HTML

Description résumée

Voici la deuxième partie de ce livre extrêmement bénéfique qu’est l’Eveil Islamique. Cette dernière partie est une liste de cinquante questions/réponses pleines de sagesses et de conseils bénéfiques pour toute personne impliquée de près ou de loin dans la propagation de l’Islam.

Détails

L’EVEIL ISLAMIQUE:
- REGLES ET CONSEILS –
(2/3): QUESTIONS-REPONSES




Ecrit par

MUHAMMAD IBN SALIH AL-UTHAYMIN


TRADUIT PAR

CABDULLAH AL-FARANSI


REVU ET CORRIGE PAR

L’EQUIPE ISLAMHOUSE


Publié par

Le bureau de prêche de Rabwah (Riyadh)


www.islamhouse.com
L’Islam à la portée de tous!

Deuxième partie: Conseils adressés à la jeunesse de cet éveil islamique

1) LE STATUT RELIGIEUX DE LA PREDICATION

Est-ce qu’il est obligatoire de prêcher pour tout musulman ou musulmane? Ou bien est-ce réservé aux savants et aux étudiants en science? Et est-il permis pour quelqu’un d’ordinaire de prêcher?

Si la personne connaît bien le sujet auquel elle appelle et qu’elle est certaine de ce de quoi elle parle, il n’y a pas de différence entre le fait qu’elle soit un grand savant célèbre, un étudiant en science qui excelle dans la quête du savoir, ou bien quelqu’un d’ordinaire. En effet, le Messager (ج) a dit: «Transmettez de moi ne serait-ce qu’un verset» [1]. Ainsi, il n’est pas nécessaire que le prêcheur ait atteint un niveau de science très élevé (pour prêcher) mais il est exigé de lui qu’il connaisse le sujet auquel il invite. Quant à celui qui s’engage dans cette voie avec ignorance en suivant ses émotions, ceci n’est pas permis.

On trouve parmi nos frères qui prêchent et qui n’ont reçu que peu de science, certains qui, envahis par leurs émotions, rendent illicite ce qu’Allah (ـ) n’a pas rendu illicite, et rendent obligatoire ce qu’Allah (ـ) n’a pas imposé à Ses serviteurs. Et ceci est extrêmement périlleux. Car rendre interdit ce qu’Allah a permis est équivalent à s’autoriser ce qu’Il a rendu illicite. Aussi, s’ils blâment les gens qui s’autorisent un acte, ils méritent eux-mêmes d’être condamnés pour avoir interdit ce qu’Allah a permis. Or Allah (ـ) dit: «Et ne dites pas, conformément aux mensonges proférés par vos langues: «Ceci est licite, et cela est illicite», forgeant ainsi le mensonge contre Allah. Certes, ceux qui forgent le mensonge contre Allah ne réussiront pas. Ce sera pour eux une piètre jouissance, mais un douloureux châtiment les attend» [2].

Quant à la personne ordinaire, elle n’a pas à prêcher lorsqu’elle ne connaît pas son sujet. La science vient en premier lieu comme l’indique la Parole d’Allah (ـ): «Dis: «Voici ma voie, j’appelle les gens à «la religion» d’Allah, moi et ceux qui me suivent, avec clairvoyance» [3]. Il est donc obligatoire d’appeler à Allah (ـ) avec clairvoyance.

Néanmoins, elle doit interdire tout acte qui est clairement répréhensible et inviter à l’accomplissement de tout bien unanimement reconnu.

La connaissance est donc un prérequis pour prêcher, car il est évident que le mal amené par celui qui prêche sans science est plus grand que le bien qu’il engendre. En conséquence, il est obligatoire de s’instruire dans un premier temps puis d’inviter les gens (à Allah) dans un second. Quant aux actes clairement blâmables, alors il convient de les interdire de même qu’il faut inviter aux actes unanimement reconnus comme tels.

* * *

[1] Rapporté par Al-Bukhârî (3461). [2] S.16, vv.116-117. [3] S. 12, v.108.

2) LA DIFFERENCE ENTRE LE SAVANT ET LE PRECHEUR

Quelle est la différence entre le savant et le prêcheur?

La différence entre le savant et le prêcheur est claire.

Le prêcheur est celui qui s’emploie à transmettre la législation islamique aux serviteurs d’Allah () et qui les y invite tantôt en suscitant leur désir, tantôt en éveillant leur crainte.

Le savant est celui à qui Allah () a donné de la science, qu’il soit prêcheur ou non. Toutefois, s’il s’avère qu’il ne prêche pas, ceci est alors révélateur d’un grand manque dans son niveau de science, et il ne peut pas être considéré comme étant un plein héritier du Messager d’Allah (ج), puisque les Prophètes (), bien qu’ils n’aient légué ni dirham, ni dinar en héritage, ont laissé la science. Le Prophète (ج) a dit à ce sujet: «Les savants sont les héritiers des prophètes. Or les Prophètes n'ont laissé derrière eux ni dinar, ni dirham, mais ils ont laissé la science. Celui qui la recueille aura obtenu une part énorme» [4]. Aussi, celui qui s’empare de la science et appelle à Allah peut être considéré comme étant un héritier réel de l’héritage des Prophètes et ce, à hauteur de sa mise en pratique des législations qui étaient les leurs.

Quant à la parole de certains, qui affirment qu’un individu peut être un prêcheur même s’il n’a pas de science, alors s’ils entendent par là un prêcheur ne disposant pas d’un vaste savoir mais qui peut néanmoins émettre des verdicts religieux, participer à un débat et extraire des points (de droit) à partir de leurs preuves, alors cette parole est éventuellement acceptable. Néanmoins, s’il s’agit d’un prêcheur qui ne sait pas avec quels outils il appelle, ni à quoi, alors il n’y a pas de doute que cela n’est pas imaginable. Et je mets en garde contre le fait qu’un individu appelle à la vérité de cette manière, car il fera plus de mal que de bien, comme cela s’observe.

* * *

[4] Rapporté par Abû Dâwûd (3641), par Ibn Mâjah (223) et par At-Tirmidhî (2682).

3) L’EXEMPLE DES CROYANTS DANS LEUR AMITIE

En ce qui concerne l’intérêt porté aux affaires des Musulmans, il y a un hadith que beaucoup de prêcheurs utilisent et je voudrais savoir s’il est authentique: «Celui qui ne se préoccupe pas des affaires des Musulmans n’est pas des leurs» [5].

