prophètes et Messagers avaient apporté. En conséquence de quoi ils étaient conspués, leurs calomnies  étaient contredites et la spéciosité de leurs arguments  démasquée. Ils sont ainsi évoqués dans  Les Paroles du Tout-Puissant : [ Mais ils ont rompu leur alliance; Nous les avons maudits et Nous avons endurci leurs cœurs. Ils altèrent le sens des Paroles Révélées; ils oublient une  partie de ce qui leur a été rappelé. Tu ne cesseras pas de découvrir leur trahison- sauf chez un petit nombre d'entre eux – Oublie leurs fautes et pardonne. Allah aime ceux qui se comportent bellement. Parmi ceux qui disent : " Nous sommes Chrétiens, nous avons accepté               l'alliance ", certains ont oublié une partie de ce qui leur a été rappelé. Nous avons suscité entre eux l'hostilité et la haine, jusqu'au Jour de la Résurrection – Allah leur montrera bientôt ce qu'ils ont fait - ] (Sourate La Table, Al Mâ’idah, 5 , Versets  13-14). Méditez cette Parole du Très-Haut : [(…) sauf chez un petit nombre d’entre eux (…) ]. En effet  le Verset ne  prend pas à partie  l'ensemble des  Chrétiens  mais  décrit et  définit  bien  ceux à qui il s'adresse.

Dans le Verset suivant, le Coran  les blâme en raison de leur position coupable par rapport  à la vérité et de leur volonté de détourner les gens de la Voie d'accès à cette vérité. Le Tout-Puissant  dit ainsi : [Dis :“Ô gens du Livre, pourquoi ne croyez-vous pas aux Versets  d’Allah alors qu' Allah est témoin de vos actions ?”Dis “Ô gens du Livre, pourquoi détournez-vous le croyant de la Voie d'Allah et voudriez-vous la rendre tortueuse, alors que vous êtes témoins?  Allah n’est nullement inattentif à ce que vous faites. "Ô vous qui croyez! Si vous obéissez à certains de ceux qui ont reçu le Livre les croyants ils vous rendront incrédules, alors que les Versets d'Allah vous sont récités, alors que Son Prophète est parmi vous ? Celui qui s'attache fortement à Allah sera dirigé sur la Voie droit ] (Sourate La Famille de cImrân, Âl cImrân, 3, Versets  98-101).

Malgré le comportement souvent injustifiable des adversaires, la droiture reste la marque  indélébile  de la  ligne de conduite que l'Islam enjoint d'observer  envers  tout opposant. Le Très-Haut dit ainsi  dans le Verset suivant : [ Certains, parmi les gens du Livre, te rendront le qintar que tu leur as confié D'autres ne te rendent le dinar que tu leur as confié que si tu les harcèles. Il en est ainsi parce qu'ils disent : Ces illettrés [soit : ces Arabes] n'ont aucun moyen de nous contraindre. Ils profèrent des mensonges contre Allah, alors qu'ils savent.] (Sourate La Famille de cImrân, Âl cImrân, 3, Verset 75). Le Tout-Puissant précise cependant:[Ils ne sont pas tous semblables. Il existe, parmi les gens du Livre, une communauté droite dont les membres récitent, durant la nuit, les Versets d'Allah. Ils se prosternent; ils croient en Allah et au Jour Dernier; ils prescrivent ce qui est convenable; ils proscrivent ce qui est blâmable; ils s'empressent de faire le bien; voilà ceux qui sont au nombre des justes. Quelque bien qu'ils accomplissent, il ne leur sera pas dénié car Allah connait ceux qui Le craignent] (Sourate La Famille de cImrân, Âl cImrân, 3, Versets 113-115).

Après ce formidable  périple  en compagnie des valeurs,  des modèles et des principes de l'Islam, nous ne  pouvons que  reconnaître notre incapacité à  cerner tout ce que contient cette Religion, car les éléments que nous n' avons  pas  abordés sont  bien   plus nombreux  que ceux  qui furent ici  exposés et que ce qui a été exposé est bien moindre que ce qui doit être mentionné. Malgré tout, comme le déclare  le professeur Muhammad ،Abd Allah  Dirâz dans la conclusion de son admirable  livre La religion :«Quand il se rend compte que l'Islam cerne  la  totalité de la connaissance,  le chercheur objectif  ne peut voir en  cela qu'un  nouveau signe  attestant que le glorieux  Coran  n'est pas l’illustration  de la psychologie  d’un individu, ni le  miroir de la mentalité d’un peuple ni le registre de l’histoire d’une   époque, mais qu'il est le Livre ouvert de l’humanité et la Source à laquelle elle s'abreuve. Quelque soit ainsi l’éloignement des pays et des époques, aussi nombreuses soient les races, les couleurs et les langues, quelque soit l'écart entre les imprégnations culturelles et les inclinations naturelles, tous ceux qui sont en quête de vérité trouvent dans l'Islam  une Voie  aplanie  qui  les  conduit  vers  Allah avec  discernement et sur la base  d'une  preuve évidente. Le Très-haut  dit : [Oui, Nous avons facilité la compréhension du  Coran  en vue du Rappel. Y a-t-il quelqu’un pour réfléchir ?] (Sourate La Lune, Al Qamar, 54, Verset 17) [219].


