Description résumée

Al-Baqi est le cimetière des habitants de Médine depuis le vivant du messager d’Allah (sur lui la paix) jusqu’à aujourd’hui. Le Prophète visitait le cimetière Baqi al-Gharqad et demandait le pardon pour les défunts qui y étaient enterrés. Aicha, qu’Allah soit satisfait d’elle, explique qu’à chaque fois que c’était son tour pour que le Prophète passe la nuit avec elle, il sortait vers les derniers moments de la nuit pour se rendre au Baqi. Ce livre audio explique ce qu’il faut y faire et les erreurs à ne pas commettre.

Détails

Texte lu : La visite du cimetière al-Baqî` selon les règles islamiques.

 

Premièrement : sa présentation

 Al-Baqî` est le  cimetière des habitants de Médine depuis le vivant du messager d’Allah (sur lui la paix) jusqu’à aujourd’hui.[1]

 

Deuxièmement : Son importance et sa valeur.

 Le Prophète (sur lui la paix) visitait le cimetière Baqî` al-Gharqad et demandait le pardon pour les défunts qui y étaient enterrés.

`Â’icha, qu’Allah soit satisfait d’elle, explique qu’à chaque fois que c’était son tour pour que le Prophète (sur lui la paix) passe la nuit avec elle, il sortait vers les derniers moments de la nuit pour se rendre au Baqî` et disait : « Paix à vous gens croyants de cette demeure, ce qui vous a été promis est venu à vous, mais il est reporté à plus tard et quand Allah voudra nous vous rejoindrons. Ô Allah, pardonne aux morts du Baqî` al-Gharqad. ».[2]

Elle rapporte aussi dans un long hadith que l’ange Jibrîl u a dit [au Prophète (sur lui la paix)] : « Ton seigneur t’ordonne d’aller visiter les morts du Baqî` et de demander le pardon pour eux. »[3]

En revanche, les hadiths disant que soixante-dix mille morts d’al-Baqî` seront ressuscités pour entrer au paradis sans subir de jugement ou que les morts d’al-Baqî` seront ressuscités et rassemblés avec le Prophète (sur lui la paix) ou qu’ils seront épargnés des tourments de la tombe, aucun d’entre eux n’est authentique.

 

Troisièmement : La permission légale de visiter al-Baqî` et ce que le visiteur y dit

 Visiter les tombes est permis en tous lieux en vertu de la parole du Prophète (sur lui la paix) : « Visitez donc les tombes, car cela rappelle la mort. »[4].

Les hommes qui se trouvent à Médine ont la permission légale de visiter le cimetière Baqî` al-Gharqad. Or, il est attesté que le Prophète (sur lui la paix) a visité les défunts d’al-Baqî`, comme vu précédemment. Quant aux femmes, le plus juste parmi les avis des savants est que cela ne leur est pas permis en raison de la parole du Prophète (sur lui la paix) : « Allah maudit [ou qu’Allah maudisse] celles qui visitent souvent les tombes. »[5]

Il est clair quand on considère les hadiths qui traitent de la visite que le musulman tire trois avantages dans le fait de visiter les cimetières :

 

-          Le premier avantage : la visite rappelle au  musulman la mort quand celui-ci voit les tombes et cela l’incite à se tenir prêt pour le jour où il fera partie des habitants de cet endroit et à se préparer en accomplissant les bonnes œuvres. Cela se comprend de façon évidente de la parole du Prophète (sur lui la paix) qui dit : « Visitez-les, car elles (les tombes) vous rappellent l’au-delà. »[6].

-          Le deuxième : cela constitue une imitation du Prophète (sur lui la paix). En effet, la visite est une sunna mise en pratique par le Prophète (sur lui la paix). Ainsi, le musulman obtient la récompense que l’on mérite du fait d’imiter le Prophète (sur lui la paix) et du fait de lui obéir en exécutant son ordre qui dit : « Visitez les tombes. »

-          Le troisième avantage : cela constitue un bienfait pour ses frères musulmans (défunts) car on leur fait des prières (des invocations). En effet, les paroles que l’on dit à l’occasion de la visite, telles que rapportées du Prophète (sur lui la paix) de façon bien établie et qu’il a enseigné à ses Compagnons, comportent des prières en faveur des morts musulmans. Or, cela leur est bénéfique et ils en tirent un avantage par la volonté d’Allah. De même, le visiteur lui aussi obtient une récompense d’avoir prié pour ses frères et de leur avoir apporté un bienfait.

Quand le musulman visite al-Baqî`, il doit se limiter strictement à ce qui est permis à ce sujet, et ce en priant pour les morts, c’est-à-dire  en prononçant l’invocation traditionnelle qui est : « As-salâmu `alaykum dâra qawmin mu’minîn, wa innâ in châ’allâhu bikum lâħiqûn, yarħamu-l-lâhu-l-mustaqdimîna minkum wa-l-musta’khirîn, nas’alu-l-lâha lanâ wa lakumu-l-`âfiya » (Paix sur vous, ô habitants croyants de cette demeure, nous allons par la volonté d’Allah vous rejoindre, qu’Allah fasse miséricorde aux premiers d’entre vous et aux suivants et nous prions Allah pour que vous soyez épargnés de tout mal.), ou bien toute autre formulation de cette sorte qui contient une prière pour les morts comme ce qui a été cité dans le hadith précédent de `Â’icha et autres hadiths.