Ceci fait partie des hadiths répandus parmi les gens, mais je ne sais pas s’il est correct d’attribuer de manière authentique au Prophète (ج) ou non. Mais son sens est tout à fait valable, car le Musulman qui se désintéresse des affaires de ses coreligionnaires est en réalité déficient dans son Islam. Il a été rapporté de manière authentique que le Prophète (ج) a dit: «L’image des croyants – dans leur amitié, leur miséricorde et leur compassion – est comparable à un corps. Lorsque l’un de ses membres se plaint, tous les autres membres réagissent par la douleur et la fièvre» [6].

Il a dit également: «Le croyant est pour le croyant comme un édifice. Ses éléments se soutiennent les uns les autres» [7]. Ces deux hadiths ainsi que leurs semblables vont dans le sens du propos (évoqué dans la question). Néanmoins, je ne me souviens plus si ce dernier fait partie des hadiths du Prophète (ج) ou bien s’il fait partie des paroles de certains savants.

* * *

[5] Hadith considéré faible par Al-Albânî. [6] Rapporté par Al-Bukhârî (6011) et par Muslim (2586). [7] Rapporté par Al-Bukhârî (2026) et par Muslim (2585).

4) IL EST NECESSAIRE POUR LE PRECHEUR D’AVOIR UNE CULTURE GENERALE SUR TOUS LES SUJETS

Est-il obligatoire pour le prêcheur d’être clairvoyant et d’avoir de la science?

Le terme «prêcheur» («Dâciyah») est considéré par les linguistes comme une hyperbole car sa terminaison est utilisée pour amplifier son sens. Ainsi, on qualifie une personne au vaste savoir de «cAllâmah».

Ainsi, le terme prêcheur («Dâciyah») désigne celui dont le métier ou la spécialité est la prédication. En conséquence, il est indispensable qu’une telle personne possède une vaste connaissance de tout ce qui touche à la science.

Quant à celui qui appelle à un sujet bien précis, comme d’inviter quelqu’un à assister à la prière en groupe, il est dans ce cas suffisant de savoir que la prière en groupe est obligatoire et que de s’y absenter constitue une désobéissance envers Allah () et Son Messager (ج), et une déviance de la voie des croyants. En effet, cAbdullah Ibn Mascûd (س) a qualifié ceux qui commettent cela de la sorte: «Ne s’y absentait qu’un hypocrite ou un malade. Il arrivait qu’on fasse venir un homme soutenu par deux autres de part et d’autre afin d’aligner le rang» [8].

Il t’est donc possible d’inviter cet homme qui néglige la prière en groupe à venir la faire, dès lors que tu as connaissance des textes rapportés, ce qui te permettra d’être clairvoyant à ce sujet. En revanche, ne prêche pas en mettant les gens en garde contre des pratiques interdites alors que tu ne connais rien à propos de ces mêmes pratiques.

L’essentiel est que le prêcheur – comme son nom l’indique – est celui qui possède une culture générale de tout ce qui touche à la science au point que son occupation principale soit de prêcher.

Quant à l’individu qui appelle à un sujet précis, alors «ceci est demandé» car quiconque connaît une vérité est dans l’obligation d’y inviter les gens. Et ceci n’entre pas en contradiction avec le fait que le prêcheur doive préalablement connaître ce à quoi il appelle, car dans ce cas, tu te retrouveras à appeler des gens à un sujet précis dont tu as connaissance. Comme l’a dit le Prophète (ج): «Transmettez de moi ne serait-ce qu’un verset» [9].

[8] Rapporté par Muslim (654). [9] Rapporté par Al-Bukhârî (3461).

5) TRANSMETTEZ DE MOI NE SERAIT-CE QU’UN VERSET...

Comment interpréter la parole du Prophète (ج): «Transmettez de moi ne serait-ce qu’un verset»? Car il y a des gens qui parmi nous utilisent ce hadith comme fondement dans leur prêche.

La posture à adopter dans cette affaire est que le Messager (ج) a dit: «Transmettez de moi», ce qui signifie qu’il est un devoir d’avoir la certitude que ce qui est transmis est véritablement une parole du Messager (ج), ou un de ses actes, ou encore une des choses qu’Il (ج) a approuvées, car il a dit: «Transmettez de moi».

En conséquence, ce qu’un individu attribue au Messager (ج) sans le savoir n’est pas considéré comme venant de lui (ج) mais plutôt comme une idée sortie de sa poche. Ce hadith prouve bien qu’il n’est pas permis de rapporter une parole et de l’attribuer au Messager d’Allah (ج) s’il n’a pas été prouvé qu’elle vient bien de lui.

* * *

6) EST-CE QU’ENSEIGNER EQUIVAUT A PRECHER?

Est-ce que l’enseignement des sciences religieuses dans les écoles et les universités est considéré comme de la prédication sachant que l’enseignant perçoit un salaire en contrepartie?

Il n’y a pas de doute que l’enseignement de la religion est une œuvre recommandée et qu’il fait partie de la recherche de la science. Néanmoins, le fait que celui-ci soit considéré comme prêche dépend de la situation de l’enseignant. Ainsi, si celui-ci profite de sa présence au milieu de ses élèves en leur montrant la voie du bien, en étant un modèle de bienfaisance dans son travail, alors ceci équivaut à prêcher.

Quant au fait de dispenser un cours lu et expliqué de manière rigide, comme de la simple théorie, il se peut que ce ne soit pas considéré comme un moyen de prêcher. Si l’enseignant est de la première catégorie citée, alors il est considéré comme étant un prêcheur.

Par ailleurs, le fait de toucher une rétribution de la part du gouvernement n’est pas un mal.

Et (sachez que) beaucoup d’individus invitent à Allah (ـ) par leur attitude avant même de parler. Je veux dire par là que l’on trouve les signes du savoir et de l’adoration chez beaucoup d’étudiants en science, et que ceux-là sont parfois plus pris en exemple que d’autres qui s’expriment.

* * *

7) QUE CELUI D’ENTRE VOUS QUI VOIT UN MAL...

Le Messager (ج) a dit: «Quiconque d’entre vous voit un mal, qu’il le change avec sa main. S’il ne peut pas, avec sa langue. Et s’il ne peut pas, alors avec son cœur, et ceci constitue le plus bas degré de la foi» [10]. Qu’est-ce qui définit la capacité «de changer le mal», sachant que la plupart des gens autour de nous semblent s’être limités à la fin du hadith (c’est-à-dire avec «leurs cœurs»)?