 Conclusion

Louange à Allah  en première et dernière instances,  qu'elle Lui soit  adressée de façon manifeste ou  dans le secret du  for intérieur.  Louange à Allah qui a prescrit et donné  la pleine mesure, décrété et parfait Son Décret, ordonné et facilité  l'exécution de Ses Directives, mis en garde [ contre l'Enfer ] et   annoncé la bonne nouvelle  [ du Paradis ]. Louange à Allah pour Son bienfait et Sa bienveillance qui m'ont permis d'achever  cette  modeste étude  menée avec l'aspiration   qu'elle soit à  la   fois la révélation d' une partie de la magnificence de  cette grande religion et  une  voie  d’invitation des non musulmans  à l'Islam. Marquer  notre  gratitude  à  l'égard  d' Allah  pour  cette  Religion,  c'est  notamment  nous attacher, nous Musulmans,  à   faciliter  la compréhension  de celle-ci  aux  non Musulmans, à inviter ces derniers  à  partager   l'Islam  avec nous  et à   profiter  eux aussi  des  bienfaits du  Seigneur et de  la Guidance divine.

Il ressort clairement de cette étude  que l’Islam prend en considération  tous les éléments constitutifs  de  la  vie et  des  êtres vivants. Il n’est  pas un seul élément dont les êtres humains ont  besoin  qui  ne soit pas  abordé  et traité  par  l’Islam, que ce soit dans le domaine du savoir, le domaine  social  ou  le domaine de la gestion.

En  conclusion  j'implore Allah  le Tout-Puissant  de  faire en  sorte que cette étude compte au nombre des connaissances utiles et des œuvres qui Lui sont foncièrement vouées. Je L'implore également de faire en sorte qu'elle  pèse lourd dans la balance des œuvres salutaires et  qu'Il  nous  la  rende  bénéfique   ici-bas  et  dans l'Au-delà  car,  en vérité, cela  relève  de  Son  Ressort exclusif  et  Il  est  Celui  Qui  est  en  mesure de faire de  cette  étude ce que j'implore  qu'elle soit. Que la Miséricorde,  le Salut  et la Bénédiction d'Allah  soient sur notre Prophète Muhammad ainsi que sur sa famille, ses Compagnons et tous  ceux qui  ont  agi  et  agissent de  la plus belle manière dans  leur  sillon, et ce,  jusqu'au Jour de la Rétribution.


 Bibliographie

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-     Chams ad-dîn  Muhammad bin abî Bakr/ Ibn al Qayyim al Jawziyyah,  I،lâm al muwaqi،în.

-     Chams ad-dîn  Muhammad bin abî Bakr/ Ibn al Qayyim al Jawziyyah,  Badâ'i،  al fawâ'id.

-     Chams ad-dîn  Muhammad bin abî Bakr/ Ibn al Qayyim al Jawziyyah,   Al fawâ'id.

-     George Bush, Muhammad mû'asis ad-dîn  al islâmî wa  mû'asis imbarâtouriyyah al muslimîn (Muhammad, fondateur de la religion islamique et fondateur de l’empire musulman ),  traduction en arabe de Dr. ،Abd  ar- Rahmân ، Abd Allah Âl ach-Chaykh.

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-     Maurice Bucaille,  La Bible, le Coran  et la Science.

-     Muhammad  ،Abd Allah Dirâz, Ad-dîn.

-     Muhammad  Majdî  Marjân,  Muhammad  Nabiy al  hub.

-     Muhammad Asad,  At-tarîq  ilâ  al Islam, traduction  en arabe  de ،Afîf al Ba،lbakî.

-     Muhammad at-Tâhir bin ،Âchour,  Tafsîr at-tahrir wa at-tanwîr.

-     Muhammad bin  ،Îsâ at-Tirmidhi, Sunan At-Tirmidhî.

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-     Muhammad bin ،Abd al  Wâhid bin Ahmad al Maqdasî, Al Ahâdith al mukhtârah.

-     Muhammad bin ،Abd Allah al Hâkim an-Naysâbourî, Al mustadrak ،alâ  as-Sahîhayn.

-     Muhammad bin ،Abd Allah as-Suhaym, Al Islâm : usouluhu  wa mabâdi'uhu.

-     Muhammad bin ،Abd ar- Rahmân  al Mubârakfourî,  Tuhfah  al ahwadhî’.

-     Muhammad bin abî Bakr bin ،Abd  al  Qâdir, Mukhtâr  as-Sihâh.

-     Muhammad bin Hibbân bin Ahmad abou Hâtim al Bastî,  Sahîh Ibn Hibbân.

-     Muhammad bin Jarîr at-Tabarî, Jâmi، al bayân ، an ta'wîl  ây al Qur'ân.

-     Muhammad bin Mukrim bin Manzour al Ifrîqî,  Lisân al ، Arab.

-     Muhammad bin Yazîd abou  ،Abd Allah al Qazwînî, Sunan Ibn Mâjah.

-     Murâd  Hufmân,  Al Islam ،âm 2000’, traduction en arabe de ،Adil al Mu،allim.

-     Murâd Hufman,  Ar-rihlah  ilâ  al Islâm, yawmiyât dibloumâsî almânî, traduction en arabe  du professeur Muhammad Sa،îd  Dabbâs.

-     Murâd Hufman, Rihlah  ilâ Makkah.

-     Muslim bin al Hajjâj al Quchayrî an-Naysâbourî,  Sahîh Muslim.

-     Mustafâ  as-Sibâ،î, Al istichrâq  wa  al mustachriqoun.