 

Quatrièmement : localisation de certains défunts dans Baqî` al-Gharqad.

 

Il ne fait aucun doute qu’al-Baqî` est le lieu où sont inhumés les habitants de Médine. C’est donc là qu’ont été enterrés les Compagnons, les femmes du Prophète (sur lui la paix), les successeurs des Compagnons et les imams (les grands savants musulmans et les chefs de la communauté) qui sont morts à Médine. On dit que dix mille Compagnons y auraient été enterrés.[7]

Il est bien connu que la loi islamique n’encourage pas à distinguer les tombes de sorte que l’on garde perpétuellement la connaissance de qui y est enterré. Cependant, le législateur a tout de même autorisé à mettre sur la tombe une marque grâce à laquelle on la distingue comme une pierre par exemple, mais il a interdit de bâtir la tombe ou d’écrire dessus. Jâbir (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’il a entendu le messager d’Allah interdire de s’asseoir sur la tombe, de l’enduire de plâtre, de la construire (de l’élever) ou d’écrire dessus. »[8]. Cela signifie que la marque en question doit pouvoir s’effacer après un certain temps, car il n’y aucune prescription religieuse exigeant la connaissance de l’occupant de la tombe. Voilà pourquoi les marques des tombes d’al-Baqî` se sont estompées et pourquoi les défunts qui les occupent ne sont pas connus de façon certaine.

Al-Fayrûz Âbâdî a écrit : « … Il n’y aucun doute que ce cimetière est plein d’une multitude de personnages importants de la communauté parmi les Émigrés mecquois (Muhâjirûn) et les premiers musulmans de Médine (Anşâr) sauf que les pieux prédécesseurs étaient à ce point soucieux de ne pas accorder d’importance aux tombes et de ne pas les enduire de plâtre que cela a abouti à ce que les marques de la plupart d’entre elles se sont effacées. C’est pourquoi on ne connait pas leurs emplacements exacts à l’exception de quelques-uns, très peu nombreux… ».[9]

Quant à la désignation précise de certaines tombes par certains historiens, ce sont là des affirmations fondées sur des présomptions (non sur des certitudes). En effet, al-Baqî` est un cimetière public pour tous les musulmans de Médine et ne contient pas d’emplacement particulier dédié à quelqu’un de précis. En conséquence, préserver l’endroit tel quel en distinguant à qui appartient chaque tombe est une tâche impossible étant donné les nombreuses inhumations qui s’y sont succédées pendant de longues périodes de temps. De plus, les cours d’eau et les pluies ont remodelé la surface du sol, particulièrement dans une région terreuse comme celle où se trouve al-Baqî` qui de surcroit est dans le lit de la rivière Mahzûr laquelle faisait craindre la noyade aux habitants de Médine[10]. Ajoutez à cela le fait que les pieux prédécesseurs parmi les Compagnons (Şaħâba), les Successeurs (Tâbi`ûn) et la troisième génération (ceux qui vinrent après les Tâbi`ûn), étaient très à cheval sur les prescriptions édictées par les textes religieux tels que l’interdiction de construire au-dessus des tombes et d’écrire dessus. Or, dans la loi islamique il n’est fait état d’aucun lien particulier avec les tombes si ce n’est que le musulman prie pour les défunts quand il visite les cimetières. Il  y a aussi [pour expliquer cette situation] le fait que connaitre l’identité des occupants des tombes n’implique aucun intérêt reconnu par la loi divine.

Par conséquent, quand le musulman visite al-Baqî`, il priera de façon générale pour les morts qui y sont enterrés, sans focaliser sur un emplacement particulier du cimetière parce que ce serait la tombe de telle ou telle personne, car déterminer cela avec certitude est impossible, à moins qu’il s’agisse de la tombe de quelqu’un de sa famille ou d’un ami qui a été enterré depuis pas très longtemps. Celui qui a effectivement visité al-Baqî` comprend qu’il n’est pas possible d’affirmer avec certitude que telle tombe appartient à telle personne précise.

 

Cinquièmement : les infractions qui y sont commises.

 Le visiteur doit s’efforcer de se conformer à la sunna du Prophète (r) lors de sa visite et prendre garde à ne pas tomber dans ce qui est en contradiction avec elle et qui lui vaudra des péchés ou diminuera sa récompense. Dans ce qui suit, nous citons certaines infractions dont se rendent coupables certains visiteurs, ceci afin que la personne qui fait des visites ne les commette pas à son tours :

1-      Le tawassul au moyen des morts [c’est-à-dire prier Allah en évoquant les morts dans sa prière afin d’appuyer sa demande en vertu d’une présupposée sainteté du défunt], les implorer à l’aide et leur demander d’intercéder en sa faveur auprès d’Allah.