Cette capacité signifie «posséder les moyens réels». Ainsi, si quelqu’un possède les moyens réels de changer un mal avec sa main, alors qu’il le fasse avec sa main. A titre d’illustration, si tu aperçois un individu avec un instrument de musique et que tu es en mesure de le prendre et de le casser, alors il t’est obligatoire de le faire. Si tu te trouves dans une situation où ceci est du ressort des gouverneurs, alors il t’est alors obligatoire de passer à la deuxième étape qui consiste à amener le changement avec ta langue, que ce soit en demandant à cette personne de détruire elle-même cet instrument interdit, ou bien en informant les autorités capables de le détruire. Dans le cas où cela est hors de ta portée, alors le minimum pour changer cela est de le faire avec ton cœur, en détestant et en haïssant cette chose et en ne t’asseyant pas en sa présence.

Il convient d’évoquer ici un sujet que beaucoup de gens ignorent. Certains se tiennent à côté d’autres qui commettent des actes de désobéissance en pensant que le péché ne les concerne qu’eux uniquement. Or, ceci est incorrect. Il est obligatoire ici de recourir aux trois étapes citées: avec la main, la langue ou bien le cœur.

Et il est bien connu que celui qui déteste un acte avec son cœur ne peut en aucun cas s’assoir avec son auteur. Aussi lorsque cela arrive, lève-toi, quitte ce lieu et écoute la parole d’Allah (ـ): «Dans le Livre, Il vous a déjà révélé ceci: lorsque vous entendez qu’on renie les versets (le Coran) d’Allah et qu’on s’en raille, ne vous asseyez point avec ceux-là jusqu’à ce qu’ils entreprennent une autre conversation. Sinon, vous serez comme eux» [11].

En fait, quiconque se tient en compagnie de l’auteur d’un méfait lui est associé dans le péché, et ce même s’il ne le commet pas lui-même, à moins qu’il ne soit mené de force à se tenir en sa compagnie, car celui qui est soumis à la contrainte est excusé.

* * *

[10] Rapporté par Muslim (49). [11] S.4, v.140.

8) L’ATTITUDE DU MUSULMAN FACE AUX ACTES DE DESOBEISSANCE REPANDUS DANS LES PAYS MUSULMANS?

Quelle attitude doit adopter le musulman vis-à-vis des actes de désobéissance largement répandus dans les pays musulmans comme l’usure, les femmes qui se découvrent, l’abandon de la prière, etc.?

L’attitude que le musulman doit adopter a été définie par le Prophète (ج) puisqu’Il a dit: «Quiconque d’entre vous voit un mal, qu’il le change avec sa main. S’il ne peut pas, avec sa langue. Et s’il ne peut pas, alors avec son cœur, et ceci constitue le plus bas degré de la foi».

Nous tirons de ce hadith que le changement d’un mal s’effectue à trois niveaux:

1) Le premier niveau: le changement avec la main

Si tu détiens une forme d’autorité qui te permet de changer ce mal avec ta main, alors fais-le. Ceci peut potentiellement concerner tout homme lorsque le mal commis se passe dans le foyer dont il est à la charge, il peut dans ce cas condamner ce mal avec sa main. Par exemple, si une personne rentre chez lui et voit un instrument de musique et que cette demeure est bien la sienne, et que l’enfant qui s’y trouve est le sien, et que la femme qui s’y trouve est bien son épouse, il lui est alors envisageable de changer ce mal avec sa main, en brisant cet instrument par exemple, car il en a la capacité.

2) Le deuxième niveau: le changement avec la langue

Si on se retrouve dans l’incapacité de changer le mal avec sa main, alors on doit passer au second niveau qui consiste à changer le mal avec la langue. Et ce changement par la langue s’opère de deux manières:

- la première consiste à interpeler l’auteur du mal en lui disant d’arrêter, en parlant avec lui, voire en le réprimandant si la situation l’exige ;

- la deuxième consiste à prévenir les autorités lorsque le premier moyen n’est pas possible.

3) Le troisième niveau: le changement par le cœur

S’il n’est pas en mesure de changer le mal ni par sa main, ni par sa langue, qu’il le dénigre alors par son cœur, et ceci est le plus faible degré de la foi. Le dénigrement par le cœur consiste à détester le mal en question et à détester sa présence, en souhaitant qu’il n’ait jamais existé.

Aussi, il y a un point nécessaire d’éclaircir, auquel le Prophète (ج) a fait allusion dans ce hadith lorsqu’il a dit: «Quiconque d’entre vous voit».

Est-ce que le verbe évoqué ici («ra’â») signifie voir, avoir la certitude, ou bien simplement supposer [12]?

Quant au fait de simplement supposer, cela n’a pas lieu d’être ici, car il n’est pas permis d’émettre de mauvaises suppositions envers le musulman!

Il ne reste alors plus que les sens de «voir» et «avoir la certitude». «Et ces deux significations sont correctes:»

Le sens de «voir» est visé par le fait d’observer un mal de ses yeux. Quant à la «certitude», elle est possible lorsqu’on entend un mal (si on est dans l’incapacité de voir), ou bien lorsque quelqu’un de confiance nous rapporte un évènement.

Il nous apparaît clairement à ce stade que ce que le Messager (ج) a voulu éviter que nous ne nous précipitions pour porter un jugement sur un individu à propos d’un mal tant que nous ne l’avons pas vu. «Quiconque d’entre vous voit un mal, qu’il le change avec sa main. S’il ne peut pas, avec sa langue. Et s’il ne peut pas, alors avec son cœur, et ceci constitue le plus bas degré de la foi».

Certaines personnes me disent: «Je m’assois parmi ceux qui perpètrent des actes blâmables tout en détestant ce qu’ils font et en le dénigrant avec mon cœur. Est-ce que je tombe dans le péché ou non?» avant d’ajouter: «Je prends Allah à témoin que je déteste ce mal avec mon cœur».

Nous leur répondons qu’elles n’ont pas détesté ce mal avec leur cœur, car si tel avait été le cas, les membres de leur corps l’auraient alors détesté. En effet, le Prophète (ج) a dit: «Il est dans le corps un morceau de chair qui, lorsqu'il est sain, tout le corps est sain, mais s'il est corrompu, tout le corps se corrompt. Il s'agit du cœur» [13].

Si leurs cœurs avaient réellement détesté ce mal, leur aurait-il été envisageable de se tenir avec ceux qui l’accomplissent?

Et c’est à ce sujet qu’Allah () a dit: «Dans le Livre, Il vous a déjà révélé ceci: lorsque vous entendez qu’on renie les versets (le Coran) d’Allah et qu’on s’en raille, ne vous asseyez point avec ceux-là jusqu’à ce qu’ils entreprennent une autre conversation. Sinon, vous serez comme eux» [14].