-     Qudâmah bin  Ja،far,  Al kharâj wa sinâ،ah  al  kitâbah.

-     Sulaymân bin al Ach،ath  abou Dâwoud as-Sijsitânî, Sunan  Abî Dâwoud.

-      Zakariyyah bin Muhammad bin Zakariyyah al Ansârî,  Al hudoud al anîqah wa at-ta،rîfât ad-daqîqah.


Table des matières

Préface

3

Introduction

9

Première partie : Les valeurs du savoir

19

Premier déterminant : La connaissance

19

Premier point : L'intérêt de l'Islam pour la connaissance

19

Premier aspect :L’exhortation à l’acquisition de la connaissance

20

Deuxième aspect : La place prestigieuse de la connaissance  et des hommes de savoir

24

Troisième aspect : L’établissement d'une ligne de conduite rationnelle

28

Second point : La corroboration, par le savoir moderne,

35

Troisième point : L'enseignement de plusieurs principes

37

Second déterminant : La religion/ad-dîn

47

    A-Définition

47

    B- Les critères de la Religion authentique

53

    C- Le besoin de religion

55

    D- La source de la religion

67

Troisième déterminant : La perfection/ l'excellence/al itqân

72

Deuxième partie: Les valeurs sociales

81

Premier déterminant : Le juste milieu/ al wasatiyyah

81

Second déterminant : L'attention portée à la femme

90

Troisième déterminant : L'amour

95

Première forme: L'amour d'Allah Le Tout-Puissant pour Ses serviteurs

96

Deuxième forme d'amour  : L’amour de l’être humain  pour son Seigneur

97

Troisième forme : L'amour porté au Messager ﷺ‬

102

Quatrième forme : L'amour que porte le Musulman à l'ensemble des croyants

105

Cinquième forme : L'amour porté à l'épouse

107

Quatrième déterminant : La miséricorde/ ar-rahmah

112

Cinquième déterminant : La paix/ as-salâm

121

Sixième déterminant :Les qualités morales/al akhlâq

137

Troisième partie : Les valeurs de gestion

159

Premier déterminant : Les dogmes, règles, lois et principes :

159

Second déterminant : La garantie des droits

166

Troisième déterminant : La fructification et la préservation des biens

176

Quatrième déterminant : La justice/al ،adl

180

Cinquième déterminant : La puissance/al quwwah

186

Sixième déterminant : La tolérance envers l'adversaire

200

Conclusion

219

Bibliographie

221

Table des matières

227



[1]   Treizième  volume, p. 47.

[2]   L’auteur de l'ouvrage présent  n'approuve  pas cette désignation de l’Islam par ‘empire’, puisque l’Islam est à la  fois   religion  et   État.

[3]  Muhammad, fondateur de la religion musulmane et fondateur de l’empire Musulman, p. 353.

[4]   Machâriq al anwâr, 1/7.

[5]   Tafsîr  at-tahrîr wa at-tanwîr, 15/434.

[6]   Jâmi، al  bayân, 26/53.

[7]   Sahîh Muslim, Hadith  2699, 4/2074.

[8]   Sunan Abî Dâwoud 3/354, Sunan At-Tirmidhî,  5/48, Sunan Ibn Mâjah,  1/78, Sunan Ad-Dârimî, Hadith,  342, 1/110. Al  Albânî a  jugé ce Hadith authentique; voir  Sahîh  al jâmi،  as-saghîr, Hadith n° 6298.

[9]  Sahîh  Al Bukhârî,  Hadith  71, 1/39, Sahîh   Muslim,  Hadith 1037,  2/718.

[10]           Fath al  bârî, 1/165.

[11]   ahîh  Al Bukhârî,  Hadith 1, 79/42,   Sahîh  Muslim, Hadith  2282, 4/1787.

[12]           Tafsîr al Qur’ân  al ،Azîm, 1/354.

[13]           As-Sunan al kubrâ,  Al Bayhaqî, 10/209; ce Hadith est jugé authentique par l’imam Ahmad ainsi que par Ibn   Al Mullaqin, 1/259 dans  Al badr al munîr; d'autres disent  que l'authenticité de ce Hadith n'a pas été confirmée.

[14]           Miftâh dâr as- sa،âdah, pp.  63-66.

[15]           Ibid.,  p. 65.

*   Les sunan sont  des  recueils de Hadiths comme le sont les musnad  et comme le sont les sahîh (NdT).

[16]           Sunan, At-Tirmidhî, Hadith 2007, 4/364, lequel a dit  : " Voilà un  Hadith  véridique mais étrange  et qui  n'est connu que sous cette version."  Le  chaykh Al Albânî a dit, commentant le propos d'At-Tirmidhî:                      " L'authenticité de ce  Hadith n'a pas été confirmée ".

[17]           Jâmi، al bayân, 22/104-105.

[18]           Tafsîr al Qur’ân  al ،Azîm, 2/271.

[19]           Jâmi، al bayân, 15/85.

*   l'associatrie  c'est l'association  illégitime à Allah, reconnu comme créateur de l'univers, aussi bien de divinités abusives et illusoires que de créatures humaines ou d'éléments naturels  dans l'acte d'adoration. Ce terme est plus juste pour traduire le terme arabe chirk  correspondant  que celui de polythéisme généralement employé (NdT).

[20]   Sahîh  Al  Bukhârî, Hadith  6640,  6/2585.

[21]           Wa،oud al Islam, p.  44.