2-       Accorder une importance exagérée aux tombes en se tenant de façon immobile devant elles dans une attitude de recueillement et dans un silence religieux, pensant que cela fait partie des bonnes manières que la loi divine ordonne alors qu’en réalité c’est plutôt une attitude exagérée vis-à-vis des morts qui se trouvent dans ces tombes, une attitude qui mène directement ou indirectement vers le chirk (l’idolâtrie) consistant à vénérer les habitants des tombes (culte des morts).

3-      Se prosterner ou s’incliner devant les morts. En effet, la prosternation et l’inclinaison révérencieuse sont des actes d’adoration qu’il n’est permis de consacrer à personne d’autre qu’Allah.

4-      Jeter des grains pour les pigeons, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur des murs du cimetière, et penser que nourrir les pigeons d’al-Baqî` particulièrement comporte une récompense spéciale ou croire que  cet acte apporte une baraka (une bénédiction). Or, cet acte n’était pas pratiqué par le Prophète (sur lui la paix), ni par les Compagnons, ni ceux qui ont succédé aux Compagnons (Tâbi`ûn) tout en se conformant à leur exemple. C’est donc une des choses qui ont été innovées dans la religion. À cela, il faut ajouter que cette pratique implique un manque d’égard et de respect envers la nourriture, en plus que cela importune les passants. Cela salit les places (aux alentours du cimetière), salissures qui peuvent arriver jusqu’à l’intérieur de la Sainte Mosquée du Prophète (sur lui la paix).

5-      Élever la voix en se lamentant et se frapper le visage. Il ne fait aucun doute que cela est interdit et fait même partie des grands péchés (kabâ’ir)[11].

6-       Se diriger vers al-Baqî` en faisant la prière et appeler cette prière « la şalât de la visite ». En effet, prier en direction des tombes est unanimement considéré par les savants comme interdit.

7-      La mixité et le mélange des hommes et des femmes, ce qui est interdit.

8-       Faire du dzikr (évocations d’Allah avec des paroles de louange) ou des invocations en groupe. C’est une manière que ne faisait pas le Prophète (sur lui la paix), ni ses Compagnons ni les successeurs de ces derniers.

9-      Prendre de la terre des tombes pour s’en frotter le corps ou la mélanger à d’autres substances dans le but d’avoir de la baraka (de la bénédiction) et comme moyen de guérison.

10-   Jeter des messages écrits aux occupants des tombes pour leur faire des requêtes et leur demander d’enlever leurs malheurs et leurs problèmes.

11-  Attacher des fils, des chiffons ou des cadenas sur les portes et les grillages pour s’attirer la baraka.

12-  Se frotter aux murs et aux portes du cimetière ou  aux choses qui s’y trouvent, toujours par désir de baraka.

13-  Poser de l’argent sur certaines tombes. Cet acte est considéré comme un vœu (nadzr) fait pour autre qu’Allah (donc interdit).

14-  Lire trois fois les sourates al-Fâtiħa (n°1), al-Ikhlâş (n°112) et les Deux Protectrices [al-Mu`awwidzatayn] (n°113 : al-Falaq et n°114 : an-Nâs), ainsi que sourate Yâ-Sîn (n°36) et les derniers versets d’al-Baqara en guise d’aumône en faveur des âmes des défunts.

15-  Enterrer dans al-Baqî` des ongles, des cheveux ou des dents dans l’espoir d’obtenir de la baraka.

16-  Asperger les tombes de parfums pour se rendre agréable aux gens qui y sont enterrés. Or, ceci fait partie des actes accomplis pour s’attirer la satisfaction (ou la faveur) d’autres qu’Allah [c’est-à-dire en signe de vénération], chose qui est interdite et défendue.

 

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[1] Voir Wafâ’u-l-wafâ (2/1154), al-Ma`âlim al-athariyya (page 52) et Âthâr al-Madîna (page 171).

[2] Rapporté par Muslim au numéro 974.

[3] Rapporté par Muslim au numéro 974.

[4] Rapporté par Muslim au numéro 2256.

[5] Rapporté par at-Tirmidzî (3/372).

[6] Rapporté par at-Tirmidzî au  numéro 1056 et par Ibn Mâjah au  numéro 1576. At-Tirmidzî a dit que le hadith est ħasan-şaħîħ (bon et/ou très sûr).

[7] Voir Taħqîq an-nuşra bi-talkhîş ma`âlim dâr al-hijra, p. 125.

[8] Rapporté par Abû Dâwûd (3226), par at-Tirmidzî (1052), par an-Nasâ’î (2027) et par al-Ħâkim qui la déclaré authentique (1/525).

[9] Al-Maghânim al-muţâba, 2/508.

[10] Târîkh al-madîna, 1/168.

[11] Voir : az-Zawâjir `an iqtirâfi-l-kabâ’ir d’al-Haytamî al-Makkî, 1/306.

 
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