Ainsi, on trouve parmi les gens ordinaires, certains qui s’imaginent qu’en s’asseyant dans un endroit où un mal est commis, ils ont appliqué la parole du Prophète (ج): «Et s’il ne peut pas, alors avec son cœur» alors que la réalité est différente.

En fait, la réalité comme je vous l’ai expliquée, est que quiconque dénigre un mal avec son cœur ne peut en aucun cas rester au milieu de celui-ci, aussi bien du point de vue logique que religieux.

On considère donc comme menteur celui qui affirme détester un mal tout en restant au milieu de leurs auteurs.

Certains m’ont alors dit: «En affirmant cela, tu as interdit de s’asseoir avec ceux qui se rasent la barbe, car raser sa barbe est un acte blâmable!».

Nous répondons qu’il faut bien faire la distinction entre deux choses:

- La première: qui est d’accomplir un mal et la seconde: qui est la trace laissée par celui-ci.

Ainsi, si tu vois un homme accomplir un acte blâmable, fais en lui le reproche jusqu’à ce qu’il le délaisse, et s’il ne se résigne pas, alors ne t’assieds pas en sa compagnie, car dénigrer avec le cœur implique de ne pas s’asseoir avec lui.

En revanche, si tu rencontres des individus ayant déjà fini d’accomplir un mal avant que tu arrives, et qu’une trace de ce mal continue à apparaître sur eux, est-ce qu’il t’est permis de t’asseoir avec eux? Oui, ceci t’est permis, car ce que tu vois est uniquement la trace de ce mal.

Aussi, faites bien la distinction entre la trace laissée par un mal et le fait de le commettre. Ne reste pas en présence de ceux qui rasent leurs barbes au moment où ils se rasent. En revanche, il n’y a pas de mal à rester en leur présence lorsqu’on les rencontre au marché, devant une boutique ou dans tout autre endroit similaire – sans négliger l’occasion de les conseiller autant que possible. Etant témoin de la trace d’une désobéissance, il est bon de les conseiller, car ceci fait partie de l’incitation au convenable et de la condamnation du blâmable.

Un exemple de cela serait que tu restes en présence d’une personne qui dégage une odeur de cigarette. Dans ce cas de figure, il n’y a pas d’inconvénient mais conseille-lui tout de même d’arrêter de fumer. En revanche, si la personne est en train de fumer, ne reste pas en sa compagnie car sinon, tu lui seras associé dans le péché.

* * *

[12] NdR : en arabe, ce verbe peut avoir les trois sens possibles. [13] Rapporté par Al-Bukhârî (52) et par Muslim (1599). [14] S.4, v.140.

9) IL FAUT COMMENCER PAR PRESENTER L’ISLAM

Beaucoup de jeunes sont dans la confusion quant à la méthodologie à adopter pour réagir aux actes blâmables commis dans de nombreux pays musulmans. Faut-il y faire face avec fermeté comme le font certains jeunes, ou est-il plus approprié d’adopter un autre comportement. Il arrive qu’ils ne trouvent pas de réponse à leur invitation «au bien», en particulier dans certains pays musulmans qui ne jugent pas par la législation d’Allah comme il se doit? Quel est l’avis de votre excellence pour orienter ces jeunes?

Je pense qu’il leur est préférable de commencer par présenter le véritable Islam avec les croyances, les actes, et les caractères auquel il appelle. Qu’ils ne s’adressent pas à eux d’une manière qui les fait fuir. Je suis certain que, lorsque l’Islam est présenté de la bonne manière, la saine nature de l’homme l’accepte, quel que soit le thème abordé, car la religion islamique est en concordance avec les saines prédispositions humaines. Quant au fait de s’attaquer frontalement à des actes pratiqués par une personne depuis des années, lui, ses parents et ancêtres, ceci amène inévitablement le rejet et l’aversion de la vérité à laquelle il appelle.

C’est en ce sens qu’Allah (ـ) a dit: «N’injuriez pas ceux qu’ils invoquent, en dehors d’Allah, car par agressivité, ils injurieraient Allah, dans leur ignorance. De même, Nous avons enjolivé (aux yeux) de chaque communauté sa propre action» [15].

C’est pourquoi, je pense qu’il convient à mes frères prêcheurs dans une telle société de bien veiller à exposer la vérité telle qu’elle est, et de montrer le faux tel qu’il est, sans critiquer directement les individus pour leurs actes.

* * *

[15] S.6, v.108.

10) IL N’EST PAS PERMIS DE BAFOUER L’HONNEUR DES GENS DE BIEN

Il existe des accusations graves à l’encontre de ceux qui appellent au bien et qui condamnent le blâmable, comme lorsqu’on dit qu’ils sont hyper réactifs et qu’ils manquent de retenue, malgré le fait qu’ils rencontrent des difficultés et des peines et qu’ils doivent faire face aux méfaits des gens. Ils sont devenus à cause de ces accusations des sujets de plaisanterie dans les réunions, plus particulièrement chez leurs frères musulmans. Quel est le conseil de son excellence envers ceux qui bafouent sans cesse leur honneur et qui parlent à leur insu?

S’en prendre à l’honneur des gens de bien n’est pas comme s’en prendre à autrui. Or ceux qui appellent au bien et condamnent le mal font partie des gens de bien. En outre, les diffamer revient en fait à bafouer l’appel au convenable et la condamnation du blâmable. Et il est à craindre de ces personnes qu’elles ressentent elles-mêmes au fond d’elles de l’aversion pour l’appel au bien et la condamnation du mal. Or ceci constitue un réel danger pour leur religion, car Allah (ـ) dit: «Ceci parce qu’ils ont de la répulsion pour ce qu’Allah a fait descendre. Il a rendu donc vaines leurs œuvres» [16].

Il est donc nécessaire de protéger ceux qui ordonnent le convenable et interdisent le blâmable, de les supporter et de défendre leur honneur, car ils se sont chargés d’une responsabilité immense et d’une obligation collective applicable à tous.

Cependant, je dis qu’il n’est pas non plus possible de dire que ceux qui ordonnent le convenable et interdisent le blâmable sont à l’abri de toute erreur, comme cela est également le cas pour nous-mêmes. Nos frères qui ordonnent le convenable et interdisent le blâmable sont confrontés à des difficultés et des peines dont nous demandons à Allah (ـ) qu’Il en fasse pour eux une expiation de leurs péchés, ainsi qu’une élévation de leurs degrés, et nous demandons à Allah (ـ) qu’Il les soutienne.