[22]           Sahîh  Al  Bukhârî,  Hadith 5688, 5/2245 et Sahîh  Muslim, Hadith  2321, 4/1810

[23]           Sahîh  Al  Bukhârî, Hadith 1, 13/14 et Sahîh  Muslim, Hadith 45, 1/67.

[24]           Sunan,  Ibn Mâjah 2/1137 : Al Bousayrî  a dit dans Misbâh az-zujâjah,  2/187 : " Sa chaîne de rapporteurs est authentique et ses rapporteurs sont dignes de confiance ". Al Albânî  l’a jugé authentique dans ses annotations d’As-Sunan. Ibn Hibbân, dans son Sahîh, 13/426, le juge également authentique et dit : "  Sufyân a dit : ' Il n’est  nulle part sur cette  terre meilleure  chaîne de rapporteurs que celle-ci '." Ce Hadith est aussi rapporté par Al Hâkim dans Al mustadrak, 1/209; cet auteur dit  : "  Ce Hadith  est authentique mais Al  Bukhârî et Muslim  ne l’ont   pas rapporté. " Adh-Dhahabî  le juge authentique dans  At-Talkhîs.

*   Les dattes ajwah sont  une variété de  dattes  de Médine dont  le Prophète ﷺ‬  appréciait tout particulièrement la consommation  (NdT).

[25]           Sahîh  Al  Bukhârî,  Hadith 5130, 5/2075.

[26]           Sahîh Muslim,  Hadith 2047, 3/1618.

[27]           Sahîh  Al  Bukhârî,  7/30;  Al Ahâdith al mukhtârah, 3/161 et son auteur ajoute que sa chaîne de rapporteurs est authentique.

[28]  Sahîh  Al  Bukhârî,  Hadith 5437, 5/2177 et Sahîh Muslim, Hadith 2221, 4/1743.

[29]   Sahîh  Al  Bukhârî,  Hadith 5301, 5/2132.

[30]   polysémique en langue arabe ; d'autre part le terme ad-dîn ne  porte pas le sens que religion porte en français , soit  'relier' ( NdT).

[31]           Al qâmous al mouhît, 1/1546  et Mukhtâr as-sihâh, 1/99.

[32]           Al mufradât, p 175.

[33]           Al qâmous al mouhît, 1/1546.

[34]           Ad-dîn, p. 33.

[35]           Cf. At-ta،rîfât, 1/344 ; Abjâd al ،uloum,  2/337 ; Hawâchî  ach-charwânî, 1/21.

[36]           Dictionnaire des sciences sociales, p. 270.

[37]           Dirâsât fî  al adyân al wathniyyah al qadîmah,  pp. 21-27.

[38]           Al ghusn  adh-dhahabî /Le Rameau d'or,  p 217.

[39]           Ad-dîn, p. 52.

[40]           Ibid., p 52.

[41]           Yâ Ahl al Kitâb, p. 48, rapporté de Dirâsât  fî al adyân al wathniyyah al qadîmah, p. 31.

[42]           Al Islâm: osouluhu wa mabâdi'ihi ( Les Fondements et les Principes de l'Islam ) de l' auteur de l'étude présente, pp. 59-75. Les normes en question  sont  développées  dans cet ouvrage.

[43]           Miftâh  dâr as-sa،âdah, 2/383.

[44]           Ad-dîn, p. 82.

[45]           Dirâsât fi al adyân al wathniyyah  al qadîmah, p.  43.

[46]           Ad-dîn, p. 38.

[47]           Voir le site internet  islamique Salsabîl,  " Le besoin de  religion ", article  du docteur Yousuf Al Qardâwî.

[48]           Dirâsât fî  al adyân al wathnîyah al qadîmah, p. 66.

[49]           Cité par Murâd Hufman dans  Al Islâm ،âm 2000 ( L'Islam en l’an 2000 ) p. 41. Pravitz Mansour  a embrassé l'Islam en 1980. Il était diplomate et occupa le poste d’ambassadeur pour son pays dans plusieurs pays Musulmans. Il  visita également beaucoup  d’autres Etats musulmans.  Cela lui  permit  d’étudier le  Noble  Coran  jusqu'à embrasser l'Islam   et  à  comprendre qu’il s’agissait  de  la  vérité qu’il recherchait.

[50]           Al fawâ'id, p.  18-19.

[51]  Ad-dîn,  p. 98;  Dirâsât fî  al adyân al wathnîyah al qadîmah, p.  67.

[52]           Se référer à Ad-dîn, pp.  97-98, avec de légères modifications.

[53]           Ibid., pp.  97-98, avec de légères modifications.

[54]           L'être humain sous l’égide des religions, pp. 26-27.

[55]           Pour en savoir plus sur ce sujet, se référer la  partie  consacrée  au savoir  dans cet ouvrage.

[56] Ibid, p. 27.

[57]           Ad-dîn wa al ،ilm,  p.  173,  cité dans   Dirâsât fî al adyân (…), p 77.

[58]           À la découverte de l’Islam,  p.  152.

[59]           Lisân al ،Arab, 13/73, et Al qâmous al muhît, 1/1527.

[60]           Fayd al  qadîr, 4/110.

[61]           Jâmi،  al bayân, 20/21.

[62]           Tafsîr al Qur’ân al ،Azîm, 3/379.

[63]           'I،lâm al muwaq،în, 2/120.

[64]           Al mu،jam al 'awsât, 1/275 et Musnad, Abî Ya،lâ, 7/349, Chu،ab al 'îmân, 4/334;  Majma، az-zawâ'id,  4/98, Kachf  al  khafâ' , 1/286. Al Albânî  juge ce Hadith authentique dans As-silsilah as-sahîhah, 3/106.

[65]           Al mu،jam al kabîr, 24/306.

[66]   Fayd  al qadîr, 2/286 -287.

[67] Lisân al ،Arab ( La langue des Arabes ), 7/427-430; le terme est évoqué dans la partie consacrée au même thème.

[68]           Al mufradât, p. 522.

[69]           Jâmi، al bayân, 2/6.

[70]           Sahîh Al  Bukhârî, Hadith 5, 4776/1949,  et  Sahîh Muslim, Hadith 1401, 2/1020.

[71]           Sahîh Al  Bukhârî, Hadith 1109, 1/386, Sahîh Muslim, Hadith 784, 1/541.

*   Zeinab est l' une des filles du Prophète ﷺ‬ (NdT).

[72]           Jâmi، al  bayân, 20/111-112.

[73]   Sahîh Al  Bukhârî, 2/726.

[74]           Tafsîr al Qur’ân al ،Azîm, 3/296.

[75]           Sunan An-Nasâ'î, 8/181, Hadith jugé authentique par Al Albânî dans ses annotations d' As-Sunan; voir aussi Sahîh,  Ibn Hibbân, 11/234, Al mustadrak ،alâ as-Sahîhayn 1/76. Al Hâkim a dit : " Voilà  un Hadith dont la chaîne des  rapporteurs est  authentique".  Adh-Dhahabî  a dit dans At-talkhîs : "  Sa chaîne de rapporteurs  est authentique".

[76]           Al musnad, 2/311. Les observateurs de Al mousou،ah al hadîthiyyah  jugent ce Hadith de bonne fiabilité; Sunan At-Tirmidhî 5/123. At-Tirmidhî a dit : " Ce Hadith est de bonne fiabilité "; Al mustadrak, 4/150; Al Hâkim affirme que la chaîne de rapporteurs de ce Hadith est authentique bien qu'  Al Bukhârî et Muslim ne l'aient pas rapporté; Adh-Dhahabî l'affirme authentique dans At-talkhîs.

[77]           Sahîh  Muslim, Hadith  91, 1/93.

[78]           Sahîh  Muslim, Hadith,  1218, 2/889.

[79]           Hadith dont l'authenticité est  confirmée par l'ensemble des sources : Sahîh Al Bukhârî, Hadith 2591, 3/1006 et Sahîh  Muslim, Hadith 1628, 3/1251.

[80]           Sunan At-Tirmidhî, 4/319. Abou ،Îsâ affirme que ce Hadith est de bonne fiabilité; rapporté également par Sunan Ibn Mâjah, 2/1210.

[81]           Sahîh  Al  Bukhârî, Hadith  101, 1/50 et  Sahîh Muslim,   Hadith 2633, 4/2028.

[82]           Sahîh  Al Bukhârî,  Hadith 448, 1/176 et Sahîh Muslim,  Hadith  956, 2/659.

[83]           Musnad de l' imâm Ahmad,  6/29;  ce Hadith  est jugé bon (hasan lighayrihi) par les observateurs de Al mousou،ah al hadîthîyah; Sunan Abî Dâwoud, 4/338; Al Albânî juge ce Hadith  de faible  crédibilité  dans  ses annotations des sunan.

[84]           Fath al bârî, 10/436;  voir également Tuhfah  al 'ahwadhî, 6/39.

[85]           Ibn al Qayyim, Tarîq  al Hijratayn,  pp. 471-473.

[86]           Ibid., p. 444.

[87]           Jâmi، al bayân, 29/18.

[88]           Ibid, 29/18, et  Tafsîr al Qur’ân al ،Azîm, 4/403.

[89]           Sahîh  Muslim, Hadith  1, 44/67.

[90]           Sahîh Al Bukhârî,   Hadith 16, 1/14.

[91]           Ibid., Hadith 3, 3261/1271.

[92]           Ibid., Hadith 1, 13/14.

[93]           Sahîh  Muslim, Hadith 53, 1/74.

[94]           Sahîh  Al Bukhârî, Hadith, 5726, 5/2256.

[95]           Ibid., Hadith 5, 5665/2238,  et Sahîh  Muslim, Hadith 2586,4/1999.

[96]           Tafsîr al Qur’ân al ،Azîm, 2/275.

[97]           Sahîh Al Bukhârî,  Hadith  4, 4100/1584; et Sahîh Muslim,  Hadith 2384, 4/1856.

*   pour ne pas être repéré par les Qoray chites qui voulaient l'assassiner (NdT).

[98]           Musnad de l'imâm  Ahmad,  31/10. Les observateurs d' Al mawsou،ah  al hadîthiyyah ont dit que sa chaîne de rapporteurs était  authentique et que  ses rapporteurs étaient   dignes de confiance et se retrouvaient dans les Sahihayn d’Al Bukhârî  et de  Muslim ; Jâmi، At- Tirmidhî 6/207, At-Tirmidhî a dit :"Voilà un  Hadith authentique mais étrange ".Al mustadrak, 3/8; Al Hâkim a dit :"Voilà un Hadith qui est authentique selon les conditions posées par  les deux chaykhs  Al Bukhârî et Muslim qui ne l'ont cependant pas rapporté dans leurs  Sahîhayn. Al Dahabî  dit dans At-talkhîs :" Ce Hadith répond aux conditions d'authentification d'Al Bukhârî et Muslim" ; Sahîh Ibn Hibbân.