Et leurs bonnes actions sont très largement supérieures aux erreurs commises par certains membres des corps religieux. Il arrive que certains membres de ces équipes se laissent parfois emporter par leurs émotions et leur désir ardent (de faire le bien) au point qu’ils ne parviennent plus à se contrôler. Cela est d’ailleurs arrivé aux compagnons (ش) lorsque le bédouin qui est rentré dans la mosquée y a uriné: ils avaient crié sur lui et l’avaient vivement réprimandé jusqu’à ce que le Prophète (ج) les ait fait taire.

En effet, il se peut qu’un individu possède une forte ardeur «à faire le bien» et une fougue intense, qui lui font perdre ses moyens lorsqu’il est confronté à un mal. Néanmoins, il ne nous est pas permis d’extrapoler un tel cas pour s’en prendre à l’ensemble des membres des milices religieuses, ou pour remettre en question toutes les œuvres accomplies par un tel individu. Il nous est en revanche obligatoire de lui chercher des excuses, de prendre contact avec lui et de lui montrer clairement quelle est la voie droite à adopter pour régler correctement les choses.

* * *

[16] S.47, v.9.

11) LA QUETE DU SAVOIR OU LA PREDICATION?

Laquelle de ces deux choses est prioritaire: rechercher la science religieuse ou bien inviter à Allah (), lorsque celui qui prêche maîtrise les sujets auxquels il appelle?

Nous répondons que la science est essentielle. Il est bien connu que les gens sont différents, et que chacun d’entre eux penche vers une spécialité et cherche à maîtriser un sujet bien particulier. Ainsi, on trouve parmi les étudiants en science celui qui accorde la priorité à étudier le domaine de la croyance, ainsi que les dires et les livres qui s’y rapportent. Un autre penchera plus vers la jurisprudence, ainsi qu’aux dires et écrits qui s’y rapportent. Un troisième privilégiera la prédication, l’invitation au bien et la condamnation du mal.

En fait, cette diversité d’ambitions est un réel bienfait d’Allah () car si tout le monde avait les mêmes aspirations, cela aurait déréglé beaucoup de choses. Nous conseillons donc à l’individu qui ressent en lui la capacité à apprendre la science et à pousser dans cette voie de rester dedans et de ne pas se lancer dans la prédication jusqu’à être capable d’être bénéfique aux autres. Et pour cause, les pays musulmans sont attaqués de toutes parts, «on essaie sans cesse de dénaturer» leur croyance, leurs bonnes mœurs etc. En conséquence, lorsqu’une personne ne possède pas un savoir profondément ancré, basé sur les fondements de la religion et sur des preuves logiques, il s’égarera.

Et je profite de l’occasion pour dire aux étudiants en science que j’aimerais bien qu’ils possèdent des notions sur la science de la démonstration par la raison. Pourquoi cela? La raison est que de nos jours, les gens sont plus facilement convaincus par les preuves factuelles – du fait de la faiblesse de leur foi – que par les preuves intellectuelles, c’est-à-dire celles de la législation islamique. Je vise par cela d’inviter mes frères étudiants en science à connaître la logique et comprendre les justifications logiques qui sous-tendent les règles religieuses.

Et s’ils souhaitent vérifier mes propos, qu’ils se réfèrent aux dires de Sheikh Al-Islâm Ibn Taymiyah (ج), dans lesquels il a écrasé les philosophes, les adeptes de la dialectique (ou scolastique) et de la logique, afin de réaliser qu’il utilisait aussi bien des preuves religieuses que logiques.

En revanche, si l’individu ne possède pas cette capacité à s’enraciner dans la science, il lui est alors préférable de se lancer dans la prédication. Néanmoins, il lui est obligatoire d’appeler uniquement à ce qu’il sait être la vérité, et de ne pas s’autoriser – comme le font certains prêcheurs – à faire appel à des hadiths qui n’ont aucune réalité, qu’ils soient faibles ou inventés, dans le but d’amener les larmes aux yeux des gens ou de les influencer. Ceci est une erreur car il ne convient pas d’orienter les gens avec des hadiths faibles ou inventés. Cela n’a absolument rien à voir avec la religion, même s’il est vrai que certains savants ont permis le recours aux hadiths faibles traitant des actes recommandés ou des mises en garde lorsqu’ils réunissent trois conditions:

1) Que le hadith ne soit pas «très» faible.

2) Que le hadith corrobore des fondements bien connus de la religion.

3) Que celui qui transmet un tel hadith ne le considère pas comme venant de manière sûre du Prophète (ج).

Aussi, j’affirme que les individus diffèrent les uns des autres et qu’il y en a parmi eux qui penchent plus vers la maîtrise minutieuse des sciences, là où d’autres n’y parviennent pas. A chacun donc de trouver la voie qui lui convient et de s’y investir.

* * *

12) QUELLE EST LA MEILLEURE MANIERE D’APPRENDRE LA SCIENCE RELIGIEUSE?

Quelle est la meilleure manière d’apprendre la science religieuse authentique en prenant en compte le contexte de la vie qui est la nôtre à cette époque?

Il n’y a pas de doute que la meilleure manière est de commencer par le Livre d’Allah (ـ), puis par la Sunnah authentique du Messager (ج) et qui est à notre portée, avant de passer par la suite aux ouvrages de jurisprudence ou autre rédigés par les gens de science. Et je tiens à attirer l’attention des étudiants en science sur le fait qu’ils doivent se concentrer en priorité sur les fondements et non sur les détails. Je veux dire par là que le souci de l’étudiant ne doit pas être uniquement de mémoriser un sujet, mais comprendre les fondements et règles qui les sous-tendent, de sorte que lorsqu’il doit traiter n’importe quelle autre question, il puisse y appliquer ces fondements et règles.

Comme l’ont dit certains savants: «Quiconque est privée des fondements n’arrivera pas à destination». Or on trouve beaucoup d’étudiants en science dont l’esprit est rempli de points d’importance secondaire et isolés, mais dès que tu sors à peine du sujet, tu t’aperçois qu’ils ne connaissent rien car ils n’ont pas connaissance des règles et des fondamentaux. C’est pourquoi, l’étudiant en science doit nécessairement connaître les fondements et règles générales à partir desquelles s’articulent les éléments secondaires.

On nous rapporté à l’époque où nous étions étudiants qu’un homme était étudiant en quête de savoir, mais qu’il était bien plus doué pour mémoriser que pour comprendre. Il apprenait ainsi à l’époque le livre «Al-Furûc», qui traite de la jurisprudence selon l’école de pensée de l’imam Ahmad Ibn Hanbal. Or ce livre compte parmi les ouvrages les plus détaillés de l’école hanbalite. On y trouve même des références faites aux quatre écoles de pensée et à autre qu’elles. Celui qui l’a rédigé est Muhammad Ibn Muflih (ج), l’un des élèves de Sheikh Al-Islâm Ibn Taymiyah (ج). Quoiqu’il en soit, cet homme a écrit le livre de la jurisprudence, et il s’est avéré qu’un des étudiants l’a mémorisé de manière intégrale, sans toutefois en comprendre la moindre phrase. Aussi, les autres étudiants en science lui demandaient d’être présent avec eux et l’utilisaient comme s’il était un livre. Lorsqu’ils avaient un doute, ils lui demandaient: «qu’a dit Ibn Muflih dans tel ou tel chapitre?» Parole qu’il ne tardait pas à leur réciter sans avoir la moindre idée de ce qu’elle signifiait!

Ainsi, il convient de porter ses efforts sur la mémorisation des sens et des fondements de la jurisprudence. Ceci est parmi les priorités pour l’étudiant en science.

* * *

13) APPELER A ALLAH () EST OBLIGATOIRE

Quel est le véritable impératif pour un étudiant en science ou un savant vis-à-vis de la prédication? Et quel jugement porter sur celui qui délaisse le prêche alors qu’il en a les capacités?

Prêcher est obligatoire, comme l’a dit Allah (ـ): «Par la sagesse et la bonne exhortation appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur. Et débats avec eux de la meilleure façon» [17].

Allah (أ) a établi trois niveaux de prêche: le prêche par la sagesse, la bonne exhortation et le débat (de la meilleure façon). Car la personne que tu prêches peut être ignorante, ne pas chercher la controverse et ne pas avoir enfreint de loi. Avec cet individu, il est bon d’utiliser la sagesse.

Et qu’est-ce que la sagesse? Elle consiste à exposer la vérité ainsi que la sagesse qui se trouve derrière celle-ci, dans la mesure du possible.

Quant à la bonne exhortation, il faut en faire preuve avec celui qui s’est en partie détourné de la vérité et se montre réticent à l’accepter. Si tu fais face ce genre de personne, exhorte-la en suscitant alternativement son désir et sa crainte, ou bien les deux en même temps si cela s’avère nécessaire.

Quant au débat de la meilleure façon, il s’utilise avec la personne qui s’est détournée de la vérité et qui cherche la confrontation. Il est bon avec ce genre d’individus de débattre avec eux en utilisant les meilleurs paroles et les meilleurs arguments. En fait, le verset englobe ces deux éléments:

1) Les meilleures paroles: c’est à dire en prenant bien soin d’utiliser des expressions convaincantes, concises et claires.

2) Les meilleurs arguments: en choisissant les procédés qui contiennent les preuves les plus claires, jusqu’à ce que la vérité devienne évidente.

Et regardez la discussion qui a eu lieu entre Ibrâhîm () et celui qui argumenta contre lui au sujet de son Seigneur lorsqu’Il a dit: «N’as-tu pas su (l’histoire de) celui qui, parce qu’Allah l’avait fait roi, argumenta contre Ibrâhîm au sujet de son Seigneur? Ibrâhîm ayant dit: «Mon Seigneur est Celui qui donne la vie et la mort», «Moi aussi, dit l’autre, je donne la vie et la mort.» «Alors, dit Ibrâhîm, puisqu’Allah fait venir le soleil du Levant, fais-le donc venir du Couchant.» Le mécréant resta alors confondu. Allah ne guide pas les gens injustes» [18].

Comment ce roi injuste prétendait donner la vie et la mort? Il faisait venir à lui un individu méritant d’être exécuté, puis lui laissait la vie sauve, prétendant ainsi lui donner la vie! Puis il faisait venir à lui un individu innocent et le tuait, prétendant ainsi lui donner la mort!

Il aurait été possible de débattre avec ce roi injuste et lui dire que de faire venir un individu coupable sans le tuer n’est pas équivalent à donner la vie, car la vie lui avait été donnée avant cela. Décider de ne pas l’exécuter n’équivaut en fait qu’à le laisser vivre. De même, exécuter un individu innocent ne revient pas à donner la mort mais ce n’est qu’un geste qui l’entraine.

Dans le même ordre d’idées, le Prophète (ج) a mentionné le Dajjâl (le faux messie) dans un sermon en annonçant que celui-ci demandera à ce qu’on lui apporte un jeune homme, et que ce jeune homme attestera qu’il est bien le faux messie que le Prophète (ج) avait annoncé. Puis, le Dajjâl le tuera et le coupera en deux parties entre lesquelles il marchera afin de montrer qu’elles sont bien distinctes l’une de l’autre. Après quoi, le Dajjâl appellera ce jeune homme qui se lèvera et dira le visage resplendissant tout en souriant: «Je témoigne que tu es bien le Dajjâl dont le Messager d’Allah (ج) nous a annoncé la venue». Il se dirigera alors vers lui afin de le tuer mais n’y parviendra pas, ce qui prouve que cette affaire est entre les mains de qui? Entre les mains d’Allah ().

En somme, il est tout à fait possible d’argumenter avec cet individu en s’appuyant sur une histoire similaire. Toutefois, Ibrâhîm () a décidé d’apporter une autre preuve, qui n’accepte ni argumentation, ni débat. Qu’a-t-il donc dit? Il a dit: «Puisqu’Allah fait venir le soleil du Levant, fais-le donc venir du Couchant». Il a alors perdu ses repères ne sachant quoi répondre, et c’est pour cela qu’Allah (ـ) a dit: «Le mécréant resta alors confondu».

Par ailleurs, la parole d’Allah (ـ): «Et débats avec eux de la meilleure façon», incite à débattre avec les meilleures manières mais aussi avec le plus haut niveau de persuasion, et l’apport de la preuve la plus claire et la plus adaptée, de sorte qu’il n’y ait pas de tergiversation possible. Il nous est donc obligatoire d’appeler à Allah () tant que cela reste à notre portée.

Quant à celui qui délaisse le prêche alors qu’il en a les capacités, nous répondrons en disant que celle-ci est une obligation collective qui, lorsqu’elle est prise en charge par une partie suffisante des membres de la société, ne pèse plus sur les autres.

Par exemples, si tu aperçois un individu déviant et qu’il n’y a personne autour de toi pour lui faire un rappel, alors cette affaire deviendra une obligation religieuse pour toi. Car les savants disent à propos de l’obligation collective que, s’il n’y a pas d’autre personne pour la remplir, alors elle devient une obligation individuelle.