[99]           Sahîh Al Bukhârî, Hadith 2, 1411/539, et Sahîh Muslim,  Hadith 1392, 2/1011.

[100]         Sahîh  Al  Bukhârî, Hadith  3, 3037/1175, Sahîh Muslim,  Hadith  2637, 4/2030.

[101]         Muhammad Nabî al hub  (Muhammad, le Prophète de l’amour ) pp. 10-11.

[102]         Mukhtâr as-Sihâh, 1/100.

[103]         Al mufradât, p. 191; voir  également At-ta،rîfât  de Jarjânî, 1/360.

[104]         Jâmi، al  bayân, 17/106.

[105]         La miséricorde d'Allah n'a bien entendu pas â être prouvée parce qu'elle est  évidente. Toutefois, parler des valeurs de l’Islam, comme  cette étude s'y consacre, nécessite de parler du fait que ces valeurs comprennent la miséricorde, et il n'est pas possible de parler de la miséricorde dans cette étude en écartant la miséricorde  d'Allah  Le Tout-Puissant. Puisse Allah nous couvrir nous tous de Sa miséricorde.

[106]         Sahîh Al Bukhârî, 7 Hadith 115, 6/2745.

[107]         Jâmi، al  bayân, 7/208.

[108]         Sahîh Al Bukhârî,  Hadith 5653, 5/2235.

[109]         Ibid.,  Hadith 6104, 5/2374

[110]         Ibid., Hadith 3059, 3/1180,  Sahîh  Muslim,  Hadith 1795, 3/1420.

[111]         Voir As-sunan al kubrâ d’Al Bayhaqî,  9/118, Ibn Hajar  juge ce Hadith de bonne crédibilité  dans Fath  al bârî,  8/18.

*   Al Hasan bin ،Alî est l'un des deux petit-fils du Prophète  ﷺ‬  (NdT).

[112]         Sahîh  Al Bukhârî, Hadith 5651, 5/2235.

[113]         Ibid., Hadith 5/2235.

[114]         As-sunan al kubrâ  d’Al Bayhaqî,  9/41

[115]         Sunan  Abî Dâwoud, 3/8, ce Hadith est jugé authentique par Al Albânî  dans As-silsilah as-sahîhah, 1/33.

*   Les Ansârs étaient les habitants de Médine partisans du Prophète ﷺ‬ qui avaient conclu un pacte d'alliance avec  les partisans du  Prophète venus de La Mecque  et qui s'appelaient eux les Mohâdjirûn ( NdT).

[116]         Sunan Abî Dâwoud 3/23, Al Albânî  juge ce Hadith authentique dans As-silsilah As-sahihah,  1/28.

[117]         Sahîh Muslim, Hadith 4, 2240/1761.

[118]         Lisân al ،Arab, 12/290.

[119]         Badâ'i، al fawâ' id, 2/143.

[120]         Lisân al ،Arab, 12/290 et  An-nihâyah fi gharîb al 'athar, 2/392.

[121]         Badâ'i، al fawâ' id, 2/371.

[122]         Ibid.,  2/373.

[123]         L'auteur fait ici  allusion  au Verset suivant  du Coran : Allah use de la semblance d'un homme qui dépend d'associés exigeants et d'un autre, lige d'un seul; sont-ils égaux semblance ? Louange à Allah ! Mais la plupart ne savent pas (Sourate Les Groupes, Az-Zumar, 39, Verset  29) (NdT).

[124]         'I،lâm al mouwaqi،în, 2/362.

[125]         " Le temps se sera contracté " : Il est dit qu’il s’agit de la diminution de l’espérance de vie et de la diminution de la durée d’une journée après l’avènement de l’Antéchrist ( NdT).

[126]         Sahîh Al  Bukhârî, Hadith 989, 1/350, Sahîh  Muslim, Hadith  2672, 4/2056.

[127]         'I،lâm al mouwaqi،în, 2/363.

[128]         ،Abd Allah bin Salâm fait référence à l'arrivée du  Prophète ﷺ‬  à   Médine  après qu'il eut, constraint quitté La Mecque pour échapper aux Quraychites qui voulaient l'assassiner (NdT).

[129]         Sahîh Al  Bukhârî, Hadith 1, 12/13, Sahîh Muslim Hadith 39, 1/65.

[130]         Sahîh Al  Bukhârî, Hadith 11, 1/13, Sahîh Muslim, Hadith 1, 41/65.

[131]         Sahîh Al  Bukhârî, 1/19.

[132]         Muhammad dans la Bible, p. 152.

[133]         Sahîh Muslim, Hadith 1, 54/74.

[134]         Fath al bârî, 11/18, 19, avec de légères   modifications.

[135]         Charh An-Nawawî ، alâ  Muslim, 2/10, 11, 36.

[136]         Hadith dont l'authenticité est confirmée par l'ensemble des sources;  Sahîh Al Bukhârî,  Hadith 5883, 5/2302 et Sahîh  Muslim, Hadith  2560, 4/1984.

[137]         Jâmi، al bayân, 12/69-71.

[138]         As-sihâh fî al lughah.

[139]         Tâj al  ،urous.