* * *

[17] S. 16, v.125. [18] S.2, v.258.

14) IL N’Y A PAS DE CONTRADICTION ENTRE LA QUETE DE LA SCIENCE ET LA PREDICATION

Avez-vous des conseils à donner aux étudiants en science pour qu’ils puissent devenir des gens qui invitent à Allah ()?

En réalité, prêcher sans avoir étudié la science ne contient aucun bien, ou bien cela prive d’un très grand bien. Il est donc obligatoire pour l’étudiant en science de rechercher le savoir tout en prêchant.

Et qu’est-ce qui empêcherait un étudiant en science de prêcher s’il voit une personne qui se détourne, et ce, même dans la mosquée où il étudie? Et qu’est-ce qui l’empêche, lorsqu’il se rend au marché pour acheter les provisions, d’inviter à Allah () toute personne détournée de la religion? Et qu’est-ce qui l’empêche, lorsqu’il aperçoit certains élèves de son école se détourner de la vérité, de les appeler à Allah (), de marcher un peu avec eux et de les prendre par la main pour contribuer à résoudre le problème?

Lorsqu’on voit un homme commettre un acte de désobéissance – délaissement d’une obligation ou violation d’un interdit – et qu’on se met à le détester, on se sent révolté par ses agissements et on s’éloigne de lui tout en perdant l’espoir de parvenir à une amélioration de sa situation, c’est précisément là que se trouve le problème.

Allah (ـ) nous a clairement montré que nous devons faire preuve de patience, tout en espérant obtenir Sa satisfaction. Allah a dit à Son Prophète (ج): «Endure donc, comme ont enduré les messagers doués de fermeté ; et ne te montre pas trop pressé à leur égard» [19].

Il est donc nécessaire d’être patient et d’espérer la récompense d’Allah. Et si on constate en soi des manifestations intérieures ou extérieures de colère, il faut faire en sorte que cette colère soit seulement dans le but de plaire à Allah ().

Le Prophète (ج) a dit, lorsque son doigt saignait au combat: «Es-tu autre chose qu’un doigt ensanglanté qui, dans le sentier d’Allah, a été blessé» [20].

* * *

[19] S.46, v.35. [20] Rapporté par Al-Bukhârî (1796).

15) IL N’Y A PAS DE CONTRADICTION ENTRE LE MANQUE DE SCIENCE, LA NOTORIETE ET LA PREDICATION

Certains étudiants en science se montrent négligents dans l’obligation qui est la leur d’appeler à Allah et d’éduquer les gens, en mettant en avant le fait que leur bagage en sciences religieuses est limité, tandis que certains se justifient par la crainte de devenir célèbre ou par d’autres excuses encore. Quels sont vos conseils à leur égard?

En ce qui concerne la première excuse avancée qui est de ne disposer que d’un savoir limité, nous répondrons en disant qu’il a été rapporté de source authentique que le Prophète (ج) a dit: «Transmettez de moi, ne serait-ce qu’un verset» [21]. Qu’il transmette donc de la science ce qui lui en est parvenu, et cela sera un bien et une récompense pour lui.

Quant à la deuxième excuse qui est celle de la notoriété, il est un devoir d’appliquer ce qu’Allah (ـ) a ordonné en termes d’adoration et de transmission du savoir. Aussi, qu’il mette cette idée de notoriété de côté, et s’en écarte totalement, car le fait de s’illustrer dans la science est demandé et n’affecte en rien l’individu.

Réfléchissons à ce qui est arrivé à cAbdullah Ibn cUmar (ج), lorsque le Prophète (ج) à interrogé les compagnons en disant:

- «Il existe parmi les arbres un dont les feuilles ne tombent pas et qui est à l’image du Musulman. Dites-moi de quel arbre s’agit-il?»

Les gens citèrent plusieurs arbres du désert.

- «J’ai pensé au palmier» dit cAbdullah «mais je me suis gêné de le dire».

On demanda à l’Envoyé d’Allah (ج) à quel arbre il faisait allusion.

- Il répondit: «C’est le palmier».

cAbdullah dit alors: «J’ai parlé à mon père de ce qui m’a traversé l’esprit». Sur quoi il m’a répondu que: «Si tu l’avais dit, cela aurait été plus cher à mes yeux que de posséder telle ou telle chose» [22].

Regardez comme cUmar Ibn Al-Khattâb (س) aurait aimé que son fils parle, alors que cela l’aurait sûrement fait gagner en notoriété.

En résumé, nous retiendrons ici est que si l’homme devient célèbre par sa science et son prêche, ceci ne lui nuit pas et ne diminue en rien sa récompense. Toutefois, s’il recherche la notoriété, c’est là que se pose le problème.

* * *

[21] Rapporté par Al-Bukhârî (3461). [22] Rapporté par Al-Bukhârî (2811).

16) QUELLE EST LA DIFFERENCE ENTRE L’HYPOCRISIE ET L’OSTENTATION?

Quelle est la différence entre l’hypocrisie et l’ostentation? Et laquelle de ces deux caractéristiques est la plus nocive pour le prêcheur musulman?

Ces caractéristiques, qu’il s’agisse de l’hypocrisie ou de l’ostentation, sont toutes les deux exécrables. Mais l’hypocrisie est la plus vicieuse et pernicieuse d’entre elles, car elle consiste à se donner l’apparence du bien tout en cachant le mal au fond de soi. Ceci s’applique aussi bien pour l’hypocrisie dans la croyance que pour celle des actes. Toutefois, l’hypocrisie liée à la croyance a la particularité de faire sortir l’individu de la religion - et c’est auprès d’Allah (ـ) que l’on cherche le refuge. Quant à l’hypocrisie liée des actes, il se peut qu’elle fasse ou non sortir de la religion (en fonction du niveau qu’elle atteint).

L’ostentation, elle, se manifeste lorsque qu’on accomplit une œuvre pieuse pour Allah (ـ), mais en ayant l’intention de se faire voir, ou en l’embellissant ou en manifestant plus d’ardeur afin d’obtenir l’éloge des gens. Cela part à la base d’une bonne intention, mais dès que la personne remarque que les gens font son éloge, elle embellit son œuvre.

Ainsi, nous voyons clairement que l’hypocrisie est pire que l’ostentation. Gardons néanmoins à l’esprit que l’ostentation est une des caractéristiques propres aux hypocrites.

Allah (ـ) a dit à leur propos: «Ils se lèvent avec paresse et par ostentation envers les gens. A peine invoquent-ils Allah» [23].