[140]                                        Al musnad,  2/381; Musannaf d’Ibn  Abî Chaybah,  6/324 ;  As-sunan  al kubrâ  d’Al Bayhaqî, 10/191.

[141]         Sahîh Al Bukhârî,  5/2244.

[142]         Sahîh Muslim, Hadith  2564, 4/1986.

[143]         L'authenticité de ce Hadith est confirmée par l'ensemble des sources ; Sahîh Al Bukhârî, 3366, 3/1305 et Sahîh Muslim, Hadith  2321,  4/1810.

[144]         Al musnad,  5/228  et Sunan d' At-Tirmidhî, 4/355 ; Abou ،Îsâ affirme que ce Hadith est authentique. Al mustadrak, 1/121; Al Hâkim dit : "Ce Hadith est authentique selon les conditions posées par Al Bukhârî et Muslim qui ne l'ont cependant pas mentionné dans leurs Sahîhayn." Adh-Dhahabî  fait l'annotation suivante  dans At-talkhîs :" Authentique selon les conditions posées par Al Bukhârî et Muslim"; Al mu،jam al kubrâ, At-Tabarânî, 20/144.

[145]         Sahîh Muslim, Hadith 2553, 4/1980.

[146]         Machâriq al  anwâr, 1/84.

[147]         As-sunan  al kubrâ , Al Bayhaqî, 10/195.

[148]         Al mu،jam al 'awsat, 4/357; ce Hadith est jugé authentique par Al Albânî dans As-silsilah as-sahîhah, 2/389.

[149]         Sunan Abou Dâwoud, 4/253 et Sunan At-Tirmidhî, 4/363. Al Albânî juge la chaîne de rapporteurs de ce Hadith  bonne dans As-silsilah as-sahîhah,  5/563.

[150]         Al mu،jam al 'awsat, 3/279.

[151]         Al musnad de l’imam Ahmad, 11/609 ; ce Hadith est jugé authentique par ceux qui ont annoté Al mawsou،ah al hadîthiyyah. Al Haythamî a dit dans Majma،az-zawâ'id :"Sa chaîne de rapporteurs est bonne" Rapporté également dans Sahîh  Ibn Hibbân.

[152]         Al qâmous al muhît,  Al Fayrouzî.

[153]         Tafsîr  jâmi، al bayân,   At-Tabarî, 29/144-146.

[154]         Fath al  bârî, 1/28.

[155]         Tuhfah al ahwadhî,  9/172.

[156]         Sahîh Muslim, Hadith 244, 1/255.

[157]         Jâmi، al Bayân, 11/29.

[158]         Sahîh Al Bukhârî, Hadith 215, 1/88 et  Sahîh Muslim, Hadith 1, 292/240.

[159]         Sahîh Al  Bukhârî,  Hadith 1, 868/308 et Sahîh  Muslim, Hadith  850, 2/582.

[160]         Al musnad al mustakhraj  ، alâ Sahih  Muslim, 1/296.

[161]         Sahîh Al  Bukhârî , Hadith 1802, 2/672 et  Sahîh Muslim, 760, 1/523.

[162] Confirmé par l'ensemble des sources  sur la base  du Hadith rapporté par Abî Horayrah; Sahîh Al-Bukhârî , Hadith 1683, 2/629 et  Sahîh Muslim, 1349, 2/983.

[163]         Sahîh Al Bukhârî,  Hadith 1449, 2/553.

[164]         L'impureté majeure recouvre  trois  éléments : l'acte sexuel, les règles, les lochies (NdT).

[165]         Sahîh Al  Bukhârî , Hadith  5550, et  Sahîh Muslim, Hadith  257, 1/221.

[166]         Le voyage vers l'Islam, p.  123.

*   le siwâk est un bâtonnet végétal fibreux antiseptique  qui sert à nettoyer les dents sans l'usage de l'eau  (NdT).

[167]         Al Albânî  a jugé ce Hadith authentique, voir  Sahîh  wa da،îf,  Al Jâmi، as-saghîr, n° 3939.

[168]         An-nihâyah fî gharîb al athar, 5/76-77.

[169]         Sahîh Al  Bukhârî , Hadith 5826, 5/2286. Sahîh Muslim, Hadith 2250, 4/1765.

[170]         Fath  al bârî, 10/564.

[171]         Sunan At-Tirmidhî, 5/111, Al Albânî  a jugé ce Hadith  de bonne crédibilité.

[172]         Tuhfah  al ahwadhî, 8/67-68.

[173]         Jâmi،  al bayân, 15/49.

*  La qiblah est l'orientation de La Mecque (NdT).

** soit après l'accomplissement des besoins naturels  et  en l'absence  d'eau uniquement  (NdT).

[174]         Sahîh  Muslim, Hadith  1, 262, 1/224.

[175]         Al mu،jam al kabîr, 2/155 ; ce Hadith est jugé authentique par Al Albânî dans As-silsilah as-sahîhah 4/416.

[176]         Sahîh  Al Bukhârî, Hadith  52, 1/28, et  Sahîh Muslim, Hadith 1599, 3/1219.

[177]         ijtihâd:ce substantif fait référence à l'effort de réflexion personnelle qu'entreprend un juriste musulman pour résoudre une question, un problème  posés dont ne traitent pas le Coran et la Sunna. C'est cependant à partir de ces deux Textes que l 'expert de l'ijtihâd, soit  al mojtahid, doit  trouver une solution originale, déduire un jugement applicable au problème qui se pose ( NdT).