* * *

[23] S.4, v.142.

17) ILS DONNENT DE L’IMPORTANCE A LA MEMORISATION DU CORAN ET AUX HADITHS DE JURISPRUDENCE

Un grand nombre d’étudiants en sciences se focalisent sur la mémorisation du Saint Coran et des hadiths de la jurisprudence, mais se montrent négligents vis-à-vis de la science d’«Usûl Al-Fiqh» (science des principes fondamentaux de la jurisprudence) et se contentent de ce qu’ils apprennent du Coran et des hadiths et ce, en dépit du fait que la science d‘«Usûl Al-Fiqh» est celle qui offre une clé de lecture et de compréhension de ces textes religieux. Nous espérons le bon conseil de son excellence dans cette affaire.

Mon avis est de commencer l’apprentissage de la science par la mémorisation du Noble Coran avant toute chose, surtout s’il s’agit d’un enfant en bas âge, car c’était ainsi qu’agissaient les compagnons (ش): ils apprenaient le Coran, ses sens et ils les mettaient en pratique. L’étudiant en sciences a besoin du Coran. Imagine-toi prenant la parole dans une assemblée, cherchant à citer une preuve du Coran alors que tu ne l’as même pas mémorisé, tu seras alors dans l’incapacité de le faire.

J’encourage les étudiants, notamment les plus jeunes parmi eux à mémoriser la parole d’Allah (), avant de passer à la mémorisation de hadiths dans la mesure du possible, comme «cUmdat Al-Ahkâm», ou «Bulûgh Al-Marâm». Après cela, vient le tour de la jurisprudence et de ses fondements, et il n’y a pas de doute que la science des fondements de la jurisprudence fait partie des meilleures disciplines, et que celui qui la connaît y trouvera un plaisir certain car celle-ci se compose d’un ensemble de règles et de repères qui, s’ils sont correctement assimilés par l’individu, lui permettront d’habituer son esprit à la formalisation de jugements à partir de preuves.

* * *

18) LA NECESSITE D’ETRE HUMBLE POUR FAIRE PARVENIR LA VERITE

Quel jugement porter sur les prêcheurs qui appellent les gens comme s’ils les suppliaient pour qu’ils reviennent dans le droit chemin? Et que dites-vous de la parole du Très-Haut: «Ô Yahyâ, tiens fermement au Livre!» [24]?

Il se peut qu’en réalité les prêcheurs décrits par le questionneur comme appelant les gens en employant la manière qu’un mendiant utiliserait pour leur faire la manche, présentent une certaine faiblesse dans leur prêche ainsi que dans leur personnalité.

Mais il se peut aussi qu’ils aient eu recours à cela dû à l’obstination de celui qu’ils invitent à la religion d‘Allah (), et que de ce fait, nous ne pouvons pas leur reprocher d’avoir manqué de personnalité et de fermeté ou bien encore d’avoir fait preuve de négligence dans leur prêche. Car la condition de l’individu prêché requiert du prêcheur l’instauration d’un climat plus serein, dans le calme et la douceur. Dans ce cas, il ne nous est pas possible de porter un jugement sur de tels prêcheurs qui s’emploient à appeler les gens comme s’ils les suppliaient en leur reprochant d’être faibles.

Toutefois, l’homme doit faire preuve de fermeté dans son prêche, en la dosant correctement en fonction de la situation rencontrée. Et plus généralement, il est obligatoire pour tous de s’accrocher fermement au Livre d’Allah (). Comme Il (أ) l’a ordonné aux fils d’Israël: «Tenez ferme ce que Nous vous avons donné» [25]. Allah (ـ) a même brandi le Mont au-dessus d’eux pour leur imposer ceci: «Et lorsque Nous avons brandi au-dessus d’eux le Mont, comme si c’eût été une ombrelle. Ils pensaient qu’il allait tomber sur eux. «Tenez fermement à ce que Nous vous donnons» [26].

Il faut donc que l’homme fasse preuve de fermeté. Néanmoins, il se peut que, par moments, la prédication appelle l’homme à faire preuve d’humilité envers certains individus, dans le but de leur faire parvenir la vérité et la leur faire accepter.

* * *

[24] S.19, v.12. [25] S.2, v.63. [26] S.7, v.171.

19) COMMENCER PAR SE REFORMER SOI-MEME

Quelle est l’explication du verset: «Vous êtes responsables de vous-mêmes! Celui qui s’égare ne vous nuira point si vous vous avez pris la bonne voie» [27]. Et comment la commentez-vous?

Nous disons à propos de ce verset ce qu’Allah (ـ) a dit. Or Allah (ـ) nous a ordonné de nous réformer nous-mêmes, et de demeurer bienfaisants. Ainsi, si les autres s’égarent, cela ne nous nuit en aucune façon, tout comme l’a dit Allah l’a dit à Son Prophète (ج): «Rappelle! Tu n’es qu’un avertisseur. Et tu n’es pas un dominateur sur eux. Sauf celui qui tourne le dos et ne croit pas, alors Allah le châtiera de la plus grande des manières» [28].

Ainsi, celui qui s’égare ne nuira point à celui qui a pris la bonne voie. Toutefois, si les gens ne changent pas le mal en bien, peu s’en faut pour qu’Allah les englobe tous dans Son châtiment, comme l’a dit Allah (ـ): «Et craignez une calamité qui n’affligera pas exclusivement les injustes d’entre vous. Et sachez qu’Allah est dur en punition» [29].

Ces insubordonnés ne te nuiront pas dans l’au-delà, ni en diminuant ta part de bonnes actions ou même en ajoutant à tes péchés, à moins que tu aies été négligent dans tes obligations de prêche, dans l’incitation au bien la condamnation du mal, auquel cas cela te causera du tort.

Or ce tort n’est pas causé directement par eux, il vient seulement de toi, car tu n’as pas su remplir les obligations qu’Allah t’a imposées. Dans ce cas, on peut dire que tu n’as pas emprunté la bonne voie, car Allah (ـ) a posé une condition lorsqu’Il a dit: «Celui qui s’égare ne vous nuira point si vous vous avez pris la bonne voie».

Or il est bien connu que celui qui abandonne l’incitation au bien et la condamnation du mal, et l’appel à Allah (ـ) lorsque celui-ci est obligatoire pour lui, n’a pas emprunté totalement la bonne voie.

* * *

[27] S.5, v.105. [28] S.88, vv.21-24. [29] S.8, v.25.

20) LES MOYENS DEPENDENT DES

Votre avis nous intéresse