[178]         L'authenticité de ce Hadith est confirmée par l'ensemble des sources sur la base du Hadith rapporté par Anas;  Sahîh  Al  Bukhârî,  Hadith  5912, 5/2312, et Sahîh  Muslim, Hadith  30, 1/58.

[179]         Sahîh  Muslim, Hadith  2626, 4/2026.

[180]  Sahîh Al Bukhârî,  Hadith  1183, 1/418, et Sahîh  Muslim, Hadith  2162, 4/1704.

[181]         Sahîh Al  Bukhârî,  Hadith 1, 11/13, et Sahîh  Muslim, Hadith 1, 40/65.

[182]         Sahîh  Al Bukhârî,  Hadith  4141, 4/1598, et Sahîh Muslim, Hadith 1218, 2/889.

[183]         Sahîh  Muslim, Hadith 2564, 4/1986.

[184]         Ibid.,  Hadith  2624, 4/2025.

[185]         Sahîh Al  Bukhârî,  Hadith 5670, 5/2240, et Sahîh  Muslim, Hadith  46, 1/68.

[186]         Sunan  Ibn Mâjah , 2/724; ce Hadith est   jugé authentique par Al Albânî  dans ses annotations d’As-sunan.

[187]         Sahîh Al Bukhârî,  Hadith  6063, 5/2362.

[188]         Al musnad de l’imam Ahmad 4/197;  ce Hadith est jugé authentique par ceux qui ont annoté Al mawsou،ah al hadîthiyyah.

[189]         Sahîh  Muslim, Hadith 1 91/93.

[190]         Al qâmous al muhît, 1/1331, Lisân al ،Arab, 11/340; At-ta،rifât, 1/192; voir également Al hudoud al anîqah, 1/73.

*   Un Hadith Qudsî est une Parole que le Messager d'Allah a rapportée, dans la lettre et la substance, du Seigneur Tout-Puissant  ( NdT)

[191]         Sahîh  Muslim, Hadith  2577, 4/1994.

[192]         As-sunan al kubrâ , Al Bayhaqî, 6/74. L’essentiel de ce Hadith se trouve mentionné  dans  Sahîh Al  Bukhârî, Hadith  3816, 6/1486.

[193]         Il s'agit bien entendu du même épisode et  de la même femme  (NdT).

[194]         Sahîh  Al  Bukhârî,   Hadith  3526, 3/1366.

[195]         Al kharâj  wa sinâ،ah  al  kitâbah, 1/408-409.

[196]         As-sihâh  fî  al lughah, 

*   Le Prophète ﷺ‬  fait  référence  au  tir à  l'arc et au  lancer de javelot étant donné que les armes à feu n'existaient pas encore à son époque (NdT).

[197]         Ces  deux Hadiths sont  rapportés  dans  Sahîh  Muslim, Hadiths 1917 et 1919, 3/1522.

[198]          Le tir en tant que lancement  d'un projectile au moyen d'une arme  recouvre en effet aussi bien le tir à l'arc que le tir d'armes à feu … les armes à feu  ne sont en fait  qu'un  développement  maximal de ce tir initial  et c'est  pourquoi  le Propos du Prophète est  prédictif  (NdT).

[199]         Sahîh Muslim, Hadith  2664, 4/2052.

[200]         Fath al  majîd, 394, 395.

[201]         Fath al bârî, 13/228.

[202]         Sunan At-Tirmidhî, 4/668.

[203]         Fath al bârî, 6/163.

[204]         Jâmi، al bayân,  6/66.

[205]         Marc 7, 25-27.

[206]         Matthieu 7 : 6.

[207]         Matthieu 10 : 5-6.

[208]         Un sâ، est une mesure qui  était utilisée,  et est encore parfois en usage, pour estimer le poids  de  diverses productions, comme le blé, le riz, la farine et les dattes et qui se situe entre  près de deux kilos et près de quatre ( selon la production ). En ce qui concerne les dattes,  le sâ، équivaut à plus  ou  moins  deux  kilos; son estimation   diffère  légèrement  selon les  variétés  de  dattes   (NdT).

[209]         Al ahâdîth  al mukhtârah, 9/446-448; Al mustadrak:, 3/700.

[210]         Voir Al musannaf de ،Abd al Razâq,  5/365, et Tafsîr al Qur’ân al ،Azîm,  1/401.

[211]         Allusion au Verset 80 de la Sourate 9, Le Repentir, At-Tawbah : [Demande pardon pour eux, ou ne demande pas pardon pour eux;  si tu demandes pardon pour eux soixante dix fois - Allah ne leur pardonnera pas parce qu’ils sont absolument incrédules envers Allah et Son Prophète. Allah ne dirige  pas les gens pervers] (NdT).

[212]         Sahîh Al  Bukhârî, Hadith  4394, 4/1715.

[213]         Ibid., Hadith  1290, 1/455.

[214]         Voir As-sunan al kubrâ , Al Bayhaqî,  9/118, Ibn Hajar juge ce Hadith  de bonne crédibilité  dans Fath al bârî,  8/18.

[215]         Jâmi، al bayân,  28/66.

[216]         Sahîh Al  Bukhârî, Hadith  2477, 2/924 et Sahîh Muslim, Hadith 1003, 2/696.

[217]         Sahîh Al  Bukhârî, Hadith  1963, 2/729.

[218]         Sahîh  Muslim, Hadith  2786, 4/2147.

[219]         Ad-dîn,  p.172.